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		<title>« Marianne, ta tenue n'est pas laïque ! »</title>
		<link>http://peripheries.net/article318.html</link>
		<dc:date>2008-04-20T21:29:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique7.html">Incursions</category>

		<dc:subject>Altérité</dc:subject>
		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>« Les filles voilées parlent » ? On en voit d'ici qui, au seul énoncé de ce titre, brandissent le crucifix et agitent la gousse d'ail. Autant dire « Belzébuth parle », ou « l'Etrangleur du Yorkshire parle » ! Au cours des mois qui ont précédé le vote de la loi du 15 mars 2004 interdisant le voile à l'école (hypocritement baptisée « loi sur la laïcité à l'école »), l'hystérie médiatique autour de cette question a persuadé la population entière que ces jeunes filles qui choisissaient de ne pas montrer leurs cheveux ou leurs (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton318.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;140&quot; height=&quot;218&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;« Les filles voilées parlent » ? On en voit d'ici qui, au seul énoncé de ce titre, brandissent le crucifix et agitent la gousse d'ail. Autant dire « Belzébuth parle », ou « l'Etrangleur du Yorkshire parle » ! Au cours des mois qui ont précédé le vote de la loi du 15 mars 2004 interdisant le voile à l'école (hypocritement baptisée « loi sur la laïcité à l'école »), l'hystérie médiatique autour de cette question a persuadé la population entière que ces jeunes filles qui choisissaient de ne pas montrer leurs cheveux ou leurs oreilles, sorte de démons femelles, étaient la source de tous ses maux, et constituaient le principal problème auquel le pays était confronté - « c'est à cause de vous que tout va mal en France » revient souvent parmi les invectives qu'elles rapportent. On s'est déchiré sur le sujet, on a produit une quantité ahurissante d'arguments en faveur ou en défaveur d'une loi, mais on n'a pas jugé bon de demander leur avis aux principales intéressées. C'est à cette lacune que vient remédier le livre d'Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, qui montre l'ampleur des dégâts - absolument invisibles dans les médias - causés par la loi de 2004.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Les filles voilées parlent » ? On en voit d'ici qui, au seul énoncé de ce titre, brandissent le crucifix et agitent la gousse d'ail. Autant dire « Belzébuth parle », ou « l'Etrangleur du Yorkshire parle » ! Au cours des mois qui ont précédé le vote de la loi du 15 mars 2004 interdisant le voile à l'école (hypocritement baptisée « loi sur la laïcité à l'école »), l'hystérie médiatique autour de cette question a persuadé la population entière que ces jeunes filles qui choisissaient de ne pas montrer leurs cheveux ou leurs oreilles, sorte de démons femelles, étaient la source de tous ses maux, et constituaient le principal problème auquel le pays était confronté - « c'est à cause de vous que tout va mal en France » revient souvent parmi les invectives qu'elles rapportent. On s'est déchiré sur le sujet, on a produit une quantité ahurissante d'arguments (y compris &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article51.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;ici même&lt;/a&gt;) en faveur ou en défaveur d'une loi, mais on n'a pas jugé bon de demander leur avis aux principales intéressées. C'est à cette lacune que vient remédier le livre d'Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian (du collectif &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les mots sont importants&lt;/a&gt;), qui montre l'ampleur des dégâts - absolument invisibles dans les médias - causés par la loi de 2004.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/fillesvoilees.jpg' width='140' height='218' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_715 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Cette confiscation de la parole a même été assumée et théorisée par les partisans de la loi : il pouvait être dangereux de les laisser parler - des fois que ces sorcières auraient le pouvoir, par leur verbe maléfique, de transformer notre belle France « laïque » en crapaud islamique. Admise dans un établissement privé après son exclusion du lycée, Zeinab, 19 ans, découvre qu'on a mis en garde ses nouveaux camarades à son sujet : « Je me suis rendu compte que le proviseur avait fait une intervention dans ma classe de terminale L pour annoncer ma venue, en disant qu'ils allaient accueillir une élève voilée qui avait une forte personnalité, et qu'ils ne devaient pas se laisser influencer. » Arrière, Satan ! Toutes les interviewées du livre disent leur impression de « parler à des murs » chaque fois qu'elles ont voulu discuter. Zahra Gammaleddyn, 15 ans, raconte ses démêlés avec un proviseur qui ne faisait que lui répéter « vous enlevez ce que vous avez sur la tête » : « On aurait dit un automate. J'aurais pu lui dire n'importe quoi, par exemple : &#8220;je me sens mal, j'ai envie de vomir&#8221;, il m'aurait répondu : &#8220;vous enlevez ce que vous avez sur la tête&#8221; ! » Mariame, 19 ans, se fait rembarrer dès qu'elle ouvre la bouche par l'assistante sociale qu'on a envoyée dans son lycée pour tenter une médiation avec les élèves voilées : « Non, toi, on m'a dit qu'on ne pouvait pas te parler, que tu étais manipulée et que tu manipulais tes camarades. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A quoi bon discuter avec elles, en effet, puisqu'elles sont « aliénées », « conditionnées », « manipulées » par les intégristes ? L'ironie, qui apparaît de manière flagrante dans ce livre, c'est que, la France n'étant ni l'Iran ni l'Afghanistan, on avait affaire, dans l'écrasante majorité des cas, à des jeunes filles qui avaient décidé de porter le foulard au terme d'une réflexion individuelle, souvent contre l'avis de leur famille - leurs parents, partisans du « pas de vagues », étaient en outre catastrophés à l'idée de les voir hypothéquer leur avenir. S'il y avait endoctrinement et « conditionnement » dans cette histoire, c'est bien plutôt du côté de tous ceux qui devenaient fous à la seule vue de leur foulard, sur lequel ils plaquaient des fantasmes soufflés ou réactivés par l'hypnose médiatique. Les regards dans la rue, témoigne Sana, 25 ans, sont « assez changeants » : « Tantôt ça se calme, tantôt les gens nous regardent vraiment de travers, et alors on se dit : &#8220;Mais qu'est-ce qui est passé hier soir à la télé ?&#8221; On va voir les programmes de la veille, et on trouve toujours quelque chose ! La télévision fait un vrai lavage de cerveau ! » « Un jour, renchérit Karima, 29 ans, j'ai rencontré une femme qui m'a ressorti d'une traite tout ce qui se disait à la télé depuis le début de l'affaire ! C'en était comique. » Même constat chez Khadija, 21 ans, qui se rappelle les questions dont on la bombardait en 2003 : « J'avais l'impression que les gens avaient regardé un débat télévisé la veille et qu'ils se sentaient investis d'une mission : voler au secours de la première fille voilée pour lui expliquer qu'elle était aliénée et la libérer ! » Hanane, 27 ans, se souvient avec un éc&#339;urement particulier de l'automne 2003 : « Entre mes galères de boulot et les débats télé, avec des pseudo-spécialistes de l'islam et des pseudo-féministes qui mélangeaient tout, le voile, les mariages forcés et l'excision, j'ai eu une overdose ! »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Retourne à Téhéran ! »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A un journaliste qui lui demandait, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, quel effet cela lui faisait de partager sa religion avec Ben Laden, Mohammed Ali avait rétorqué : « Et vous, quel effet cela vous fait-il de partager la vôtre avec Hitler ? » Difficile de déraciner la conviction que les musulmans forment un seul bloc homogène, et se définissent avant tout comme tels. « Une révolution en Iran, un conflit en Irak, une guerre civile en Algérie, des attentats à New York et à Washington ? Et voilà les caméras qui s'intéressent aux &#8220;musulmans&#8221; de l'Hexagone, avec l'idée implicite qu'ils sont tous les mêmes », écrit Thomas Deltombe en introduction à son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'islam imaginaire&lt;/i&gt; (La Découverte, 2005), analyse édifiante de trente ans de représentations médiatiques de l'islam. Systématiquement, on plaque sur les musulmans de France des situations ou des événements qui ne les concernent en rien. Malheur à la petite Française, absolument ordinaire et pacifique, que son cheminement personnel amène à décider de porter le voile... en octobre 2001 ! Elle constate vite que son entourage le prend comme une déclaration de guerre. Les formules du genre « tu sais très bien de quoi je parle », ou « arrête de te foutre de moi », voire « on sait ce que vous êtes », abondent chez les interlocuteurs des filles qui témoignent ici, comme si, pour eux, la cause était entendue : ce voile est forcément un défi, une provocation. Dans la rue ou dans le métro, entre un « pétasse » et un « sale connasse », les femmes voilées sont traitées de « filles de Ben Laden ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/deltombe.jpg' width='140' height='216' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_716 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Elles s'entendent aussi régulièrement enjoindre de « retourner à Téhéran ». Thomas Deltombe confirme la prégnance de l'obsession iranienne : en 1979, lorsque Khomeyni accède au pouvoir, « les téléspectateurs découvrent des images insolites et un nouveau vocabulaire, écrit-il : &#8220;ayatollah&#8221;, &#8220;mollah&#8221;, &#8220;tchador&#8221;, &#8220;chiite&#8221;, &#8220;sunnite&#8221;, &#8220;charia&#8221;. Les esprits en resteront durablement marqués : à la télévision française, l'Iran khomeyniste fera office pour longtemps de décor naturel pour la religion musulmane ». Au point que dix ans plus tard, quand éclate la première affaire de foulard, à Creil, on parle de « tchadors » : « Alors que le &#8220;tchador&#8221; est la variété de foulard spécifiquement iranienne et chiite rendue obligatoire par le régime iranien au début des années 1980, la majorité des journalistes l'appliquent à une immigration massivement maghrébine et sunnite qui ne l'a jamais appelé ainsi. Cela donne au foulard une connotation &#8220;intégriste&#8221; qui renvoie directement au vocabulaire et aux images issus de la révolution iranienne de 1979. » Quand leur proviseure, relativement tolérante, demande à Mariame et à ses camarades voilées d'éviter le voile long et les couleurs sombres « parce que ça rappelle un peu trop l'Iran », elles trouvent la référence si incongrue et choquante que le lendemain, elles débarquent en « bleu blanc rouge » : « Une en bleu, une en blanc et une en rouge ! Et on restait toutes les trois côte à côte, pour que ça se remarque bien ! Les autres élèves étaient morts de rire. » La proviseure, moins.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le fantasme de la
&lt;br /&gt;« colonisation à rebours »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les images de l'Iran ou de l'Algérie semblent avoir imprégné les consciences au point de faire du foulard un objet magique, auquel on attribue le pouvoir de substituer une réalité étrangère à la réalité française. Si un simple bout de tissu déclenche une telle panique, une telle fureur, c'est parce qu'il alimente la crainte d'une « islamisation de la France » ; la crainte que « ces gens-là » subvertissent « nos » institutions et « nous » imposent leur loi. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Express&lt;/i&gt;, un dessin particulièrement nauséabond de Plantu montrait une fille voilée juchée sur un cheval de Troie derrière lequel se dissimulaient des barbus à la mine patibulaire, qui le poussaient dans l'encadrement d'un portique de pierre au fronton duquel on pouvait lire « République ». Ce fantasme - totalement irrationnel, faut-il le préciser - d'une « colonisation à rebours », autrefois fonds de commerce exclusif des Le Pen et De Villiers, est aujourd'hui accrédité et encouragé y compris par des individus se réclamant de la gauche, comme &lt;a href=&quot;http://www.inventaire-invention.com/contrepoint/chollet_ramadan.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Caroline Fourest&lt;/a&gt;, auteur d'ouvrages plus approximatifs les uns que les autres sur le péril « islamo-gauchiste ». (« Pourquoi des gens de gauche se sont-ils sentis &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;visés&lt;/i&gt; par les Indigènes [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de la République&lt;/i&gt;] ? Parce qu'ils ne sont pas de gauche, mon frère ! », lance en riant Hanane dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les filles voilées parlent&lt;/i&gt;.) Ajoutez-y les convulsions de la pythie iranienne de service, Chahdortt Djavann, l'auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bas les voiles !&lt;/i&gt;, à qui des journalistes tendent leur micro avec délectation afin qu'elle répète encore que les hommes musulmans sont des ogres assoiffés du sang de jeunes vierges, des oppresseurs pervers et pédophiles, et vous aurez persuadé l'opinion que la France est en état de siège et qu'elle doit se défendre ; que la gravité de la situation nécessite des mesures exceptionnelles - et tant pis pour les dégâts collatéraux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les « dégâts collatéraux », ce sont elles, justement. Les lycéennes qui racontent les démêlés épuisants avec le corps enseignant, la scolarité perturbée, les nuits à pleurer, les dévoilements humiliants à l'entrée de l'établissement sous la supervision d'un proviseur sarcastique - « vous voyez, ce n'est pas si compliqué », lance le sien à Fatima la première fois qu'elle s'y plie - et les regards curieux de leurs camarades, les relégations dans des salles à part - parfois fermées à clé ! -, la violence des procédures d'exclusion. Ce sont des trajectoires personnelles entravées ou compromises : après l'oral de rattrapage du bac, Mona Bachare, 20 ans, découvre que l'examinateur de mathématiques - à qui elle avait par ailleurs demandé s'il souhaitait qu'elle retire son foulard pour passer l'épreuve, et qui avait répondu par la négative - a proposé à tous ses camarades une note, en leur demandant si cela suffisait à rattraper leurs points ; mais pas à elle... Elle échoue de justesse ; le proviseur lui ayant expliqué qu'une plainte pour traitement différentiel n'avait aucune chance d'aboutir, elle se résigne à refaire une année de terminale. Mais elle retombe sur le même examinateur l'année suivante, et le même scénario se répète. Sa plainte pour discrimination n'a jamais abouti : deux années de perdues... Mêmes déboires pour Habiba, qui voit la validation de son inscription à l'université de Saint-Denis - où la loi ne s'applique pourtant pas - bloquée pendant des mois, malgré les lettres et les pétitions de soutien, parce qu'une secrétaire fait une allergie au foulard et se barricade dans son bureau à son approche. Elle finit par abandonner ses études d'histoire : « Tout le monde me connaissait, je n'étais pas une étudiante comme les autres, j'avais l'impression que tous mes faits et gestes étaient surveillés. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Arrêtez avec vos larmes de crocodile »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les dégâts collatéraux, c'est Sarah, 20 ans, soustraite à son foyer à la suite de graves problèmes familiaux par une juge pour enfants, et qui s'y voit renvoyée par cette même juge après qu'elle s'est mise à porter le foulard : « Elle a déclaré que la &#8220;République&#8221; m'avait soustraite à ma famille &#8220;et à sa religion&#8221; pour &#8220;m'en protéger&#8221;, pas pour que je vienne porter un voile qui incite d'autres filles à le porter. » Alors qu'à aucun moment les problèmes qu'elle avait eus n'avaient été causés par sa religion ! Les « dégâts collatéraux », ce sont les quelques filles que leur famille forçait à porter le voile, et qui ont disparu dans la nature après le vote de la loi : bonnes pour le mariage et l'enfermement domestique. Ce sont les femmes harcelées sur leur lieu de travail, interdites de sortie scolaire avec leur enfant, prises à partie et même frappées dans la rue, renvoyées dans leurs foyers, recalées à l'entrée d'une filière professionnelle ou aux entretiens d'embauche. Bref, les exemples abondent, dans ces pages, de gestes de résistance héroïques de modestes citoyens français face à l'envahisseur islamique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« M'agresser est quasiment vécu par l'agresseur comme de la légitime défense », observe Malika Latrèche, l'une des coordinatrices du livre, qui porte elle-même le voile. Désigner les fidèles d'une religion comme boucs émissaires des problèmes d'une société ; les accuser de miner cette dernière de l'intérieur ; leur dénier leur humanité et leur individualité pour les réduire à un stéréotype menaçant... On aurait pu espérer qu'une nation qui glose à longueur d'année sur le « devoir de mémoire » saurait s'abstenir de s'aventurer sur un terrain aussi glissant ; c'est raté. Le système est si bien clos que les filles voilées, quoi qu'elles puissent faire, confortent les soupçons qui pèsent sur elles. Si, exaspérées par l'arbitraire, la mauvaise foi, le racisme ouvert ou larvé, les injustices, elles s'énervent, elles confirment par là leur nature violente et fanatique. Si elles pleurent, cela ne saurait être parce qu'elles souffrent - elles ne sont pas humaines, on vous dit - : c'est parce qu'elles cherchent à vous attendrir pour mieux vous duper. Quand, dans le train qui les ramène de la Marche mondiale des femmes à Marseille, en mai 2005, Ndella veut s'asseoir à côté d'une militante de Femmes solidaires, groupe avec lequel les accrochages se sont déjà multipliés tout au long de la manifestation, et que celle-ci le lui interdit brutalement, la faisant fondre en larmes, une représentante des Verts lui enjoint d'« arrêter avec ses larmes de crocodile ». Mais soyons juste : il y a des exceptions, heureusement, à cette inflexibilité qui rappelle les pires endoctrinements. Une prof d'histoire confie ainsi à Mariame, à propos d'une de ses camarades également voilée : « Auparavant, j'avais une position très stricte sur le voile, mais le jour où j'ai vu Hafssa enlever son voile, en pleurs, les yeux tout rouges, je me suis remise en question. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Mais toi aussi, tu m'imposes
&lt;br /&gt;ta coupe de cheveux toute bizarre,
&lt;br /&gt;style &#8220;L'Affaire Louis Trio&#8221; ! »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On prend toutefois la mesure de l'idéologie et de l'aveuglement qui prédominent sur cette question quand des professeurs sont capables de lancer à une gamine dont ils viennent de prononcer l'exclusion : « On essaie de t'aider »... Tout aussi à côté de la plaque, la proviseure qui dit à Mariame : « Tu sais, si tu es opprimée, on peut t'aider » ; ou la militante féministe qui explique à Ndella que sa fille a été violée par son père, et que, quand elle voit son voile, « elle voit l'inceste »... Beaucoup d'interviewées racontent l'étonnement que suscite chez leurs professeurs tout élément qui ne cadre pas avec leurs préjugés : par exemple, quand Nawel, 18 ans, est défendue lors d'une réunion par sa s&#339;ur aînée, qui porte un débardeur - ce qui compromet quelque peu l'hypothèse selon laquelle son voile lui est imposé par un père ou un frère. Agathe-Chamous Larisse, 32 ans, refuse avec énergie qu'on décide à sa place du sens de sa tenue : « Le premier sens que revêt un vêtement, c'est celui que lui donne &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la personne qui le porte&lt;/i&gt; ! Il est extrêmement arrogant de l'étiqueter d'emblée négativement, en se fondant uniquement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sur son propre imaginaire&lt;/i&gt;. » A un camarade de fac qui lui reproche d'« imposer son choix aux autres », Leila, 26 ans, réplique - elle le raconte en pouffant de rire : « Mais toi aussi, tu m'imposes ta coupe de cheveux toute bizarre, style &#8220;L'Affaire Louis Trio&#8221; ! Moi, c'est cette coupe de cheveux qui m'agresse ! » Elle ajoute que, par ailleurs, elle ne demande à personne de s'habiller comme elle, mais qu'elle refuse de « retirer une partie d'elle-même ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces filles n'en peuvent plus qu'on leur répète qu'elles doivent renoncer à leur voile par respect pour les femmes qui, dans d'autres pays, se battent pour avoir le droit de l'enlever : « Ils oublient de dire qu'il y a d'autres pays où tout le monde est libre soit de mettre un voile, soit de ne pas le mettre », lance Zeinab avec bon sens. « Injurier, violenter, punir une femme sous prétexte qu'elle ne porte pas le voile, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et&lt;/i&gt; injurier, violenter, punir une femme sous prétexte qu'elle le porte, c'est une seule et même violence », écrivent les coordinateurs du livre dans leur épilogue. Ismahane : « Ce n'est pas le voile qui est l'oppression, c'est la contrainte. » Aux féministes qui contestent son choix, Karima soumet une comparaison plutôt convaincante : « Les prostituées sur les boulevards des Maréchaux sont forcées par leur mac à mettre une minijupe et à se maquiller, donc toi, en te maquillant, tu es en train de cautionner ce genre d'oppression ? »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Tu sais, je suis pied-noir,
&lt;br /&gt;donc je connais le bled... »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'il est inepte de brandir le spectre d'une France islamisée - sauf pour renflouer les caisses d'une presse bien mal en point (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; id=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) En juin 2007, Laurent Joffrin, interrogé par 20 Minutes sur sa stratégie (...)' &gt;1&lt;/a&gt;) -, il n'en reste pas moins que la phobie du voile témoigne d'un refus d'admettre ce qui constitue bel et bien une réalité nouvelle : l'existence de citoyens français de confession musulmane, qui n'entendent plus raser les murs comme l'ont fait leurs parents ; ce qui compromet le rêve de certains d'une France éternellement blanche et chrétienne - pardon, « laïque ». Ainsi, une infirmière scolaire explique à Jihene que son bandana « pose problème » parce qu'il reste « très significatif », et lui demande de trouver un foulard « qui ne fasse pas oriental »... Toutes les réflexions rapportées dans ce livre, de « quand on est en visite dans un pays, on se plie à ses coutumes » ou « si on n'aime pas les lois d'un pays, on va ailleurs », à « habillez-vous comme les Français », en passant par « vous devez avoir une tenue normale », témoignent d'une résistance obstinée à l'idée que ces filles sont chez elles, et qu'elles participent désormais à la définition de l'identité française - sans que cela signifie pour autant qu'elles la redéfinissent entièrement ! « Il faut qu'ils acceptent que la France a changé, qu'il y a maintenant des millions de musulmans, et que ce n'est pas en nous diabolisant qu'on va construire un avenir », dit Habiba. De guerre lasse, désespérant de pouvoir mener une vie normale dans leur pays natal, certains se mettent à émigrer, signale Karima : « Curieusement, dans les pays où ils arrivent, on les identifie comme &#8220;français&#8221; ! Bizarre, non ? » Mariame, consciente de modifier le paysage, et comprenant que ses compatriotes, surtout les plus âgés, aient du mal à s'y faire, raconte que les retraités qu'elle croise la dévisagent « comme si elle était une femme à barbe » : « Alors je leur souris, et je chantonne des chansons de cirque ! »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le nombre de fois où ces filles s'entendent reprocher leur « insolence » témoigne des difficultés de certains à admettre que des descendants d'immigrés récents leur parlent d'égal à égal. C'est peu dire qu'ils n'y sont pas habitués ; Mariame, affligée, voit ainsi sa prof de maths lui offrir sa médiation en ces termes : « Tu sais, je suis pied-noir, donc je connais le bled... » La façon dont ces jeunes filles perçoivent le discours de Hanifa Cherifi, la médiatrice de la République dans les affaires de voile, témoigne de leur changement d'attitude par rapport à leurs aînés, adeptes du profil bas. Hanane a eu affaire à elle au lycée : « Elle a commencé à nous raconter sa vie. En gros : &#8220;Je suis musulmane, j'ai un bon taf, j'ai fait ma place, je fais le ramadan mais je ne le dis pas, je ne bois pas d'alcool mais je ne le dis pas, parfois je commande même un truc et discrètement, je ne le bois pas.&#8221; Un discours de dingue, qui m'a fait rigoler ! » Elle se demande par ailleurs si le succès du mouvement de défense des élèves sans papiers, alors que personne n'a bougé pour défendre les élèves exclues après le vote de la loi sur le voile, ne tient pas au fait que les sans-papiers, étrangers, « hyper-précaires, hyper-vulnérables, qui connaissent mal la France », offrent davantage de prise au paternalisme.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Mettez des jupes plus courtes »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lamia raconte qu'après le vote de la loi, son proviseur avait lancé à l'une de ses camarades voilées : « L'année prochaine, je pourrai savoir si tu es blonde ou brune ! » Elle n'avait pas trouvé ça drôle. La fréquence des remarques de ce genre - « tu es beaucoup plus belle sans » - donne à penser que Noël Burch n'a pas tort &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/spip.php?article743&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;quand il écrit&lt;/a&gt; que le véritable crime dont se rendent coupables les filles voilées, c'est « une infraction, consciente ou inconsciente, aux codes de la séduction qui règnent dans notre société et qui sont la projection vestimentaire de l'idéologie du libertinage », considéré comme un élément du patrimoine culturel français. Sa proviseur lance même à Mariame : « Tu reviens la semaine prochaine sans ton voile, et tu me feras le plaisir de porter un jean ! » Hanane, qui a été acceptée comme surveillante dans un lycée de Saint-Denis, s'y rend avec un simple bandeau, mais se fait convoquer par sa supérieure ; celle-ci lui reproche de porter une robe longue, ce qui pourrait « susciter l'ambiguïté dans la tête des élèves » : « Mettez des jupes plus courtes, ou un pantalon... » Les coordinateurs du livre rappellent opportunément qu'un des plus célèbres slogans féministes, c'est : « Mon corps m'appartient » ! Mais les féministes françaises « historiques » reconnaissent parfois elles-mêmes que dans ce pays, quand elles clament « mon corps m'appartient », certains hommes ont une fâcheuse tendance à entendre « chouette, leur corps nous appartient »...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien souvent, on reproche aux filles voilées leur « insolence » parce que la mauvaise foi de leurs interlocuteurs, mal à l'aise avec leur propre obsession islamophobe, la bêtise et l'ignorance auxquelles elles sont confrontées, l'absurdité intenable que représente l'interdiction du voile à l'école, les exigences ubuesques de leur proviseur, finissent par virer au cocasse, et les font éclater de rire. S'il ne relatait pas des situations aussi révoltantes et douloureuses, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les filles voilées parlent&lt;/i&gt; serait- comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'islam imaginaire&lt;/i&gt;, d'ailleurs - une lecture franchement comique. Ainsi, suite à une erreur lors de son inscription sur les listes d'appel du lycée, ses professeurs appellent Mariame « Marianne » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; id=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Dans Fraise et Chocolat 2, la bande dessinée érotique d'Aurélia Aurita (...)' &gt;2&lt;/a&gt;), ce qui lui vaut d'entendre retentir dans les couloirs un sonore : « Marianne, ta tenue n'est pas laïque ! » En outre, on s'aperçoit ici que la loi de 2004, et la vision déjà dévoyée de la laïcité qui l'a inspirée, font l'objet d'interprétations pour le moins fantaisistes au sein de la population : Leila, victime d'une agression particulièrement ignoble dans le métro (« j'avais l'impression d'un lynchage verbal »), s'entend dire : « Tu sais ce que c'est, une république ? C'est un pays athée ! » Parce qu'elle a demandé un jour de congé pour l'Aïd, Cherazade a droit à un « speech sur la laïcité » de la part de son employeuse. Malika Latrèche se fait invectiver et frapper à la caisse d'un grand magasin d'ameublement par une femme qui hurle : « Elle n'a pas le droit d'entrer à Ikea avec son voile ! Il y a une loi contre le voile ! »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Comment reconnaître un foulard musulman ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand elles ne se font pas agresser, les filles voilées croulent sous les marques d'une sollicitude douteuse. Ont-elles bien mesuré à quel point le foulard était dangereux ? Savent-elles qu'elles risquent de s'étrangler en faisant de la gym ? Que le tissu peut se prendre dans les rayons de leur bicyclette ? S'enflammer en cours de chimie ? Qu'il n'est pas hygiénique ? Et puis, n'ont-elles pas trop chaud en été ? On se souvient en effet qu'en 2003, alors que la canicule faisait des victimes par dizaines de milliers chez les personnes âgées, il y avait encore eu de bonnes âmes pour se préoccuper du bien-être des femmes voilées (dans un courrier des lecteurs publié par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, notamment). A son travail, Nadjer, 36 ans, a fini par se fabriquer un écriteau : « Je n'ai pas chaud, merci. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Curieusement, le foulard non-musulman ne semble pas poser de problèmes pratiques aussi insurmontables. Les interviewées constatent que leurs camarades moins basanées, ou portant un nom moins connoté, peuvent en toute tranquillité s'entourer la tête d'un bout de tissu, alors qu'elles-mêmes se font courser dans les couloirs par tout le corps enseignant. « Dans le règlement intérieur, ils avaient écrit &#8220;interdiction de tout couvre-chef&#8221;, mais en fait c'était : &#8220;couvre-chef interdit aux musulmanes&#8221; », s'insurge Lamia. Mariame, qui porte un simple bandana au lycée et un voile à l'extérieur, raconte comment une prof, après l'avoir un jour croisée dans la rue avec son voile, lui refuse ensuite l'entrée de son cours si elle garde son bandana : « C'était pourtant le même bandana que la veille ! » Leila, abasourdie, s'entend dire par sa directrice : « Ma nièce Camille porte souvent ce genre de foulard sur la tête, mais vous, justement, vous vous appelez Leila et pas Camille, et vous n'êtes pas blonde aux yeux bleus. » Luc Ferry, ministre de l'éducation au moment du vote de la loi, s'était ridiculisé en s'empêtrant dans ses explications sur l'art de distinguer une « barbe musulmane » d'une « barbe non-musulmane » ; sauf que la distinction entre le « foulard musulman » et le « foulard non-musulman » n'est guère plus évidente... Certains camarades de filles voilées, indignés de la façon dont on les traitait, ont d'ailleurs manifesté leur solidarité en arrivant tous avec un bandana sur la tête.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La loi légitime l'idée
