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	<title>Périphéries</title>
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	<item>
		<title>Polanski, Mitterrand : le soliloque du dominant</title>
		<link>http://peripheries.net/article324.html</link>
		<dc:date>2009-10-10T20:18:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>L'arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l'érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de « consentement », mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois). (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l'érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de « consentement », mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois).&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l'érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de « consentement », mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois). En témoigne l'expression « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vieille affaire de m&#339;urs&lt;/i&gt; », utilisée dans les premières dépêches ayant suivi l'arrestation, ainsi que dans la &lt;a href=&quot;http://www.sacd.fr/Le-cinema-soutient-Roman-Polanski-Petition-for-Roman-Polanski.1340.0.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;pétition&lt;/a&gt; du gratin du cinéma mondial lancée en faveur du réalisateur franco-polonais : de nombreuses voix se sont élevées pour faire remarquer à juste titre que, s'agissant de la pénétration et de la sodomie d'une adolescente de 13 ans préalablement soûlée au champagne et shootée au Quaalude, c'était un peu léger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partout, les défenseurs du cinéaste soulignent, comme s'il s'agissait de l'argument définitif en sa faveur, que la justice « s'acharne » alors que la victime elle-même, Samantha Geimer, demande le classement de l'affaire : or, elle le demande parce qu'elle ne supporte plus l'exposition médiatique, et peut-être aussi parce qu'elle a été indemnisée ; pas parce que, avec le recul, elle admet que ce n'était pas si grave, ou qu'elle a bien aimé l'expérience, comme on semble le fantasmer...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dire oui à un homme, &lt;br /&gt;c'est dire oui à tous les hommes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ses archives, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Paris-Match&lt;/i&gt; a ressorti un article publié à l'époque, intitulé « &lt;a href=&quot;http://www.parismatch.com/People-Match/Cinema/Actu/Roman-Polanski.-Une-Lolita-de-13-ans-a-fait-de-lui-un-maudit-131594/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Roman Polanski : une lolita de 13 ans a fait de lui un maudit&lt;/a&gt; » (la salope !). « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La jeune &#8220;victime&#8221; pervertie n'était pas si innocente&lt;/i&gt; », révèle un intertitre. Et la journaliste de préciser : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Samantha G. est une Lolita en T-shirt, à qui des formes bronzées donnent nettement plus que son âge, d'ailleurs plus près de 14 ans que de 13. Elle a reconnu avoir eu, avant sa rencontre avec le metteur en scène, et au moins à deux reprises, des rapports sexuels avec un boy-friend de 17 ans.&lt;/i&gt; » Le fait que les relations sexuelles avec un(e) mineur(e) soient prohibées par la loi dans tous les cas devient ici un prétexte pour occulter la différence qui peut exister entre un rapport consenti et un rapport forcé. En résumé : sa non-virginité, à laquelle s'ajoutent ses « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;formes bronzées&lt;/i&gt; » de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lolita&lt;/i&gt; » - elle n'avait qu'à ne pas être aussi bonne ! -, fait d'elle un objet appropriable par qui le souhaite ; dire oui à un homme, c'est dire oui à tous les hommes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait penser que, trente-deux ans plus tard, on en a fini avec un mode de pensée aussi archaïque. Mais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; (1er octobre 2009) publie un article d'anthologie, dont le titre - « &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2343/articles/a409975-.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Une affaire vieille de trente ans - Qui en veut à Roman Polanski ?&lt;/a&gt; » - est un poème à lui seul. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La mère, une actrice en mal de rôles, a laissé volontairement sa fille seule avec Polanski, pour une série de photos&lt;/i&gt;, y lit-on. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le cinéaste, qui a la réputation d'aimer les jeunes filles, ne résiste pas.&lt;/i&gt; » Comme dans le titre de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Match&lt;/i&gt;, les responsabilités sont inversées : ce n'est pas Samantha Gailey (son nom de jeune fille) qui a été piégée, mais Polanski, dont la « Lolita perverse » et/ou sa mère machiavélique auraient exploité sans pitié les faiblesses bien humaines - décidément, le pauvre homme va de « traquenard » en « traquenard ». Au mieux, si la jeune fille s'estime lésée, elle n'a qu'à s'en prendre à sa mère.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le grand retour
&lt;br /&gt;du « puritanisme américain »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même Bernard Langlois, &lt;a href=&quot;http://www.politis.fr/Crocodiles,8257.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (8 octobre), valide cet argument : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi se poser quelques questions&lt;/i&gt;, écrit-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au sujet de cette Lolita dont les charmes firent déraper le cinéaste, et que personne n'obligeait à se rendre en sa seule compagnie en un appartement désert pour y poser seins nus (c'est elle qui raconte) devant son objectif : l'ingénuité aussi a des limites.&lt;/i&gt; » Sans doute ; mais où se situent-elles précisément, ces « limites » de l'« ingénuité » ? Est-ce faire preuve d'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ingénuité&lt;/i&gt; » de porter une minijupe ? De se balader seule dans les rues après minuit ?... Au nom de quoi une jeune fille ou une femme qui poserait pour un photographe, même seins nus, est-elle censée avoir signé aussi pour passer à la casserole si elle n'en a pas envie ? Le problème, avec le refus de la loi du plus fort, c'est qu'il exige des positions un peu tranchées : soit il est affirmé, et il interdit les demi-mesures, soit on lui tolère des exceptions, et on voit alors immanquablement des décennies d'acquis féministes, voire simplement progressistes, se barrer en sucette.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Escamoter la question de la réciprocité du désir, c'est aussi ce qui permet de brandir la vieille accusation de « puritanisme » à l'égard de ces coincés du cul d'Américains (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'Amérique qui fait peur&lt;/i&gt; », dit Frédéric Mitterrand). « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au bout de quarante-deux jours, Polanski est relâché en liberté conditionnelle&lt;/i&gt;, relatent Philippe Boulet-Gercourt et François Forestier dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Obs&lt;/i&gt;.&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Il repart travailler. Une photo remet tout en question. Polanski, cigare aux lèvres, s'amuse à la Fête de la Bière en Allemagne. Le juge, irrité, casse le deal.&lt;/i&gt; » Ils omettent de préciser que, sur cette photo à la Fête de la Bière, Polanski s'amuse &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;entouré de jeunes filles&lt;/i&gt; : on a ainsi l'impression que ce juge est un rabat-joie qui manque terriblement de sens de la fête et n'aime pas que les gens « s'amusent ». Que l'Amérique puritaine veuille la peau de Polanski, c'est bien possible ; mais, dans le cas précis de l'affaire Samantha Gailey, l'argument est hors-sujet. Ce raisonnement nous rappelle celui de la penseuse antiféministe Marcela Iacub et de son collègue Patrice Maniglier lorsqu'ils affirment que, si on pénalise le harcèlement sexuel, c'est parce qu'on n'est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas à l'aise avec la chose sexuelle&lt;/i&gt; » (voir sur ce site « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article9.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La femme est une personne&lt;/a&gt; », 18 octobre 2005).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On s'est focalisé, depuis le début de cette affaire, sur ceux de ses aspects qui tombent sous le coup de la loi : est-ce un viol ? Est-ce de la pédophilie ?... (Réfuter l'accusation de pédophilie semble d'ailleurs suffire, dans l'esprit de ceux qui le font, comme &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20091009.OBS4087/finkielkraut_defend_polanski__a_treize_ans_ce_netait_pa.html?idfx=RSS_notr&amp;amp;xtor=RSS-17&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Alain Finkielkraut&lt;/a&gt;, à disculper Polanski, comme si le viol n'était pas une chose bien grave tant qu'il ne concerne pas un enfant.) Or, il se pourrait bien qu'il vaille la peine d'élargir le cadre, en s'intéressant à la mentalité qui peut, incidemment, conduire à « forcer la main » à une gamine de 13 ans ; une mentalité qui est loin d'être l'apanage d'un Polanski, et qui révèle la persistance des rapports de domination dans toute leur crudité.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Comme si les filles sortaient
&lt;br /&gt;du ventre de leur mère
&lt;br /&gt;en rêvant de devenir mannequins&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que la compétition soit serrée, c'est indiscutablement Costa-Gavras qui peut revendiquer la palme de la beaufitude dans les réactions indignées à l'arrestation de son collègue cinéaste. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cessez de parler de viol, il n'y a pas de viol dans cette histoire&lt;/i&gt;, assénait-il le 28 septembre sur Europe 1. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, à Hollywood, les metteurs en scène, les producteurs sont entourés de très beaux jeunes hommes, de très belles jeunes femmes, qui sont grands, blonds, bien bronzés, et prêts à tout.&lt;/i&gt; » (A Marc-Olivier Fogiel qui lui objecte qu'on parle ici d'une adolescente de 13 ans, il réplique : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, mais enfin, vous avez vu les photos : elle en fait 25 !&lt;/i&gt; » Commentaire perfide de &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/09/29/Quelques-mots-sur-l-affaire-Polanski&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Maître Eolas&lt;/a&gt; : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il est vrai que 13 minutes d'un de ses films en paraissent 25, mais je doute de la pertinence juridique de l'argument.&lt;/i&gt; »)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pictureme5.jpg' width='250' height='135' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_734 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Prêts à tout.&lt;/i&gt; » Il est étrange que la société ne s'interroge pas davantage sur les mécanismes culturels qui font que bien des adolescents, et surtout des adolescentes, sont, en effet, « prêts à tout » pour une carrière dans le show-biz - comme si les filles sortaient du ventre de leur mère en rêvant de devenir mannequins. Dans sa déposition, Samantha Gailey racontait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il m'a montré la couverture de&lt;/i&gt; Vogue Magazine&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; et demandé : &lt;/i&gt;&#8220;Voudrais-tu que je te fasse une telle photo ?&#8221; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai dit :&lt;/i&gt; &#8220;Oui.&#8221; » On pense alors au bruit fait récemment par &lt;a href=&quot;http://www.myspace.com/picturemefilm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Picture Me&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le documentaire réalisé par l'ancien top model américain &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sara Ziff&lt;/strong&gt; et son ex-petit ami, Ole Schell, sur son expérience dans le milieu de la mode ; un milieu que la jeune femme décrit comme « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un environnement prédateur&lt;/i&gt; », « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plein d'hommes d'âge mûr tournant comme des requins autour de filles jeunes et vulnérables&lt;/i&gt; » (voir « &lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/jun/07/sara-ziff-model-picture-me&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Top model exposes sordid side of fashion&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Observer&lt;/i&gt;, 7 juin 2009).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant la caméra, un jeune modèle du nom de Sena Cech raconte un casting avec l'un des plus grands photographes de mode. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chérie, peux-tu faire quelque chose de plus sexy ?&lt;/i&gt; » lui demande-t-il ; puis son assistant lui dit : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sena, peux-tu attraper sa queue et la tordre très fort ? Il aime quand on la lui serre vraiment très fort.&lt;/i&gt; » « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'était horrible, mais je l'ai fait&lt;/i&gt;, commente-t-elle. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Et j'ai eu le job. Mais le lendemain, je me sentais mal.&lt;/i&gt; » (Voir l'&lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/jun/07/sara-ziff-teen-modelling-fashion&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;entretien&lt;/a&gt; avec Sara Ziff dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Observer&lt;/i&gt;.) Une autre, qui a finalement refusé que son témoignage figure dans le film, raconte comment, à ses débuts, alors qu'elle avait 16 ans et n'avait « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;encore jamais embrassé personne&lt;/i&gt; », un autre grand photographe (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;probablement l'un des plus célèbres&lt;/i&gt; ») l'a coincée dans un couloir et lui a introduit ses doigts dans le vagin. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A peu près toutes les filles à qui j'ai parlé ont une histoire comme ça&lt;/i&gt; », affirme Sara Ziff.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Des poupées vivantes »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/mulder.jpg' width='120' height='164' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_733 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Cette violence s'ajoute à celle qui consiste, plus généralement, à traiter des jeunes filles comme de simples carcasses - « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des poupées vivantes&lt;/i&gt; », dit Sara Ziff -, réduites à leur plastique, soumises à des exigences esthétiques tyranniques. Sur son blog, à la sortie de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Picture Me&lt;/i&gt;, « Tatiana The Anonymous Model » faisait le lien, sous le titre « &lt;a href=&quot;http://jezebel.com/5304706/modeling-and-the-tragedy-of-karen-mulder?skyline=true&amp;amp;s=x&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Modelling and the tragedy of Karen Mulder&lt;/a&gt; », entre le film et ce qui arrivait au même moment à l'ancien top model néerlandais. Celle-ci venait d'être placée en garde à vue à Paris pour avoir menacé de mort sa chirurgienne esthétique, à qui elle réclamait en vain une nouvelle intervention afin de corriger la précédente, dont elle n'aimait pas le résultat. L'épisode s'ajoutait à une histoire déjà chargée, marquée notamment par une tentative de suicide et un pétage de plombs sur le plateau de Thierry Ardisson. La blogueuse rapporte ces propos plutôt troublants tenus par Mulder dans un entretien, peu après sa tentative de suicide : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai toujours détesté être photographiée. Pour moi, c'était juste un rôle, et à la fin, je ne savais plus qui j'étais vraiment en tant que personne. Tout le monde me disait &#8220;Hey, tu es formidable&#8221; ; mais à l'intérieur, c'était de pire en pire chaque jour.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La réalité de la condition de mannequin, le prix exorbitant auquel ces filles paient le culte que l'on orchestre autour d'elles et les millions de dollars dont on les couvre (et encore : pour les plus en vue d'entre elles, soit une infime minorité), fait l'objet d'un déni général. Les frasques d'une Kate Moss, malgré ses cures de désintoxication à répétition (elle expliquait sa dépendance à l'alcool par le fait que sur les défilés, à 10 heures du matin, il n'y avait rien d'autre à boire que du champagne), restent présentées comme un style de vie rock'n'roll et « rebelle » - rien d'autre. Comme le rappelle « Tatiana The Anonymous Model », l'un des dirigeants de l'agence Elite, Gérald Marie, ancien mari du top model Linda Evangelista, filmé en caméra cachée par un reporter de la BBC, en 1999, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en train d'offrir 300 livres pour du sexe à un mannequin de 15 ans et de spéculer sur le nombre de participantes au concours organisé par son agence avec qui il allait coucher cette année&lt;/i&gt; », est toujours en fonction. (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; avait publié, sous le titre « &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p1833/articles/a31461-elite_les_coulisses_d%25E2%2580%2599un_vraifaux_reportage.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#8220;On est comme ça, nous les mecs !&#8221;&lt;/a&gt; » - un vrai cri du c&#339;ur -, un article étonnamment sévère envers le reportage de la BBC et clément envers son objet.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Un érotisme de ventriloques&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant les remous suscités par le film de Sara Ziff et Ole Schell, les magazines féminins s'en sont fait l'écho - mais sans établir un lien avec la publicité constante qu'ils assurent à la condition de mannequin, en la présentant comme la plus enviable du monde, à grands renforts de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;success stories&lt;/i&gt; et de photos flatteuses. Pas une seule de leurs livraisons, en effet, qui ne relate le « conte de fées » vécu par tel ou tel modèle : comment j'ai été découverte dans la rue, comment un photographe m'a remarquée, comment j'ai enchaîné les couvertures et les défilés, comment je suis devenue riche et célèbre, comment j'ai rencontré l'amour, comment - apothéose - je suis devenue maman... Mais en passant plutôt rapidement, en général, sur l'étape « Comment j'ai dû empoigner la queue du Grand Photographe ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sara Ziff, qui a commencé sa carrière à 14 ans, relève combien il est problématique de demander à des filles de prendre des poses sexy, de jouer de leur sexualité, alors que celle-ci est encore balbutiante. On notera d'ailleurs l'ironie qu'il peut y avoir à hypersexualiser des filles à peine pubères, pour ensuite les accuser d'avoir provoqué les abus dont elles sont victimes, en les qualifiant de « Lolitas perverses » ! Ce qui frappe, c'est la prédominance d'un érotisme de ventriloques, qui balaie la subjectivité des dominés. Par rapport à Samantha Gailey, Polanski était à tous points de vue en position de dominant : un réalisateur célèbre de 43 ans, face à une gamine anonyme de 13 ans, qu'il recevait dans la villa de Jack Nicholson... Interrogé sur son goût pour les jeunes filles, dans une séquence rediffusée le 2 octobre dans l'émission d'« &lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2381&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Arrêt sur images&lt;/a&gt; » (sur abonnement) consacrée à l'affaire, il réfléchissait un instant, avant de répondre un brin tautologiquement : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'aime les jeunes filles, disons-le comme ça...&lt;/i&gt; » Il ajoutait qu'il y avait différentes manières de réagir à la souffrance : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Certains s'enferment dans un monastère, et d'autres se mettent à fréquenter les bordels.&lt;/i&gt; » (A ceux qui font valoir que cet homme a beaucoup souffert, il faudra rappeler leurs prises de positions, la prochaine fois qu'ils fustigeront la « culture de l'excuse » si caractéristique de la gauche angéliste.) Il en va de même pour le ministre de la culture Frédéric Mitterrand, qui souligne que la fréquentation des prostitués thaïlandais lui a servi à apaiser ses tourments d'homosexuel mal assumé (lire à ce sujet les réflexions de &lt;a href=&quot;http://didierlestrade.blogspot.com/2009/10/le-chapitre-11.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Didier Lestrade&lt;/a&gt; sur son blog).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La vieille mythomanie
