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	<title>Périphéries</title>
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	<item>
		<title>« Des paradis vraiment bizarres »</title>
		<link>http://peripheries.net/article331.html</link>
		<dc:date>2012-05-01T09:04:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>En octobre 2010, Séverine Auffret et Nancy Huston avaient organisé au Petit Palais, à Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'écouter sur le site de France Culture, première et deuxième partie). Une journée chaleureuse et passionnante, atypique à la fois sur le fond &#8212; où d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un exposé sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et théâtre se mêlant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait décidée à me lancer (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;En octobre 2010, &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article5.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Séverine Auffret&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article171.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; avaient organisé au Petit Palais, à Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'écouter sur le site de France Culture, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/plateformes-la-coquetterie-la-coquetterie-12.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;première&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/la-coquetterie-22&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;deuxième&lt;/a&gt; partie). Une journée chaleureuse et passionnante, atypique à la fois sur le fond &#8212; où d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un exposé sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et théâtre se mêlant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait décidée à me lancer dans l'écriture de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article330.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Beauté fatale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Nancy Huston, elle, a prolongé sa réflexion dans un livre qui paraît le 2 mai chez Actes Sud : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/reflets-dans-un-oeil-dhomme&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En octobre 2010, &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article5.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Séverine Auffret&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article171.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; avaient organisé au Petit Palais, à Paris, un colloque sur la coquetterie (on peut encore l'écouter sur le site de France Culture, &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/plateformes-la-coquetterie-la-coquetterie-12.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;première&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/la-coquetterie-22&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;deuxième&lt;/a&gt; partie). Une journée chaleureuse et passionnante, atypique à la fois sur le fond &#8212; où d'autre aurait-on eu la chance d'entendre un exposé sur la symbolique de la boucle d'oreille ? &#8212; et sur la forme, musique et théâtre se mêlant aux communications plus classiques. Ma propre participation m'avait décidée à me lancer dans l'écriture de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article330.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Beauté fatale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Nancy Huston, elle, a prolongé sa réflexion dans un livre qui paraît le 2 mai chez Actes Sud : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/reflets-dans-un-oeil-dhomme&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Malheureusement, à la lecture, la perplexité qu'on avait ressentie en l'écoutant ce jour-là se change en consternation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/reflets.jpg' width='160' height='302' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_774 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Au soin obsessionnel apporté par les femmes à leur apparence, elle fournit une explication : la nature. Le livre se présente comme une charge contre la théorie du genre, accusée de nier la part de déterminisme biologique qui façonne les comportements sexuels respectifs des hommes et des femmes : « Grossièrement exprimé, les jeunes femelles humaines tout comme les guenons tiennent à séduire les mâles, car elles veulent devenir mères. Pour atteindre cet objectif, elles se font belles. Aveuglés par nos idées modernes sur l'égalité entre les sexes, que nous refusons de concevoir autrement que comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'identité&lt;/i&gt; entre les sexes, nous pouvons faire abstraction un temps de cette réalité énorme, mais, si l'on n'est pas totalement barricadé derrière nos certitudes théoriques, il y aura toujours un électrochoc pour nous le rappeler. » Ou : « Les hommes ont une prédisposition innée à désirer les femmes par le regard, et les femmes se sont toujours complu dans ce regard parce qu'il préparait leur fécondation. » Ou encore : « Homo sapiens demeure une espèce animale programmée comme toutes les autres pour se reproduire et, que cela nous plaise et nous flatte ou non, nos comportements sont infléchis par cette programmation. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jusqu'ici, on avait toujours suivi Nancy Huston avec enthousiasme lorsqu'elle pointait la tendance de la civilisation occidentale à s'abîmer dans des fantasmes de toute-puissance et à cultiver l'idée d'un individu capable de s'affranchir de toute limite naturelle ou biologique, de se recréer ex nihilo ; de s'autoengendrer. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article254.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Journal de la création&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; comme dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article213.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Professeurs de désespoir&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; elle a magistralement analysé la répulsion manifestée par beaucoup d'écrivains et d'intellectuels envers le corps &#8212; répulsion intimement liée à la haine des femmes et des mères &#8212;, mais aussi envers tout ce qui rappelle la faiblesse et la dépendance de l'être humain, contrariant leur vision glorieuse d'un démiurge solitaire et souverain.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons une dimension animale,
&lt;br /&gt;mais les expériences que nous en faisons
&lt;br /&gt;sont toujours filtrées par la culture&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La théorie du genre a-t-elle pu alimenter parfois le rejet de la chair, la négation des limites, le fantasme de l'autoengendrement ? Oui, sans aucun doute. Judith Butler elle-même, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsamsterdam.fr/articles.php?idArt=61&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Ces corps qui comptent&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, en 1993, a mis en garde contre cette tentation : elle a voulu « répondre aux interprètes de son précédent livre [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trouble dans le genre,&lt;/i&gt; 1990], qui y voyaient l'expression d'un volontarisme (on pourrait &#8220;performer&#8221; son genre comme on joue un rôle au théâtre, on pourrait en changer comme de chemise) et d'un idéalisme (le genre ne serait qu'une pure construction culturelle ou discursive, il n'y aurait pas de réalité ou de substrat corporel derrière le genre) ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais pour autant, reconnaître qu'il y a bien une réalité biologique derrière le genre n'implique pas d'en déduire, comme le fait Huston, que la biologie détermine nos comportements. Pour Butler, « la prise en compte de la matérialité des corps n'implique pas la saisie effective d'une réalité pure, naturelle, derrière le genre : le sexe est un présupposé nécessaire du genre, mais nous n'avons et n'aurons jamais accès au réel du sexe que médiatement, à travers nos schèmes culturels ». Incontestablement, nous avons donc une dimension animale ; mais les expériences que nous en faisons sont toujours filtrées par la culture. Pour expérimenter une nature à l'état pur, il faudrait être hors de la culture, ce qui n'est le cas de personne. Tous, nous y baignons non pas dès notre enfance, mais dès notre conception, comme le montrait en 1974 Elena Gianini Belotti en étudiant, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.desfemmes.fr/essais/essais/belloti_dcpf.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Du côté des petites filles&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; les croyances sur les diverses manifestations censées permettre de deviner, pendant la grossesse, le sexe du bébé.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le hareng est-il « un tigre pour le hareng » ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les tenants de la théorie du genre, prétend Nancy Huston, sont antidarwiniens, au même titre que les créationnistes, car ils refusent « de placer l'humain dans une continuité biologique avec le monde animal ». Elle souligne que nous partageons « 98% de nos gènes » avec les chimpanzés. Le problème, c'est que, par là, elle escamote le fait que nous n'appartenons pas à la même espèce. Cet escamotage est systématique dans les discours qui expliquent nos comportements par ceux de nos cousins du règne animal. Colette Guillaumin, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir&lt;/i&gt; (Côté-femmes, 1992), avait fait remarquer que l'espèce humaine