&lt;br /&gt;que l'exercice par un individu
&lt;br /&gt;de sa citoyenneté et de ses droits
&lt;br /&gt;peut être subordonné à la conformité
&lt;br /&gt;de ses convictions intimes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce qu'elles portent le voile, ces filles sont suspectées d'être antiféministes, soumises, hostiles aux hommes, coincées, homophobes, et on en passe. Leila raconte que quand elle traverse le Marais, le quartier gay de Paris, « les couples de mecs font exprès de se rouler une pelle sous [ses] yeux » quand ils la croisent, pensant la choquer. Quasiment toutes celles qui parlent ici démentent avec éclat ces préjugés. Elles font preuve d'une indépendance d'esprit, d'une énergie et d'une force de caractère que l'on chercherait en vain chez beaucoup de femmes non-voilées, et on souhaite de tout c&#339;ur bonne chance aux hommes qui se mettraient en tête de les soumettre - l'une d'elles clame bien : « et si ça me plaît, à moi, d'être soumise ? », mais elle parle uniquement de soumission à Dieu... Sana, lorsqu'on lui refuse l'inscription en sport à la fac, s'achète crânement un ballon de basket, et va « jouer avec les gars de la cité universitaire ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autres, en revanche, laissent deviner une mentalité moins ouverte. Bon. Et alors ? Est-ce que cela justifie qu'on les exclue de l'école publique ? De la communauté nationale ? A-t-on pris la mesure du précédent terrifiant créé par cette loi ? Non seulement elle légitime l'idée que l'exercice par un individu de sa citoyenneté et de ses droits peut être subordonné à la conformité de ses convictions intimes, mais elle instaure un régime de double standard : les non-musulmans sont tous présumés ouverts, féministes tolérants, libérés - ce qui est très loin d'être le cas ! -, tandis que les musulmans, présumés être tout le contraire, doivent se soumettre à des interrogatoires incroyablement inquisiteurs, et garantir la parfaite transparence de leur personne tant morale que physique. Si elle est musulmane, une patiente n'a pas le droit de préférer être examinée par une femme ; une adolescente n'a pas le droit d'avoir des réticences à se déshabiller dans le même vestiaire que les garçons en cours d'éducation physique ; elle n'est pas libre de s'habiller comme elle le souhaite ; elle doit accepter de rendre des comptes sur ses croyances personnelles au premier venu, alors qu'elle a parfois du mal à en parler avec ses proches amis...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est bien la première fois que je vois cela :
&lt;br /&gt;une loi qui ne sert pas à régler un problème,
&lt;br /&gt;mais à en créer ou à en rajouter »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A la caisse d'un supermarché, Jihene se voit sommée par un inconnu de déballer toute sa vie : « Vous êtes étudiante ? Vous êtes mariée ? Vous êtes étrangère ? » Nathalie, convertie à l'islam, fait partie des mères que l'on refuse comme accompagnatrices scolaires à cause de leur voile ; comme l'inspectrice d'académie justifie cette discrimination en arguant que les parents « ont un rôle pédagogique », elle lui demande aussi sec « de veiller dorénavant à ce que les capacités pédagogiques de tous les parents encadrant les sorties scolaires soient effectivement évaluées ». Quant à Leila, qui travaille à la protection de l'enfance, une de ses collègues lui déclare que, quand elles reçoivent une femme voilée, elles doivent automatiquement « se demander s'il n'y a pas une oppression du mari » : « Ça m'a choquée, dit-elle, parce que dans notre métier, on doit se poser cette question &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pour n'importe quelle femme&lt;/i&gt;, pas seulement pour les voilées. (...) Ça aussi, c'est un préjugé : je le vois sur mon lieu de travail, les femmes battues d'origine maghrébine sont loin d'être la majorité. Ce n'est pas une histoire de voile ou d'islam, c'est le rapport hommes-femmes qui est un rapport de domination. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« C'est bien la première fois de ma vie que je vois cela : une loi qui ne sert pas à régler un problème, mais à en créer ou à en rajouter », commente-t-elle amèrement. La théorie du choc des civilisations, on le sait, appartient à la catégorie des « prophéties autoréalisatrices » ; de même, les auteurs du livre soulignent à plusieurs reprises la dimension « performative » de la loi sur le voile, qui a créé la situation à laquelle elle prétendait remédier. On tenait pour acquis que, par leur voile, ces filles manifestaient une défiance à l'égard de la République et de ses lois, alors qu'elles étaient au contraire très enracinées dans la société française, et ne demandaient pas mieux que d'y participer pleinement. Résultat : le rejet et les avanies qu'elles ont subis ont créé cette défiance de toute pièce, au point que certaines s'interrogent aujourd'hui sur les possibilités d'un avenir en France pour elles et pour leurs enfants. On supposait que ces filles avaient une conception traditionnelle et rétrograde du rôle de la femme, qu'elles voyaient leur avenir au foyer et sous la coupe d'un mari. Résultat : la loi, en compromettant leurs études et leur vie professionnelle, les rend de fait plus dépendantes de leur compagnon. On voyait dans leur foulard un signe de communautarisme : ce n'était pas le cas, mais, à force de s'en prendre plein la gueule, elles en sont parfois venues à anticiper les rebuffades - comme Hanane, qui n'ose plus demander son chemin dans la rue depuis qu'on lui a un jour répondu « dégage ! » - et à se replier effectivement sur leur communauté. « Les hommes politiques passent leur temps à dénoncer le communautarisme, mais ce sont eux qui le créent à force de nous stigmatiser », lance Leila.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plupart disent pourtant leur intention de tenir bon. L'entre-soi les laisse sur leur faim : les rencontres et les luttes en commun, dit Hanane, permettent de « casser des trucs simplistes côté rebeu, du genre : &#8220;complot contre l'islam&#8221;, &#8220;les Occidentaux ne nous aiment pas parce que nous sommes musulmans&#8221;... » Et Ismahane : « Je ne supporterais pas de vivre repliée sur un cocon familial, ou sur une communauté ethnique ou religieuse : je le vivrais comme une asphyxie ! Je préfère sortir et prendre des coups que rester enfermée ! »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1&quot; name=&quot;nb1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) En juin 2007, Laurent Joffrin, interrogé &lt;a href=&quot;http://www.20minutes.fr/article/167246/Media-Les-gens-m-arretent-dans-la-rue-pour-me-dire-que-Libe-est-beaucoup-mieux-qu-avant.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;20 Minutes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; sur sa stratégie pour faire revenir les annonceurs dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, répondait : « Nous referons par exemple un partenariat avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; sur l'islam à la rentrée. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh2&quot; name=&quot;nb2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fraise et Chocolat 2&lt;/i&gt;, la bande dessinée érotique d'Aurélia Aurita (Les Impressions nouvelles, 2007), l'héroïne, Chenda, d'origine chinoise et khmère, se souvient de son arrivée à l'école primaire française : une autre petite fille, qui l'avait prise sous son aile, avait décrété que son prénom était vraiment trop difficile à retenir, et l'avait rebaptisée « Jeanne d'Arc » !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, &lt;b&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les filles voilées parlent&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, La Fabrique, 2008.&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Sacrées espèces &lt;/br&gt;et menteurs menacés</title>
		<link>http://peripheries.net/article316.html</link>
		<dc:date>2008-03-16T16:49:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Lemahieu</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique7.html">Incursions</category>

		<dc:subject>Travail / Chômage</dc:subject>

		<description>Du kaki dans les yeux, des emmerdes plein la tête, extinction programmée. Des semaines durant, à Bogny-sur-Meuse, dans une cuvette au fin fond des Ardennes, une centaine d'ouvriers, parfois en tenue de camouflage, traquent leur dignité, leur honneur ou leur fierté, chapardés par un patron-braconnier. Le trou tombe en ruines. La mécanique du piège s'avère grossière : en promettant la main sur le c&#339;ur de les soigner, le viandard arrache les bêtes exténuées à la barre du tribunal de commerce ; il les dépèce (vente des (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot8.html" rel="tag"&gt;Travail / Chômage&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton316.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;250&quot; height=&quot;167&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Du kaki dans les yeux, des emmerdes plein la tête, extinction programmée. Des semaines durant, à &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bogny-sur-Meuse&lt;/strong&gt;, dans une cuvette au fin fond des Ardennes, une centaine d'ouvriers, parfois en tenue de camouflage, traquent leur dignité, leur honneur ou leur fierté, chapardés par un patron-braconnier. Le trou tombe en ruines. La mécanique du piège s'avère grossière : en promettant la main sur le c&#339;ur de les soigner, le viandard arrache les bêtes exténuées à la barre du tribunal de commerce ; il les dépèce (vente des stocks, des bâtiments, des terrains et des rebuts, transformation des machines en ferraille) et, avec la plus-value réalisée, se paie grassement, s'achète un meilleur couteau et repart fureter dans les sous-bois des vallées ardennaises. Les licenciés en puissance, les vivants en sursis ont le mauvais goût d'arguer que le braconnier avait la cote dans la grande famille, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chez les consanguins de l'UIMM et du MEDEF&lt;/strong&gt;. Et réclament aux organisations patronales une indemnité de 50.000 euros par personne. Scandale dans le scandale. Ce ne sont pas deux histoires ; ceci est un carambolage.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pytko3.jpg' width='450' height='294' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_705 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Du kaki dans les yeux, des emmerdes plein la tête. Depuis des semaines, à Bogny-sur-Meuse, dans une cuvette au fin fond des Ardennes, une centaine d'ouvriers, parfois en tenue de camouflage, traquent leur dignité, leur honneur ou leur fierté, chapardés par un patron-braconnier. Le trou tombe en ruines ou - ça va plus vite - part en fumée. La mécanique du piège s'avère grossière : en promettant la main sur le c&#339;ur de les soigner, le viandard arrache les bêtes exténuées à la barre du tribunal de commerce ; il les dépèce (vente des stocks, des bâtiments, des terrains et des rebuts, transformation des machines en ferraille) et, avec la plus-value réalisée, se paie grassement, s'achète un meilleur couteau et repart fureter dans les sous-bois des vallées ardennaises. Des fois, pour le féliciter de son courage, de son zèle ou de son dévouement, les autorités locales le couvrent de cadeaux ; à force, il se constitue un modèle réduit d'empire. Le rapace règne, il est le roi du boulon, dans la bourgade même où, au milieu du XIXe siècle, la production industrielle de boulons a été inventée. C'est qui, le patron ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le capital comme dans la capitale, c'est peut-être bien la guerre, c'est en tout cas du grand spectacle. Après avoir tergiversé pendant des mois, Laurence Parisot, la présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF), pilonne le bunker où est retranchée la « vieille garde » de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), sa principale fédération... Qui le lui rend bien en minant la route du triomphe vers un patronat hyper-moderne, en froufrous roses et à la fraise tagada, voluptueux et totalitaire. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'entreprise, c'est la vie&lt;/i&gt;, c'est tout, et d'abord l'inverse, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les Ardennes, ça se gâte : l'empire s'est écroulé, l'argile l'a englouti. Sur place, les licenciés en puissance, les vivants en sursis ont le mauvais goût d'arguer que le braconnier avait la cote dans la grande famille, chez les consanguins de l'UIMM et du MEDEF. Et réclament aux organisations patronales une indemnité de 50.000 euros par personne. Scandale dans le scandale. Ce ne sont pas deux histoires ; ceci est un carambolage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pytko1.jpg' width='450' height='300' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_703 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Se faire baiser par l'avant-garde.&lt;/strong&gt; Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt; du 13 mars 2008, le romancier français Eric Reinhardt rencontre la patronne des patrons français, Laurence Parisot. Les questions sont parfois plus longues que les réponses - c'est touchant -, mais le tout provient au fond du même tonneau. « Vous dites qu'il faut &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8220;sortir de la culture du conflit et de la suspicion&#8221;&lt;/i&gt;, et que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8220;les parties autour de la table doivent cesser de douter mutuellement des bonnes intentions des autres&#8221;&lt;/i&gt;, lance Reinhardt. Vous avez raison, là se trouve le problème : la confiance. Il est important que les salariés n'aient pas le sentiment de se faire baiser par le MEDEF, et que le MEDEF n'ait pas le sentiment de parler avec des individus archaïques qui ne comprennent pas le monde dans lequel ils vivent. C'est un enjeu fondamental pour les années qui viennent, où nous serons conduits à réformer tous ensemble. » Et plus loin, Parisot jubile : « Je suis sûre qu'un jour le mot MEDEF sera synonyme d'avant-garde aux yeux du plus grand nombre. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/UIMM3.jpg' width='149' height='210' style='float: left; border-width: 0px; width:149px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_702 spip_documents spip_documents_left' /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Des renseignements absolument complets.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monsieur le directeur,
&lt;br /&gt;Nous vous prions de bien vouloir trouver ci-joint le questionnaire relatif aux effectifs occupés dans votre établissement au 31 décembre 2007.