&lt;br /&gt;du client de la prostitution&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'abriter derrière son statut d'artiste pour justifier cet usage consolatoire de plus faible que soi ne va pas sans poser quelques problèmes. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La littérature&lt;/i&gt;, ironise &lt;a href=&quot;http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2009/10/09/1066-eloge-de-la-litterature&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;André Gunthert&lt;/a&gt; sur Recherche en histoire visuelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est comme la baguette magique de la fée Clochette : ça transforme tout ce qui est vil et laid en quelque chose de beau et de nimbé, avec un peu de poudre d'or, de musique et de grappes de raisin tout autour. Pour les poètes, la prostitution n'est plus la misère, le sordide et la honte. Elle devient l'archet de la sensibilité, l'écho des voix célestes, la transfiguration des âmes souffrantes. La littérature, ça existe aussi au cinéma. Talisman de classe, elle protège celui qui la porte de l'adversité. Que vaut une fillette de 13 ans face à une Palme d'or ?&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Erotisme de ventriloques, et production artistique de ventriloques, aussi, en effet. Frédéric Mitterrand se trouve en position de dominant non seulement parce qu'il paie un jeune Thaïlandais pour que celui-ci se mette au service de son désir (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;I want you happy&lt;/i&gt; » : comme c'est touchant), mais aussi parce qu'il en fait ensuite un livre, dont la puissance littéraire n'a pas échappé &lt;a href=&quot;http://bravepatrie.com/Les-ouvertures-de-Frederic,1397&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;à nos chevronnés esthètes bravepatriotes&lt;/a&gt;, et dans lequel il projette sur le jeune homme les sentiments qui lui conviennent, avec cette étonnante capacité à se raconter des histoires que manifestent les clients de la prostitution (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait que nous ne puissions pas nous comprendre augmente encore l'intensité de ce que je ressens et je jurerais qu'il en est de même pour lui&lt;/i&gt; » - voir les &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/08/extrait-de-la-mauvaise-vie-de-frederic-mitterrand_1251310_823448.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;extraits&lt;/a&gt; sur le site du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monde&lt;/i&gt;). La tendance actuelle à la délégitimation et à l'effacement de la subjectivité des dominés peut d'ailleurs s'observer &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-03-11-Les-hors-champ-de-Valse-avec-Bachir-et-Z32&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dans des domaines très différents&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;ou la pauvreté des rôles féminins&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/soisbelle.jpg' width='140' height='167' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_735 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Porte-manteau à fantasmes, marionnette de ventriloque, c'est aussi la position la plus fréquente des femmes au cinéma. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'avais envie de bastonner les gens qui me disaient : &#8220;&lt;/i&gt;Oh, tu étais formidable dans ce film !&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8221; J'aurais voulu leur dire : ne me dis pas que tu m'as aimée là-dedans, je n'y étais même pas ! C'était quelqu'un d'autre !&lt;/i&gt; » Ainsi parlait, en 1976, l'une des actrices - françaises et américaines - interviewées par leur cons&#339;ur &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Delphine Seyrig&lt;/strong&gt; pour son documentaire &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Sois_belle_et_tais-toi_(film,_1981)&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Edité en DVD par le &lt;a href=&quot;http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/belle.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Centre audiovisuel Simone de Beauvoir&lt;/a&gt; - que Seyrig a fondé -, le film, malgré sa mauvaise qualité technique, mérite le détour. Toutes y racontent la pénurie de rôles féminins, et, plus encore, leur pauvreté, les quelques sempiternels clichés auxquels ils se réduisent (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ils sont très rares&lt;/i&gt;, dit l'une d'elles, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les films où la femme est perçue comme un être humain&lt;/i&gt; »). Seule exception, Jane Fonda - dont l'abattage et le charisme crèvent l'écran - déborde d'enthousiasme en évoquant le film qu'elle vient alors de tourner avec Vanessa Redgrave : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Julia&lt;/i&gt;, de Fred Zinnemann, sorti en 1977, qui raconte l'amitié entre deux femmes pendant la seconde guerre mondiale. A propos de son personnage, elle a cette formule éloquente : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'était la première fois que je jouais le rôle d'une femme qui ne joue pas un rôle.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces actrices parlent en des termes qui rappellent presque mot pour mot ceux de Karen Mulder : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne savais plus qui j'étais&lt;/i&gt; », se souvient encore Jane Fonda en racontant son passage, le jour de son arrivée à la Warner, sur l'espèce de fauteuil de dentiste où atterrissaient toutes les actrices, tandis que les experts mâles se bousculaient au-dessus d'elles pour les examiner sous toutes les coutures et les maquiller. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ils m'ont conseillé de me teindre en blonde, de me faire briser les mâchoires par le dentiste pour creuser les joues - j'avais encore mes bonnes joues d'adolescente -, de porter des faux seins et de me faire refaire le nez, parce que, avec un nez pareil, je ne pourrais &#8220;jamais jouer la tragédie&#8221; !&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« L'homme est un créateur,
&lt;br /&gt;la femme est une créature »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La volonté de modeler l'autre en fonction de son fantasme se traduit aussi, en effet, de la manière la plus concrète, en taillant dans la chair. Analysant les émissions de télé-réalité qui mettent en scène des opérations de chirurgie esthétique, un critique de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt; faisait remarquer : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Magie de la technologie au service d'une extrême violence. Violence contre le corps des femmes, &#8220;violence faite aux femmes&#8221;, comme on dit. Violence presque symétrique à celle exercée par le port de la burqa&lt;/i&gt; [le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;presque&lt;/i&gt; » est superflu, à notre avis]. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'acharnement mis à &#8220;dégager le visage&#8221;, à &#8220;donner le goût d'être visible&#8221; dans un cas rappelle celui mis à masquer, à effacer dans l'autre. Les femmes qui se découvrent dans le miroir de &lt;/i&gt;Miss Swan &#8220;ne se reconnaissent pas&#8221;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pas plus que les femmes portant la burqa. Rien à voir ? Non, rien à voir. D'ailleurs, a-t-on vu une mission parlementaire enquêter sur la chirurgie esthétique ?&lt;/i&gt; » (« &lt;a href=&quot;http://television.telerama.fr/television/degager-le-visage-c-est-creer-de-la-beaute,45054.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#8220;Dégager le visage, c'est créer de la beauté&#8221;&lt;/a&gt; », Télérama.fr, 30 juillet 2009 ; voir aussi le film réalisé par des féministes italiennes, &lt;a href=&quot;http://www.ilcorpodelledonne.net/?page_id=515&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il corpo delle donne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/sois-belle-et-tais-toi.jpg' width='140' height='191' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_736 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« L'homme est un créateur, la femme est une créature » : autant dire que cette division des rôles a des racines très profondes (voir aussi à ce sujet « &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-07-29-Les-arts-du-spectacle-une-affaire-d-hommes&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les arts du spectacle, une affaire d'hommes&lt;/a&gt; », Les blogs du Diplo, 29 juillet 2009). Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;, toujours, Maria Schneider, covedette avec Marlon Brando du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dernier tango à Paris&lt;/i&gt; de Bernardo Bertolucci, sorti en 1972 et dans lequel, comme dit &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Dernier_Tango_à_Paris&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une tablette de beurre devint célèbre&lt;/i&gt; », raconte, elle, que, durant le tournage, Bertolucci lui a à peine adressé la parole : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il a fait le film avec Marlon.&lt;/i&gt; » Une autre lui fait écho : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tout le cinéma n'est qu'un énorme fantasme masculin.&lt;/i&gt; » Trente-cinq ans plus tard, le constat, à peu de choses près, reste valable. La seule différence notable, c'est peut-être que plus personne, ou presque, n'y trouve sérieusement à redire.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;P.-S.&lt;/strong&gt; : une précision importante de Valérie de Saint-Do, de &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Cassandre/Horschamp&lt;/a&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Il existe un &#8220;âge du consentement&#8221; du mineur à des relations sexuelles, de 15 ans en France, de 16 en Grande-Bretagne, de... 13 ! en Espagne. En ce cas les relations sexuelles sont légales, mais les parents restant détenteurs de l'autorité parentale, ils peuvent porter plainte pour détournement de mineur. Le jugement ne s'appuie pas alors sur le fait qu'il y ait des relations sexuelles mais sur les incidences qu'ont ces relations sur le comportement du mineur (fuite du domicile parental par exemple). Et il existe des cas où ces relations restent punissables, en cas de subordination du mineur (prof/élève par exemple). Dans la confusion générale où on confond quand même beaucoup pédophilie et relations avec mineurs, ça me semble important à préciser. Et ça ne change rien au fond du sujet qui est de reconnaître l'adolescente ou la femme comme sujet de son désir ou de son non-désir. Mais comme son désir fait peur, il s'agit aussi de ne pas cautionner la répression sexuelle exercée envers des adolescentes (et très rarement des adolescents, sauf s'ils sont homosexuels !) qui ont atteint l'âge du consentement. »&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Pardon, mais il n'y a pas que « Siné Hebdo »</title>
		<link>http://peripheries.net/article319.html</link>
		<dc:date>2008-09-18T16:56:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Médias</dc:subject>
		<dc:subject>Travail / Chômage</dc:subject>

		<description>Ils sont marrants, quand même, tous ces gens, avec leur air de croire que c'est la première fois qu'un viré de Charlie Hebdo fonde son propre journal ! A l'époque où il est devenu clair que la cohabitation entre l'équipe et son rédacteur en chef allait devenir de plus en plus éprouvante, mais que ce ne serait pas le rédacteur en chef qui s'en irait &#8212; bien qu'il soit, comme le remarque fort justement son actuel adjoint Charb, « celui qui ressemble le moins au journal » &#8212;, Olivier Cyran, contrairement à ses (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot8.html" rel="tag"&gt;Travail / Chômage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ils sont marrants, quand même, tous ces gens, avec leur air de croire que c'est la première fois qu'un viré de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; fonde son propre journal ! A l'époque où il est devenu clair que la cohabitation entre l'équipe et son &lt;a href=&quot;http://valestderetour.wordpress.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;rédacteur en chef&lt;/a&gt; allait devenir de plus en plus éprouvante, mais que ce ne serait pas le rédacteur en chef qui s'en irait &#8212; bien qu'il soit, comme le remarque fort justement son actuel adjoint Charb, « &lt;a href=&quot;http://www.leplanb.org/videotheque/charlie-se-fait-hara-kiri-2.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;celui qui ressemble le moins au journal&lt;/a&gt; » &#8212;, Olivier Cyran, contrairement à ses petits camarades, a décidé de se mettre en règle avec ses convictions : tirant un trait sur quelque dix années au cours desquelles il avait été la meilleure plume politique de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt;, il a pris ses cliques et ses claques. Il est parti à Marseille, et il a rejoint la petite bande qui s'apprêtait à créer le mensuel &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;CQFD&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; - pour « ce qu'il faut dire, détruire, découvrir ».&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/img_UNE_59-2.jpg' width='160' height='236' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_717 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;Ils sont marrants, quand même, tous ces gens, avec leur air de croire que c'est la première fois qu'un viré de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; fonde son propre journal ! A l'époque où il est devenu clair que la cohabitation entre l'équipe et son &lt;a href=&quot;http://valestderetour.wordpress.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;rédacteur en chef&lt;/a&gt; allait devenir de plus en plus éprouvante, mais que ce ne serait pas le rédacteur en chef qui s'en irait &#8212; bien qu'il soit, comme le remarque fort justement son actuel adjoint Charb, « &lt;a href=&quot;http://www.leplanb.org/videotheque/charlie-se-fait-hara-kiri-2.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;celui qui ressemble le moins au journal&lt;/a&gt; » &#8212;, Olivier Cyran, contrairement à ses petits camarades, a décidé de se mettre en règle avec ses convictions : tirant un trait sur quelque dix années au cours desquelles il avait été la meilleure plume politique de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt;, il a pris ses cliques et ses claques. Il est parti à Marseille, et il a rejoint la petite bande qui s'apprêtait à créer le mensuel &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;CQFD&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; - pour « ce qu'il faut dire, détruire, découvrir ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cinq ans plus tard, annonçant qu'ils ont « atteint les limites de l'abnégation », les zozos lancent un appel : « &lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org/spip.php?article1776&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;L'abonnement ou l'abandon&lt;/a&gt; ». Ils réclament deux mille nouveaux abonnés d'ici novembre. C'est peu dire qu'ils les méritent. Soyons très clairs : qu'ils doivent porter à bout de bras un journal de cette qualité, ce n'est pas normal. Ça ne peut tenir qu'à un défaut de publicité &#8212; raison pour laquelle on se permet ces modestes signaux de fumée périphériques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt; doit continuer parce que c'est un vrai journal, bien pensé, bien écrit, et qui n'oublie pas de perpétuer une tradition de la presse un peu tombée en désuétude, mais qui ne manque pas de charme : l'information. Parce qu'il y a un moment où la chronique ou la satire ne suffisent plus si par ailleurs on ne se soucie pas aussi d'élargir le champ, de disputer aux médias leur compte rendu du monde, au lieu de simplement le commenter &#8212; ce qui revient à les laisser fixer seuls le cadre du débat. C'est ce que fait &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt;, qui plus est à partir du prisme marseillais, ce qui change agréablement de l'actualité parisiano-centrée.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Evidemment, ce que le journal montre de la réalité française et, parfois, internationale, est rarement joyeux et rassurant : on défie quiconque, par exemple, de ne pas sortir le ventre noué de la rencontre, ce mois-ci, avec l'épouse française d'un sans-papiers turc expulsé. Mais, en même temps, il se mêle à l'accablement procuré par leurs informations le soulagement de les voir imprimées noir sur blanc, de voir exposé l'envers du décor. Que ceux qui trouveraient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt; déprimant se plantent devant Carla Bruni chez Drucker, ou qu'ils prêtent l'oreille aux anecdotes censément divertissantes dont sont désormais truffés les programmes d'information de France-Inter, et on en reparlera.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/chien-rouge.gif' width='100' height='123' style='float: right; border-width: 0px; width:100px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_718 spip_documents spip_documents_right' /&gt;D'autant que le journal est loin de laisser aux « grands médias » le monopole de la réflexion sur le bonheur, dont il se fait une idée nettement moins indigente et plus stimulante. L'utopie, l'agitation d'idées, l'expérimentation sociale y occupent une place non négligeable. C'est dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt; qu'on a pu lire le « &lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.ouvaton.org/imprimersans.php3?id_article=402&amp;amp;nom_site=CQFD,%20journal%20de%20critique%20sociale&amp;amp;url_site=http://www.cequilfautdetruire.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Manifeste des chômeurs heureux&lt;/a&gt; », venu d'Allemagne (le texte a été publié en livre aux &lt;a href=&quot;http://www.editionslechienrouge.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;éditions Le Chien Rouge&lt;/a&gt;, mais il est malheureusement épuisé). En matière de « chômage heureux », l'équipe sait de quoi elle parle, et constitue à cet égard ce que certains appelleraient une « avant-garde de situation » passionnante (même si elle doit être un peu sportive à vivre...). L'ensemble, loin des coteries et des calculs partisans, donne une mise à plat des questions de société &#8212; les vraies, pas les hochets qu'agitent les éditorialistes &#8212; introuvable ailleurs, un mélange rageur et tonique dont on n'a aucune envie de devoir se sevrer. N'ayez pas peur du chien rouge, ce n'est pas pour vous qu'il montre les crocs. Si vous vous y prenez convenablement, avec un peu de chance, peut-être même qu'il vous laissera lui gratter le ventre.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Guillemets : Jouffroy, Illouz, Lequesne</title>
		<link>http://peripheries.net/article313.html</link>
		<dc:date>2007-07-29T15:01:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		

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		<description>« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la Warner) quels étaient les grands auteurs américains de leur temps. Faulkner lui répondit posément : John Dos Passos, Ernest Hemingway, Willa Cather et moi. Pour la petite histoire, ajoutons que Clark Gable s'écria sans malice : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tiens ! Vous écrivez, monsieur Faulkner ?&lt;/i&gt;&#8221; Avec la même ingénuité, Faulkner lui demanda en retour : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous, monsieur Gable, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Vitoux, « Viva Willa ! », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 5 avril 2007&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la Warner) quels étaient les grands auteurs américains de leur temps. Faulkner lui répondit posément : John Dos Passos, Ernest Hemingway, Willa Cather et moi. Pour la petite histoire, ajoutons que Clark Gable s'écria sans malice : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tiens ! Vous écrivez, monsieur Faulkner ?&lt;/i&gt;&#8221; Avec la même ingénuité, Faulkner lui demanda en retour : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous, monsieur Gable, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Vitoux, « Viva Willa ! », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 5 avril 2007 - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/ecrits/fictions/jouffroy_res.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/resnullius.gif' width='120' height='190' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_684 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;« La fois suivante je l'ai invité à dîner. Chinois. Pour le tigre. Se barbouiller les doigts de crevettes au sel et au poivre, l'espionner dans ses choix. Poulet au curry ! Mais quelle banalité Arnaud, regarde un peu mieux, canard sauce thaï, essaye ! Echappe-toi, sois curieux. Ça pique ? Sûrement, comme les orties, traîtreusement, tu ramasses des boutons d'or dans un pré et tout à coup ta main foisonne d'un essaim de fourmillements, le canard thaï c'est pareil, tu l'attaques, tu ne sens pas tout de suite et puis le parfum et le piment t'envahissent. Je n'ai jamais cueilli de boutons d'or. Dommage. Tu crois que c'est un handicap majeur dans la vie ? Ce qui est grave c'est de ne pas avoir appris à se piquer avec des orties, les boutons d'or fanent vite, leurs pétales commencent à se disperser dans ta main et le lendemain matin ils sont étalés sur la table en dessous du vase comme une pluie d'or, sur les tiges il ne reste que les étamines. Et la piqûre d'orties ? Elle est passée avec les fleurs fanées. Le soir ma mère nous faisait de la soupe avec. Les boutons d'or ? Mais non grand dadais, la soupe de boutons d'or c'est pour les petites filles qui jouent à la dînette, de la soupe aux orties. Tu racontes n'importe quoi, c'est des manigances de pythies, on ne fait pas de soupe avec les orties. Bien sûr que si, et délicieuse en plus, ça ressemble un peu à de la soupe à l'oseille. Jamais mangé non plus. Mais qu'est-ce que tu manges ? De la soupe Liebig en boîte, du jambon, des pâtes, et du fromage blanc. C'est tout ? A peu près. Jamais de restaurant ? Jamais, sauf le MacDo. &lt;br /&gt;Normal qu'il ne sache pas faire l'amour, peut-être qu'en commençant par des vapeurs, cinq merveilles, je parviendrai à l'introduire dans un monde plus sensuel. Comment vivre sans boutons d'or ni soupe aux orties. Sans pudding de Noël noir comme du cirage, confit de raisins et d'écorces d'oranges : pendant la guerre on n'avait rien de ce qu'il fallait pour le préparer mais Mamie se servait de pommes de terre à la place de la farine, de figues sèches à la place des raisins, trouvait un fond de cognac ou d'armagnac et ça marchait ! Et le reste aussi marchait, malgré la guerre. A cause du pudding, des valeurs de désir à conserver. Le pudding de guerre de ma grand-mère aussi dérisoire dans sa fonction d'ersatz que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Verfügbar aux enfers&lt;/i&gt; de Germaine Tillon à Ravensbrück. » &lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pomme Jouffroy, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/ecrits/fictions/jouffroy_res.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Res nullius&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article24.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;(Cinq) sens&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/illouz.jpg' width='120' height='181' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_683 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« Selon Erving Goffman, quand deux personnes sont en présence l'une de l'autre, elles échangent deux types d'informations : celles qu'elles donnent et celles qui leur échappent. D'après lui, dans une rencontre réelle, ce sont les informations qui échappent aux gens qui sont essentielles, et non celles qu'ils donnent volontairement. Les informations que les gens laissent échapper malgré eux, si l'on peut dire, dépendent beaucoup de la façon dont ils utilisent leur corps (voix, yeux, posture), ce qui veut dire qu'une grande partie de nos interactions sont une sorte de négociation entre ce que nous contrôlons consciemment et ce qui échappe à notre contrôle. Cet écart, dans les interactions corporelles, entre ce que nous disons, l'image que nous voulons donner de nous-mêmes, et ce qui échappe à notre contrôle, veut dire qu'il est difficile de décrire les aspects les plus importants de notre moi à l'aide de mots, étant donné que c'est précisément ce dont nous ne sommes pas conscients qui a le plus de chances de produire une impression significative sur la personne que nous rencontrons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eva Illouz, « Réseaux amoureux » (étude sur les sites de rencontre en ligne), in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les sentiments du capitalisme&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/chklovski.jpg' width='120' height='200' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_682 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« En reprenant les thèses de Vladimir Propp, Rafael Pividal admet implicitement que tout sujet d'&#339;uvre littéraire est construit lui-même d'une certaine manière, possède une certaine structure. En fait, pour Propp l'ensemble de ces structures-sujets semble être fini et dénombrable - il en fournit une liste exhaustive - proposition qui heurte curieusement le sens commun de nombre d'apprentis écrivains, alors que nul apprenti musicien ne se scandalise autrement de ne devoir composer le plus souvent qu'avec une douzaine de notes. Mais dès 1916, le même Victor Chklovski, qui fut un des maîtres de Vladimir Propp, en tirait un important corollaire : observant les coïncidences existant entre contes espacés parfois de plusieurs milliers d'années ou de kilomètres, il concluait (dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Art comme procédé&lt;/i&gt;) : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les coïncidences ne peuvent s'expliquer que par l'existence de lois spécifiques de l'affabulation. On aura beau admettre des emprunts, on n'expliquera pas l'existence de contes identiques à des milliers de kilomètres de distance.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En réalité les contes se désagrègent et se recomposent constamment en vertu de lois spécifiques et encore ignorées qui régissent l'affabulation.&lt;/i&gt;&#8221; (...)