était bien la seule sur laquelle on osait tirer des conclusions à l'emporte-pièce à partir de l'observation d'autres espèces : « La socialité des babouins et la socialité des termites ne se superposent pas. Les formes de leur rapport à leur milieu ne sont pas les mêmes puisque leur équipement n'est pas analogue ; les relations entre individus de ces groupes ne peuvent donc être identiques. De cela, tout le monde convient pour autant qu'on parle de babouins et de termites, malgré leur commune appartenance au vivant. Tout se complique lorsqu'on prétend qu'il en est exactement de même de la socialité des hommes comparée à celle des grouses d'Ecosse ; il est fort mal vu de dire que chacune d'entre elles est spécifique. Chose étrange, si la commune nature animale permet de faire de l'homme, tour à tour et selon les besoins, un chimpanzé, un loup, ou une grouse d'Ecosse, on ne se préoccupe nullement d'expliquer le loup par la grouse ni le chimpanzé par le loup. (...) Si &#8220;l'homme est un loup pour l'homme&#8221;, le hareng pour autant n'est pas &#8220;un tigre pour le hareng&#8221;. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En l'occurrence, les thèses de la psychologie évolutionniste auxquelles souscrit Nancy Huston négligent le fait que, comme le rappelle Irène Jonas dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_62_iprod_520-Moi-Tarzan-toi-Jane.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Moi Tarzan, toi Jane&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; « au cours de l'évolution la sexualité humaine a acquis des caractéristiques spécifiques qui la distinguent de celle des autres primates. Du fait de la disjonction au sein de l'espèce humaine entre les deux sexualités, celle du désir et celle de la reproduction, la sexualité humaine &#8220;cérébralisée&#8221; envahit tout le corps et ne se confine pas dans les limites du génital. La sexualité humaine a ainsi poussé encore plus loin le polymorphisme de la sexualité chez les primates ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'offensive de la psychologie évolutionniste&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reconnaître cette spécificité ne mène en rien à alimenter une forme de mégalomanie civilisationnelle ; cela évite simplement de cautionner des thèses réactionnaires et indigentes qui ont fait un retour en force ces dernières années, notamment à travers des best-sellers comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus&lt;/i&gt; de John Gray (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; id=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Lire, sur Les Mots sont importants, l'article d'Irène Jonas : (...)' &gt;1&lt;/a&gt;). Ces théories connaissent un vif succès pour des raisons qu'analyse Odile Fillod sur son blog Allodoxia, sous le titre « &lt;a href=&quot;http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/04/25/psychologie-evolutionniste-et-biologie/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les faux nez biologistes de la psychologie évolutionniste&lt;/a&gt; » (25 avril 2012) : « Fonder en nature certaines différences entre les sexes dans les comportements sexuels conforte le sens commun, est conforme aux mythes savants (dont ceux produits par la psychanalyse), rassure quant à la certitude d'un fondement biologique solide des identités sexuées, et est susceptible d'attirer l'attention d'un public peu curieux de sciences mais toujours intéressé par la sexualité, celle-ci constituant justement l'un des derniers refuges des identifications de sexe mises à mal par les évolutions sociales. » La psychologie évolutionniste se fonde en particulier sur une vision stéréotypée et fantasmatique de la préhistoire (l'homme chasseur, la femme cueilleuse chargée de marmaille, etc.), que perpétue à son tour joyeusement Nancy Huston. Elle cite par exemple un homme de son entourage : « J'aime bien cette théorie : que l'homme ait dû exercer son &#339;il, pour la chasse. L'homme est à l'extérieur, c'est le prédateur, etc. On est programmé pour ça, et c'est encore le cas. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/tarzan.jpg' width='160' height='264' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_775 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Au XIXe siècle, on mesurait la taille du crâne ou du cerveau ; la méthode était moins sophistiquée, mais l'obsession était la même, remarque Irène Jonas : « trouver une trace matérielle de la différence entre hommes et femmes ». Avatar moderne de cette quête, la psychologie évolutionniste, en prétendant expliquer cette différence par l'évolution biologique, légitime l'ordre social &#8212; censé refléter un ordre naturel &#8212; en usant de l'argument indiscutable de la science. Elle profite à la fois de la disgrâce dont souffrent actuellement les sciences sociales par rapport aux sciences « dures » et de l'essor du développement personnel, comme de l'invasion plus générale de la culture populaire par la psychologie (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; id=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Analysée par Eva Illouz dans Les Sentiments du capitalisme, Seuil, 2006. (...)' &gt;2&lt;/a&gt;). Elle se présente, remarque Odile Fillod, comme « suffisamment autonome du social &#8212; gage de scientificité &#8212; pour oser braver le &#8220;politiquement correct&#8221; ». Ce qui est exactement l'argument de Nancy Huston : « La nature n'est pas politiquement correcte ; seuls les humains peuvent l'être. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Irène Jonas :