&lt;br /&gt;Ce questionnaire doit permettre à l'UIMM de posséder, sur les effectifs de main-d'&#339;uvre employée dans les entreprises selon les diverses catégories professionnelles, des renseignements absolument complets.
&lt;br /&gt;Nous attirons spécialement votre attention sur la nécessité de répondre rapidement à cette enquête, en nous faisant retour du questionnaire dans l'enveloppe ci-jointe au plus tard pour le mercredi 30 janvier 2008. &lt;br /&gt;Comptant sur votre diligence et vous en remerciant à l'avance, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de nos salutations distinguées.
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;Le Secrétaire Général&lt;/div&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Moins que zéro.&lt;/strong&gt; Avant la liquidation judiciaire, le patron n'a pas eu le loisir de remplir ses obligations syndicales à l'UIMM. Montrons-nous coopératifs : au 31 décembre 2007, le conglomérat de petites usines métallurgiques à Bogny-sur-Meuse (Lenoir-et-Mernier, LCAB, Gérard-Bertrand, Dauvin) et à Gespunsart (Jayot), rachetées à prix cassés en quelques années, faisait travailler 140 personnes (une petite vingtaine de salariés ayant été licenciés dès l'automne) ; au 7 février 2008, lorsque la mise à mort a été prononcée par le tribunal de commerce, l'effectif a été réduit à zéro. Néantisé ni vu ni connu - pas plus de détail sur les suites, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sorry boss&lt;/i&gt;. Très cordial adieu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Répétitif.&lt;/strong&gt; Ils sont allés au tribunal de commerce ; ils sont allés à la préfecture des Ardennes ; ils sont allés à la gare où passent les TGV (et sur les voies de chemins de fer pendant quelques heures) ; ils sont allés sur des ronds-points dans des zones commerciales ; ils sont allés sur les carrefours à l'entrée de Charleville ou à celle de Mézières ; ils sont allés sur la rocade où la vitesse est limitée à 50 km/h ; ils sont allés à l'UIMM ; ils sont allés au MEDEF ; ils sont allés à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), avec la CGPME juste à côté ; ils sont allés au Conseil général ; ils sont allés devant les assises, ravalées en prévision des descentes de la presse nationale pour le procès d'un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;serial killer&lt;/i&gt; de fillettes ; une poignée d'entre eux sont allés au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi à Paris ; ils sont allés et revenus de tout.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pytko4.jpg' width='450' height='300' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_706 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ont écrit un « J'accuse » ; ils ont écrit une ode à la nuit tombée (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les Ardennes profondes / Au c&#339;ur de nos vallées / Se propagent comme une onde / Nos chères usines fermées / Triste destin de vies / Au travail arrachées / Tristesse d'un pays / Qui se sent oublié...&lt;/i&gt; ») ; ils ont écrit des tracts (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Assez de discours... DES ACTES ! Les patrons de la métallurgie font bloc pour un des leurs, faites bloc pour plusieurs des vôtres&lt;/i&gt; ») ; avec des pincettes ou parfois des salamalecs, ils ont écrit des lettres aux pouvoirs publics, au patronat local et national, à Nicolas Sarkozy (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci, monsieur le président, est un cri d'alarme, un cri de désespoir, un appel a l'aide afin de redonner à chacun l'envie de travailler ensemble dans des industries honnêtes, sans avoir ce sentiment de généraliser ce qui doit rester comme une faute de gestion exceptionnelle. Je vous prie de croire Monsieur le président à l'expression de ma plus haute considération&lt;/i&gt; »). Ils ont écrit, puis quoi encore ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils ont montré aux visiteurs les beaux boulons qu'ils fabriquaient, leurs ateliers et leurs machines ; ils ont brûlé des montagnes de pneus - à la grande joie des garagistes, trop heureux de se débarrasser de ces ordures à bon compte ; ils ont pleuré dans leur fumée noire ou dans celle, blanche, des gaz lacrymogènes ; ils ont toussé, craché ; après un procès en place publique, ils ont également mis le feu à un pantin figurant leur patron ; ils ont rigolé en voyant la marionnette se décomposer sous les flammes, sauf les paluches, intactes, toujours crispées sur des billets factices de 500 euros - « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ah, regardez-le, comme il tient à son fric&lt;/i&gt; » ; ils ont jeté un carton d'&#339;ufs sur la façade du siège du patronat ardennais ; ils ont lampé du café qu'on leur offrait comme ils étaient sages et qu'ils ne faisaient pas trop de bruit à l'intérieur de la CCI ; dans la cour d'une de leurs usines, ils ont mangé toute sorte de viandes au barbecue et, après, avalé des crêpes au sucre ; ils ont menacé de déverser de l'acide chlorhydrique dans les égouts, non loin de la Meuse, mais un sénateur belge libéral, bourgmestre de Dinant, arrivé une heure avant la fin de l'ultimatum, les a convaincus de renvoyer leur pollution à plus tard, et si possible, à jamais.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pytko6.jpg' width='450' height='300' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_708 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils attendent, tendus : ils ont demandé 50.000 euros par tête de pipe afin d'indemniser leur « préjudice moral » et ils aimeraient bien que ça soit le patronat, en guéguerre sur la forme mais solidaire sur le fond, qui mette la main à la poche, au coffre, ou mieux encore, plonge les bras dans sa « caisse antigrève ». Ils rêvent d'être &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fluidifiés&lt;/i&gt; - salis, baisés, pollués ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Prophylaxie.&lt;/strong&gt; « Il faut aussi avoir présent à l'esprit que même une entreprise qui a rarement une grève trouvera sa gestion compromise si une autre entreprise cède devant la grève en accordant 3% des salaires en plus ou transige sur un principe fondamental, en raison de l'effet de contagion qui existe presque toujours (en sachant aussi que cette entreprise peut faire l'objet d'une attaque fomentée par les syndicats soutenus de l'extérieur). Chaque entreprise, même peu touchée directement par les grèves, a donc un intérêt évident à ce que la résistance de tous soit renforcée face aux conflits collectifs. »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/ArgUIMM.jpg' width='420' height='401' style='border-width: 0px; width:420px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_713 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;small&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Extraits&lt;/strong&gt; de l'argumentaire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;strictement confidentiel&lt;/i&gt;, interne à l'UIMM, « sur l'action d'entraide professionnelle face aux conflits sociaux », communément désignée désormais comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;caisse antigrève&lt;/i&gt;, le 18 février 1972&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Question de principe.&lt;/strong&gt; « Malheureusement, comme il n'est pas dans les compétences de l'UIMM de financer des indemnités de licenciement dans les entreprises de la branche, nous ne pouvons pas répondre à votre démarche collective. » (Courrier de Frédéric Saint-Geours, président de l'UIMM, aux salariés de Lenoir-et-Mernier, au conseil régional de Champagne-Ardenne et au conseil général des Ardennes, reçu sur place fin février)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Paroles contre paroles contre paroles contre paroles, etc.&lt;/strong&gt; « Denis Gautier-Sauvagnac m'a dit qu'il avait eu une conversation avec Laurence et qu'elle était parfaitement au courant maintenant. Elle était au courant de ça en juin ou en mai 2007, en tout cas avant les vacances » (Daniel Dewavrin, ex président de l'UIMM, à l'AFP, le 8 mars 2008) ; « Les propos de Daniel Dewavrin et Denis Gautier-Sauvagnac selon lesquels j'aurais été informée du système frauduleux, objet des actuelles poursuites pénales qui touchent l'ancien président de l'UIMM, &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dès avant l'été 2007&lt;/i&gt;&#8221;, sont gravement diffamatoires à mon encontre en ce qu'ils signifient que j'aurais menti. Je dépose donc plainte au pénal pour diffamation immédiatement. J'en charge mon avocat dès ce jour » (Communiqué de Laurence Parisot, présidente du MEDEF, le 8 mars) ; « Si Mme Parisot veut aller en justice, nous irons sereins et tranquilles. Je me suis borné à rapporter un fait, je n'ai aucune raison de ne pas rapporter ce que m'avait dit M. Gautier-Sauvagnac. Je serais étonné qu'il ne l'ait pas dit à d'autres personnes » (Daniel Dewavrin, à l'AFP, le 8 mars) ; « Ce sont des sacrés menteurs, ces messieurs » (Laurence Parisot, sur le plateau de France 2, le 8 mars) ; « La seule chose que je sais, c'est que j'étais présent lorsque Denis Gautier-Sauvagnac nous a rapporté la conversation qu'il avait eue avec elle, à Daniel Dewavrin et à moi-même. J'ai entendu la même chose que Daniel Dewavrin. Denis Gautier-Sauvagnac nous a dit que Laurence Parisot lui avait demandé si les distributions d'argent se poursuivaient comme avant, quelque chose comme ça. Nous étions tous les trois dans les bureaux de l'UIMM, c'était en mai ou juin 2007, en tout cas avant l'été » (Arnaud Leenhardt, autre ancien président de l'UIMM, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; daté du 11 mars) ; « A l'unanimité, le Bureau du MEDEF confirme qu'il ignorait tout des pratiques de l'ancien président de l'UIMM. Il les réprouve, à nouveau, avec la plus grande fermeté et sans réserve. Par ailleurs le Bureau réaffirme son attachement aux valeurs de transparence, de modernité et d'unité qui doivent caractériser le patronat du XXIe siècle » (Communiqué du MEDEF, le 10 mars)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/PV.jpg' width='200' height='277' style='float: right; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_714 spip_documents spip_documents_right' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rien à ajouter.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Renseignement judiciaire,
&lt;br /&gt;procès-verbal d'audition, témoin.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;Le vendredi 14 mars 2008, à 14 heures 00 minute, nous soussigné gendarme X.X., agent de police judiciaire en résidence à Nouzonville, sous le contrôle de lieutenant Y.Y., officier de police judiciaire en résidence à Nouzonville, [...] nous trouvant au bureau de notre unité à Nouzonville 08700, rapportons les opérations suivantes : [...]