&lt;br /&gt;Aussi, avant d'annoncer la mort du roman et d'entreprendre (ou de reprendre) l'exploration d'autres voies narratives, peut-on se demander si, de même que le conte a manqué disparaître faute de conteurs pour en perpétuer la tradition orale, le roman n'est pas menacé simplement de périr faute de romanciers exercés au métier, et si la crise du sujet précédemment évoquée ne relève pas tout bonnement d'une pure question de technique.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;Les formalistes russes, force est de le constater, ne sont pas beaucoup mieux vus en France qu'ils ne le furent en leur temps en Union soviétique. Le seul fait de chercher à décrire les principes généraux qui gouvernent la composition d'un objet littéraire nous paraît une atteinte intolérable à la liberté de créer, et se préoccuper de la forme d'une &#339;uvre plutôt que de son contenu une attitude profondément réactionnaire. Le fait est d'autant plus étrange que le contraire paraît généralement admis dans tous les autres domaines des arts, y compris au cinéma. Il paraît encore plus singulier, si l'on songe que la littérature la plus en vogue actuellement en France - la littérature anglo-saxonne - a assimilé depuis longtemps la leçon des formalistes et ne se prive pas d'en appliquer, justement, ce qu'elle prend pour des recettes. Les universités américaines dispensent un enseignement pratique de la littérature, des écrivains y partagent leur expérience et leur métier : on peut y apprendre à écrire une nouvelle ou un roman, aussi bien qu'à résoudre des problèmes de physique par des méthodes d'analyse numérique. Mieux encore : alors même que les travaux de Vladimir Propp demeurent objets de suspicion en France, on les voit triompher à l'échelle (inter)planétaire, au terme d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Guerre des étoiles&lt;/i&gt; qui, de l'aveu même de son réalisateur, en utilise toutes les ressources. &lt;br /&gt;Quant à Kenzaburo Oe, prix Nobel de littérature, voici ce qu'il écrivait dans un &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/1998/12/OE/11473&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;article&lt;/a&gt; paru dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; en 1998 : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'Union soviétique a disparu, plusieurs de ses mouvements intellectuels si brillants des années 20 ou 30 gardent toute leur pertinence et font partie intégrante du patrimoine vivant du XXe siècle. Cela s'applique au formalisme russe. Disons, pour simplifier les choses, que les mots de l'écriture littéraire, par un procédé que les formalistes russes appelaient &lt;/i&gt;ostranenie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;- rendre autre -, retardent la transmission du sens et rendent cette transmission plus longue. Ce procédé permet de redonner aux mots la résistance qu'ont les choses elles-mêmes au toucher.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Or je dois confesser ici que ma vision du roman ou de la littérature en général se fonde sur cette théorie de l'&lt;/i&gt;ostranenie.&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Paul Lequesne, « Victor Chklovski au secours de la littérature française ? », postface à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Technique du métier d'écrivain&lt;/i&gt; de Victor Chklovski - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article29.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Création&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Amis, dessous la cendre</title>
		<link>http://peripheries.net/article310.html</link>
		<dc:date>2007-05-01T18:36:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>21 avril 2002</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>Amis &lt;br /&gt;Dessous la cendre &lt;br /&gt;Le feu &lt;br /&gt;Va tout brûler &lt;br /&gt;La nuit &lt;br /&gt;Pourrait descendre &lt;br /&gt;Dessus &lt;br /&gt;Nos amitiés &lt;br /&gt;Voilà que d'autres bras tendus &lt;br /&gt;S'en vont strier nos aubes claires &lt;br /&gt;Voilà que de jeunes cerveaux &lt;br /&gt;Refont le lit de la charogne &lt;br /&gt;Amis &lt;br /&gt;Dessous la cendre &lt;br /&gt;Le feu &lt;br /&gt;Va tout brûler &lt;br /&gt;La nuit &lt;br /&gt;Pourrait descendre &lt;br /&gt;Dessus &lt;br /&gt;Nos amitiés &lt;br /&gt;Voilà que d'autres bras tendus &lt;br /&gt;S'en vont strier nos aubes claires &lt;br /&gt;Voilà que de jeunes cerveaux &lt;br /&gt;Refont le lit de la charogne &lt;br /&gt;Nous allons compter les pendus &lt;br /&gt;Au couchant d'une autre après-guerre &lt;br /&gt;Et vous saluerez (...)


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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot19.html" rel="tag"&gt;21 avril 2002&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot12.html" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Amis
&lt;br /&gt;Dessous la cendre
&lt;br /&gt;Le feu
&lt;br /&gt;Va tout brûler&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La nuit
&lt;br /&gt;Pourrait descendre
&lt;br /&gt;Dessus &lt;br /&gt;Nos amitiés&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voilà que d'autres bras tendus
&lt;br /&gt;S'en vont strier nos aubes claires
&lt;br /&gt;Voilà que de jeunes cerveaux
&lt;br /&gt;Refont le lit de la charogne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/utgeroyo.jpg' width='98' height='150' style='float: right; border-width: 0px; width:98px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_669 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Amis
&lt;br /&gt;Dessous la cendre
&lt;br /&gt;Le feu
&lt;br /&gt;Va tout brûler&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La nuit
&lt;br /&gt;Pourrait descendre
&lt;br /&gt;Dessus &lt;br /&gt;Nos amitiés&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voilà que d'autres bras tendus
&lt;br /&gt;S'en vont strier nos aubes claires
&lt;br /&gt;Voilà que de jeunes cerveaux
&lt;br /&gt;Refont le lit de la charogne&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous allons compter les pendus
&lt;br /&gt;Au couchant d'une autre après-guerre
&lt;br /&gt;Et vous saluerez des drapeaux
&lt;br /&gt;En priant debout
&lt;br /&gt;Sans vergogne&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Amis, dessous la cendre...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La nouvelle chasse est ouverte
&lt;br /&gt;Cachons nos rires basanés
&lt;br /&gt;Les mots s'effacent sous les poings
&lt;br /&gt;Et les chansons sous les discours&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si vos lèvres sont entrouvertes
&lt;br /&gt;Un ordre viendra les souder
&lt;br /&gt;Des gamins lâcheront les chiens
&lt;br /&gt;Sur les aveugles
&lt;br /&gt;Et sur les sourds&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je crie &lt;br /&gt;Pour me défendre
&lt;br /&gt;A moi, les étrangers
&lt;br /&gt;La vie est bonne à prendre
&lt;br /&gt;Et belle à partager&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les massacres s'accumulent
&lt;br /&gt;Votre mémoire s'atrophie
&lt;br /&gt;Et la sinistre marée noire
&lt;br /&gt;Couvre à nouveau notre avenir&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous cherchez dans le crépuscule
&lt;br /&gt;L'espérance de la survie
&lt;br /&gt;Les bruits de bottes de l'Histoire
&lt;br /&gt;N'éveillent pas vos souvenirs&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Amis, dessous la cendre...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Paroles et musique de Serge Utgé-Royo, à écouter &lt;a href=&quot;http://www.utgeroyo.com/chansons/amis.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;sur son site&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>« La vie est un manège »</title>
		<link>http://peripheries.net/article308.html</link>
		<dc:date>2007-02-03T21:36:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>Voilà un livre que devraient accueillir avec soulagement les femmes qui ne souhaitent pas avoir d'enfant, et dont la décision, même lorsqu'elle est aussi solidement enracinée qu'un baobab, doit essuyer le typhon permanent de la pression sociale. Même si on ne partage pas toutes les références de l'auteure, on n'a pas trop les moyens de faire la fine bouche, tant la littérature sur ce sujet est rare. Et puis, l'essentiel y est : elle met noir sur blanc tous les arguments de simple bon sens qu'on avait en (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Voilà un livre que devraient accueillir avec soulagement les femmes qui ne souhaitent pas avoir d'enfant, et dont la décision, même lorsqu'elle est aussi solidement enracinée qu'un baobab, doit essuyer le typhon permanent de la pression sociale. Même si on ne partage pas toutes les références de l'auteure, on n'a pas trop les moyens de faire la fine bouche, tant la littérature sur ce sujet est rare. Et puis, l'essentiel y est : elle met noir sur blanc tous les arguments de simple bon sens qu'on avait en tête - ce qui fait du bien - et y ajoute quelques autres.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/devienne.jpg' width='120' height='196' style='float: left; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_665 spip_documents spip_documents_left' /&gt;Voilà un livre que devraient accueillir avec soulagement les femmes qui ne souhaitent pas avoir d'enfant, et dont la décision, même lorsqu'elle est aussi solidement enracinée qu'un baobab, doit essuyer le typhon permanent de la pression sociale. Même si on ne partage pas toutes les références de l'auteure, on n'a pas trop les moyens de faire la fine bouche, tant la littérature sur ce sujet est rare. Et puis, l'essentiel y est : elle met noir sur blanc les arguments de simple bon sens qu'on avait en tête - ce qui fait du bien - et y ajoute quelques autres. Petite, Emilie Devienne avait rendu visite avec sa mère à une amie de la famille qui venait d'accoucher, et qui lui avait demandé : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Et toi, quand tu seras grande, tu veux beaucoup d'enfants ?&lt;/i&gt; » « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sans penser mal me comporter, je répondis que je ne voulais pas d'enfant du tout.&lt;/i&gt; » L'amie avait alors suggéré à sa mère de la montrer au pédiatre - conseil qui, heureusement, n'avait pas été écouté... Elle répertorie les diverses réactions auxquelles elle a eu droit au fil du temps ; à vingt ans : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh ! tu es jeune, tu peux encore changer d'avis. C'est normal, pour le moment tu as tes études.&lt;/i&gt; » A trente ans : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si tu rencontres vraiment l'homme de ta vie, tu changeras d'avis.&lt;/i&gt; » A quarante : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oh, avec les progrès de la médecine, tu peux attendre encore un peu. Mais pas trop longtemps, non plus...&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/gala.jpg' width='200' height='275' style='float: right; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_666 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Et encore : c'est sans parler de la pression médiatique. Prenons ne serait-ce que les hebdomadaires de cette semaine. Prolongeant les cocoricos suscités par les bonnes performances françaises en matière de natalité, qui, en janvier, ont retenti sur toutes les antennes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Paris-Match&lt;/i&gt; réunit sur une photo, posant devant la mairie avec leur bébé dans les bras, les 19 femmes d'un petit village de Mayenne ayant accouché au cours de l'année 2006. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gala&lt;/i&gt; constelle sa couverture de vignettes représentant des femmes célèbres avec leur enfant, sous le titre : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Leurs enfants d'abord : elles veulent être des mères parfaites !&lt;/i&gt; » On s'interroge d'ailleurs sur l'utilité d'en faire un dossier, tant les propos du genre « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ma famille avant tout&lt;/i&gt; », ou « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis une actrice, mais je suis avant tout une mère&lt;/i&gt; », sont le discours obligé de toutes les célébrités interviewées dans la presse féminine et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;people&lt;/i&gt;, où le mot « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mère&lt;/i&gt; » appelle immanquablement l'adjectif « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;épanouie&lt;/i&gt; » - à croire que, dans ces rédactions, on dispose de logiciels de traitement de texte spéciaux, qui font l'association automatiquement. Ainsi, quand on tourne la page, en sortant du dossier « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mères parfaites&lt;/i&gt; », c'est pour changer radicalement de registre, avec une grande interview de Lorie, titrée : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je commence à songer à la maternité&lt;/i&gt; » (à 24 ans, il serait temps, en effet). On notera au passage que l'idole des cours de récréation n'a pas convoqué la presse pour lui annoncer la nouvelle en grande pompe : ce sont les journalistes qui lui demandent si, comme ses cons&#339;urs, elle ne compte pas bientôt « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mettre sa carrière entre parenthèses pour devenir maman&lt;/i&gt; »...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les seuls intermèdes répertoriés par nos soins dans ce matraquage remontent à... 2001. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marie Claire&lt;/i&gt; avait alors publié un dossier tout à fait honnête intitulé « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne veux pas d'enfant, et alors ?&lt;/i&gt; » (octobre 2001). Traitant du même sujet au même moment, mon magazine favori, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Elle&lt;/i&gt;, sans doute le plus fanatique parmi les féminins « haut de gamme » dans l'injonction à la maternité, produisait un article (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sans enfants et contents de l'être&lt;/i&gt; », 10 septembre 2001) bien plus tendancieux, présentant les couples concernés comme des aigris immatures et intolérants qui ne supportaient pas le bruit et le désordre. Histoire d'enfoncer le clou, un encadré répertoriait les propos les plus odieux (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;âmes sensibles s'abstenir !&lt;/i&gt; ») tenus à propos des enfants sur les forums Internet des associations de « childfree ». Bref, une vision des choses d'une hénaurme subtilité, et pas du tout idéologique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur,
&lt;br /&gt;mais plutôt d'honnêteté et de lucidité
&lt;br /&gt;par rapport à ses propres
&lt;br /&gt;priorités et dispositions&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que tous les gens qui n'ont pas d'enfant soient soupçonnés de ne pas les aimer, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cela signifie-t-il que tous les gens qui ont des enfants les aiment ?&lt;/i&gt; » interroge Emilie Devienne, que son expérience de journaliste, et la simple attention à l'actualité, ont confrontée à de nombreux témoignages du contraire. Surtout, elle rappelle cette évidence : on peut très bien aimer les enfants, s'aimer soi-même, se réjouir pour ses proches quand ils deviennent parents, s'attendrir devant les bébés de son entourage, sans pour autant avoir envie d'en concevoir et d'en élever soi-même. Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur, mais plutôt d'honnêteté et de lucidité par rapport à ses propres priorités et dispositions - le contraire, d'ailleurs, de l'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;immaturité&lt;/i&gt; » si souvent reprochée aux réfractaires à la maternité... En outre, il faut avoir une vision bien indigente de la vie et des relations humaines pour s'imaginer que l'enfantement serait la seule manière de nouer des liens forts, de laisser une trace ou d'assurer une transmission - sans pour autant se croire obligée de remporter trois prix Nobel pour racheter ce refus coupable : autre piège que l'auteure pointe à raison. Elle-même est la belle-mère de deux adolescentes dont elle est très proche, et avec qui elle a établi des rapports qui lui conviennent à merveille : elle n'aurait pas aimé, dit-elle, s'occuper d'enfants à plein temps, et le fait avec d'autant plus de bonheur qu'elle n'y est pas obligée.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On se souvient aussi de ce récit, lu dans un magazine (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cosmopolitan&lt;/i&gt;, septembre 2006), d'une jeune femme qui, enfant, était partie en vacances avec une amie chez la tante de celle-ci. A la descente d'avion, elle avait découvert que la tante en question était Sabine Azéma - l'une des rares actrices qui, lorsqu'on l'interroge à ce sujet dans les interviews, assume sereinement son choix de ne pas être devenue mère. La jeune femme se souvenait de l'influence que la comédienne avait eue dans sa vie, au cours de ces vacances qui s'étaient répétées plusieurs années de suite : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sabine nous a loué une petite caméra et nous a poussées à écrire des scénarios qu'on tournait après. On passe des heures à chercher des déguisements au marché. Sabine a réservé une petite voiture, mais, comme elle déteste rouler, elle reste des heures derrière un camion et on hurle de rire. On n'est pas des enfants, elle n'est pas une adulte, c'est de la magie. Des vacances à la Monsieur Hulot, surtout pas de McDo, mais des salons de thé ambiance &#8220;Arsenic et vieilles dentelles&#8221;, un jardin d'hôtel plutôt que le square bondé. Sabine nous offre des objets extraordinaires, des toupies de New York, des crayons d'Angleterre. Et surtout, elle nous insuffle son sens du bonheur.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le « destin biologique »
&lt;br /&gt;est à deux embranchements&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Utile distinction à laquelle procède Emilie Devienne : ne pas être mère et ne pas avoir l'intention de le devenir ne revient pas forcément à être une « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;anti-mère&lt;/i&gt; ». Cela n'empêche pas, par exemple, de s'élever contre l'ambivalence que témoigne la société à l'égard des mères, à la fois glorifiées et méprisées, par exemple quand on leur dénie toute capacité intellectuelle ou créatrice, &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article254.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;jugée incompatible avec la fonction reproductrice&lt;/a&gt;. Cela n'implique pas non plus que l'on souhaite passer toute sa vie dans l'éther des idées - même si on s'y trouve bien et qu'on souhaite se réserver un temps suffisant pour y séjourner - et que l'on méprise les basses tâches matérielles : on peut prendre plaisir à soigner son intérieur, et partager la révolte d'une &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article50.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Annie Leclerc&lt;/a&gt; devant la dévalorisation dont font l'objet les tâches domestiques, tout en sachant qu'elles perdraient tout attrait à nos yeux si elles devenaient des nécessités tyranniques, et s'il fallait s'y consacrer dans une urgence permanente. Sans compter que le travail ménager continue de peser avant tout sur les femmes - les statistiques sur les parts de temps respectives qui y sont consacrées dans le couple sont impitoyables à ce sujet. Et que, de ce côté-là, l'arrivée d'un enfant peut créer un déséquilibre inattendu entre le père et la mère : comme le fait remarquer une sociologue spécialiste de ces questions, on tombe rarement amoureuse d'un homme parce que son art de passer l'aspirateur nous a éblouie...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La cohorte de procès d'intention et de préjugés auxquels s'expose une femme qui ne souhaite pas « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;passer par la case maternité&lt;/i&gt; », la réprobation ou le harcèlement plus ou moins déguisés qu'elle s'attire - et devant lesquels elle a intérêt à garder son calme, tout accès de colère risquant d'être interprété comme une confirmation des soupçons qui pèsent sur elle ! - révèlent un refus persistant, dans des sociétés pourtant considérées comme modernes, d'admettre que féminité et maternité puissent ne pas se confondre. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi estime-t-on qu'une femme n'est jamais tout à fait une femme si elle n'a pas eu d'enfant, tandis que l'on ne dira jamais d'un homme qu'il n'est pas tout à fait un homme s'il n'est jamais devenu père ?&lt;/i&gt; » interroge Emilie Devienne. Un jeune père de mon entourage, que, par curiosité, j'interrogeais avec tact et discrétion (enfin... j'espère) sur l'origine de leur désir d'enfant, à lui et à sa compagne, invoqua son désir à elle, et me fit avec le plus grand naturel cette réponse sidérante : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chez les femmes, je crois que ça vient du ventre.&lt;/i&gt; » Etrange... Parce que, si on veut se lancer dans cet exercice périlleux qui consiste à faire parler la biologie, la réponse ne me semble pas du tout aussi évidente que cela. Après tout, la capacité de porter un enfant n'est pas la seule caractéristique qui distingue les femmes des hommes : il y a aussi le clitoris, seul organe du corps humain qui n'ait pas d'autre utilité que le plaisir - et qui suscite d'ailleurs dans toutes les régions du monde une vindicte remarquable, allant de la simple réprobation ou répression à la mutilation plus ou moins sanglante. Si les femmes ont un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;destin biologique&lt;/i&gt; », il serait donc plutôt à deux embranchements. Et si on voulait faire un peu de mauvais esprit, on pourrait dire que ce sont plutôt les hommes qui sont assignés à la procréation, puisqu'ils peuvent rarement jouir sans émettre de la semence, ces lourdauds...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est tellement plus simple