&lt;br /&gt;« L'apprentissage modifie la structure
&lt;br /&gt;et le fonctionnement du cerveau humain,
&lt;br /&gt;non seulement pendant l'enfance,
&lt;br /&gt;mais aussi à l'âge adulte »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'argument impressionne peu Irène Jonas, qui invoque le « mythe de la science pure » dénoncé par le philosophe Pierre Thuillier : celui-ci ne croyait pas que l'on puisse isoler une science neutre, objective, distincte de ses utilisations. Le principal reproche qu'on peut faire à la psychologie évolutionniste, insiste également Odile Fillod, ce n'est pas qu'elle autorise des récupérations douteuses : c'est surtout qu'elle travestit de simples hypothèses en certitudes scientifiques. En outre, s'il faut vraiment parler de science, l'imagerie par résonance magnétique (IRM) a permis ces dernières années de mettre en évidence « l'importance des variations individuelles dans le fonctionnement du cerveau et la plasticité de celui-ci », rappelle Irène Jonas. Nos comportements sont donc loin d'être gravés dans notre cerveau comme dans du marbre. Ces découvertes « rendent obsolètes nombre de spéculations sur les différences de fonctionnement entre les sexes et plaident en faveur d'un rôle majeur des facteurs socioculturels dans les différences d'aptitudes et de comportement entre les sexes ». « Les connexions se réorganisent en permanence dans le temps et dans l'espace, qu'il s'agisse de l'acquisition d'apprentissages ou de compensation des défaillances, écrit-elle. L'apprentissage modifie la structure et le fonctionnement du cerveau humain, non seulement pendant l'enfance, mais aussi à l'âge adulte. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si nous ne sommes pas toujours conscients du fait que nos comportements sont dictés par les besoins de la reproduction, ce serait, affirme Nancy Huston, parce que notre « orgueil humain » nous en empêche : « Naïvement, et avec la meilleure foi du monde, nous sommes persuadés de savoir ce que nous faisons et de faire ce que nous voulons. » En revanche, on est prié de croire sur parole l'un de ses amis peintres lorsqu'il se dit « complètement convaincu » que « ce qui se passe entre les yeux d'un homme et le corps d'une femme » relève de « quelque chose d'atavique ». N'y aurait-il pas tout lieu de se méfier, au contraire, de l'illusion puissante qui nous fait constamment sous-estimer la force de la culture et conclure que ce que nous voyons à l'&#339;uvre, en nous-mêmes ou chez les autres, ce sont les gènes, la biologie ou l'« atavisme » ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a la nette impression que la naïveté est plutôt du côté de la croyance dans le déterminisme biologique. Et les bras nous en tombent lorsque Huston, dans ce livre, prétend déceler la preuve de l'irréductible différence des sexes dans le fait que les hommes représentent « 90% de la population carcérale », que les femmes sont rarement vues « en train de tripoter le moteur d'une voiture », que filles et garçons continuent d'avoir des jeux bien distincts dans les cours de récréation, ou encore dans le destin tragique de Camille Claudel. « Si le féminin ne diffère pas du tout du masculin, interroge-t-elle, comment explique-t-on que les seuls hommes possèdent l'argent, commandent des tableaux, dirigent les entreprises, et ainsi de suite ? »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Clichés en pagaille&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Inévitablement, avec de tels postulats de départ, on patauge dans les pires clichés. Ainsi, les hommes cherchent à répandre leur semence le plus largement possible, tandis que les femmes veulent un compagnon fiable, capable de les soutenir durant leur grossesse et l'élevage des petits, ce qui expliquerait que les premiers soient surtout intéressés par « la baise » et les secondes par « l'amour ». Ils convoiteraient des partenaires « aussi jeunes et belles que possible », tandis qu'elles désireraient des compagnons « aussi riches, forts et fiables que possible ». Ils « fantasment beaucoup, se masturbent beaucoup », « vont voir ailleurs », tandis qu'elles « supportent relativement bien l'abstinence sexuelle » et, selon un sondage, valorisent plus que tout dans leur couple « le moment où on s'endort l'un contre l'autre ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'emblée, une objection s'impose : que faire des exceptions ? Que faire des hommes qui sont fidèles par goût ? Des femmes qui ne le sont pas ? De celles qui s'intéressent au sexe et pas seulement à l'amour et à l'intimité, qui fantasment et se masturbent beaucoup ? De celles qui tombent amoureuses d'un pauvre, ou d'un mauvais garçon peu susceptible de faire un compagnon fiable ? De ceux qui tombent amoureux d'une femme plus toute jeune, ou pas très belle ? De celles qui se fichent de la façon dont elles sont habillées et de ceux qui sont coquets ? Que faire des homosexuels, dont les stratégies amoureuses ne peuvent pas être soupçonnées d'être sous-tendues par le souci de la reproduction ? Si l'on adhère à la théorie du déterminisme biologique, alors, de deux choses l'une : soit les comportements que celui-ci nous dicte sont immuables, et tous les individus sus-cités sont des erreurs de la nature, des cas pathologiques, des déviants au sens strict du terme, qu'il faut traiter en conséquence ; soit ces comportements sont malléables, modifiables, et on peut donc choisir de conserver ceux qui nous conviennent et d'abandonner ceux qui ne nous conviennent pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors, s'il est possible d'ignorer ces injonctions supposément venues du fond de nos cellules, si elles ne sont pas contraignantes, pourquoi insister autant dessus ? Où veut-elle en venir, se demande-t-on ? Quelles conclusions faut-il tirer, d'après elle, de cette soumission aux impératifs biologiques qu'elle théorise ? Elle-même ne semble pas très bien le savoir. A cet égard, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; laisse surtout une impression de confusion. En épousant ces thèses, alors que, par beaucoup d'aspects, elle est elle-même tout sauf réactionnaire, Huston se condamne à des embardées déroutantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre tentation réactionnaire
&lt;br /&gt;et attachement à un minimum de féminisme&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle a des propos qui font bondir, par exemple lorsqu'elle évoque le cas de Véronique Courjault, jugée en 2009 pour avoir tué trois de ses nouveaux-nés. Le problème de cette femme, explique-t-elle, est qu'elle n'avait pas été préparée à la maternité. Puis elle fait un parallèle avec les méthodes d'éducation égalitaires appliquées dans les écoles suédoises, qu'apparemment elle réprouve. Et elle conclut : « A ce rythme-là, on risque de découvrir sous peu, en France comme en Suède, beaucoup de bébés congelés. On ne peut pas à la fois se scandaliser de ce qu'on prépare les petites filles à un avenir incluant la maternité et s'étonner de ce que, devenues mères sans y avoir été préparées, elles fourrent leurs f&#339;tus au frigo. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement dit, en éduquant les filles de façon à leur laisser le plus grand éventail de possibilités ouvert pour leur avenir, on les condamnerait à devenir des mères « dénaturées », et potentiellement infanticides ?! Ironie du sort, au moment où on lisait ces lignes, en Norvège débutait le procès d'Anders Behring Breivik, qui &lt;a href=&quot;https://twitter.com/#!/VisionsCarto/status/193243123600736256&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;se scandalisait à la barre&lt;/a&gt; de ce qu'« en Norvège soudain à l'école, les garçons apprennent à tricoter et à faire la cuisine, les filles à travailler le bois et le métal ! ». Et le propos de Huston n'est pas très éloigné de celui d'Eric Zemmour, qui écrivait par exemple dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Premier sexe&lt;/i&gt; : « Tant que les femmes ne feront qu'un bébé par an, elles chercheront le mâle qui protégera le mieux leur enfant. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le plus déconcertant, c'est que le livre réserve par ailleurs quelques analyses critiques incisives et très justes de l'aliénation des femmes à leur apparence, ou encore des oppressions justifiées par un prétendu ordre naturel &#8212; des pages très fortes sur la prostitution ou la pornographie, notamment. Si elle invite à « ne pas nier ce qui est », Huston précise aussi qu'« énoncer un état de fait n'est pas l'approuver » et que « ce n'est pas parce qu'un comportement est inné qu'il doit être tenu pour sacré, admirable ou intouchable ». « Dire que les comportements machistes sont en partie biologiquement déterminés n'est pas dire qu'il faille baisser les bras devant le machisme », affirme-t-elle en conclusion. « Les rôles que nous jouons dans le théâtre sexuel ont pu être assouplis grâce au mouvement des femmes », observe-t-elle pour s'en féliciter, car elle estime que « plus il y a de jeu dans cette affaire, mieux cela vaudra ». Mais comment est-on censé lutter contre la biologie ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette posture ambiguë, entre tentation réactionnaire et attachement à un minimum de féminisme, nous rappelle celle de Delphine et Muriel Coulin, les réalisatrices de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article329.