&lt;br /&gt;entendons la personne dénommée ci-dessus [Michèle Leflon, vice-présidente du conseil régional] qui nous déclare :
&lt;br /&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je me présente ce jour à votre unité en compagnie de Sylvain Dalla Rosa, conseiller régional, pour déposer une plainte en nos noms propres. Face à l'attitude du syndicat de l'Union des industries des métaux et de la métallurgie (UIMM) Ardennes qui, par le biais de son adhérent, directeur de l'entreprise Lenoir-et-Mernier LCAB sise à Bogny-sur-Meuse, qui a activement contribué au sabordage de l'économie ardennaise, nous déposons plainte contre le syndicat patronal UIMM Ardennes. Ce dernier a une responsabilité active dans la casse économique et sociale de notre département. C'est la cause d'un préjudice humain et financier très lourd pour les Ardennes. En conséquence, nous demandons à la justice d'obliger le syndicat UIMM à assumer ses responsabilités, notamment en indemnisant les salariés de Lenoir-et-Mernier LCAB victimes d'un licenciement. Les entreprises ardennaises au nombre desquelles Lenoir-et-Mernier ont participé au financement de la caisse noire de l'UIMM, faisant actuellement l'objet d'une information judiciaire. Cet argent doit servir à indemniser le préjudice moral des salariés licenciés.&lt;/i&gt; [...] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Nouzonville 08700, le 14 mars 2008, à 14 heures 25, lecture faite par moi des renseignements d'état civil et de la déclaration ci-dessus, j'y persiste et n'ai rien à changer, à y ajouter ou à y retrancher.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pytko5.jpg' width='450' height='300' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_707 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;A quel saint se vouer ?&lt;/strong&gt; Invité à France-Inter, un matin de mars 2008, Frédéric Saint-Geours, le nouveau président de l'UIMM-dont-les-comptes-seront-eux-aussi-certifiés-à-l'avenir, saute de sa chaise en entendant à la revue de presse une référence à l'adhésion à son organisation du patron de Lenoir-et-Mernier dans les Ardennes : « Cette entreprise n'est pas membre de l'UIMM », croit-il utile de corriger. Patron d'une petite boîte de la métallurgie, président du MEDEF Ardennes et héros, parmi d'autres, du documentaire de Marcel Trillat, François de Saint-Gilles tente la même tactique avant d'admettre : « Le patron de Lenoir-et-Mernier n'a plus versé de cotisations à l'UIMM et au MEDEF depuis deux ans... » Le problème dans cette affaire, c'est qu'Albert de Sainte-Nitouche, ou dieu seul sait qui à l'UIMM, continue de prendre le banni pour un semblable et qu'à l'usine, les ouvriers collectionnent les preuves ultra-récentes de l'affiliation de leur PDG aux flamboyantes organisations professionnelles. Comme cette invitation à un comité directeur de l'UIMM-Ardennes le 22 janvier dernier, ou les derniers bulletins fédéraux hebdomadaires, envoyés de Paris.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/UIMM2.jpg' width='275' height='220' style='border-width: 0px; width:275px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_709 spip_documents' /&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/UIMM1.jpg' width='180' height='225' style='border-width: 0px; width:180px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_710 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Omertà dans la vallée.&lt;/strong&gt; C'est une petite bourgade tranquille, au fin fond d'une vallée des Ardennes, enfoncée dans la forêt verdoyante. Vue du ciel, Nouzonville, oblongue, coulée sur la Meuse, pourrait ressembler à un hamac. Le calme règne. La ville, jadis, c'était un rythme dans les oreilles, un tempo dans la peau : le fracas sourd des marteaux-pilons, doublé de mini-secousses telluriques, avec les fonderies, forges et ateliers d'estampage pour épicentres. Aujourd'hui, les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;boutiques&lt;/i&gt; disparaissent les unes après les autres. La place est nette. Sur cinq hectares, non loin du fleuve, la friche, ouverte à tout vent, des aciéries Thomé-Cromback, fermées en 1996 par un repreneur véreux italien, hurle toute la désolation de l'endroit. Plus loin, à quelques pas de la mairie, pile en face de l'usine Thomé-Génot, liquidée en octobre 2006 après le pillage-éclair mené par le groupe américain Catalina, la boulangère a, elle aussi, tiré le rideau. Comme si son heure était arrivée. Dortoir, mouroir. S'il devait revenir, Jean-Baptiste Clément, poète du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Temps des cerises&lt;/i&gt; et agitateur socialiste dans les parages après la Commune de Paris, statufié aux portes de Nouzonville, n'aurait plus guère de braises à remuer. Croissance du chômage et de la précarité, petit commerce des Restos du c&#339;ur et extension du désert de la lutte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ici, à Nouzonville, à quelques kilomètres de Bogny-sur-Meuse, que Marcel Trillat a tourné un magistral documentaire, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Silence dans la Vallée&lt;/i&gt;. Avec une question simplissime : comment ce vide a-t-il pu envahir l'espace ? Sa thèse, c'est que, rivé aux profits modélisables, le capitalisme financiarisé, tel un tsunami, ravage tout sur son passage. Et le réalisateur emporte la conviction en faisant parler des petits patrons du cru, interdits de crédits bancaires, essorés par les donneurs d'ordre, étranglés par les mouvements spéculatifs sur les matières premières, pendus aux exigences intenables des fonds d'investissements... Au mois de janvier 2008, Laurence Parisot a, en amatrice déclarée des « grands débats sociétaux », organisé une projection du documentaire au siège parisien du patronat. Salle comble, applaudissements nourris, tentatives de récupération ou de désamorçage en direct : « Il y a deux choses très différentes, argue, sur le plateau, la présidente du MEDEF. Il y a, d'un côté, des entrepreneurs, comme ceux qui sont dans cette salle, ceux qui aiment les relations avec leurs salariés, et les autres, ces prédateurs dont parle le film, eux, ce ne sont pas des entrepreneurs, ce sont des escrocs. »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pytko2.jpg' width='450' height='300' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_704 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un mois plus tard, toujours dans les Ardennes, juste à côté de Nouzonville, une grosse centaine d'ouvriers, victimes des agissements d'un patron-voyou chez Lenoir-et-Mernier, LCAB, Dauvin, Jayot, Gérard-Bertrand, appellent ces c&#339;urs d'artichauts du patronat à la solidarité. « Banqueroute, malversations, détournement de fonds publics, enrichissement personnel, ventes à perte volontairement, faux bilan, dissimulation de matières premières, détaille Claude Choquet, délégué syndical CFDT et secrétaire du comité d'entreprise, dans une lettre adressée à Laurence Parisot et demeurée sans réponse. Voilà quelques exemples des plaintes qui ont ou vont être déposées à l'encontre du PDG. Le SRPJ enquête déjà sur ces faits. Mais les victimes restent les salariés qui vont perdre leur emploi et se retrouver à la rue avec, pour la plupart, plus de 20 ans d'ancienneté, une moyenne d'âge de 45 ans et peu de qualifications. Ceci dans une entreprise qu'un audit vient de déclarer viable commercialement et industriellement. Je sais que votre responsabilité n'est pas en cause, mais par cette lettre nous espérons simplement attirer votre attention, afin que vous preniez position contre ce genre de patron qui salit votre profession. » Les vedettes qui occupaient les premiers rôles chez Trillat regardent ailleurs. Et ceux qui les applaudissaient dans la salle de projection du MEDEF font la sourde oreille. Quand un Américain saccage, c'est le tollé - « On se dit que ce n'est peut-être pas le capitalisme financier ou la mondialisation qui est à l'origine de la descente aux enfers de cette entreprise, synthétisera Laurence Parisot devant la presse, au lendemain du raout autour de Trillat, mais plutôt, peut-être, en tout cas il faut poser la question, tout simplement une escroquerie gigantesque qui a traversé l'océan Atlantique » ; quand le bandit est ardennais, c'est l'omertà.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Vendetta de base.&lt;/strong&gt; Patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;voyou&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vaurien&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fripouille&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;truand&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;gredin&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aigrefin&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;arsouille&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;apache&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;à-nettoyer-au-karcher&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;malandrin&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;crapule&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;brigand&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vautour&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pirate&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;filou&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;scélérat&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de-combat&lt;/i&gt;, patron-&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moderne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Prends plusieurs bobines.&lt;/strong&gt; « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Mon pauvre Marcel,
&lt;br /&gt;Quand tu es parti des Ardennes avec ton film
&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;Silence dans la vallée&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;,
&lt;br /&gt;beaucoup de personnes disaient :
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8220;C'est un film noir,
&lt;br /&gt;cela ne représente pas la réalité des Ardennes
&lt;br /&gt;et en plus c'est un patron américain,
&lt;br /&gt;et en plus, un voyou...&#8221;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Je te demande de revenir
&lt;br /&gt;pour faire un acte 2 sur :
&lt;br /&gt;l'état de santé des chômeurs de Thomé-Génot
&lt;br /&gt;et un deuxième &#8220;Thomé Génot&#8221; qui se profile,
&lt;br /&gt;l'entreprise Lenoir et Mernier, tu connais ?
&lt;br /&gt;C'est celle qui a racheté Jayot, la filiale de Thomé-Génot
&lt;br /&gt;pour une bouchée de pain, 8.000 euros avec 200.000 euros
&lt;br /&gt;de stock de produits finis, et en plus, 300.000 euros
&lt;br /&gt;du conseil général. Mais, malheureusement, dépôt de bilan
&lt;br /&gt;et fermeture de l'usine. L'argent ? Ha, bonne question,
&lt;br /&gt;je ne sais pas où il est. Le patron ? Ha, oui celui-là,
&lt;br /&gt;il est français, c'est un voyou, d'après ce que j'ai pu lire
&lt;br /&gt;dans la presse. Mais le comble de cela,
&lt;br /&gt;c'est encore les mêmes qui trinquent : LES SALARIÉS.&lt;/i&gt; [...]
&lt;br /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si je t'ai envoyé cette lettre,
&lt;br /&gt;c'est pour te dire que si tu viens,
&lt;br /&gt;prends plusieurs bobines
&lt;br /&gt;car il y a de quoi faire ici.
&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;Silence dans la vallée&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; acte 2
&lt;br /&gt;bientôt dans vos salles ;
&lt;br /&gt;le 3, bientôt en préparation
&lt;br /&gt;et le 4 est prévu pour 2009.
&lt;br /&gt;Amicalement,
&lt;br /&gt;Charles Rey&lt;/i&gt; » &lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/lipdub1.jpg' width='220' height='528' style='float: right; border-width: 0px; width:220px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_711 spip_documents spip_documents_right' /&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le saviez-vous ?&lt;/strong&gt; Un&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; lipdub&lt;/i&gt; est une danse, un hymne, une déclaration (et aussi un documentaire). C'est la fête de l'entreprise tous les jours - comme pour les femmes ou les poilus, il n'y a pas de raison que la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cellule de base de la société&lt;/i&gt;, selon l'expression du poète Ernest-Antoine Seillière, n'ait qu'un jour de fête par an (oui, l'opération jaimemaboite est nettement insuffisante). Des employés de bureaux vocalisent, théâtralisent, chorégraphient leur dévotion totale : « L'entreprise, c'est la vie » (slogan actuel du MEDEF). Et les services de propagande enregistrent le mouvement des collaborateurs pour répandre à l'extérieur la bonne nouvelle : Motivés, motivés. Bien sûr, un couac peut toujours se produire, comme chez AOL France, où le&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; lipdub&lt;/i&gt; se termine par un plan social... Mais vive le fun, à bas l'ennui à mort, il se passe quelque chose : jetés dehors mais trop heureux d'en avoir été. Au siège du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Patronat du XXIe Siècle ©&lt;/i&gt; (ex-MEDEF, ex-CNPF), ils ont bien compris l'intérêt du jeu et, oh yeah, ils s'y sont &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x4b1ax_medef-le-lipdub_fun&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;mis à donf'&lt;/a&gt; début février. Même Laurence Parisot claque des doigts, dans le vent.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/lipdub2.jpg' width='450' height='150' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_712 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans leur bled des Ardennes, les ouvriers, hiératiques, les pieds collés dans la glaise, vivent leur&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; lipdub&lt;/i&gt; sous acide, sans paroles ni musiques. Momifiés, fossilisés, figés aux siècles des Lumière - les frères, ou peut-être même les autres - et rendus à la rusticité : sortis d'usine, renvoyés dans leurs épaisses forêts.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ecriture&lt;/strong&gt;,
&lt;br /&gt;recueil de&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; textes&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;et d'images,
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;montage&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;par &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Thomas Lemahieu&lt;/strong&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;grandes photos&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;sont de &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Pytkowicz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pour aller là-bas ou plus loin :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;* Le &lt;a href=&quot;http://lenoir-ou-le-noir.over-blog.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;blog des salariés de Lenoir-et-Mernier, LCAB, etc.&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;* Le &lt;a href=&quot;http://atg-association.over-blog.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;blog de l'association des anciens Thomé-Génot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Et dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanité&lt;/i&gt;, sur le fond du conflit social à Bogny :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;* &lt;a href=&quot;http://www.humanite.fr/2008-02-22_Politique_Patrons-voyous-Les-vautours-se-portent-bien-merci&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les vautours se portent bien, merci&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;* &lt;a href=&quot;http://www.humanite.fr/2008-02-22_Politique_Anatomie-d-un-pillage-magistral&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Anatomie d'un pillage magistral&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Et à propos de l'« affaire UIMM »&lt;/strong&gt; :
&lt;br /&gt;* une &lt;a href=&quot;http://www.humanite.fr/+-Papiers-du-patronat-+&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;série d'articles &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les petits papiers du patronat&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>&lt;i&gt;Rêves de droite - Défaire l'imaginaire sarkozyste&lt;/i&gt;</title>
		<link>http://peripheries.net/article315.html</link>
		<dc:date>2008-03-07T20:39:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique12.html">Divers</category>


		<description>Un essai de Mona Chollet &lt;br /&gt;La Découverte, « Zones » &lt;br /&gt;156 pages - 12 euros &lt;br /&gt;En librairie depuis le 6 mars 2008 &lt;br /&gt;Présentation de l'éditeur : &lt;br /&gt;« J'ai fait un rêve », slogan repris à Martin Luther King, fut l'un des moteurs de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Tout a été dit sur cette victoire sauf peut-être l'essentiel : et si elle correspondait au triomphe d'une nouvelle forme d'imaginaire politique ? &lt;br /&gt;Mona Chollet décortique les principaux éléments de l'univers sarkozyste : la « machine de guerre (...)


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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique12.html" rel="category"&gt;Divers&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;br /&gt;Un essai de Mona Chollet
&lt;br /&gt;La Découverte, « Zones »
&lt;br /&gt;156 pages - 12 euros
&lt;br /&gt;En librairie depuis le 6 mars 2008&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Présentation de l'éditeur :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/RDD.jpg' width='171' height='250' style='float: right; border-width: 0px; width:171px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_700 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« J'ai fait un rêve », slogan repris à Martin Luther King, fut l'un des moteurs de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Tout a été dit sur cette victoire sauf peut-être l'essentiel : et si elle correspondait au triomphe d'une nouvelle forme d'imaginaire politique ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet décortique les principaux éléments de l'univers sarkozyste : la « machine de guerre fictionnelle » que représente la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;success story&lt;/i&gt;, le mythe du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;self-made man&lt;/i&gt;, l'identification illusoire aux riches et aux puissants, le mépris des « perdants », l'individualisme borné, le triomphe de l'anecdote et du people...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aux antipodes de la fascination béate et complaisante d'une Yasmina Reza, elle critique les impostures idéologiques du nouveau pouvoir : un démontage sans concession des valeurs de la droite bling bling, dans un style incisif, souvent drôle, toujours fin, mêlant l'enquête journalistique, l'écriture littéraire et la critique sociale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lucide, elle pointe également la faiblesse alarmante de l'imaginaire de gauche, radicalement incapable de relever le défi. Contre le cynisme et les renoncements, il est urgent de réinventer un nouvel imaginaire émancipateur, en commençant par se réapproprier l'aspiration légitime à l'épanouissement personnel, aujourd'hui fourvoyée dans les mirages de la « société-casino ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet, 34 ans, journaliste au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Monde diplomatique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, coanimatrice du site &lt;a href=&quot;http://www.peripheries.net/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Peripheries.net&lt;/a&gt;, est l'auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article15.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La tyrannie de la réalité&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (Calmann-Lévy, 2004 / Folio - Gallimard, 2006).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Conformément à la &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=a_propos&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;politique éditoriale de « Zones »&lt;/a&gt;,
&lt;br /&gt;le &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;amp;id_article=59&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;texte intégral du livre&lt;/a&gt; est en libre accès sur le site de l'éditeur.