&lt;br /&gt;de faire ce qu'on attend de nous »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que, pour la plupart des femmes qui font le choix de s'engager dans cette expérience, le fait de porter un enfant dans leur ventre pendant neuf mois crée avec lui un lien d'une nature particulière - pas forcément plus fort, mais peut-être plus viscéral que celui du père -, c'est plausible. Mais pourquoi celles qui n'ont pas envie de réaliser cette possibilité devraient-elles en être affectées ? Emilie Devienne cite un article de Geneviève Serre paru dans la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article88.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'Autre&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ; s'étant penchées, avec un préjugé défavorable que son enquête avait démenti, sur les femmes qui refusaient la maternité, la psychiatre remarquait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un élément marquant est qu'il n'y a jamais eu de regret face à ce choix. Celui-ci a été fait très tôt, à l'adolescence, et même s'il a été interrogé au cours de leur vie, il donne le sentiment d'une décision très forte sans ambivalence, sans souffrance.&lt;/i&gt; » De quoi dissiper un peu la terreur que m'avait laissée le film de Woody Allen &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une autre femme&lt;/i&gt;, dans lequel une intellectuelle sans enfants voyait sa vie s'écrouler la cinquantaine venue, et prenait conscience du manque que lui avait laissé son refus de la maternité. Tout compte fait, ce n'était peut-être pas là le reflet d'une implacable réalité, mais seulement de la légère tendance à la misogynie que laisse parfois transparaître ce cher vieux Woody...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour expliquer cette conviction, si répandue chez nos contemporains, qu'on ne peut être pleinement femme que si on est mère, Emilie Devienne suggère de ne pas négliger des explications qui, au premier abord, feraient sourire, comme cette croyance archaïque, encore bien ancrée d'après elle dans l'inconscient collectif, selon laquelle « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en étant mère, la femme se nettoie de ce corps impur qui ne serait que sexe sans cette mission céleste&lt;/i&gt; ». Oui - parce qu'il y a aussi ça : ne pas vouloir être mère, c'est prendre le risque de passer pour une nymphomane à la vie pathologiquement dissolue. Ou alors, pour une frigide inapte aux plaisirs de la chair. Charmante alternative, non ? Malgré tout, Emilie Devienne invite, une fois qu'on est sûre d'avoir bien réfléchi, à faire confiance à son intime conviction, et à résister aux pressions, même si, parfois, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est tellement plus simple de faire ce qu'on attend de nous&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle déplore que le choix de ne pas être mère soit toujours perçu négativement, alors qu'il est le plus souvent vécu par les intéressées de façon positive. Une vie sans enfants, dit-elle, offre tout autant de moments intenses qu'une vie avec enfants. Elle ne fragilise pas les couples, pas plus qu'elle ne rend leur existence ennuyeuse (au contraire, parfois) : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'amour était une science exacte, ça se saurait.&lt;/i&gt; » Mais, en même temps, elle plaide pour que l'on prenne au sérieux la part de pessimisme qui peut aussi entrer dans ce choix. Ainsi, si elle est consciente que d'autres femmes et hommes ont une vision avant tout confiante et optimiste de la vie, elle doit reconnaître que ce n'est pas son cas : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand je vois des nouveau-nés attendrissants dormir à poings fermés dans leur &lt;/i&gt;cosy&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, je ne peux m'empêcher de songer à ce qui les attend : études, boulot, chômage, santé, maladie, amour, désamour...&lt;/i&gt; » Alors que la plupart des gens, quand on invoque la dureté des temps, balaient cet argument d'un revers de main (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et la première guerre mondiale, tu crois que c'était marrant ?&lt;/i&gt; »), elle affirme que, oui, il est légitime, si c'est ainsi que l'on perçoit les choses, de ne pas vouloir projeter un enfant dans un monde où le climat se déglingue, où la violence sociale grandit, où le racisme et l'intolérance se répandent et se banalisent, où des salariés dorment sous les ponts : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne sommes pas égaux devant notre ressenti face à l'incertitude du lendemain.&lt;/i&gt; » Elle-même confie sa difficulté à dénouer le paradoxe qui consiste à « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;trouver la vie dure tout en la donnant par amour&lt;/i&gt; ». Etant donné son enchevêtrement d'horreur et de beauté, qui pourrait prétendre trancher pour les autres le débat sur le sens de la vie, et leur imposer un optimisme forcé ? Ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, chez ceux qui refusent d'être parents, un certain hédonisme au quotidien, ni même une passion de la vie, un refus absolu de se sacrifier ou de forcer leur nature, qui motivent tout autant leur choix : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La vie est un manège et nous ne sommes pas obligés d'enfourcher tous les chevaux.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;b&gt;Emilie Devienne, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Etre femme sans être mère - Le choix de ne pas avoir d'enfant&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, Robert Laffont, 2007, 190 pages, 18 euros.&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Guillemets : Vidal, Swiatly, Donner</title>
		<link>http://peripheries.net/article307.html</link>
		<dc:date>2007-01-21T16:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>


		<description>« &#8220;Arbeit macht frei&#8221; : le travail libère. C'est la phrase écrite à l'entrée du camp d'Auschwitz. Et c'est malheureusement le slogan choisi par Tommaso Coletti, président de la province de Chieti, pour les dépliants et les encarts publicitaires vantant les Centres pour l'emploi. &#8220;Le travail rend libre. Je ne me souviens pas où j'ai lu cette phrase, écrit M. Coletti dans la publicité, mais c'est une de ces citations qui vous frappent immédiatement parce qu'elles renferment une immense vérité.&#8221; (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;« &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Arbeit macht frei&lt;/i&gt;&#8221; : le travail libère. C'est la phrase écrite à l'entrée du camp d'Auschwitz. Et c'est malheureusement le slogan choisi par Tommaso Coletti, président de la province de Chieti, pour les dépliants et les encarts publicitaires vantant les Centres pour l'emploi. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail rend libre. Je ne me souviens pas où j'ai lu cette phrase&lt;/i&gt;, écrit M. Coletti dans la publicité, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mais c'est une de ces citations qui vous frappent immédiatement parce qu'elles renferment une immense vérité&lt;/i&gt;.&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Repubblica&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;, Milan, reproduit dans &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Courrier international&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; du 7 septembre 2006&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Arbeit macht frei&lt;/i&gt;&#8221; : le travail libère. C'est la phrase écrite à l'entrée du camp d'Auschwitz. Et c'est malheureusement le slogan choisi par Tommaso Coletti, président de la province de Chieti, pour les dépliants et les encarts publicitaires vantant les Centres pour l'emploi. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail rend libre. Je ne me souviens pas où j'ai lu cette phrase&lt;/i&gt;, écrit M. Coletti dans la publicité, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mais c'est une de ces citations qui vous frappent immédiatement parce qu'elles renferment une immense vérité&lt;/i&gt;.&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Repubblica&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;, Milan, reproduit dans &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Courrier international&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; du 7 septembre 2006 - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article30.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Politique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Lire-et-penser-ensemble.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/vidal.jpg' width='120' height='167' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_664 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;« Pourquoi les lecteurs présupposent-ils qu'un livre a du sens, n'est pas qu'un tissu de non-sens, et mérite d'être publié et lu ? Pourquoi un livre éveille-t-il de l'intérêt chez les lecteurs ? (...) Ne serait-ce pas que le &#8220;sens&#8221; se définit dans la rencontre du désir d'un lecteur qui le présuppose - et, pour ainsi dire, le projette - et d'un texte doué de certaines caractéristiques, dont la détermination est elle-même problématique, cette rencontre intervenant dans des contextes changeants qui contribuent à transformer le désir du lecteur et le sens du texte, nécessairement ouvert en cela à des interprétations multiples et variables (ce qui n'exclut pas une certaine &#8220;stabilité&#8221; ou &#8220;objectivité&#8221; dont il conviendrait de penser la nature, les limites et les conditions de possibilité) ? Faut-il au contraire penser qu'il est possible de définir le sens ultime d'un texte, son noyau de sens, lequel permettrait d'en déterminer la valeur objective qui ne serait ainsi pas relative et contextuelle (chacun, selon les circonstances, trouvant ou non dans le texte l'occasion de bricoler du sens et de l'utiliser comme une boîte à outils) ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jérôme Vidal, &lt;/strong&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Lire-et-penser-ensemble.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Lire et penser ensemble&lt;/a&gt; - Sur l'avenir de l'édition indépendante et la publicité de la pensée critique&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article10.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Culture&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'autre n'est plus pour moi la clé du paradis, mais un compagnon de paradis. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marianne, 43 ans, restauratrice de tableaux, « Peut-on aimer sans souffrir ? », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marie-Claire&lt;/i&gt;, février 2007 - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Assise à la table de réunion, souvent, il me semble n'avoir rien à dire. Pas la peur de dire - non - le rien à dire. Quelque chose d'absent dans ma tête, des idées qui ne parviennent pas à former des mots ou des phrases. Chaque réunion comme une partie de cartes que je n'oserais pas interrompre. Demander des précisions sur la règle du jeu serait l'aveu de mon ignorance. J'envie l'assurance de ces hommes qui savent, voix forte et cigarette à la main. Alors je les écoute, hommes qui disent et qui font. Qui connaissent le nom des politiques, le nom des responsables de projet, le nom des financeurs. Ils savent et ils disent. Se mettent debout quand il faut convaincre et en imposent avec leur organe vocal. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fabienne Swiatly, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gagner sa vie&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article17.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Sexes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Sur la quatrième de couverture de son livre, Philippe Val pose sept questions brèves qui sont comme les sept sceaux de la connaissance : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'aventure humaine touche-t-elle à sa fin ? L'homme du XXIe siècle agit-il librement ? L'athéisme est-il un tabou ? L'amour nous éloigne-t-il de la guerre ? Les singes sont-ils fascistes ? Pourquoi avons-nous peur ? Comment être un homme des Lumières aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;On est saisi, intimidé, par l'importance de ces questions, et on ne peut s'empêcher de songer aussitôt à la question, la huitième, celle qui les résume toutes : &#8220;Est-ce que le ridicule tue ?&#8221; &lt;br /&gt;Philippe Val étant directeur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, on pourrait croire à un gag. Mais non. Depuis longtemps déjà, l'avatar d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hara-Kiri &lt;/i&gt;mensuel a pris sa devise au premier degré, il est devenu bête et méchant, et seul le sérieux qu'il y met prête encore à sourire. &lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;&#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rien ne me prédestinait à écrire ce livre&lt;/i&gt;&#8221;, annonce Philippe Val, ébloui par l'inattendu enfantement de ce monument. Elevé chez les Oratoriens, il aurait dû rester idiot, catho, facho, mais voilà qu'un jour, en allant faire pipi au côté d'un condisciple, &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans l'enthousiasme du soulagement&lt;/i&gt;&#8221;, lui vient la révélation que Dieu n'existe pas. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ce lieu d'aisances m'a été ce que le chemin de Damas fut à saint Paul.&lt;/i&gt;&#8221; Alléluia ! Voilà donc Fifi le Terrassé, contraint &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'arrêter net ses études à 17 ans pour faire de la musique, des chansons et du théâtre&lt;/i&gt;&#8221;. Mais ne croyez pas qu'il va se désintéresser de la culture, au contraire : Montaigne, Spinoza, Shakespeare, Freud, Schopenhauer, Deleuze, tous y passent et conduisent, que dis-je, destinent le jeune athée à écrire cet incroyable &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité de savoir-survivre&lt;/i&gt;. C'est l'&#339;uvre d'un homme à part, décidément, un homme libre qui n'hésite pas à braver ses origines sociales et culturelles pour affirmer avec force qu'il a &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;conscience d'avoir conscience&lt;/i&gt;&#8221;, formule qu'il répète une cinquantaine de fois, comme pour la réinventer. C'est qu'on s'autorise beaucoup quand on est libre. &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La liberté n'est rien d'autre que le chemin à parcourir pour accroître nos possibilités d'être heureux.&lt;/i&gt;&#8221;
&lt;br /&gt;Pour Philippe Val, le sommet de la liberté de jouir à laquelle chacun de nous aspire, c'est l'amour aux chandelles, avec une bouteille de &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Château Pétrus sur la table de nuit&lt;/i&gt;&#8221;. Dommage, il n'y a pas de &#8220;Château Pétrus&#8221; (Pétrus est un seigneur qui n'a pas besoin de titre), mais on aura repéré au passage l'influence de Michel Onfray. Les grands esprits jouisseurs se rencontrent. Val, c'est du Onfray, mais en plus simple, si c'est possible, encore plus facile à comprendre, une sorte de vulgarisation de la vulgarisation qui n'est pas dépourvue d'une certaine vulgarité. C'est le risque quand on veut plaire : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lecteur, si mon livre te donne l'intuition que la joie est moins inaccessible qu'il n'y paraît, j'aurai atteint mon but.&lt;/i&gt;&#8221; C'est beaucoup nous demander en effet, que notre joie demeure à la lecture de ce traité. Le désagréable, ce n'est pas l'inculture ou l'erreur - nous sommes assez grands pour ouvrir de vrais livres - c'est l'arrogance et le bruit qu'elle fait. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Christophe Donner, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt;, 13 janvier 2007 &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;(lire aussi sur ce site « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article187.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'obscurantisme beauf&lt;/a&gt; »)&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article20.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Médias&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Reconquérir les coachs populaires</title>
		<link>http://peripheries.net/article305.html</link>
		<dc:date>2006-11-28T07:34:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet et Thomas Lemahieu</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>21 avril 2002</dc:subject>
		<dc:subject>Constitution européenne</dc:subject>
		<dc:subject>Médias</dc:subject>

		<description>Le 16 novembre dernier, alors que les militants socialistes se rendent aux urnes pour désigner leur candidat(e) à l'élection présidentielle, à Paris se déroule cette scène, rapportée par Le Monde (18 novembre) : « Valérie Moissonnier, jolie femme bien mise, coach en entreprise, âgée de 45 ans, et pro-Ségolène, explose devant le secrétaire de la section du 20e qui tente d'ordonner les files de votants, rue du Cambodge. &#8220;De quel droit vous me tutoyez ? Je ne vous connais pas. J'ai élevé les cochons avec personne. Et (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot19.html" rel="tag"&gt;21 avril 2002&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot13.html" rel="tag"&gt;Constitution européenne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot2.html" rel="tag"&gt;Médias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Le 16 novembre dernier, alors que les militants socialistes se rendent aux urnes pour désigner leur candidat(e) à l'élection présidentielle, à Paris se déroule cette scène, rapportée par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (18 novembre) : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Valérie Moissonnier, jolie femme bien mise, coach en entreprise, âgée de 45 ans, et pro-Ségolène, explose devant le secrétaire de la section du 20e qui tente d'ordonner les files de votants, rue du Cambodge. &#8220;De quel droit vous me tutoyez ? Je ne vous connais pas. J'ai élevé les cochons avec personne. Et pourquoi vous m'appelez &#8220;camarade&#8221; ? On n'est pas chez les communistes. J'ai amené plein de jeunes femmes au PS avec moi, elles disent, c'est quoi ces dinosaures ? C'est pour ça que ça doit bouger. On est venues là pour gagner.&#8221;&lt;/i&gt; »&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 16 novembre dernier, alors que les militants socialistes se rendent aux urnes pour désigner leur candidat(e) à l'élection présidentielle, à Paris se déroule cette scène, rapportée par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (18 novembre) : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Valérie Moissonnier, jolie femme bien mise, coach en entreprise&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-1&quot; name=&quot;nh6-1&quot; id=&quot;nh6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Voir, sur le site du Journal du management, son article « Ce (...)' &gt;1&lt;/a&gt;)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, âgée de 45 ans, et pro-Ségolène, explose devant le secrétaire de la section du 20e qui tente d'ordonner les files de votants, rue du Cambodge. &#8220;De quel droit vous me tutoyez ? Je ne vous connais pas. J'ai élevé les cochons avec personne. Et pourquoi vous m'appelez &#8220;camarade&#8221; ? On n'est pas chez les communistes. J'ai amené plein de jeunes femmes au PS avec moi, elles disent, c'est quoi ces dinosaures ? C'est pour ça que ça doit bouger. On est venues là pour gagner.&#8221;&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le même soir, dans l'émission « A vous de juger » sur France 2, Charles Rey, ouvrier aux Ateliers Thomé-Génot à Nouzonville dans les Ardennes, un moustachu bien mis lui aussi, licencié d'entreprise, âgé de 51 ans, explose à son tour. Deux heures que, devant un panel de « vrais gens », François Bayrou, Jean-Marie Le Pen, Patrick Devedjian et Arnaud Montebourg, porte-parole de Ségolène Royal, tournent, avec courtoisie, à coup d'&#339;illades, autour du pot de l'« immigration »... Alors, Charlie hurle qu'il est là parce que ça doit changer, qu'il est venu là pour gagner : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous parlez des immigrés, vous n'avez que ce mot à la bouche, mais nous, notre problème, ce ne sont pas les immigrés, c'est le fric, ce sont les actionnaires qui aujourd'hui nous font perdre notre emploi&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-2&quot; name=&quot;nh6-2&quot; id=&quot;nh6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Lire dans L'Humanité : « Je peux t'embrasser, Charlie ? » (21 (...)' &gt;2&lt;/a&gt;)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques heures plus tard, Ségolène Royal, gagnante du scrutin interne au PS, fait cette déclaration : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je mesure aussi le fait de recevoir cet élan, d'être choisie de cette façon-là, c'est quelque chose d'extraordinaire. Je pense que le peuple français a écrit cette histoire. C'est le peuple qui s'est mis en mouvement, ce sont les militants de base qui se sont mis en mouvement et qui aujourd'hui me donnent cette force, me donnent cet élan.&lt;/i&gt; » Elle ne néglige qu'un détail, et les commentateurs avec elle : il n'est pas du tout certain que les adhérents du Parti socialiste, anciens ou nouveaux, soient « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le peuple&lt;/i&gt; ». Non seulement ils sont faibles en nombre et sociologiquement peu représentatifs de la population française, mais la capacité de leur candidate à se rallier les millions d'électeurs des milieux populaires aujourd'hui en déshérence est plus que douteuse.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la pensée socialiste,
&lt;br /&gt;la figure de l'individu,