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;17 filles&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Comme elles, en endossant le rôle d'intellectuelle et de créatrice de tout temps réservé aux hommes, Nancy Huston s'est rendue coupable d'une transgression ; comme elles, elle semble éprouver en retour le besoin de manifester avec véhémence son adhésion à la féminité traditionnelle. De façon significative, elle parle de sa redécouverte de la bonne vieille vérité selon laquelle les femmes « se font belles » &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parce que c'est comme ça,&lt;/i&gt; point, comme d'une victoire remportée sur la « penseuse » en elle : « Je le savais, bien sûr. L'écrivain en moi le savait ; la femme, l'adolescente et la petite fille le savaient ; seule la &#8220;penseuse&#8221; en moi refusait encore, par moments, de le savoir, en raison du dogme dominant de notre temps, aussi absurde qu'inamovible, dogme selon lequel toutes les différences entre les sexes sont socialement construites. » Autant que sur le prestige de la science, la psychologie évolutionniste mise sur le « bon sens » ; c'est du côté de ce « bon sens » que Huston semble vouloir se ranger, loin de l'élitisme décadent et fallacieux que représenterait le monde intellectuel. On pense à ce rappel à l'ordre du critique Jacques Siclier écrivant au sujet du premier film d'Agnès Varda, en 1954 : « Tant de cérébralité chez une jeune femme a quelque chose d'affligeant. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une défense passionnée de la norme&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nancy Huston a raconté, dans ses essais, le parcours qui l'a fait passer au cours de sa vie d'une posture d'intellectuelle radicale &#8212; volonté de se concevoir comme un pur esprit, rejet de la procréation &#8212; à une attitude plus apaisée : acceptation du corps, expérience de la maternité. Cette trajectoire lui a inspiré des réflexions superbes. Ici, cependant, la finesse de sa pensée cède la place à quelque chose de beaucoup moins intéressant et réjouissant : une défense passionnée de la norme. Elle semble oublier que si, pour elle, les apanages féminins traditionnels, comme la maternité, la coquetterie, ont été une conquête difficile, un aboutissement, une révélation, pour la grande majorité des femmes, ils sont plutôt ce à quoi on les assigne, et ce dont elles doivent parvenir à sortir pour étendre la palette de leur identité. De sorte que les célébrer sans nuance ni retenue revient à tenir un discours banalement conservateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, ce passage de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; laisse une impression désagréable : « Bien plus qu'ils ne se l'imaginent, les libertins et les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;queers&lt;/i&gt; ressemblent aux moines et aux bonnes s&#339;urs : tous ces &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;anti-breeders&lt;/i&gt; (opposants de l'engendrement) s'évertuent à contrer la biologie, à faire un pied de nez à la programmation génétique. Pas de problème. Ils peuvent s'amuser comme ils veulent, que ce soit par l'abstinence ou le fist-fucking ; l'espèce s'en moque car ceux qui la narguent disparaissent sans laisser de trace. » On a du mal à ne pas percevoir un jugement de valeur dans le ton dédaigneux de ces quelques lignes. Et c'est un crève-c&#339;ur de voir une réflexion aussi riche que la sienne s'appauvrir au point de se résumer à une satisfaction presque arrogante à l'idée d'être du côté de la biologie et de l'espèce.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Donner sa bénédiction
&lt;br /&gt;à l'ordre des choses&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pénible aussi de voir son féminisme réduit à une erreur de jeunesse due à l'inexpérience et à la sombre radicalité de cette période de sa vie. Il y a quelques années, elle remarquait avec amusement qu'on lui disait souvent : « Vous qui avez été féministe... », comme si, pour ses interlocuteurs, cet engagement ne pouvait appartenir qu'au passé. Apparemment, l'époque où elle assumait cette étiquette est révolue : « J'aurais du mal à me présenter aujourd'hui comme féministe », confie-t-elle à l'AFP à l'occasion de la sortie de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Reflets dans un &#339;il d'homme&lt;/i&gt; (25 avril 2012). Elle semble ainsi se laisser séduire par « ce chant des sirènes qui invite à l'interprétation binaire et réductrice des rapports