&lt;br /&gt;Pour plus d'information sur le sens de cette démarche, lire le texte de Michel Valensi, directeur des éditions de l'Eclat, qui en a été l'initiateur en France : « &lt;a href=&quot;http://www.lyber-eclat.net/lyber/lybertxt.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Petit traité plié en dix
sur le Lyber&lt;/a&gt; ».&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;small&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Acheter ses livres en ligne&lt;/strong&gt;, quand on n'a pas la chance d'avoir une bonne librairie près de chez soi ? Oui, mais pas n'importe où... Lire l'&lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/Appel-pour-le-livre,316.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Appel pour le livre&lt;/a&gt; (février 2008), qui dénonce les conséquences de la gratuité des frais de port offerte par Amazon. Voir aussi le texte de Joël Faucilhon, « &lt;a href=&quot;http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/Le-livre-et-l-Internet.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Le livre et l'Internet&lt;/a&gt; ».&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>A la croisée des fleuves</title>
		<link>http://peripheries.net/article314.html</link>
		<dc:date>2007-12-31T00:51:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique4.html">Feuilles de route</category>

		<dc:subject>Israël / Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
		<dc:subject>L'Occident en question</dc:subject>

		<description>On ne peut concevoir une plus belle image de résistance à la brutalité et au simplisme des temps que celle de ces juifs irakiens, filmés par Florence Strauss dans son documentaire sur la musique arabe, Le Blues de l'Orient, qui, dans leur maison en Israël, perpétuent la tradition des « salons de musique » qu'ils tenaient en Irak. Pas parce qu'elle autorise des lamentations consensuelles sur « ces peuples qui s'entredéchirent alors qu'ils ont tant en commun », mais parce qu'elle offre un prisme pour (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique4.html" rel="category"&gt;Feuilles de route&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot16.html" rel="tag"&gt;Israël / Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot29.html" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot18.html" rel="tag"&gt;L'Occident en question&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton314.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;140&quot; height=&quot;198&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;On ne peut concevoir une plus belle image de résistance à la brutalité et au simplisme des temps que celle de ces juifs irakiens, filmés par &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Florence Strauss&lt;/strong&gt; dans son documentaire sur la musique arabe, &lt;b&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Blues de l'Orient&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;, qui, dans leur maison en Israël, perpétuent la tradition des « salons de musique » qu'ils tenaient en Irak. Pas parce qu'elle autorise des lamentations consensuelles sur « ces peuples qui s'entredéchirent alors qu'ils ont tant en commun », mais parce qu'elle offre un prisme pour envisager d'une manière radicalement différente le conflit israélo-palestinien. Comme l'avait montré en 1986 l'universitaire israélienne &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ella Shohat&lt;/strong&gt; dans un texte fondateur sur les juifs orientaux en Israël, &lt;b&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le sionisme du point de vue de ses victimes juives&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, l'Etat hébreu s'est construit sur la négation de l'identité « métèque » qui était la cible des antisémites européens. Il s'est voulu à tout prix un Etat occidental, ce qui impliquait de rejeter tant les Palestiniens que les juifs orientaux. Chez ces derniers, l'élite ashkénaze apprécie, à la limite, la gastronomie et l'exotisme chaleureux de leur folklore ; mais elle leur dénie - comme les pays européens à leurs immigrés - toute légitimité à participer à la « production de sens ». Pour penser le monde, l'Occident n'a besoin de personne. Le film de Florence Strauss montre bien, pourtant, que la culture arabe donne accès, par des voies qui n'appartiennent qu'à elle, à un pan singulier de l'expérience humaine - à l'image de ce « quart de ton » propre à sa musique, et dont ses amoureux disent qu'il touche l'auditeur « non pas dans sa chair, mais dans la moelle de ses os ».&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/blues_de_l_orient1.jpg' width='200' height='283' style='float: right; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_688 spip_documents spip_documents_right' /&gt;On peut difficilement concevoir une plus belle image de résistance à la brutalité et au simplisme des temps que celle de ces juifs irakiens, musiciens aveugles, chanteuses âgées mais splendides, filmés par Florence Strauss dans son documentaire sur la musique arabe, &lt;b&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Blues de l'Orient&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; (actuellement en salles (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb3-1&quot; name=&quot;nh3-1&quot; id=&quot;nh3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Voir la bande-annonce et les extraits sur Allociné.' &gt;1&lt;/a&gt;)), qui, dans leur maison en Israël, perpétuent la tradition des « salons de musique » qu'ils tenaient en Irak, et se récitent entre deux accords les numéros de téléphone qui étaient ceux des uns et des autres à Bagdad. L'un d'entre eux montre à la réalisatrice une brassée de cassettes d'Oum Kalsoum, qu'il a enregistrée fidèlement à la radio pendant vingt ans, et parle de son admiration pour le grand compositeur, interprète et acteur égyptien Mohamed Abdelwahab. Interrogé sur les chansons dédiées par ce dernier à la cause palestinienne, il répond avec une sobre fermeté que ces chansons-là, il les aime autant que les autres : « La politique, dit-il, c'est autre chose. » Il confie, tout en protestant de son attachement à Israël, qu'il lui arrive encore souvent de fermer les yeux pour évoquer avec nostalgie le cours majestueux du Tigre et de l'Euphrate, ces deux fleuves qui se rejoignent comme se mêlent en lui l'arabité et la judéité.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celle qui tient la caméra est issue de la même histoire. Le grand-père de Florence Strauss, Robert Hakim, était un juif égyptien, né en 1907 à Alexandrie, nourri de comédies musicales égyptiennes, qui devint avec son frère Raymond l'un des grands producteurs du cinéma français (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pépé le Moko&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Belle de jour&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Bête humaine&lt;/i&gt;...). De retour dans son pays natal pour un tournage, en 1956, il assiste à l'exode forcé de la communauté juive, devenue indésirable après la crise de Suez et la « triple et lâche agression » perpétrée par la France, le Royaume-Uni et Israël pour tenter de récupérer le canal nationalisé par Nasser. Dès lors, il coupe les ponts et défend à sa famille de remettre les pieds en Egypte. C'est cet interdit que sa petite-fille enfreint avec ce film, qui la mène du Caire à Jérusalem et de Beyrouth à Alep.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Juif par la religion, arabe par la culture : on imagine ce que cette position peut avoir d'infernal, mais aussi de fécond. Pas parce qu'elle autorise des lamentations consensuelles sur « ces peuples qui s'entredéchirent alors qu'ils ont tant en commun », mais parce qu'en mettant en échec les catégorisations binaires, elle offre un prisme pour envisager d'une manière radicalement différente le conflit israélo-palestinien. La première à l'avoir problématisée est l'universitaire israélienne Ella Shohat, dans un article sur la situation des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim &lt;/i&gt;(leurs ancêtres n'ayant jamais vécu en Espagne, les juifs orientaux ne sont pas à proprement parler des Sépharades) écrit en 1986 et publié en français en 2006 (La Fabrique Editions) : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;b&gt;Le sionisme du point de vue de ses victimes juives&lt;/b&gt;&lt;/i&gt; (titre qui fait référence au texte d'&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article204.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Edward Saïd&lt;/a&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le sionisme du point de vue de ses victimes&lt;/i&gt;). Née en Israël de parents juifs irakiens, Ella Shohat est apparue en 2002 dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.forgetbaghdad.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Forget Bagdad&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, le film consacré par Samir, réalisateur suisse d'origine irakienne, aux clichés cinématographiques du « juif » et de « l'Arabe », avec pour fil conducteur le portrait de quatre communistes juifs irakiens (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb3-2&quot; name=&quot;nh3-2&quot; id=&quot;nh3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Forget Bagdad peut être commandé en ligne sur le site Artfilm.ch.' &gt;2&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.forgetbaghdad.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/forget.jpg' width='334' height='190' style='float: right; border-width: 0px; width:334px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_690 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;Le « quart de ton » typique de la musique orientale, que célèbre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Blues de l'Orient&lt;/i&gt;, Ella Shohat le connaît bien : « Pour mes parents, écrit-elle en 2006, dans son préambule à l'édition française de son livre, c'était comme si le temps s'était arrêté dans les années 1940 à Bagdad. Mon père continuait à jouer de la musique à quarts de ton sur son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;kamanja&lt;/i&gt; (violon) dans les réunions familiales. Maintenant encore, mes vieux parents qui vivent dans un troisième pays, les Etats-Unis, continuent à regarder des films égyptiens sur la chaîne arabe de New York et à écouter mélancoliquement le chanteur irakien Nathom al-Ghazali ou l'Egyptienne Oum Kalsoum. » Il y a quelques années, raconte-t-elle, ils sont venus lui rendre visite alors qu'elle vivait à Rio de Janeiro : « Dès leur arrivée, ils sont partis à la recherche des ingrédients de base pour la cuisine arabe. Ils ont rapidement trouvé les épiciers arabes de la ville, avec lesquels ils discutaient en arabe le prix des épices et des ingrédients et des produits familiers. En un rien de temps, nous fréquentions le &quot;Sahara&quot;, le quartier oriental de Rio, où juifs, chrétiens et musulmans arabes se trouvent mélangés comme dans bien des lieux de l'Orient arabe. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le faux nez du caractère
&lt;br /&gt;occidental d'Israël&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cet attachement à la cuisine orientale est loin de faire des parents d'Ella Shohat des exceptions : « Israël est un pays levantin ! s'écriait &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article174.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Esther Benbassa&lt;/a&gt; au cours de l'entretien réalisé pour ce site en 2002. Un pays qui a bien sûr beaucoup de caractéristiques européennes, mais un pays levantin, où l'on mange le hoummous et tous ces plats qui font partie de la tradition locale, où l'on écoute de la musique en hébreu avec des airs méditerranéens et surtout orientaux... » Si on a tendance à l'oublier, c'est parce que l'establishment israélien fait tout pour refouler cette réalité : « L'Etat d'Israël, écrivait Sophie Bessis dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article253.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'Occident et les autres&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, n'a cessé de se vouloir occidental, s'attachant avec constance à conjurer tout risque d'orientalisation. Ses élites ont fidèlement intériorisé, pour ce faire, un discours de la suprématie élaboré pour d'autres dominations. » Or ce caractère européen, qui suscite chez bien des Occidentaux une identification rassurante à Israël et un soutien à sa politique (soutien justifié par l'argument autrement plus présentable selon lequel il s'agit de la « seule démocratie du Proche-Orient »), est un faux nez. Comme le montre Ella Shohat, les calculs sont vite faits : avec 50% de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; et 20% d'Arabes israéliens, Israël compte 70% d'habitants appartenant au tiers-monde ; et ce chiffre monte à 90% si on y inclut les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie... « L'hégémonie européenne en Israël, conclut Ella Shohat, n'est que le fait d'une minorité numérique particulière, minorité qui a tout intérêt à minimiser l'&quot;orientalité&quot; et la &quot;tiers-mondialité&quot; de l'Etat hébreu. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/shohat.jpg' width='140' height='216' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_691 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Si l'élite ashkénaze qui portait le projet sioniste a organisé l'immigration des juifs orientaux, pour les besoins du peuplement et parce qu'il lui fallait une main d'&#339;uvre bon marché (« des juifs pour servir d'Arabes »), elle n'en est pas moins hantée par une peur phobique à l'idée de les voir prendre une importance numérique qui la submergerait - comme elle est hantée par la menace d'une hégémonie démographique palestinienne qui, pense-t-elle, la noierait dans un océan de barbarie. Ce parallélisme donne à penser qu'il ne s'agit pas seulement de préserver le caractère juif du pays - au mépris des conséquences inhumaines que cela entraîne pour les Palestiniens -, mais aussi (surtout ?) son caractère européen, non-arabe et non-africain, en favorisant par exemple l'immigration de juifs russes au détriment des juifs éthiopiens. « La grande crainte qui nous étreint, déclarait dans les années 1970 le ministre travailliste Abba Ebban, est le danger de voir les immigrés d'origine orientale, si d'aventure ils en venaient à être majoritaires, contraindre Israël à régler son niveau culturel sur celui de la région. » Ella Shohat analyse : « Le régime israélien actuel a hérité de l'Europe une forte aversion pour le respect du droit à l'autodétermination des peuples non européens ; d'où son discours décalé et dépassé [en 1986 du moins...], d'où aussi ses références ataviques aux &quot;nations civilisées&quot; et au &quot;monde civilisé&quot;. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Enfermé dans une cage