&lt;br /&gt;fortement teintée de méritocratie,
&lt;br /&gt;se substitue à celle de l'ouvrier&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ce que montre l'enquête de Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La société des socialistes&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-3&quot; name=&quot;nh6-3&quot; id=&quot;nh6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, La société des socialistes : le PS (...)' &gt;3&lt;/a&gt;)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;.&lt;/i&gt; La disparition des ouvriers comme sujets de l'histoire, et de la conscience de classe afférente, est certes indéniable, mais elle semble offrir aux socialistes un prétexte rêvé pour éluder ou minimiser la souffrance sociale, et pour occulter les rapports d'exploitation toujours à l'&#339;uvre : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ils déplorent les inégalités sans vraiment identifier pleinement ceux qui en souffrent (sinon en se référant à la catégorie des &#8220;exclus&#8221;) et dénoncent des privilèges sans désigner ceux qui en jouissent.&lt;/i&gt; » Dans la pensée du parti, la figure de l'individu, fortement teintée de méritocratie, se substitue à celle de l'ouvrier : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les socialistes tendent à penser de moins en moins l'ordre social comme un tout et de plus en plus la société comme une agrégation d'individus.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/societe.jpg' width='140' height='212' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_655 spip_documents spip_documents_right' /&gt;A une époque où « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de plus en plus de sociologues et d'économistes soulignent la faiblesse de la mobilité sociale ascendante et la tendance à la &#8220;restratification&#8221; de la société française&lt;/i&gt; », une telle idéologie - puisque c'en est une, après tout - parle forcément davantage aux électeurs issus d'un milieu favorisé. Les auteurs soulignent d'ailleurs que les classes moyennes salariées elles-mêmes - les enseignants, notamment - désertent les rangs socialistes, et que le parti « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;reçoit en revanche l'appui électoral croissant des cadres et professions intellectuelles supérieures dont il n'est pas censé défendre les intérêts sociaux. Les ambiguïtés de la ligne politique socialiste en matière fiscale traduisent bien ces tensions&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Constitué de militants qui en sont de plus en plus rarement issus, le PS tend à ne plus appréhender les « catégories dominées » que sous le registre « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de leur incompétence, de leur immaturité voire de leur aliénation&lt;/i&gt; ». Le sociologue Michel Wieviorka estime ainsi que le rôle de la gauche est d'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aider les couches populaires à remonter dans le train de la modernité&lt;/i&gt; »... « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les élites socialistes&lt;/i&gt;, écrivent Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;partagent des représentations des catégories populaires relativement homogènes : le peuple est jugé &#8220;rétif&#8221; aux changements, à la &#8220;modernisation&#8221;, à l'adaptation à la mondialisation, inapte à la compréhension de la &#8220;complexité&#8221; du monde.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette manière de disqualifier sans complexes l'électorat populaire, on en trouve une parfaite illustration dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les tabous de la gauche&lt;/i&gt;, le livre que Renaud Dély, rédacteur en chef au service politique de&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Libération&lt;/i&gt;, vient de publier chez Bourin Editeur (ça ne s'invente pas). Le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, qui a fait la campagne du « non » et figure parmi les cibles de prédilection de l'auteur, qualifie joliment l'ouvrage de bréviaire de la « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;social-bobocratie&lt;/i&gt; » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-4&quot; name=&quot;nh6-4&quot; id=&quot;nh6-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(4) Ecouter le débat sur son blog.' &gt;4&lt;/a&gt;). La gauche, estime Dély, aurait tort de se prendre le chou outre mesure avec la populace : l'un de ses chapitres s'intitule « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;relativiser le Graal des classes populaires&lt;/i&gt; ». Ailleurs, il déplore que Lionel Jospin n'ait jamais « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;clamé explicitement que c'est la mondialisation elle-même qui permet de rénover et de renforcer notre modèle social en le tirant vers le haut&lt;/i&gt; ». Nul doute que cette affirmation, que rien, dans le livre, ne vient étayer, sera d'un grand réconfort, par exemple, pour Charles Rey et les autres ouvriers licenciés de chez Thomé-Génot, victimes du fonds d'investissement américain Catalina.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Une telle société
&lt;br /&gt;est injuste, explosive,
&lt;br /&gt;elle n'est pas réaliste »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans leur livre, Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki mettent aussi en relief la virtualisation croissante du Parti socialiste, devenu un parti « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hors-sol&lt;/i&gt; », suspendu aux sondages et aux enquêtes d'opinion, dédaigneux de l'expérience quotidienne de ses militants : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le registre du témoignage apparaît démonétisé dans la vie partisane : le &#8220;bon&#8221; militant n'est plus celui qui apporte un éclairage sur ses conditions sociales d'existence ou les difficultés qu'il rencontre dans le milieu social qu'il connaît ou qu'il côtoie, mais celui qui &#8220;opine&#8221; et fait valoir une argumentation informée.&lt;/i&gt; » Le PS s'enferme dans sa bulle médiatique : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si le &#8220;terrain&#8221; est valorisé, il est peu pratiqué. L'idée que le parti peut se passer de militants et que les médias comptent plus que la mobilisation militante semble de plus en plus admise par les cadres socialistes.&lt;/i&gt; » La récente « vague » d'adhésions au PS par Internet ne dément pas cette analyse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/tabous.jpg' width='140' height='220' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_656 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Ce décollage du réel, Renaud Dély en présente tous les symptômes, lui aussi. Il ricane de voir certains socialistes parler de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rupture avec le libéralisme&lt;/i&gt; » comme ils parlaient autrefois de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rupture avec le capitalisme&lt;/i&gt; ». Que la situation, en trente ans, ait pu se dégrader considérablement, et que les effets concrets du libéralisme puissent se faire sentir avec une acuité de moins en moins supportable pour une part toujours plus grande de la population, l'idée ne semble pas l'effleurer. Que diable viendraient faire des éléments de réalité dans les analyses d'un journaliste politique, je vous le demande. Ce qui ne l'empêche pas de n'avoir, comme Alain Finkielkraut ou Philippe Val, que les mots « réel » et « réalité » à la bouche - à croire que, plus on est barré dans sa tête, plus on a tendance à faire un usage compulsif de ce registre lexical. Il y aurait presque de quoi vous donner envie de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article15.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;réécrire un livre&lt;/a&gt;. Ses chapitres s'intitulent « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Une leçon de réel&lt;/i&gt; », ou « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comment la gauche a quitté le monde réel&lt;/i&gt; » ; on y lit que la gauche française s'est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fracassée sur la muraille du réel &lt;/i&gt; ». Ou encore : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le réel a la peau dure : mieux vaut le savoir pour l'aménager, et l'améliorer, plutôt que de l'ignorer pour s'en aller combattre des moulins à vent.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Confronté à Renaud Dély lors d'un débat (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-5&quot; name=&quot;nh6-5&quot; id=&quot;nh6-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(5) « La gauche doit-elle être plus réaliste ? », Témoignage chrétien, 19 octobre (...)' &gt;5&lt;/a&gt;) organisé par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Témoignage chrétien&lt;/i&gt;, le journaliste de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt; Michel Soudais faisait à ces admonestations obscènes la réponse de simple bon sens qu'elles appelaient : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La question posée à la gauche est relativement simple. Doit-elle se contenter de corriger les effets négatifs d'une société de marché qui concentre toujours plus les pouvoirs et les richesses entre les mains de quelques-uns, au détriment du plus grand nombre et de l'intérêt général ? Et s'accommoder d'une société où le chômage et la précarité sont tenus pour inévitables, où les inégalités se creusent, où le fait d'avoir un travail ne permet plus toujours de se loger et de vivre dignement, où les discriminations sont monnaie courante, où les hommes et les femmes sont les jouets de décisions qui leur échappent ? &#8220;Une telle société est injuste, explosive, elle n'est pas réaliste&#8221;, affirme, avec raison, le programme&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-6&quot; name=&quot;nh6-6&quot; id=&quot;nh6-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(6) Voir, sur le site Alternative à gauche 2007, « Ce que nous voulons (...)' &gt;6&lt;/a&gt;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;adopté ce week-end par les collectifs pour une candidature unitaire antilibérale.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Renaud Dély,
&lt;br /&gt;la gauche antilibérale
&lt;br /&gt;n'a pas pour vocation
&lt;br /&gt;de répondre à l'urgence sociale,
&lt;br /&gt;mais de satisfaire le caprice
&lt;br /&gt;de « révolutionnaires de pacotille »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sauf que la gauche antilibérale, justement, est l'obsession de Renaud Dély. La fureur qu'elle lui inspire rend la lecture de son livre très divertissante. Cette gauche est née de la campagne référendaire ; or, pour lui, le 29 mai représente un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;épisode glaçant&lt;/i&gt; », « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'un des événements les plus terrifiants survenus dans l'histoire de la gauche française&lt;/i&gt; ». Le scandale de ce résultat ne peut s'expliquer, à ses yeux, que par l'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;arrogance nationale&lt;/i&gt; » : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Seuls contre tous, et contre tous les autres partis sociaux-démocrates européens, les tenants du &#8220;non&#8221; ont prétendu détenir la vérité et ont entrepris de l'imposer aux autres&lt;/i&gt; », s'indigne-t-il. Eh, oui ! Croyez-le ou non, mais on a posé une question à ces gens, et ils ont eu l'arrogance de répondre. Ils ont eu l'arrogance de réfléchir à la question posée. Ils ont eu l'arrogance de donner leur avis. Sous le futile prétexte qu'ils représentaient 55% de l'électorat, ils se sont crus autorisés à « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;imposer ce résultat aux autres&lt;/i&gt; ». Ils se croient en démocratie, ou quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si massive soit-elle, la « réalité » de l'injustice, de la violence et de la souffrance sociales n'a pas l'heur de retenir l'attention de Renaud Dély, qui est bien trop occupé à taper sur l'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;extrême gauche&lt;/i&gt; » pour se pencher sérieusement sur l'état du pays - pas de temps à perdre avec ça. Pour lui, c'est plié : le programme de la gauche antilibérale n'a pas pour vocation de répondre à cette urgence en sachant que, si elle ne le fait pas, c'est l'extrême droite qui, tôt ou tard, s'en chargera - et qu'un mandat de Royal ne ferait, au meilleur des cas, que retarder un peu l'échéance ; non : ce programme n'existe que pour satisfaire le caprice de ceux qu'il appelle les « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;révolutionnaires de pacotille&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Etonnante, tout de même, l'espèce de panique intolérante que semble susciter chez lui toute égratignure, ou toute velléité d'égratignure à l'ordre établi. A croire que le libéralisme, c'est lui qui l'a inventé. Ainsi, il fait ce « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;constat stupéfiant&lt;/i&gt; » : c'est dingue, mais tout le monde ne pose pas, comme lui, un regard placide et satisfait sur l'état actuel du monde. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En 2006, cinquante ans après le rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline, dix-sept ans après la chute du Mur de Berlin, quinze ans après la dissolution de l'Empire soviétique&lt;/i&gt;, se désole-t-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le marxisme et tous ses lointains adeptes continuent d'obstruer les consciences &lt;/i&gt;(sic)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; de la gauche française. Après avoir cautionné tant et tant d'erreurs, justifié de si graves fautes, validé d'innombrables revirements, les communistes et assimilés (trotskistes, gauchistes, altermondialistes, etc.) non seulement n'ont pas &#8220;fait repentance&#8221;, pratique collective devenue ordinaire dans l'histoire politique contemporaine, mais continuent d'exercer un magistère - discret mais bien réel - sur la conscience de la gauche française. Une sorte de surmoi marxiste se permet de prétendre encore régenter, ou du moins juger, voire invalider, pensées et attitudes du camp réformiste.&lt;/i&gt; » Qu'on se permette de faire un peu de mauvais esprit sur la pensée réformiste, et le totalitarisme n'est plus très loin, en effet.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La gratuité, &lt;br /&gt;cette « vache sacrée
&lt;br /&gt;qui handicape la gauche
&lt;br /&gt;et l'englue dans
&lt;br /&gt;le coma de la pensée » (sic)&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le livre suinte, ici, et là, un puritanisme rance, par exemple quand il évoque avec une condescendance pincée Michel Onfray : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il peut amuser du point de vue de la vitalité qu'il inspire, et de l'énergie qu'il dégage, mais le succès remporté par sa philosophie hédoniste inquiète au regard de la superficialité des ressorts politiques sur lesquels il s'appuie.&lt;/i&gt; » Ailleurs, Dély s'en prend violemment à la &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article196.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;gratuité&lt;/a&gt;, qualifiée de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cancer qui ronge l'harmonie de la société contemporaine et nuit à la vie en collectivité&lt;/i&gt; », ainsi que de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vache sacrée qui handicape la gauche et l'englue dans le coma de la pensée&lt;/i&gt; » (sic). Inutile de s'emmerder à distinguer les gratuités marchandes (la presse gratuite) des gratuités non-marchandes (bénévolat, Web citoyen...) ou financées par l'impôt (services publics), puisque c'est bien « la » gratuité qui « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fait perdre à toute une génération de jeunes la notion de coût, voire d'effort&lt;/i&gt; ». Au passage, couplet inévitable sur le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;flux continu déversé sans entraves ni garantie par le Web et qui contribue chaque jour un peu plus à niveler par le bas le contenu, la qualité et l'authenticité de l'information&lt;/i&gt; », alors que Renaud Dély se donne tellement de mal pour les niveler par le haut, c'est vraiment trop injuste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre péché majeur de la gauche antilibérale, selon lui : elle est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;verbeuse&lt;/i&gt; ». « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un quart de siècle après l'accession de François Mitterrand à l'Elysée, Alzheimer continue de sévir : verbe grandiloquent, lyrisme naïf et déni de réalité règnent toujours en maîtres.&lt;/i&gt; » Tout discours qui décolle un tant soit peu de la médiocrité ambiante déchaîne son agressivité. En vertu d'un raisonnement mystérieux dont il ne livre hélas pas les méandres, il semble associer l'éloquence à un passéisme ridicule. A cet égard, il faut du moins lui reconnaître le mérite de la cohérence : son livre nous inflige de bout en bout une prose de tâcheron (se reporter au paragraphe précédent) dont on ne peut que saluer la courageuse modernité.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La gauche antilibérale parle bien, sans doute. Mais elle a une autre qualité : elle entend. De manière exemplaire tant sur la forme que sur le fond, Ségolène Royal vient de lancer la première phase de sa campagne d'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;écoute des Français&lt;/i&gt; » en soumettant au « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;peuple&lt;/i&gt; » une série de quatre thèmes sur lesquels elle ramassera les dissertations : l'éducation, l'environnement, la sécurité et l'inénarrable « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vie chère&lt;/i&gt; ». Non seulement cette démarche dénote un incroyable mépris des innombrables outils de connaissance du monde social existants, mais il faut un culot certain pour clamer à toutes les tribunes son intention d'« écouter », quand, précisément, au cours des dernières années, on n'a rien voulu entendre sur la question sociale, grande absente des thèmes de campagne socialistes. Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki relèvent dans leur livre la constance avec laquelle le PS « amortit » les coups de semonce qui devraient l'amener à des remises en cause : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le choc électoral de 2002 a été bien &#8220;amorti&#8221; tout comme le seront ces événements &#8220;extérieurs&#8221; que sont la victoire du &#8220;non&#8221; au référendum sur le TCE - y compris au sein de l'électorat socialiste - ou les émeutes urbaines de l'automne 2005, qui semblent n'avoir eu que bien peu d'effets sur le parti.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les déconvenues du gouvernement ont, quant à elles, rétabli la croyance dans la probabilité d'une alternance qui pourrait intervenir sans changements profonds du parti.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Reste que si le PS est en situation de remporter l'élection présidentielle de 2007, c'est très largement pour des raisons qui ne lui appartiennent pas et tout semble réuni pour un nouveau cycle de déceptions.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_657 spip_documents spip_documents_left' style='float: left; width: 250px;'&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/ottchose.jpg' width='250' height='333' style='border-width: 0px;' alt=&quot;(JPG)&quot; /&gt;&lt;div class='spip_doc_titre'&gt;&lt;strong&gt;La Une du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; et une image de Ne Pas Plier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
Le prisme médiatique impose sa vision au point que certains se sont d'ores et déjà résignés à ce « bipartisme à l'américaine », et projettent de voter Royal, soit en se persuadant qu'elle apporte réellement un vent de nouveauté, soit par détermination à contrer la droite et l'extrême droite. Ce calcul se comprend, mais il n'est pas certain qu'il soit bon. Au cours de la campagne référendaire, &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article57.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Frédéric Lordon&lt;/a&gt; avait défini avec une franchise méritoire ce qui distinguait le PS de l'UMP : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La grande politique, c'est celle qui fixe les structures principales, macro-économiques, à l'intérieur desquelles le jeu économique et social va se développer. Une fois que ces grandes structures ont été posées, ont été configurées, alors, presque la totalité de la dynamique économique et sociale s'en trouve déterminée.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Première grande structure : la concurrence généralisée, c'est-à-dire la déréglementation des marchés de biens et de services. Deuxième grande structure : la libre circulation des capitaux et la libéralisation financière. Troisième grande structure : la monnaie unique. Une fois que ceci a été posé, les marges de man&#339;uvre qui restent à la politique sont quasiment risibles, et là on rentre dans le champ de ce que j'appelle la politique résiduelle. D'une certaine manière on pourrait dire que la politique résiduelle et les alternances qui vont avec, ça porte sur la taille de la serpillière qu'on va passer.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, voilà : UMP petite serpillière, Parti socialiste grande serpillière.&lt;/i&gt; » Or, jusqu'ici, si Ségolène Royal s'est imposée sur la scène médiatique, si on s'est accordé à la trouver « moderne » et à lui attribuer des chances de battre la droite, c'est parce qu'elle a proposé de réduire encore la taille de la serpillière, ou du moins qu'elle a bien fait comprendre qu'elle y pensait très fort. Tout en cautionnant et en reprenant à son compte les gages sécuritaires par lesquels l'UMP s'emploie à faire diversion des vraies questions.