entre les hommes et les femmes », pour reprendre l'expression de Djaouida Séhili dans sa préface au livre d'Irène Jonas. On croit aussi déceler dans ce revirement une forme de déception, de dépit : puisque ça n'a pas marché, puisque, quarante ans après le mouvement des femmes, les inégalités persistent, alors, autant penser qu'il y a de bonnes raisons à cela, et donner sa bénédiction à l'ordre des choses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus décevant encore : à ce féminisme qu'elle renie, elle fait dans ce livre un procès aussi injuste qu'approximatif, en en donnant une image caricaturale et largement fantaisiste. Le plus souvent, écrit-elle ainsi, le féminisme aurait « préservé l'idée chrétienne d'une différence radicale entre corps et esprit, et la surévaluation de celui-ci par rapport à celui-là. Il a raisonné comme si la beauté physique était une valeur aliénante, plaquée sur les femmes par le machisme millénaire, exacerbée à l'ère capitaliste par les industries de la cosmétique et de la mode. Dans cette optique, la coquetterie était quasiment un &#8220;péché&#8221;. Fais gaffe, ma fille, disaient les mères féministes tout comme les mères catholiques : quand un garçon te fait la cour, demande-lui toujours : &#8220;Tu t'intéresses à moi ou seulement à mon corps ?&#8221; Comme si le soi pouvait se passer d'un corps ! Comme si l'esprit était plus authentiquement &#8220;soi&#8221; que le corps ! ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a de quoi être atterrée de retrouver sous sa plume, sous une forme à peine voilée, l'accusation de puritanisme qui est un classique de l'argumentaire antiféministe. Surtout, on aimerait bien savoir chez qui, au juste, elle a entendu un tel discours... Attribuer aux féministes des propos qu'elles n'ont jamais tenus pour ensuite les dénoncer, c'est un procédé qu'on avait plus l'habitude de trouver chez Elisabeth Badinter que chez Nancy Huston. Pour autant qu'on sache, elles n'ont jamais contesté le fait que les femmes soient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi&lt;/i&gt; un corps, mais le fait qu'elles soient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;uniquement&lt;/i&gt; un corps &#8212; et un corps qui leur appartenait si peu : corseté, surveillé, corrigé, réprimé, parfois violenté, par le pouvoir familial, marital, médical, médiatique. De même, si l'industrie de la mode et des cosmétiques est critiquable, ce n'est pas parce qu'elle encouragerait la coquetterie et valoriserait le corps des femmes &#8212; à moins de gober sans recul le discours publicitaire &#8212;, mais parce que, en le standardisant, en le banalisant, elle le rend impuissant à exprimer une personnalité, justement. C'est parce que, en prospérant sur la haine de soi qu'elle entretient chez les femmes &#8212; jamais assez belles, jamais assez minces, jamais assez propres, jamais assez élégantes &#8212;, en tuant chez elles la spontanéité, en les inhibant, en bridant leurs élans, en les rendant égocentriques à force de complexes, et en inculquant aussi à leurs partenaires, à force de les bombarder d'images artificielles, des exigences irréalistes, elle empoisonne leurs relations amoureuses. Il suffit d'un coup d'&#339;il aux images névrotiquement aseptisées que produit cette industrie pour savoir de quel côté se trouve le puritanisme. C'est elle qui fait la guerre au corps, et non le féminisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Citant, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Reflets d'un &#339;il d'homme,&lt;/i&gt; l'anthropologue féministe Françoise Héritier, qui essayait d'imaginer ce que serait une symétrie totale entre hommes et femmes dans l'usage de prostituées et de prostitués, Nancy Huston commente : « A force de vouloir imposer à tout prix l'idée de l'identité des sexes, on en arrive à imaginer des paradis vraiment bizarres. » Il n'est pas sûr que Françoise Héritier, dans ce passage, ait voulu ébaucher une réalité désirable : la démarche visait plutôt à faire prendre conscience d'une inégalité en renversant les rôles. Mais l'expression est frappante. Ces « paradis vraiment bizarres » qu'ont de tout temps voulu explorer les féministes, et qui ne sont bizarres que parce qu'ils sont si peu fréquentés, seront toujours à mes yeux bien plus attirants que ces paradis normaux et normatifs qui peuvent si facilement tourner à l'enfer ordinaire.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci à &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Benjamin Calle&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;[05/05/2012]&lt;/strong&gt; A voir : sexe et cerveau : la neurobiologiste Catherine Vidal tire à boulets rouges sur les idées reçues ; &lt;a href=&quot;http://www.lazarus-mirages.net/sexe-et-cerveau&quot; class=&quot;spip_url&quot;&gt;www.lazarus-mirages.net/sexe-et-cerveau&lt;/a&gt;. A écouter : « &lt;a href=&quot;http://www.radiorageuses.net/spip.php?article198&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Défaire les mythes sur la préhistoire : que sait-on de nos ancêtres ?