&lt;br /&gt;avec un babouin hystérique »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle donne des exemples effarants de propos tenus par des Israéliens originaires d'Europe sur les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt;, régulièrement comparés à des animaux. Le journaliste Amnon Danker écrit ainsi en 1983 dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Haaretz&lt;/i&gt; qu'il se sent enfermé dans le pays avec les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; comme « dans une cage avec un babouin hystérique ». Israël, observe Ella Shohat, a donné aux Ashkénazes, marginalisés et persécutés en Europe de l'Est, l'occasion de passer un « test de civilisation » ; et ils l'ont fait « en marginalisant à leur tour leurs propres &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ost-Jüden&lt;/i&gt;, à savoir les juifs d'Orient ». Le sionisme apparaît ainsi non comme une valorisation, mais au contraire comme un reniement de cette identité juive tant stigmatisée par les antisémites européens - une conjuration dont la nécessité se fait d'autant plus sentir après le traumatisme du génocide, cette identité étant associée à la faiblesse et à l'incapacité de se défendre. De façon significative, Pascal Bruckner, par exemple, accuse ceux qui s'émeuvent du sort des Palestiniens d'« en vouloir aux juifs de ne pas se conformer au stéréotype de la victime » et à Israël d'« embrasser la force sans crainte »... Dans l'ouvrage collectif &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un très proche Orient&lt;/i&gt; (Joëlle Losfeld, 2002), l'historien français d'origine palestinienne Elias Sanbar racontait avoir vu en 2000 à la télévision un reportage dans lequel on interviewait, à Hébron, un jeune soldat chargé de veiller à l'application du couvre-feu, qui ne concernait que les résidents arabes la ville. Au journaliste qui lui demandait comment il faisait pour distinguer les civils juifs des civils arabes, il répondait : « Ceux qui ont l'air de juifs désespérés sont palestiniens. » On pense aussi à l'anecdote que rapporte Michel Warschawski dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article256.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Sur la frontière&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; : lors de sa première visite, adolescent, à Tel-Aviv, en arrivant de France, il est si perdu et intimidé que son cousin, qui y est né, le sermonne : « Cesse donc de te comporter comme un petit youpin, tu n'es pas à Strasbourg. » Ce qui lui fait dire : « C'est à Tel-Aviv que j'ai entendu pour la première fois une remarque antisémite. » Il voit le sionisme comme un projet de liquidation de cette identité diasporique et « métèque » à laquelle lui-même est profondément attaché, raison pour laquelle il préfère Jérusalem à la moderne Tel-Aviv, alors que les dirigeants travaillistes, eux, méprisent la Ville Sainte : « Avec ses synagogues, ses quartiers ghettos et son marché oriental, ses juifs en caftan et en chapeau de fourrure, elle leur rappelait trop la diaspora qu'ils haïssaient. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les années 1970, les Panthères Noires israéliennes, issues de la communauté &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahi&lt;/i&gt;, se révoltent contre les discriminations continuelles subies par cette dernière, tout en faisant le lien avec l'oppression des Palestiniens - un lien que se garde bien d'établir, en revanche, la gauche libérale israélienne. Mais de nombreux juifs orientaux réagissent autrement : ils intériorisent la haine anti-Arabes des Ashkénazes, et tentent de s'intégrer par une surenchère dans l'hostilité envers les Palestiniens. Comme le dit encore Esther Benbassa, les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; « sont &quot;autres&quot; parce qu'ils sont arabes : comment voulez-vous qu'ils intériorisent une image positive ? Comment voulez-vous qu'ils s'identifient à l'Arabe qui est lui aussi rejeté ? Sans vouloir faire de la psychanalyse de bas étage, en rejetant l'Arabe, ils rejettent l'arabité en eux - cette arabité qui a provoqué leur relégation par l'establishment israélien. On assiste donc à un rejet en chaîne ». De surcroît, la façon dont ils sont traités par la minorité travailliste « éclairée » jette les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; dans les bras du Likoud. Cette droitisation, conjuguée à leur religiosité plus marquée que celle de l'élite « laïque », redoublera leur stigmatisation en permettant à la frange pacifiste et « humaniste » de la société israélienne de déplorer leur attitude foncièrement hostile aux Arabes, qui fait obstacle à la paix...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Garder le « monopole de
&lt;br /&gt;la production de sens »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'une des manières dont s'exprime l'infériorisation des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt;, c'est la négation de leur histoire et de leur culture. Tout d'abord, on exagère leur différence : de même qu'un préjugé colonialiste perpétue l'idée qu'avant la création de l'Etat d'Israël, il n'y avait en Palestine que quelques tribus de bergers (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb3-3&quot; name=&quot;nh3-3&quot; id=&quot;nh3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Un cliché démenti, notamment, par le livre de photographies publié à (...)' &gt;3&lt;/a&gt;), on dépeint les métropoles dont sont originaires les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; - Alexandrie, Bagdad, Istanbul - comme des « trous perdus sans électricité ni voitures ». On rappelle complaisamment que certains juifs d'Afrique du Nord vivaient dans des grottes - un sort auquel semblent toutefois avoir échappé, note Ella Shohat, pince-sans-rire, « certains intellectuels comme Albert Memmi et Jacques Derrida ». Quant aux différences culturelles qui existent bel et bien, on peut, à la limite, les valoriser en tant que sympathique folklore exotique. Les intellectuels français sont nombreux à apprécier les riyads marocains, les tajines, le rituel du hammam, ou la danse orientale, bienvenue pour « booster leur libido », comme on dit dans les magazines féminins, sans que cela les empêche de déblatérer par ailleurs leurs préjugés racistes sur l'arriération et la barbarie des musulmans. De même, l'élite ashkénaze israélienne, constate Ella Shohat, peut apprécier les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; « pour leur musique folklorique, leur cuisine savoureuse et la chaleur de leur hospitalité », sans que cela l'empêche de maudire leur esprit « oriental, illettré, patriarcal, sexiste et en un mot prémoderne » (reproches qui rappellent des choses, non ?).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/azrie.jpg' width='140' height='140' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_685 spip_documents spip_documents_right' /&gt;La sensualité de la culture arabe est ainsi réduite à une dimension anecdotique, privée de toute signification, de toute portée philosophique. Or cette portée est évidente, justement, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Blues de l'Orient&lt;/i&gt;, en particulier à travers les propos érudits du chanteur syrien Abed Azrié - l'une des voix d'or de la musique orientale contemporaine. La suggestion, faite dans le film par un musicien égyptien, d'une relation entre le rythme de la musique égyptienne et celui de la crue du Nil (supprimée par le barrage d'Assouan en 1970), indique bien que c'est de tout un rapport au monde qu'il s'agit. A l'image de ce « quart de ton » qui lui est propre, et dont ses amoureux disent qu'il touche l'auditeur « non pas dans sa chair, mais dans la moelle de ses os », cette musique et cette culture donnent accès, par des voies qui n'appartiennent qu'à elles, à un pan singulier de l'expérience humaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, pour penser le monde, l'Occident n'a besoin de personne, merci. Comme l'écrivait Sophie Bessis, il se montre très soucieux de conserver son « monopole de la production de sens » ; même dans les milieux éclairés, on garde « l'intime conviction que l'énonciation de l'universel, quel qu'en soit le contenu, est [son] apanage naturel ». Dès lors, les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; en Israël, de même que les immigrés en France, sont considérés comme ayant tout à apprendre de l'élite occidentale, mais rien à lui offrir. « Les photos témoignant de la misère orientale, observe Ella Shohat en se penchant sur les archives historiques de l'Etat hébreu, sont souvent placées en regard de portraits épanouis d'Orientaux immigrés en Israël, où ils apprennent à lire et à maîtriser les technologies modernes, tels les tracteurs et les moissonneuses-batteuses. » Cette autosatisfaction et cette suffisance sont restées longtemps inentamées. Peut-on s'attendre à voir s'y créer progressivement quelques brèches - par exemple avec la montée en puissance de l'Asie, ou avec le désastre écologique, qui résulte d'un mode de vie inventé par l'Occident, et traduit un rapport au monde pour le moins problématique ? En France, certains descendants d'immigrés ont aussi été très choqués par l'hécatombe de la canicule de 2003, qui révélait la situation révoltante faite aux aînés dans cette société, et qui ne se serait jamais produite, clamaient-ils, dans leur tradition culturelle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'Etat unique du boulevard de Belleville&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai pas vu mon grand-père dans les livres d'histoire », rappe le Ministère des affaires populaires (MAP) dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x3gqpk_map-elle-est-belle-la-france&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Elle est belle la France&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. En Israël, les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt;, eux aussi, sont privés d'histoire. Ils sont le plus souvent perçus comme venant de loin, remarque Ella Shohat, alors qu'ils ont parcouru, pour immigrer, une distance objectivement bien moindre que les juifs d'Europe. A l'école, ils n'apprennent rien sur leur passé : « Tout comme on racontait aux enfants sénégalais et vietnamiens que &quot;leurs ancêtres les Gaulois étaient blonds aux yeux bleus&quot;, l'histoire officielle instille aux enfants &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahi&lt;/i&gt; la mémoire de &quot;nos ancêtres des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;shtetls&lt;/i&gt; [petites villes ou quartiers juifs] de Pologne et de Russie&quot; et les engage à vénérer l'&#339;uvre pionnière des pères fondateurs sionistes dans une région hostile. L'histoire juive est présentée comme une histoire d'abord européenne. » Ainsi se perd le souvenir de la vie relativement harmonieuse des juifs en pays musulmans : ceux qui en sont issus deviennent « ennemis de leur propre passé ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, le statut de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dhimmi&lt;/i&gt; appliqué aux juifs et aux chrétiens en terre musulmane était inégalitaire. Mais, comme le rappelle Ella Shohat à la suite de Maxime Rodinson, « ce particularisme s'inscrivait dans la logique propre au contexte sociologique et historique de l'époque et n'avait rien d'un antisémitisme pathologique de type européen ». Et, au cours des premières décennies du XXe siècle, de nombreux juifs ont joué des rôles de premier plan dans la vie culturelle ou politique des pays arabes, accédant à des positions « bien plus élevées que celles auxquelles ont pu aspirer les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt; dans l'Etat juif ». Ce genre de rappel suscite immanquablement les ricanements des hérauts du choc des civilisations, qui parlent d'« idéalisation ». On préférera rappeler que la stratégie occidentale vis-à-vis des juifs et des Arabes, notamment dans l'Algérie de la colonisation, a toujours été « diviser pour mieux régner ». Et que la véritable naïveté est plutôt celle qui consiste à tomber dans ce piège.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même aujourd'hui, d'ailleurs, en France, malgré le conflit israélo-palestinien, les rapports entre les deux communautés ne sont pas aussi mauvais qu'on veut bien le dire. Dans son propre livre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Changement de propriétaire&lt;/i&gt; (Seuil, 2007), Eric Hazan, l'éditeur de la version française du texte d'Ella Shohat, dit son attachement au projet d'un Etat unique, plutôt qu'à cet « Etat palestinien »-tarte à la crème que les tartuffes peuvent sans risque appeler de leurs v&#339;ux, puisqu'il a de moins en moins de chances de voir le jour sous une forme décente. Et l'auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'invention de Paris&lt;/i&gt; ajoute :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/hazan.jpg' width='140' height='206' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_692 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« D'ailleurs, de cet Etat unique, il existe une préfiguration, délocalisée et en miniature : le boulevard de Belleville entre les stations de métro Belleville et Couronnes. De la rue de Belleville à la rue Bisson, c'est la pays des juifs tunisiens, les cafés pauvres où les vieux jouent aux cartes à longueur de journée et s'engueulent en arabe, la grande synagogue Michkenot Yacov, décorée, si l'on peut dire, d'un mur de pavés en trompe-l'&#339;il, les restaurants sous contrôle du Beth-Din où l'on sert le poisson comme à Tunis, les affiches pour des vacances pour presque rien à Natanya ou à Eilat. De l'autre côté de la rue Bisson, qui fait en quelque sorte office de Ligne verte, c'est une petite Algérie. L'hébreu sur les boutiques fait place à l'arabe, les femmes ont totalement disparu des cafés, les vieux travailleurs discutent sans fin en se chauffant au soleil, le kiosque à journaux près de la station Couronnes est tenu par une femme voilée, et sur le trottoir, ici et là, on propose des fers à repasser usagés et des paquets de piles électriques périmées.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si la rue Bisson marque une limite, ce n'est pas une frontière étanche. Les deux populations se mélangent sans cesse - non dans les cafés, qui restent pour la plupart mono-appartenants, mais dans les boutiques, sur les trottoirs et au grand marché qui se tient sur le terre-plein central le mardi et le vendredi. Certains prétendent que le quartier est sous tension quand se produisent &quot;des événements&quot; là-bas, en Israël-Palestine. Je n'ai jamais rien vu de tel, pas même lors de la guerre du Liban de l'été 2006. C'est l'Etat unique, dont les habitants vivent sans se fondre mais sans s'ignorer, sans nécessairement s'aimer mais avec le sens d'une commune humanité. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« J'ai toujours été persuadée, nous disait Esther Benbassa, que [les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt;] détenaient les clés de la coexistence - pour peu qu'ils surmontent leur contentieux avec eux-mêmes, avec leur propre arabité. » De quoi rêver d'un monde où aucun peuple ne se verrait plus imposer de « test de civilisation » - et ce, dans l'intérêt de tous, y compris de ceux qui font passer les tests : « La paix, écrit Ella Shohat, ne sera pas possible sans respect envers &quot;l'Orient&quot; sous toutes ses formes, que ce soient les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;misrahim&lt;/i&gt;, les Palestiniens ou les peuples arabo-musulmans voisins. »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh3-1&quot; name=&quot;nb3-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Voir la bande-annonce et les extraits sur &lt;a href=&quot;http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=127320.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Allociné&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh3-2&quot; name=&quot;nb3-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Forget Bagdad&lt;/i&gt; peut être commandé en ligne sur le site &lt;a href=&quot;http://www.artfilm.ch/forgetbaghdad.php?&amp;amp;id=forgetbaghdad&amp;amp;suche=dvds&amp;amp;lang=f&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Artfilm.ch&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh3-3&quot; name=&quot;nb3-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Un cliché démenti, notamment, par le livre de photographies publié à l'initiative d'Elias Sanbar, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Palestiniens. Images d'une terre et de son peuple de 1839 à nos jours&lt;/i&gt;, Hazan, Paris, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Voir aussi&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;* Le &lt;a href=&quot;http://members.aol.com/ehshohat/home/index.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;site personnel d'Ella Shohat&lt;/a&gt;, et l'un de ses articles publié en français par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mouvements&lt;/i&gt; (septembre-octobre 2007), « &lt;a href=&quot;http://www.mouvements.info/spip.php?article172&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Notes sur le &quot;post-colonial&quot;&lt;/a&gt; ». &lt;br /&gt;* &lt;a href=&quot;http://www.maqamworld.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Arabic Maqam World&lt;/a&gt;, un site d'introduction à la musique arabe (en anglais).
&lt;br /&gt;* L'article de Joëlle Marelli « &lt;a href=&quot;http://www.vacarme.eu.org/article622.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les juifs-arabes et la question de Palestine&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vacarme&lt;/i&gt;, été 2005.