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Idéalement, « gauche antilibérale », ça devrait être tautologique, mais, puisque ça ne l'est pas, il va bien falloir inventer autre chose (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb6-7&quot; name=&quot;nh6-7&quot; id=&quot;nh6-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(7) Lire le texte « Ambition - Stratégie - Candidatures ».' &gt;7&lt;/a&gt;). On ne voit pas comment ça pourrait se faire sans difficultés ni dissensions ; on le voit d'autant moins que les partis et organisations auxquels cette tâche incombe n'ont pas forcément les épaules aussi larges qu'on pourrait le souhaiter : ils sont handicapés par des défiances mutuelles aussi viscérales que dogmatiques, par ce réflexe suicidaire qui amène à mettre la cause au service de l'appareil plutôt que l'inverse, par une socialisation militante qui peut nuire à la hauteur de vue. Ils sont devant une responsabilité historique, et il faut espérer qu'ils sauront comprendre que parfois, c'est en acceptant de se fondre dans un ensemble plus vaste que l'on peut jouer le rôle le plus décisif. Mais, quoi qu'il en soit, qu'est-ce qui vaut mieux : la vacuité ou la dangerosité des projets politiques des grands partis (ou la dangerosité de leur vacuité), portés par des appareils efficaces et des médias acquis, ou un projet politique solide, nécessaire, urgent, légitime, porté par un attelage fragile ? La seconde option ne mériterait-elle pas un minimum d'attention, d'efforts, de bienveillance ?&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;et &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Thomas Lemahieu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-1&quot; name=&quot;nb6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Voir, sur le site du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Journal du management&lt;/i&gt;, son article « &lt;a href=&quot;http://management.journaldunet.com/0312/031219_coaching.shtml&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Ce qu'est le coaching&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-2&quot; name=&quot;nb6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Lire dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanité&lt;/i&gt; : « &lt;a href=&quot;http://www.humanite.fr/journal/2006-11-21/2006-11-21-840687&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Je peux t'embrasser, Charlie ?&lt;/a&gt; » (21 novembre 2006), « &lt;a href=&quot;http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-11-18/2006-11-18-840565&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les beaux parleurs et la priorité de l'emploi&lt;/a&gt; » (18 novembre) et « &lt;a href=&quot;http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-11-10/2006-11-10-840185&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Vous nous avez laissé tomber&lt;/a&gt; » (10 novembre).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-3&quot; name=&quot;nb6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La société des socialistes : le PS aujourd'hui&lt;/i&gt;, Editions du Croquant, octobre 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-4&quot; name=&quot;nb6-4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) Ecouter le &lt;a href=&quot;http://www.jean-luc-melenchon.fr/article/blogview/135/1/1/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;débat&lt;/a&gt; sur son blog.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-5&quot; name=&quot;nb6-5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) « &lt;a href=&quot;http://www.temoignagechretien.fr/journal/ar_article.php?num=3223&amp;amp;categ=Monde&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La gauche doit-elle être plus réaliste ?&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Témoignage chrétien&lt;/i&gt;, 19 octobre 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-6&quot; name=&quot;nb6-6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;) Voir, sur le site Alternative à gauche 2007, « &lt;a href=&quot;http://www.alternativeagauche2007.org/spip.php?rubrique584&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Ce que nous voulons&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh6-7&quot; name=&quot;nb6-7&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;) Lire le texte « &lt;a href=&quot;http://www.alternativeagauche2007.org/spip.php?article222&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Ambition - Stratégie - Candidatures&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Guillemets : Domecq, Delacomptée, Despentes</title>
		<link>http://peripheries.net/article304.html</link>
		<dc:date>2006-11-22T08:26:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
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		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>


		<description>« Dans le même registre de clichés interprétatifs usités par la critique artistique et littéraire, le mot &#8220;ironie&#8221; semble avoir un effet magique : il suffit de le proférer pour qu'il donne de l'intérêt à tout, à défaut de montrer tout d'un autre &#339;il, ce qui est tout de même l'effet révélateur de l'art. Ceux qui en abusent n'ont donc pas remarqué que des intentions ironiques, nous en rencontrons beaucoup, même chez les gosses, mais toute intention ironique produit-elle une ironie de valeur ? (...) Quant au (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;« Dans le même registre de clichés interprétatifs usités par la critique artistique et littéraire, le mot &#8220;ironie&#8221; semble avoir un effet magique : il suffit de le proférer pour qu'il donne de l'intérêt à tout, à défaut de montrer tout d'un autre &#339;il, ce qui est tout de même l'effet révélateur de l'art. Ceux qui en abusent n'ont donc pas remarqué que des intentions ironiques, nous en rencontrons beaucoup, même chez les gosses, mais toute intention ironique produit-elle une ironie de valeur ? (...) Quant au second degré sur les clichés de notre vie quotidienne - comme sur les images de stars, de pub et de télévision qu'agrandit et met en série Warhol, par exemple -, il est suffisamment faible, en l'occurrence, par insuffisance d'invention formelle, par décalque quasiment repris de l'image copiée, pour nous laisser presque aussi ennuyés devant les tableaux de Warhol que devant les mêmes photos de stars, billets de dollars, boîtes de lessive, documents de pub, de magazines et de médias. Sans compter que c'est faire la part belle aux clichés que de tant nous les resservir au second degré. Comme si nous n'étions pas conscients des clichés qu'infusent les images du marché et de la télé. Images de surface, et nous devrions leur vouer notre profondeur de champ ?&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/situation.jpg' width='120' height='168' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_653 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« Dans le même registre de clichés interprétatifs usités par la critique artistique et littéraire, le mot &#8220;ironie&#8221; semble avoir un effet magique : il suffit de le proférer pour qu'il donne de l'intérêt à tout, à défaut de montrer tout d'un autre &#339;il, ce qui est tout de même l'effet révélateur de l'art. Ceux qui en abusent n'ont donc pas remarqué que des intentions ironiques, nous en rencontrons beaucoup, même chez les gosses, mais toute intention ironique produit-elle une ironie de valeur ? (...) Quant au second degré sur les clichés de notre vie quotidienne - comme sur les images de stars, de pub et de télévision qu'agrandit et met en série Warhol, par exemple -, il est suffisamment faible, en l'occurrence, par insuffisance d'invention formelle, par décalque quasiment repris de l'image copiée, pour nous laisser presque aussi ennuyés devant les tableaux de Warhol que devant les mêmes photos de stars, billets de dollars, boîtes de lessive, documents de pub, de magazines et de médias. Sans compter que c'est faire la part belle aux clichés que de tant nous les resservir au second degré. Comme si nous n'étions pas conscients des clichés qu'infusent les images du marché et de la télé. Images de surface, et nous devrions leur vouer notre profondeur de champ ? Nous n'y attachons aucune importance, et il faudrait que l'art nous remette le nez dessus, au lieu de nous montrer comment nous longeons et traversons ces images à tout moment pour percevoir autre chose, avec ou malgré elles ? »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Philippe Domecq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La situation des esprits&lt;/i&gt;, entretiens avec Eric Naulleau&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article10.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est à cause de cela que l'on se révolte : parce que l'on voit ou parce que l'on pressent d'autres réels possibles, pensables, praticables, à côté ou au-delà de ce qui envahit le champ de vision de la plupart. Il ne faut jamais s'en laisser conter par ce qui a l'air d'être là. Par &#8220;La&#8221; réalité : ce singulier est singulièrement totalitaire. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Philippe Domecq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La situation des esprits&lt;/i&gt;, entretiens avec Eric Naulleau&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article30.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ricardou avait craché le morceau en énonçant, dans les années soixante, que &#8220;l'écriture du roman&#8221; serait désormais &#8220;le roman de l'écriture&#8221;. Comme si, depuis &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Don Quichotte&lt;/i&gt;, au bas mot, le roman ne s'était pas toujours interrogé sur lui-même, sur sa fabrique. La différence, c'est que, pendant un quart de siècle, on a fait du roman sur le roman, on a multiplié les textes où l'auteur écrit sur le fait d'être en train d'écrire le texte que vous êtes en train de lire - équivalent de ce que j'ai appelé la tendance de &#8220;l'Art sur l'art&#8221; dans l'art moderne et contemporain. Alors, évidemment, dans ce contexte pour le moins sclérosé entre nombril d'auteur et nombril de narrateur, Houellebecq déboule et plonge le lecteur dans ce qui semble être aujourd'hui le monde le plus évident : le monde de l'entreprise, le tourisme international, la sexualité de kiosque, les codes de séduction branchée, les codes d'Internet directement injectés au vocabulaire, les dernières vulgarisations scientifiques, les modes comportementales et vestimentaires et les dernières modes de langage. Ce &#8220;monde d'aujourd'hui&#8221; à nul autre pareil et dont l'époque se gargarise, ce &#8220;monde-désormais&#8221;, Houellebecq nous le sert, et le gros public croit s'y retrouver. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Philippe Domecq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La situation des esprits&lt;/i&gt;, entretiens avec Eric Naulleau&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article10.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ce qui vous donne faim dans le roman, c'est sa dimension &#8220;omnivore&#8221;, comme l'écrit Marthe Robert dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Roman des origines et origines du roman&lt;/i&gt;. Le roman est un instrument de connaissance qui va au-delà de ce que l'on croit connaître et comprendre, et cet au-delà est tout ce que j'aime découvrir en écrivant ou en lisant un roman. Miser dans le roman la démarche par laquelle l'individu s'explique les choses comme il peut, puisque l'on ne vit pas sans chercher à s'expliquer les choses, mais miser en même temps, à chaque phrase, le point aveugle du monologue par lequel nous réfléchissons en permanence, miser l'au-delà de ce que nous croyons penser, l'à-côté, l'en deçà. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Philippe Domecq, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La situation des esprits&lt;/i&gt;, entretiens avec Eric Naulleau&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article29.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Création&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est le mauvais temps qui me protégeait le mieux. Plus de travaux extérieurs, personne sur les échafaudages, plus de barbecues à minuit dans les jardins avec beuglantes en stéréo, blagues graveleuses et rires avinés. Je désirais follement les intempéries. Rien ne m'était plus délectable qu'un ciel de tempête. Je vouais un culte aux bourrasques, aux averses, à la grêle qui mitraille les chaussées et les toits. J'applaudissais l'annonce du crachin, j'exultais devant la grisaille. Si le temps virait à l'orage, c'était Noël. J'allumais des cierges dans mon for intérieur pour que l'orage éclate à pleins seaux, que les éclairs s'en mêlent, que le tonnerre explose, que les gouttes inondent les rues, les caniveaux, qu'elles noient la ville sous un édredon liquide. J'aurais aimé que la pluie enfle et se prolonge, comme la mousson. Le gel était une bénédiction, la neige une délivrance : je redoutais les glissades sur les plaques de neige molle, mais rien n'étouffe les bruits comme elle. (...) Le verglas m'incommodait, de même que le brouillard, j'en déplorais les désagréments, mais j'adorais la morsure du froid qui oblige à boucher les issues. Alors je n'avais plus à subir l'intrusion des autres, ils demeuraient chez eux enfermés à vaquer de leur côté sans s'introduire de force dans mon intimité. Le bruit des autres, le sans-gêne des autres, l'égoïsme des autres. De ceux qui envahissent l'espace entier, nos appartements, nos maisons, chacun des lieux où l'on réside. Ils entrent sans frapper. Ils s'accordent tous les droits, ils se permettent toutes les outrances. Rien ne les arrête, les autres. Personne ne les convie, ils entrent quand même. Les autres, ce sont &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les bruyants&lt;/i&gt;. Ils décident, ils s'imposent. Ce sont les prédateurs, les pollueurs de tympans, tous ces gens qui nous déversent des turbulences à pleins tonneaux dans les oreilles, qui nous volent notre liberté, qui nous arrachent à nous-mêmes. Les colonisateurs du silence, les termites du cerveau. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Michel Delacomptée, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La vie de bureau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Là comme ailleurs, les clients dînaient le portable à l'oreille, chacun dans son univers, assourdissants. C'est comme les transports en commun, me disais-je, il suffit de les prendre pour être assailli par les conversations gueulées à des interlocuteurs invisibles, les gens alentour ignorés, niés, réduits en cendres, toutes frontières abolies entre les espaces public et privé à la manière des régimes totalitaires, éventrés que nous sommes par les sons d'autrui, ouverts aux quatre vents, attaqués de tous côtés, fourragés sans pitié, perforés de part en part. Paradoxe de l'individualisme, on ne disposait plus de périmètre infrangible, d'un quant-à-soi étanche, la collectivité s'imposait sans sauvegarde possible (...). Elle finissait par m'excéder, moi, cette utilisation tous azimuts des téléphones portables, à pied, en voiture, à vélo, en rollers, au lit, aux W.-C., même au spectacle, quasi un nouvel organe. Tous ces gens à déblatérer en public, chacun enfermé dans son monde comme des petits sapins en plastique sous les flocons dans leur globe. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jean-Michel Delacomptée, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La vie de bureau&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Pendant des années, j'ai été à des milliers de kilomètres du féminisme, non par manque de solidarité ou de conscience, mais parce que, pendant longtemps, être de mon sexe ne m'a pas empêchée de grand-chose. Puisque j'avais envie d'une vie d'homme, j'ai eu une vie d'homme. C'est que la révolution féministe a bien eu lieu. Il faudrait arrêter de nous raconter qu'on était plus comblées, avant. Des horizons se sont déployés, territoires brutalement ouverts, comme s'ils l'avaient toujours été.
D'accord, la France actuelle, c'est loin d'être l'Arcadie pour tous. On n'est ni heureuses, ni heureux, ici. Ça n'a aucun rapport avec le respect de la tradition des genres. On pourrait toutes rester en tablier à la cuisine et faire des gosses chaque fois qu'on baise, ça ne changerait rien à la faillite du travail, du libéralisme, du christianisme ou de l'équilibre écologique. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Virginie Despentes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;King Kong Théorie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article17.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Sexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« La maternité est devenue l'expérience féminine incontournable, valorisée entre toutes : donner la vie, c'est fantastique. La propagande &#8220;pro-maternité&#8221; a rarement été aussi tapageuse. Foutage de gueule, méthode contemporaine et systématique de la double contrainte : &#8220;Faites des enfants c'est fantastique, vous vous sentirez plus femmes et accomplies que jamais&#8221;, mais faites-les dans une société en dégringolade, où le travail salarié est une condition de survie sociale, mais n'est garanti pour personne, et surtout pas pour les femmes. Enfantez dans des villes où le logement est précaire, où l'école démissionne, où les enfants sont soumis aux agressions mentales les plus vicieuses, via la pub, la télé, Internet, les marchands de soda et confrères. Sans enfant, pas de bonheur féminin, mais élever des gamins dans des conditions décentes sera quasiment impossible. Il faut, de toutes façons, que les femmes se sentent en échec. (...) Les armes contre notre genre sont spécifiques, mais la méthode s'applique aux hommes. Un bon consommateur est un consommateur insécure. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Virginie Despentes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;King Kong Théorie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article17.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Sexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Plaire aux hommes est un art compliqué, qui demande qu'on gomme tout ce qui relève de la puissance. Pendant ce temps, les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n'ont pas de corps. Pas d'âge, pas de corpulence. N'importe quel connard rougi à l'alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexions sur le physique des filles, des réflexions désagréables s'il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégueulasses s'il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter. Ce sont les avantages de son sexe. La chaudasserie la plus pathétique, les hommes veulent nous la refiler comme sympathique et pulsionnelle. Mais c'est rare d'être Bukowski, la plupart du temps, c'est juste des tocards lambda. Comme si moi, parce que j'ai un vagin, je me croyais bonne comme Greta Garbo. Etre complexée, voilà qui est féminin. Effacée. Bien écouter. Ne pas trop briller intellectuellement. Juste assez cultivée pour comprendre ce qu'un bellâtre a à raconter. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Virginie Despentes, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;King Kong Théorie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article17.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Sexes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.mettis-editions.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/mari.jpg' width='100' height='149' style='float: right; border-width: 0px; width:100px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_654 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le côté du monde&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;, le livre d'entretiens de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article62.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Pierre Mari&lt;/a&gt; avec &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article173.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Jean Sur&lt;/a&gt; (voir les extraits aux rubriques &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article10.html#mari&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Culture&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article30.html#mari&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Politique&lt;/a&gt;) aux éditions Mettis, est paru. Voir sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Résurgences&lt;/i&gt; sa &lt;a href=&quot;http://perso.orange.fr/js.resurgences/vpmari.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;présentation&lt;/a&gt; et celle de la collection dans laquelle il s'inscrit, baptisée « &lt;a href=&quot;http://perso.orange.fr/js.resurgences/sommairevoxpopuli.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Vox populi&lt;/a&gt; ». On peut commander les livres &lt;a href=&quot;http://www.mettis-editions.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;sur le site de l'éditeur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>« La clé d'un espace commun »</title>
		<link>http://peripheries.net/article196.html</link>
		<dc:date>2006-05-20T13:01:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>En 2002, on avait découvert le livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux Pour la gratuité, paru sept ans plus tôt chez Desclée de Brouwer, et qui portait la prémonition de bien des conquêtes et des combats à venir (lire le compte rendu et l'entretien avec l'auteur). Le texte original reparaît aujourd'hui aux éditions de l'Eclat, précédé de 90 pages passionnantes, qui actualisent la réflexion. Elles permettent notamment à Jean-Louis Sagot-Duvauroux de constater la prolifération actuelle des fausses gratuités : « J'ai récemment été (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot14.html" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;En 2002, on avait découvert le livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour la gratuité&lt;/i&gt;, paru sept ans plus tôt chez Desclée de Brouwer, et qui portait la prémonition de bien des conquêtes et des combats à venir (lire le &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article176.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;compte rendu&lt;/a&gt; et l'&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article175.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;entretien&lt;/a&gt; avec l'auteur). Le texte original reparaît aujourd'hui aux éditions de l'Eclat, précédé de 90 pages passionnantes, qui actualisent la réflexion. Elles permettent notamment à Jean-Louis Sagot-Duvauroux de constater la prolifération actuelle des fausses gratuités : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai récemment été contacté par un cabinet de consultants engagé pour étudier la disponibilité des peuples européens à la consommation de quotidiens gratuits. D'évidence, on attendait de moi, repéré sur Internet comme &#8220;spécialiste de la gratuité&#8221;, que je contribue tout naturellement à la croisade publicitaire et que je m'engage contre le combat d'arrière-garde des journaux payants.&lt;/i&gt; »&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/couv-sagot.jpg' width='120' height='188' style='float: left; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_316 spip_documents spip_documents_left' /&gt;En 2002, on avait découvert le livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour la gratuité&lt;/i&gt;, paru sept ans plus tôt chez Desclée de Brouwer, et qui portait la prémonition de bien des conquêtes et des combats à venir (lire le &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article176.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;compte rendu&lt;/a&gt; et l'&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article175.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;entretien&lt;/a&gt; avec l'auteur). Le texte original reparaît aujourd'hui aux éditions de l'Eclat, précédé de 90 pages passionnantes, qui actualisent la réflexion. Elles permettent notamment à Jean-Louis Sagot-Duvauroux de constater la prolifération actuelle des fausses gratuités : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai récemment été contacté par un cabinet de consultants engagé pour étudier la disponibilité des peuples européens à la consommation de quotidiens gratuits. D'évidence, on attendait de moi, repéré sur Internet comme &#8220;spécialiste de la gratuité&#8221;, que je contribue tout naturellement à la croisade publicitaire et que je m'engage contre le combat d'arrière-garde des journaux payants.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec ces gratuités frelatées, qui font d'un bien, d'un discours, un simple appât, un piège, un prétexte pour placer de la publicité et engranger des profits, c'est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'usage même du langage qui s'effondre&lt;/i&gt; », observe-t-il, livrant une analyse percutante des propos - dont le commentaire semble pourtant être devenu un exercice obligé pour tout essayiste progressiste - de Patrick Le Lay, PDG de TF1, déclarant que la vocation de sa chaîne était de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vendre à Coca-Cola du temps de cerveau disponible&lt;/i&gt; ». « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si la parole de TF1 n'a pas pour critère décisif, pour dernier ressort sa fiabilité, sa vérité&lt;/i&gt; », écrit-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;alors, ne subsistent du langage que « ses fonctions de séduction, de manipulation, ses fonctions de spectacle. Tu me parles, et tu me parles joliment. Je peux y trouver du plaisir, mais je ne peux plus te faire confiance, plus me faire confiance. Je n'ai plus de repères pour savoir quand tu dis vrai et quand tu mens. C'est au hasard, sans importance. La société, traversée par un trouble dévastateur, se chuchote, amère et vaincue : on ne peut plus croire en rien&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Refaire du livre
&lt;br /&gt;« une marchandise honnête
&lt;br /&gt;acceptant de se laisser déborder
&lt;br /&gt;par son bel usage »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand ce n'est pas la fausse gratuité qui mine les discours et les &#339;uvres, c'est l'obsession de leur succès commercial. Il existe pourtant un antidote à cette substitution systématique du « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;qu'est-ce que ça me rapporte&lt;/i&gt; » au « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de quoi ça me parle&lt;/i&gt; », à ce « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;glissement global du critère endogène de la vérité au critère exogène du profit&lt;/i&gt; ». Quand la première édition de son livre a été épuisée, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sans gros manque à gagner, mais avec une solide jouissance intellectuelle&lt;/i&gt; », en a mis le &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article179.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;texte&lt;/a&gt; en libre circulation sur Internet : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne sais pas si j'y ai perdu de l'argent. Ce n'est pas clair, car des travaux rémunérés me sont indirectement venus par cette voie. Mais je suis en tout cas certain d'y avoir gagné ce pourquoi tout écrivain ou penseur prétend écrire : la mise au pot commun des idées et des phrases.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et, aujourd'hui, si le texte est réédité, c'est sous la forme particulière du &lt;a href=&quot;http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Valensi/valensi.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Lyber&lt;/a&gt; expérimentée avec succès par les éditions de l'Eclat : le &lt;a href=&quot;http://www.lyber-eclat.net/lyber/sagot1/gratuite.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;texte&lt;/a&gt; est mis à la libre disposition des lecteurs sur le Net, tout en étant vendu en librairie sous forme de livre. Dans un monde écrasé par la marchandisation tous azimuts, y compris dans le domaine culturel, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le jumelage d'Internet et de l'imprimerie remet la marchandise à sa place. Subalterne&lt;/i&gt; », se réjouit l'auteur, heureux que le livre puisse parfois redevenir « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une marchandise honnête acceptant de se laisser déborder par son bel usage&lt;/i&gt; ». La vraie gratuité, meilleure arme contre les ravages de la fausse... Le Lyber, remarque-t-il encore, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nous rappelle que nous savons vivre dans la contradiction, que nous pouvons sans dommage faire cohabiter dans nos têtes et dans nos existences les sphères du gratuit et du payant, que les frottements qui grincent à la frontière de ces deux univers antagoniques peuvent aussi les électriser l'un et l'autre, multiplier leur rayonnement&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quand Renaud Donnedieu de Vabres
&lt;br /&gt;« se bat comme un lion »
&lt;br /&gt;pour défendre les travailleurs...&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette nouvelle édition est pour lui l'occasion de prendre la mesure de la révolution Internet - en 1995, il était encore un peu tôt... « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pour la première fois dans l'histoire humaine, un océan de biens de première importance peuvent être multipliés sans limites et distribués quasi sans frais.&lt;/i&gt; » Alors que le marché et la monnaie semblaient partout avoir fait la preuve de leur nécessité incontournable dans l'échange des richesses, voilà que, sur le réseau, la gratuité se révèle « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plus fluide, plus simple, plus efficace, plus joyeuse&lt;/i&gt; ». Et offre à la culture une chance inespérée d'échapper, au moins en partie, aux lois du marketing et de la rentabilité.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il était inévitable qu'un tel scandale suscite une contre-offensive à la mesure des moyens de ceux qu'il menace (voir : « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2005-12-09-La-culture-sous-cle&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Projet DADVSI : la culture sous clé ?&lt;/a&gt; » et « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/AIGRAIN/13206&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Quand la gratuité bouleverse la culture&lt;/a&gt; »). « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je me battrai comme un lion pour que les artistes et les techniciens puissent continuer à vivre de leur travail&lt;/i&gt; », déclarait le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres lors des débats sur le projet de loi sur le droit d'auteur. Sagot-Duvauroux raille « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cette ardeur inopinée à se battre férocement pour le droit des travailleurs&lt;/i&gt; », qui le laisse pour le moins sceptique : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ça ne correspond pas. Renaud Donnedieu de Vabres appartient à une force politique qui accompagne avec obstination la dérégulation du droit du travail et l'augmentation continue de la part de la richesse produite ponctionnée par le capital, au détriment de celle affectée à la rétribution des travailleurs. On n'a pas entendu dire qu'il ait viré syndicaliste. Si l'envie lui en venait, il perdrait son poste. Qu'est-il si urgent de camoufler par cette grosse ficelle ?&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Les puissances financières
&lt;br /&gt;prennent la conduite de la vie culturelle,
&lt;br /&gt;menaçant les relations humaines
&lt;br /&gt;d'un Titanic anthropologique »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il met le débat en perspective en montrant que le droit d'auteur n'est pas à proprement parler le paiement d'un travail ; qu'il existe d'autres moyens de rémunérer les artistes ; que la propriété intellectuelle, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;victime tellement digne de compassion qu'on voit d'un même mouvement se lamenter sur elle Bouygues le bétonneur et la Société des Gens de Lettres, le doux rocker Francis Cabrel et Lagardère marchand de canons&lt;/i&gt; », mérite peut-être quelques remises en question à une époque « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;où les puissances financières prennent la conduite de la vie culturelle, menaçant les relations humaines d'un Titanic anthropologique&lt;/i&gt; ». Il interroge : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Doit-on considérer comme une vache sacrée la forme de rémunération des &#339;uvres de l'esprit la plus propice à l'assujettissement de l'auteur et de l'innovation culturelle aux desseins du capitalisme financier ? N'est-il pas temps pour les créateurs de remettre à plat l'ensemble des relations qu'ils entretiennent avec la vie sociale, rémunération comprise ?&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En exergue de son livre, il a placé ce constat remarquablement lucide de Renaud Donnedieu de Vabres, toujours lors des débats sur le projet de loi sur le droit d'auteur : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai en face de moi un ennemi redoutable, le rêve de gratuité.&lt;/i&gt; » Il fait remarquer que la gratuité, autrefois « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;étendard des politiques publiques&lt;/i&gt; », synonyme de progrès, de bien commun - par exemple dans le cas de l'école « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;gratuite et obligatoire&lt;/i&gt; » -, a désormais mauvaise réputation : on la perçoit comme « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;déresponsabilisante, trompeuse&lt;/i&gt; ». Il est vrai que la détestable mentalité de père fouettard dont on voit partout le triomphe, toujours prompte à dénoncer une supposée mollesse ou douilletterie qui corromprait les individus en les incitant à des revendications sans fin et à des plaintes d'enfants gâtés, se prête peu à la valorisation de la gratuité. Sagot-Duvauroux relève avec justesse que l'opinion est toujours prête à verser une larme sur le sort des sans abri qui meurent dans la rue, mais se montre beaucoup moins indulgente avec les squatters qui réquisitionnent des logements vides. Il reprend dans ce volume son idée d'un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article177.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;service public du logement&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; », débattue, à son initiative, dans les colonnes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'Humanité&lt;/i&gt; ainsi qu'au sein d'un petit groupe de responsables communistes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Culture, logement, enseignement, transports, travail : passant en revue tous ces domaines avec la gratuité comme fil conducteur, Sagot-Duvauroux montre que ce qui est en jeu, c'est à la fois la possibilité pour chacun d'accéder à des conditions de vie dignes, et celle de retrouver cette perspective collective dont le manque se fait si cruellement sentir : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On n'a jamais autant parlé de &#8220;vivre ensemble&#8221;, de &#8220;citoyenneté&#8221;, de &#8220;civilité&#8221;. Mais en même temps, par négligence, légèreté, pleutrerie ou conviction déterminée, on laisse s'affaisser les espaces de gratuité, ces lieux ouverts à tous, libérés du chacun pour soi, ces champs où s'expérimente concrètement la réalité d'une histoire commune et où se forme le sentiment d'un destin partagé. La crise urbaine qui nous saute à la gorge ressemble aux contorsions d'un corps privé d'oxygène et qui lutte contre l'étouffement.&lt;/i&gt; » Ce qui rend sa réflexion si stimulante, c'est - outre le fait qu'elle relie des domaines qu'on a l'habitude de traiter séparément - sa façon de poser des diagnostics lucides, mais aussi de montrer toute la puissance, potentielle ou effective, du « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rêve de gratuité&lt;/i&gt; », décalque presque parfait du rêve tenace d'un destin collectif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/M0504-presse.jpg' width='250' height='259' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_317 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;P.S.&lt;/strong&gt; A propos de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;marchandises honnêtes acceptant de se laisser déborder par leur bel usage&lt;/i&gt; » : les infatigables éditions &lt;a href=&quot;http://oeil.electrique.free.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;l'&#338;il électrique&lt;/a&gt;, qui ont succédé au magazine du même nom, publient en mai un coffret de trois livres qui s'annonce superbe : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El Maghreb&lt;/i&gt;. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Immigration, déracinement, questions identitaires et sentiment d'appartenance, la mémoire du père et la quête d'identité du fils... Projet photographique et littéraire,&lt;/i&gt; El Maghreb &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tente de retracer l'histoire d'un père arrivé en France dans les années 70. Entre images et textes, ce récit se construit en trois parties, trois voyages au cours desquels Malik Nejmi oscille entre un Maroc nouveau et les images d'un album de famille rarement ouvert. Au travers de ses textes, le photographe s'adresse à son père. Cette quête d'identité aboutira au voyage commun tant espéré.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/couv-chomeurs-heureux.jpg' width='95' height='143' style='float: left; border-width: 0px; width:95px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_318 spip_documents spip_documents_left' /&gt;Quant au mensuel &lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, il crée les éditions &lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org/article.php3?id_article=967&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le Chien rouge&lt;/a&gt;, avec, pour commencer, deux titres, pour lesquels il lance une souscription : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En route mauvaise troupe&lt;/i&gt;, du nom du journal publié en 1913 par un groupe de lycéens nantais qui y proclamait « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;son indépendance d'esprit, son insolente liberté dans la critique et sa haine des bourgeois, des conventions et de l'armée&lt;/i&gt; », et &lt;a href=&quot;http://www.cequilfautdetruire.org/imprimersans.php3?id_article=402&amp;amp;nom_site=CQFD,%20journal%20de%20critique%20sociale&amp;amp;url_site=http://www.cequilfautdetruire.ouvaton.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le manifeste des chômeurs heureux&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>L'obscurantisme beauf</title>
		<link>http://peripheries.net/article187.html</link>
		<dc:date>2006-04-14T18:13:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Médias</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>Mercredi 19 novembre 1997, sous le titre « Les perroquets du pouvoir », Philippe Val consacrait la quasi-intégralité de son éditorial de Charlie Hebdo à l'enthousiasme délirant que lui inspirait la parution des Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Il y évoquait les « BHL, Giesbert, Ockrent, Sinclair », etc., tous « voguant dans la même croisière de milliardaires qui s'amusent », et qui « n'ont aucune envie de voir tarir le fleuve de privilèges qui prend sa source dans leurs connivences ou leurs (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot2.html" rel="tag"&gt;Médias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot12.html" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mercredi 19 novembre 1997, sous le titre « Les perroquets du pouvoir », Philippe Val consacrait la quasi-intégralité de son éditorial de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; à l'enthousiasme délirant que lui inspirait la parution des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt; de Serge Halimi. Il y évoquait les « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;BHL, Giesbert, Ockrent, Sinclair&lt;/i&gt; », etc., tous « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;voguant dans la même croisière de milliardaires qui s'amusent&lt;/i&gt; », et qui « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'ont aucune envie de voir tarir le fleuve de privilèges qui prend sa source dans leurs connivences ou leurs compromissions&lt;/i&gt; ». Il jugeait certains passages « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;à hurler de rire&lt;/i&gt; », en particulier le chapitre « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les amis de Bernard-Henri&lt;/i&gt; », qu'il conseillait de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lire à haute voix entre copains&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Six mois plus tard, mercredi 27 mai 1998, sous le titre « BHL, l'Aimé Jacquet de la pensée » (c'était juste avant la Coupe du monde de football), il volait encore au secours du livre de Halimi, contre lequel toute la presse n'en finissait plus de se déchaîner. Il épinglait le chroniqueur du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Point&lt;/i&gt; pour avoir, dans son « Bloc-notes », assimilé Bourdieu à Le Pen. Et le futur défenseur du « oui » à la Constitution européenne se désolait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Penser que le désir d'Europe sociale des uns est de même nature que le refus nationaliste de l'Europe des lepénistes ne grandit pas le penseur...&lt;/i&gt; » (En 2005, Philippe Val comparerait l'attitude des partisans du « non » à celle de Fabien Barthez crachant sur l'arbitre.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/charlie1.jpg' width='250' height='195' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_298 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Mercredi 19 novembre 1997, sous le titre « Les perroquets du pouvoir », Philippe Val consacrait la quasi-intégralité de son éditorial de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; à l'enthousiasme délirant que lui inspirait la parution des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt; de Serge Halimi. Il y évoquait les « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;BHL, Giesbert, Ockrent, Sinclair&lt;/i&gt; », etc., tous « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;voguant dans la même croisière de milliardaires qui s'amusent&lt;/i&gt; », et qui « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'ont aucune envie de voir tarir le fleuve de privilèges qui prend sa source dans leurs connivences ou leurs compromissions&lt;/i&gt; ». Il jugeait certains passages « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;à hurler de rire&lt;/i&gt; », en particulier le chapitre « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les amis de Bernard-Henri&lt;/i&gt; », qu'il conseillait de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lire à haute voix entre copains&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/charlie2.jpg' width='250' height='188' style='float: left; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_299 spip_documents spip_documents_left' /&gt;Six mois plus tard, mercredi 27 mai 1998, sous le titre « BHL, l'Aimé Jacquet de la pensée » (c'était juste avant la Coupe du monde de football), il volait encore au secours du livre de Halimi, contre lequel toute la presse n'en finissait plus de se déchaîner. Il épinglait le chroniqueur du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Point&lt;/i&gt; pour avoir, dans son « Bloc-notes », assimilé Bourdieu à Le Pen. Et le futur défenseur du « oui » à la Constitution européenne se désolait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Penser que le désir d'Europe sociale des uns est de même nature que le refus nationaliste de l'Europe des lepénistes ne grandit pas le penseur...&lt;/i&gt; » (En 2005, Philippe Val comparerait l'attitude des partisans du « non » à celle de Fabien Barthez crachant sur l'arbitre.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mercredi 1er mars 2006. Continuant d'exploiter le filon providentiel des caricatures danoises, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; publie à grand fracas un « Manifeste des Douze » (hou, hou ! morte de rire !) intitulé « Ensemble contre le totalitarisme islamique » (sur la prolifération actuelle du mot « ensemble » et sa signification, lire l'analyse d'Eric Hazan dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;LQR, La propagande du quotidien&lt;/i&gt;, qui vient de paraître chez Raisons d'agir), signé notamment par Philippe Val, Caroline Fourest (auteure de best-sellers sur la menace islamique et membre de la rédaction de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;), Salman Rushdie, Taslima Nasreen, et... Bernard-Henri Lévy. « L'Aimé Jacquet de la pensée » a droit, comme les autres signataires, à sa notice biographique (moins longue que celle de Caroline Fourest, quand même, hein ! Faut pas déconner !), qui commence ainsi : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Philosophe français, né en Algérie, engagé contre tous les &#8220;ismes&#8221; du XXe siècle (fascisme, antisémitisme, totalitarisme et terrorisme).&lt;/i&gt; » Ce coup des « ismes », le journal nous le refait dans son « manifeste » foireux, qui semble avoir été torché en cinq minutes sur un coin de table en mettant bout à bout tous les mots creux et pompeux dont se gargarisent en boucle, sur les ondes et dans la presse, les « perroquets du pouvoir » : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l'islamisme.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut le savoir :
&lt;br /&gt;contredire Philippe Val
&lt;br /&gt;est aussi grave qu'envoyer un résistant
&lt;br /&gt;en camp de concentration&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il en manque pas mal, des « ismes », dans cette liste : colonialisme, impérialisme, racisme, libéralisme... Autant de notions qui, à une époque, avaient pourtant droit de cité dans les colonnes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt;. Balayer d'un revers de main, ou ne même pas voir, depuis son pavillon cossu de la banlieue parisienne, les conditions de vie et les spoliations subies par les perdants du nouvel ordre mondial ; s'incommoder de ce que les opprimés, décidément, aient une manière tout à fait malséante d'exprimer leur désespoir, et ne plus s'incommoder QUE de cela ; inverser les causes et les conséquences de leur radicalisation (il n'y a pas d'attentats en Israël parce qu'il y a une occupation, mais il y a une occupation parce qu'il y a des attentats), et, au passage, accorder sa bénédiction à la persistance de toutes les injustices qui empoisonnent le monde ; parer l'Occident de toutes les vertus et l'absoudre de tous ses torts ou ses crimes : non, il fut un temps où on n'aurait jamais trouvé dans ce journal une pensée aussi odieuse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/charlie3.jpg' width='300' height='395' style='float: right; border-width: 0px; width:300px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_300 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Mais c'était à une époque où &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; vivait et prospérait en marge du microcosme médiatique, qu'il ne fréquentait pas, et qu'il narguait de sa liberté de ton et de ses finances florissantes - quand il ne lui adressait pas de splendides bras d'honneur. L'équipe, dans sa grande majorité, se satisfaisait parfaitement de cette situation.... Mais pas Philippe Val, à qui la reconnaissance du méprisable ramassis de gauchistes que constituait à ses yeux le lectorat du journal suffisait de moins en moins - avant de finir par carrément l'insupporter. Son besoin de voir sa notoriété se traduire en surface médiatique devait le pousser d'abord à nouer un partenariat avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, en convenant d'un échange d'encarts publicitaires entre les deux journaux. Pour justifier la chose aux yeux d'un lectorat très hostile à la publicité, il se livra à des contorsions rhétoriques dont la mauvaise foi fut impitoyablement disséquée par Arno sur Uzine (« &lt;a href=&quot;http://www.uzine.net/article407.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Charlie se fait cobrander&lt;/a&gt; », 10 janvier 2001).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Philippe Val, qui, par un hasard facétieux, venait justement d'être connecté à Internet, tomba sur l'article, et piqua une crise de rage dont ses collaborateurs se souviennent encore. Le mercredi suivant (17 janvier 2001), les lecteurs de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; purent découvrir un édito incendiaire intitulé : « Internet, la Kommandantur libérale », qui fut suivi d'un autre, tout aussi virulent, quinze jours plus tard. On y lisait notamment que, si Internet avait existé en 1942, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les résistants auraient tous été exterminés en six mois, et on pourrait multiplier par trois les victimes des camps de concentration et d'extermination&lt;/i&gt; ». Il faut le savoir : contredire Philippe Val est aussi grave qu'envoyer un résistant en camp de concentration. Bien sûr, le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kim Il-Sung de la rue de Turbigo&lt;/i&gt; », comme le surnomme aimablement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;PLPL&lt;/i&gt;, ne faisait nulle part mention de l'article d'Arno (il expliquait avoir choisi de traiter ce sujet cette semaine-là parce qu'on lui demandait souvent pourquoi &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; n'avait pas de site !), et ne précisait pas que la seule forme de négationnisme à laquelle il avait été personnellement confronté dans ce repaire de nazis virtuel ne remettait en cause que son propre génie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Flatter les plus bas instincts des masses