&lt;br /&gt;* « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/12/BRAIBANT/13018&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Traces effacées dans le désert&lt;/a&gt; », compte rendu par Sylvie Braibant du film de Claude Grunspan &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Suite égyptienne&lt;/i&gt;, consacré au parcours du père de la réalisatrice, juif d'Alexandrie et militant communiste (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, décembre 2005).&lt;/div&gt;
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	</item>



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		<title>Guillemets : Jouffroy, Illouz, Lequesne</title>
		<link>http://peripheries.net/article313.html</link>
		<dc:date>2007-07-29T15:01:38Z</dc:date>
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		<description>« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la Warner) quels étaient les grands auteurs américains de leur temps. Faulkner lui répondit posément : John Dos Passos, Ernest Hemingway, Willa Cather et moi. Pour la petite histoire, ajoutons que Clark Gable s'écria sans malice : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tiens ! Vous écrivez, monsieur Faulkner ?&lt;/i&gt;&#8221; Avec la même ingénuité, Faulkner lui demanda en retour : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous, monsieur Gable, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Vitoux, « Viva Willa ! », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 5 avril 2007&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Willa Cather est sans conteste l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. On ne le sait pas assez. Faulkner, lui, ne l'ignorait pas. Un jour des années 1940, alors qu'il roulait en camionnette avec Howard Hawks vers les Rocheuses pour aller chasser le coq de bruyère et qu'ils parlaient littérature, Clark Gable, qui s'était joint à eux et n'avait sans doute jamais lu un livre de sa vie, les interrompit et demanda à Faulkner (qui, lui, n'allait jamais au cinéma, bien que travaillant alors pour la Warner) quels étaient les grands auteurs américains de leur temps. Faulkner lui répondit posément : John Dos Passos, Ernest Hemingway, Willa Cather et moi. Pour la petite histoire, ajoutons que Clark Gable s'écria sans malice : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tiens ! Vous écrivez, monsieur Faulkner ?&lt;/i&gt;&#8221; Avec la même ingénuité, Faulkner lui demanda en retour : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous, monsieur Gable, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?&lt;/i&gt;&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Frédéric Vitoux, « Viva Willa ! », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 5 avril 2007 - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/ecrits/fictions/jouffroy_res.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/resnullius.gif' width='120' height='190' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_684 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;« La fois suivante je l'ai invité à dîner. Chinois. Pour le tigre. Se barbouiller les doigts de crevettes au sel et au poivre, l'espionner dans ses choix. Poulet au curry ! Mais quelle banalité Arnaud, regarde un peu mieux, canard sauce thaï, essaye ! Echappe-toi, sois curieux. Ça pique ? Sûrement, comme les orties, traîtreusement, tu ramasses des boutons d'or dans un pré et tout à coup ta main foisonne d'un essaim de fourmillements, le canard thaï c'est pareil, tu l'attaques, tu ne sens pas tout de suite et puis le parfum et le piment t'envahissent. Je n'ai jamais cueilli de boutons d'or. Dommage. Tu crois que c'est un handicap majeur dans la vie ? Ce qui est grave c'est de ne pas avoir appris à se piquer avec des orties, les boutons d'or fanent vite, leurs pétales commencent à se disperser dans ta main et le lendemain matin ils sont étalés sur la table en dessous du vase comme une pluie d'or, sur les tiges il ne reste que les étamines. Et la piqûre d'orties ? Elle est passée avec les fleurs fanées. Le soir ma mère nous faisait de la soupe avec. Les boutons d'or ? Mais non grand dadais, la soupe de boutons d'or c'est pour les petites filles qui jouent à la dînette, de la soupe aux orties. Tu racontes n'importe quoi, c'est des manigances de pythies, on ne fait pas de soupe avec les orties. Bien sûr que si, et délicieuse en plus, ça ressemble un peu à de la soupe à l'oseille. Jamais mangé non plus. Mais qu'est-ce que tu manges ? De la soupe Liebig en boîte, du jambon, des pâtes, et du fromage blanc. C'est tout ? A peu près. Jamais de restaurant ? Jamais, sauf le MacDo. &lt;br /&gt;Normal qu'il ne sache pas faire l'amour, peut-être qu'en commençant par des vapeurs, cinq merveilles, je parviendrai à l'introduire dans un monde plus sensuel. Comment vivre sans boutons d'or ni soupe aux orties. Sans pudding de Noël noir comme du cirage, confit de raisins et d'écorces d'oranges : pendant la guerre on n'avait rien de ce qu'il fallait pour le préparer mais Mamie se servait de pommes de terre à la place de la farine, de figues sèches à la place des raisins, trouvait un fond de cognac ou d'armagnac et ça marchait ! Et le reste aussi marchait, malgré la guerre. A cause du pudding, des valeurs de désir à conserver. Le pudding de guerre de ma grand-mère aussi dérisoire dans sa fonction d'ersatz que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Verfügbar aux enfers&lt;/i&gt; de Germaine Tillon à Ravensbrück. » &lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Pomme Jouffroy, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/ecrits/fictions/jouffroy_res.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Res nullius&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article24.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;(Cinq) sens&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/illouz.jpg' width='120' height='181' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_683 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« Selon Erving Goffman, quand deux personnes sont en présence l'une de l'autre, elles échangent deux types d'informations : celles qu'elles donnent et celles qui leur échappent. D'après lui, dans une rencontre réelle, ce sont les informations qui échappent aux gens qui sont essentielles, et non celles qu'ils donnent volontairement. Les informations que les gens laissent échapper malgré eux, si l'on peut dire, dépendent beaucoup de la façon dont ils utilisent leur corps (voix, yeux, posture), ce qui veut dire qu'une grande partie de nos interactions sont une sorte de négociation entre ce que nous contrôlons consciemment et ce qui échappe à notre contrôle. Cet écart, dans les interactions corporelles, entre ce que nous disons, l'image que nous voulons donner de nous-mêmes, et ce qui échappe à notre contrôle, veut dire qu'il est difficile de décrire les aspects les plus importants de notre moi à l'aide de mots, étant donné que c'est précisément ce dont nous ne sommes pas conscients qui a le plus de chances de produire une impression significative sur la personne que nous rencontrons. »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Eva Illouz, « Réseaux amoureux » (étude sur les sites de rencontre en ligne), in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les sentiments du capitalisme&lt;/i&gt; - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article32.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Echanges&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/chklovski.jpg' width='120' height='200' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_682 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« En reprenant les thèses de Vladimir Propp, Rafael Pividal admet implicitement que tout sujet d'&#339;uvre littéraire est construit lui-même d'une certaine manière, possède une certaine structure. En fait, pour Propp l'ensemble de ces structures-sujets semble être fini et dénombrable - il en fournit une liste exhaustive - proposition qui heurte curieusement le sens commun de nombre d'apprentis écrivains, alors que nul apprenti musicien ne se scandalise autrement de ne devoir composer le plus souvent qu'avec une douzaine de notes. Mais dès 1916, le même Victor Chklovski, qui fut un des maîtres de Vladimir Propp, en tirait un important corollaire : observant les coïncidences existant entre contes espacés parfois de plusieurs milliers d'années ou de kilomètres, il concluait (dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Art comme procédé&lt;/i&gt;) : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les coïncidences ne peuvent s'expliquer que par l'existence de lois spécifiques de l'affabulation. On aura beau admettre des emprunts, on n'expliquera pas l'existence de contes identiques à des milliers de kilomètres de distance.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En réalité les contes se désagrègent et se recomposent constamment en vertu de lois spécifiques et encore ignorées qui régissent l'affabulation.&lt;/i&gt;&#8221; (...)
&lt;br /&gt;Aussi, avant d'annoncer la mort du roman et d'entreprendre (ou de reprendre) l'exploration d'autres voies narratives, peut-on se demander si, de même que le conte a manqué disparaître faute de conteurs pour en perpétuer la tradition orale, le roman n'est pas menacé simplement de périr faute de romanciers exercés au métier, et si la crise du sujet précédemment évoquée ne relève pas tout bonnement d'une pure question de technique.
&lt;br /&gt;(...)
&lt;br /&gt;Les formalistes russes, force est de le constater, ne sont pas beaucoup mieux vus en France qu'ils ne le furent en leur temps en Union soviétique. Le seul fait de chercher à décrire les principes généraux qui gouvernent la composition d'un objet littéraire nous paraît une atteinte intolérable à la liberté de créer, et se préoccuper de la forme d'une &#339;uvre plutôt que de son contenu une attitude profondément réactionnaire. Le fait est d'autant plus étrange que le contraire paraît généralement admis dans tous les autres domaines des arts, y compris au cinéma. Il paraît encore plus singulier, si l'on songe que la littérature la plus en vogue actuellement en France - la littérature anglo-saxonne - a assimilé depuis longtemps la leçon des formalistes et ne se prive pas d'en appliquer, justement, ce qu'elle prend pour des recettes. Les universités américaines dispensent un enseignement pratique de la littérature, des écrivains y partagent leur expérience et leur métier : on peut y apprendre à écrire une nouvelle ou un roman, aussi bien qu'à résoudre des problèmes de physique par des méthodes d'analyse numérique. Mieux encore : alors même que les travaux de Vladimir Propp demeurent objets de suspicion en France, on les voit triompher à l'échelle (inter)planétaire, au terme d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Guerre des étoiles&lt;/i&gt; qui, de l'aveu même de son réalisateur, en utilise toutes les ressources. &lt;br /&gt;Quant à Kenzaburo Oe, prix Nobel de littérature, voici ce qu'il écrivait dans un &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/1998/12/OE/11473&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;article&lt;/a&gt; paru dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; en 1998 : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'Union soviétique a disparu, plusieurs de ses mouvements intellectuels si brillants des années 20 ou 30 gardent toute leur pertinence et font partie intégrante du patrimoine vivant du XXe siècle. Cela s'applique au formalisme russe. Disons, pour simplifier les choses, que les mots de l'écriture littéraire, par un procédé que les formalistes russes appelaient &lt;/i&gt;ostranenie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;- rendre autre -, retardent la transmission du sens et rendent cette transmission plus longue. Ce procédé permet de redonner aux mots la résistance qu'ont les choses elles-mêmes au toucher.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Or je dois confesser ici que ma vision du roman ou de la littérature en général se fonde sur cette théorie de l'&lt;/i&gt;ostranenie.&#8221; »
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Paul Lequesne, « Victor Chklovski au secours de la littérature française ? », postface à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Technique du métier d'écrivain&lt;/i&gt; de Victor Chklovski - &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article29.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Création&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Une femme du monde</title>
		<link>http://peripheries.net/article312.html</link>
		<dc:date>2007-06-10T19:58:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique5.html">Gens de bien</category>

		<dc:subject>Altérité</dc:subject>

		<description>Animée d'une curiosité sans bornes pour toutes les facettes de la réalité humaine, Lieve Joris a quitté très tôt sa Belgique natale pour parcourir le monde. Ancienne reporter, elle a arrêté le journalisme pour pouvoir le pratiquer sous une forme idéale : s'immerger dans le quotidien d'un pays aussi longtemps qu'elle en éprouve le besoin, multiplier les rencontres et les déplacements, laisser mûrir les relations qu'elle tisse et les impressions qu'elle recueille. Elle restitue le tout dans des livres ciselés, qui (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique5.html" rel="category"&gt;Gens de bien&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton312.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;140&quot; height=&quot;199&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Animée d'une curiosité sans bornes pour toutes les facettes de la réalité humaine, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Lieve Joris&lt;/strong&gt; a quitté très tôt sa Belgique natale pour parcourir le monde. Ancienne reporter, elle a arrêté le journalisme pour pouvoir le pratiquer sous une forme idéale : s'immerger dans le quotidien d'un pays aussi longtemps qu'elle en éprouve le besoin, multiplier les rencontres et les déplacements, laisser mûrir les relations qu'elle tisse et les impressions qu'elle recueille. Elle restitue le tout dans des livres ciselés, qui donnent à comprendre en profondeur les sociétés et les individus, loin des abstractions et des raccourcis. Auteure de récits situés dans l'ex-Zaïre, en Syrie, au Mali, en Europe de l'Est ou dans les pays du Golfe, elle publie aujourd'hui &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Heure des rebelles&lt;/i&gt; : l'histoire d'Assani, un militaire tutsi plongé au c&#339;ur de la « première guerre mondiale africaine », ce conflit qui a embrasé à partir de 1998 la République démocratique du Congo, le Rwanda et tous les pays limitrophes.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/LJ.jpg' width='300' height='452' style='float: right; border-width: 0px; width:300px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_675 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Une plongée dans la vie quotidienne en Syrie après la première guerre du Golfe, plus riche en enseignements sur le monde arabe que tous les traités de géopolitique (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Portes de Damas&lt;/i&gt;) ; un portrait du chanteur malien Boubacar Traoré, qui est en même temps un périple à travers le Sénégal, la Mauritanie et le Mali (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mali Blues - Je chanterai pour toi&lt;/i&gt;) ; une exploration du Zaïre de Mobutu, sur les traces de son oncle, qui fut missionnaire au Congo belge (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mon Oncle du Congo&lt;/i&gt;) ; puis le retour, des années plus tard, pour rendre compte de la situation chaotique du pays au moment de la chute du dictateur et de l'accession au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Danse du léopard&lt;/i&gt;). Et les petits bijoux chatoyants rassemblés dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Chanteuse de Zanzibar&lt;/i&gt; : un portrait à la fois affectueux et cruel de V.S. Naipaul, l'un de ses grands modèles, rencontré dans sa famille, sur son île natale de Trinidad, longtemps avant le prix Nobel de littérature ; un autre de Naguib Mahfouz - juste après le Nobel, cette fois -, doublé d'une splendide évocation du Caire à travers la petite société que forment, depuis des décennies, l'écrivain et ses amis ; un autre portrait, encore, tout empreint de la mélancolie de l'exil, du grand journaliste libanais Joseph Samaha - récemment disparu -, avec qui elle déambule dans Paris au début des années 90...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a du mal à croire qu'une même personne soit capable, en une seule vie, de s'immerger avec une telle intensité dans des réalités aussi différentes, de s'atteler avec autant d'ardeur à les saisir et à les partager - et encore : on n'a pas parlé de ses livres sur les pays du Golfe et l'Europe de l'Est, non traduits en français. Les textes de Lieve Joris, grande femme brune de 53 ans débordante d'énergie et de spontanéité, sont autant de morceaux palpitants arrachés à la chair du monde. Son écriture économe, concrète, sait épingler le petit détail qui dira tout. Elle est surprise quand on émet l'hypothèse que, pour écrire ainsi, elle a dû prendre ses distances avec le journalisme - son premier métier : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En tant que journaliste, je n'ai jamais écrit autrement. Je sais que cela paraît étrange aux Français, qui tiennent beaucoup au clivage entre littérature et journalisme, fiction et véracité. Quand j'avais été invitée au festival &#8220;Etonnants voyageurs&#8221; pour &lt;/i&gt;Les Portes de Damas&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, un Français s'était levé dans la salle pour dénoncer ma présence à la tribune, en af