&lt;br /&gt;tout en se prenant pour Jean Moulin&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'étant peu à peu aliéné son lectorat d'origine, et ayant vu ses ventes baisser dangereusement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; en est désormais réduit, pour exister, à multiplier les coups de pub aussi lucratifs qu'insignifiants et à développer le « cobranding » tous azimuts. Après d'innombrables tentatives infructueuses pour créer un « buzz » médiatique autour du journal, comme en témoignaient semaine après semaine les titres d'un sensationnalisme maladroit étalés dans l'encart publicitaire de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, avec les caricatures danoises, enfin ! ça a pris. Le créneau ultra-vendeur de l'islamophobie, sur lequel surfe déjà sans vergogne l'écrasante majorité des médias, permet de copiner avec les puissants et de flatter les plus bas instincts des masses tout en se prenant pour Jean Moulin : bref, c'est idéal. Sauf que, en s'y précipitant comme sur une aubaine, le journal achève sa lente dérive vers un marécage idéologique dont la fétidité chatouille de plus en plus les narines.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans son éditorial de ce fameux numéro publiant les caricatures danoises, Philippe Val écrit doctement que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le racisme s'exprime quand on rejette sur toute une communauté ce que l'on reproche à l'un des membres&lt;/i&gt; » (ce qui lui permet de conclure que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quand un dessinateur danois caricature Mahomet et que dans tout le Moyen-Orient, la chasse aux Danois est ouverte, on se retrouve face à un phénomène raciste comparable aux pogroms et aux ratonnades&lt;/i&gt; »). Or, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rejeter sur toute une communauté ce que l'on reproche à l'un des membres&lt;/i&gt; », c'est exactement ce que fait le dessin danois représentant Mahomet avec un turban en forme de bombe. Par une amère ironie du sort, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, ancien journal du combat antiraciste, a donc érigé en symbole de la liberté d'expression une caricature raciste. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de ce mois, Alain Gresh cite le journaliste Martin Burcharth : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous, Danois, sommes devenus de plus en plus xénophobes. La publication des caricatures a peu de relations avec la volonté de voir émerger un débat sur l'autocensure et la liberté d'expression. Elle ne peut être comprise que dans le climat d'hostilité prégnante à tout ce qui est musulman chez nous.&lt;/i&gt; » Il précise aussi que le quotidien conservateur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Jyllands-Posten&lt;/i&gt;, qui a fait paraître les caricatures de Mahomet, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;avait refusé, il y a quelques années, de publier une caricature montrant le Christ, avec les épines de sa couronne transformées en bombes, s'attaquant à des cliniques pratiquant l'interruption volontaire de grossesse&lt;/i&gt; ». Et c'est dans ce journal-là que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; vient de publier la &lt;a href=&quot;http://www.jp.dk/indland/artikel:aid=3585740/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;version anglaise&lt;/a&gt; de son « manifeste » !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais peu importe, car le créneau islamophobe a un autre avantage, qui, dans le cas de nos amis, s'avère particulièrement précieux : il est tellement en phase avec la bien-pensance majoritaire qu'il permet de raconter plein de conneries, ou de recourir au terrorisme intellectuel le plus éhonté, sans jamais être discrédité ou sérieusement contesté. S'il en allait autrement, Val pourrait-il affirmer par exemple à la télévision que, si on fait l'amalgame entre islam et terrorisme, c'est de la faute des terroristes islamistes - un peu comme si on rendait responsables du vieux cliché sur les juifs et l'argent, non pas les antisémites, mais les juifs riches ?! Ou pourrait-il se féliciter, dans son édito, de ce que le dessin avec le turban en forme de bombe ne soit « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas très bon&lt;/i&gt; », car cela permet « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;d'exclure du débat sa valeur esthétique pour le recentrer sur la question de la liberté d'expression&lt;/i&gt; » - un sophisme qui, comme toutes ces pirouettes dont il est coutumier et dont il semble retirer une fierté sans bornes, est remarquablement débile ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur ce dernier point, d'ailleurs, Caroline Fourest donne une version un peu différente de celle de son patron. Dans la page de publicité gratuite offerte par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt; (9 février 2006) à ce numéro spécial de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt;, elle commentait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On ne s'est pas lâché cette semaine. Le dessin qui nous a fait le plus rire n'est pas passé. C'était trop facile, gratuit et sans message derrière.&lt;/i&gt; » Parce que, derrière le turban en forme de bombe, il y a un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;message&lt;/i&gt; » ? Tiens donc ! Et lequel ? (Au passage, cet article de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt; était cosigné par Renaud Dély, qui est, ou en tout cas a été, chroniqueur politique à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; sous un pseudonyme : le cobranding, ça marche !) Il semblerait qu'on rie beaucoup aux dépens des Arabes - pardon, des « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;intégristes&lt;/i&gt; » - à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; en ce moment. Ça ne date d'ailleurs pas d'hier : il y a quelques années, quand Nagui était arrivé sur Canal Plus pour présenter &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nulle part ailleurs&lt;/i&gt;, Cabu l'avait caricaturé en Une de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; en chameau des publicités Camel. Canal Plus avait alors fait livrer par coursier à la rédaction un montage dans lequel, au-dessus de ce dessin, le titre « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; » avait été remplacé par « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;National Hebdo&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Esprit des Lumières »
&lt;br /&gt;ou bombe éclairante ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le plus comique, c'est peut-être les tentatives désespérées de l'équipe pour nous faire croire que, malgré tout, elle reste &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de gauche&lt;/i&gt;. Dans son dernier opus, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La tentation obscurantiste&lt;/i&gt;, consacré à l'épuration de la gauche telle qu'elle la rêve (168 pages avec que des listes de noms, un livre garanti sans l'ombre du début d'une idée dedans !), Caroline Fourest se désole parce que, dans un &lt;a href=&quot;http://www.inventaire-invention.com/entretien/chollet_ramadan.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;article&lt;/a&gt;, j'ai osé douter de sa légitimité à prétendre incarner la « vraie » gauche (par opposition à celle qui refuse de partager ses fantasmes d'invasion islamique). Outre le fait que la pensée qu'on a décrite plus haut, et que propage désormais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt;, est une pensée d'acquiescement passionné à l'ordre du monde, ce qui n'est pas très « de gauche », nos vaillants éradicateurs devraient examiner d'un peu plus près le pedigree de leurs nouveaux amis. Caroline Fourest et Fiammetta Venner - elle aussi « journaliste » à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; - sont adulées par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Point&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'Express&lt;/i&gt; (lequel publie lui aussi le « manifeste »), deux titres, comme chacun sait, furieusement progressistes. Elles sont copines avec Ayaan Hirsi Ali, députée néerlandaises, amie de Théo Van Gogh intronisée en politique par le très libéral Frits Bolkestein, qui « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fut le premier&lt;/i&gt; [aux Pays-Bas] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;à déclarer incompatibles, au début des années 1990, les valeurs des immigrés musulmans et celles de son pays&lt;/i&gt; » (lire l'article d'Alain Gresh, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/08/GRESH/12402&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Bernard Lewis et le gène de l'islam&lt;/a&gt; ») ; Ayaan Hirsi Ali a elle aussi signé le « manifeste ». Fiammetta Venner ne voit aucun problème à donner une interview à un site répondant au doux nom de « &lt;a href=&quot;http://www.primo-europe.org/recherche.php?numdoc=In-887080168&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Primo-Europe&lt;/a&gt; », créé par des « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;citoyens qui considèrent que l'information sur le Moyen Orient est, en Europe en général et en France en particulier, diffusée en fonction de préjugés manichéens où le commentaire l'emporte sur le fait&lt;/i&gt; », et sur lequel elle figure aux côtés d'un Alexandre Del Valle, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mieux : comme l'a relevé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.homme-moderne.org/plpl/n26/p1-1I.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;PLPL&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Venner et Fourest écrivent désormais aussi dans le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;organe de Bush, des néoconservateurs américains, de la droite religieuse et de Wall Street&lt;/i&gt; » ; elles s'y alarment de l'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;incapacité des immigrants arabes à s'intégrer&lt;/i&gt; » et de la « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;menace pour les démocraties occidentales&lt;/i&gt; » de les voir rejoindre des « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cellules terroristes islamistes&lt;/i&gt; » (Fourest, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, 2 février 2005). La tribune dont sont extraites ces lignes s'intitule « War on Eurabia », « Eurabia » étant l'un des termes de prédilection d'Oriana Fallaci (dont le livre avait d'ailleurs été encensé dans les colonnes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; par Robert Misrahi).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quant à Philippe Val, la même page de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;PLPL&lt;/i&gt; nous apprend qu'en août 2005, un hommage lui a été rendu dans un discours par un dirigeant du MNR de Bruno Mégret : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les musulmans sentent bien la force de leur nombre, ont un sentiment très fort de leur appartenance à une même communauté et entendent nous imposer leurs valeurs. En ce moment, des signes montrent que nous ne sommes pas seuls à prendre conscience de ce problème.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai eu la surprise de retrouver cette idée chez un éditorialiste qui est à l'opposé de ce que nous représentons, Philippe Val, de&lt;/i&gt; Charlie Hebdo&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, dans un numéro d'octobre 2004.&lt;/i&gt; » Commentaire perfide du mensuel : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a dix ans, Philippe n'avait qu'une idée : interdire le Front national, dont Mégret était alors le numéro 2. Désormais, Val inspire certains des chefs du MNR.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, cette semaine, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt; (2 mars 2006), Daniel Leconte vient d'offrir à ses amis une tribune d'une page intitulée « Merci &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; ! ». Le présentateur-producteur d'Arte (lire « &lt;a href=&quot;http://www.lecourrier.ch/modules.php?op=modload&amp;amp;name=NewsPaper&amp;amp;file=article&amp;amp;sid=37705&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Quand Arte dérape&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Courrier&lt;/i&gt;, 10 mai 2004) y rend hommage à ses confrères qui ont « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;refusé de céder à la peur&lt;/i&gt; », et se répand au passage en lamentations sur l'injustice dont la France a fait preuve à l'égard des Etats-Unis après le 11-Septembre, et sur les errements dont elle s'est rendue coupable lors de la guerre d'Irak, en les isolant devant le Conseil de sécurité de l'ONU et en « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;laissant entendre que, de victime, ils étaient devenus les fauteurs de troubles&lt;/i&gt; ». On se demande effectivement où on a bien pu aller chercher une idée pareille. Il conclut en réclamant sans rire le prix Albert-Londres pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, estimant que le journal a défendu un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;esprit des Lumières&lt;/i&gt; » qu'il confond visiblement avec la lueur des bombes éclairantes de l'armée américaine. Cadeau un brin empoisonné que cette tribune. On commence par prétendre ne faire que critiquer la religion musulmane, opium de ces pouilleux d'Arabes, en se prévalant de son passé de bouffeurs de curés, et on finit intronisé journal néoconservateur par des faucons à oreillette ! Mince, alors ! Quelque chose a dû merder en chemin, mais quoi ? Les voies de l'anticléricalisme sont parfois impénétrables.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Va-t-en guerre des civilisations&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Leconte se félicite de ce que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; ait témoigné de ce que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la France n'est pas seulement cet assemblage de volontés molles&lt;/i&gt; ». Déjà, la déclaration de Luz (attribuée par erreur à Philippe Val) selon laquelle la rédaction de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt;, dans son choix des caricatures qu'elle allait publier, avait « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;écarté tout ce qui était mou de la bite&lt;/i&gt; », avait mis la puce à l'oreille du blogueur &lt;a href=&quot;http://sartre.blogspirit.com/archive/2006/02/10/charlie-hebdo-mou-de-la-bite.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Bernard Lallement&lt;/a&gt; : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Toute la tragédie est là. Faire, comme du Viagra, de l'islamophobie un remède à son impuissance, expose aux mêmes effets secondaires indésirables : les troubles de la vue ; sauf, bien sûr, pour le tiroir caisse.&lt;/i&gt; » La volonté agressive d'en découdre, de « ne pas se dégonfler », suinte de partout dans cette affaire. Val affirme que ne pas publier les dessins serait aller à « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Munich&lt;/i&gt; » - comme le faisait déjà Alain Finkielkraut, dont il partage la paranoïa identitaire, lors des premières affaires de voile à l'école. On n'est pas dans la défense des grands principes, mais dans cette logique d'escalade haineuse et guerrière, « &#339;il pour &#339;il dent pour dent », qui constitue le préalable indispensable de tous les passages à l'acte, et les légitime par avance. Tout le monde, d'ailleurs, fait spontanément le rapprochement entre les dessins danois et certains feuilletons antisémites diffusés par des chaînes arabes, admettant ainsi implicitement qu'ils sont de même nature. Le journal allemand &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Die Welt&lt;/i&gt; a par exemple publié les caricatures en les assortissant de ce commentaire : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous attacherions plus d'importance aux critiques musulmanes si elles n'étaient pas aussi hypocrites. Les imams n'ont rien dit quand la télévision syrienne, à une heure de grande écoute, a présenté des rabbins comme étant des cannibales buveurs de sang.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une telle attitude dénote en tout cas une mentalité à des années-lumière de la sagesse philosophique dont voudrait par ailleurs se parer le Bourgeois gentilhomme du marigot médiatique parisien. Répéter toutes les deux phrases, d'un air sinistre et pénétré, le mot magique de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;démocratie&lt;/i&gt; », suffit peut-être à Philippe Val pour se faire adouber par ses compères éditorialistes, mais, pour prétendre au statut de penseur, il faudrait peut-être commencer par envisager le monde d'une manière un peu moins... &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;caricaturale&lt;/i&gt;. En témoigne le tableau grotesque qu'il nous brosse du Danemark, merveilleuse démocratie peuplée de grands blonds aux yeux bleus qui achètent un tas de livres, ont une super protection sociale et ont refusé de livrer leurs ressortissants juifs aux nazis, tandis que le monde musulman se réduirait à un grouillement de masses incultes et fanatiques qui n'ont même pas la carte Vitale. Peu importe si par ailleurs la presse regorge d'articles sur la prospérité du racisme et l'actuelle montée de l'extrême droite au Danemark (bah, si on a sauvé des juifs pendant la guerre, on a bien le droit de ratonner un peu et de profaner quelques tombes musulmanes soixante ans plus tard, tout ça n'est pas bien méchant !). Et si on nous rappelle ici et là que le Danemark est un pays où l'Eglise n'est pas séparée de l'Etat : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il existe une religion d'Etat, le protestantisme luthérien, les prêtres sont des fonctionnaires, les cours de christianisme sont obligatoires à l'école, etc.&lt;/i&gt; » (Alain Gresh dans le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Diplo&lt;/i&gt; de ce mois.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais notre va-t-en guerre des civilisations ne s'encombre pas de tels détails. Lors de l'éclatement de la seconde Intifada, déjà, il avait décrété que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie&lt;/i&gt; devait défendre la politique israélienne, parce qu'Israël était une démocratie et parce que tous les philosophes importants de l'Histoire étaient juifs, alors que quand même, tous ces pays arabes grouillant de dictateurs (moue dégoûtée et geste de répulsion), c'était très loin de nous, tandis que son équipe effarée - il faut dire que sa composition était alors assez différente - tentait d'évaluer en un rapide calcul le nombre d'erreurs grossières, de raccourcis vertigineux et de simplifications imbéciles qu'il était ainsi capable d'opérer dans la même phrase. Pour ma part, abasourdie de devoir en arriver là, je m'étais évertuée à le persuader qu'il existait aussi des « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lettrés&lt;/i&gt; » dans le monde arabe ; je m'étais heurtée à un mur de scepticisme réprobateur. Prôner la supériorité de sa propre civilisation, et faire preuve, par là même, d'une vulgarité et d'une inculture assez peu dignes de l'image qu'on veut en donner : c'est le paradoxe qu'on avait déjà relevé chez Oriana Fallaci, qui écrivait dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La rage et l'orgueil&lt;/i&gt; : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Derrière notre civilisation il y a Homère, il y a Socrate, il y a Platon, il y a Aristote, il y a Phidias.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors que derrière l'autre culture, la culture des barbus avec la tunique et le turban, qu'est-ce qu'on trouve ?...&lt;/i&gt; » Eh bien, je ne sais pas, moi... &lt;a href=&quot;http://www.imarabe.org/temp/expo/sciences-arabes.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Ça&lt;/a&gt;, par exemple... ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme on le disait à l'époque, en voilà, un argument hautement « civilisé » : « Dans ma culture il y a plein de génies alors que chez toi il n'y a que des idiots, nana-nè-reu ! » Les civilisations n'ont rien à s'envier les unes aux autres, ni du point de vue des connaissances, ni de celui des valeurs. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tenter de vendre les droits de l'homme comme une contribution de l'Occident au reste du monde&lt;/i&gt;, écrivait le prix Nobel d'économie Amartya Sen, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;n'est pas seulement historiquement superficiel et culturellement chauvin, c'est également contre-productif. Cela produit une aliénation artificielle, qui n'est pas justifiée et n'incite pas à une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Les idées fondamentales qui sous-tendent les droits de l'homme sont apparues sous une forme ou une autre dans différentes cultures. Elles constituent des matériaux solides et positifs pour étayer l'histoire et la tradition de toute grande civilisation.&lt;/i&gt; » Non seulement le discours des Val et des Fallaci témoigne d'une méconnaissance crasse des autres cultures, mais il néglige aussi le fait que, comme n'a eu de cesse de le rappeler un Edward Saïd, aucune civilisation n'a connu un développement étanche, et toutes se sont constituées par des apports mutuels incessants, rendant absolument vain ce genre de concours aux points.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Défendre la démocratie,
&lt;br /&gt;ne serait-ce pas plutôt
&lt;br /&gt;refuser la logique du bouc émissaire,
&lt;br /&gt;si utile aux démagogues
&lt;br /&gt;qui veulent la subvertir à leur profit ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par les temps qui courent, raisonner à partir de telles approximations, en se contentant de manier des clichés sans jamais interroger leur adéquation au réel, peut s'avérer rien moins que meurtrier. Il est stupéfiant que, dans un « débat » comme celui suscité par les caricatures danoises, tout le monde pérore en faisant complètement abstraction du contexte dans lequel il se déroule : un contexte dans lequel un certain nombre d'instances de par le monde tentent de dresser les populations les unes contre les autres en les persuadant que « ceux d'en face » veulent les anéantir. En Occident, ces instances sont celles qui tentent de faire du musulman le bouc émissaire de tous les maux de la société, la nouvelle menace permettant d'opérer une utile diversion. Dès lors, de deux choses l'une : soit on adhère à cette vision, et alors on assume sa participation active à cette construction, avec les responsabilités que cela implique ; soit on la récuse, et on estime que la nécessité de l'enrayer - ou d'essayer de l'enrayer - commande d'observer la plus grande prudence. Laquelle prudence ne signifie pas qu'on est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mou de la bite&lt;/i&gt; », mais plutôt qu'on a peu de goût pour les stigmatisations déshumanisantes, sachant à quoi elles peuvent mener. Le courage ne commanderait-il pas plutôt de résister aux préjugés majoritaires, et la véritable défense de la démocratie, de refuser cette logique du bouc émissaire si utile aux démagogues qui veulent la subvertir à leur profit ? Ce qui est sûr, c'est qu'en aucun cas on ne peut se dédouaner en écrivant, comme le fait Philippe Val, que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;si la Troisième Guerre mondiale devait éclater, elle éclaterait de toute façon&lt;/i&gt; », et que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'amalgame entre racisme et critique de la religion est à peu près aussi cohérent que l'était, à l'époque de Franco, l'amalgame entre critique du fascisme et racisme anti-ibérique&lt;/i&gt; » : voilà vraiment ce qui s'appelle jouer au con.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En décembre dernier, toujours pour essayer de faire parler du journal, les caricaturistes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; avaient postulé par dérision à la succession de Jacques Faizant. Qu'ils se rassurent, ils ont toutes leurs chances : en matière d'ethnocentrisme rance, ils n'ont déjà plus rien à envier au défunt dessinateur du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Figaro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;Lire aussi l'article d'Olivier Cyran dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://cequilfautdetruire.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;CQFD&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, « &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/article.php3?id_article=515&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;L'opinion du patron&lt;/a&gt; ».&lt;/div&gt;
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