&lt;/a&gt; » (Radiorageuses)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1&quot; name=&quot;nb1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Lire, sur Les Mots sont importants, l'article d'Irène Jonas : « &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-ouvrages-psy-sur-le-couple&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les ouvrages &#8220;psy&#8221; sur le couple&lt;/a&gt; », 12 avril 2012.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh2&quot; name=&quot;nb2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Analysée par Eva Illouz dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Sentiments du capitalisme,&lt;/i&gt; Seuil, 2006. Lire aussi, par exemple, « &lt;a href=&quot;http://television.telerama.fr/television/m6-pour-vivre-heureux-vivons-coaches,80133.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;M6 : pour vivre heureux, vivons coachés !&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama,&lt;/i&gt; 11 avril 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Prospérité de la potiche</title>
		<link>http://peripheries.net/article330.html</link>
		<dc:date>2012-02-16T07:27:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>En librairie aujourd'hui, Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine (Zones / La Découverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses ébauchées soit ici-même, soit dans Le Monde diplomatique. Nous vous en proposons l'introduction. &lt;br /&gt;En librairie aujourd'hui, Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine (Zones / La Découverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses ébauchées soit ici-même, soit dans Le Monde diplomatique. Nous vous en proposons (...)


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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;En librairie aujourd'hui, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine&lt;/i&gt; (Zones / La Découverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses ébauchées soit ici-même, soit dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Nous vous en proposons l'introduction.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;En librairie aujourd'hui, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine&lt;/i&gt; (Zones / La Découverte, 250 pages, 18 euros) reprend et approfondit des analyses ébauchées soit ici-même, soit dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Nous vous en proposons l'introduction ci-dessous. Le &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;amp;id_article=149&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;texte intégral&lt;/a&gt; est en libre accès sur le site de l'éditeur. Un &lt;a href=&quot;http://seenthis.net/people/beautefatale&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;compte Seenthis&lt;/a&gt; permet également de suivre l'actualité des thèmes développés dans le livre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/BeauteFatale.jpg' width='250' height='355' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_772 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Ecrire un livre pour critiquer le désir de beauté ? « Il n'y a pas de mal à vouloir être belle ! » m'a-t-on parfois objecté lorsque j'évoquais autour de moi le projet de cet essai. Non, en effet : ce désir, je souhaite même le défendre (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;voir chapitre 2&lt;/strong&gt;). Le problème, c'est que dire cela à une femme aujourd'hui revient un peu à dire à un alcoolique au bord du coma éthylique qu'un petit verre de temps en temps n'a jamais fait de mal à personne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autant l'admettre : dans une société où compte avant tout l'écoulement des produits, où la logique consumériste s'étend à tous les domaines de la vie, où l'évanouissement des idéaux laisse le champ libre à toutes les névroses, où règnent à la fois les fantasmes de toute-puissance et une très vieille haine du corps, surtout lorsqu'il est féminin, nous n'avons quasiment aucune chance de vivre les soins de beauté dans le climat de sérénité idyllique que nous vend l'illusion publicitaire. Pourtant, même si l'on soupire de temps à autre contre des normes tyranniques, la réalité de ce que recouvrent les préoccupations esthétiques chez les femmes fait l'objet d'un déni stupéfiant. L'image de la femme équilibrée, épanouie, à la fois active et séductrice, se démenant pour ne rater aucune des opportunités que lui offre notre monde moderne et égalitaire, constitue une sorte de vérité officielle à laquelle personne ne semble vouloir renoncer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant ce temps, sans qu'on y prenne garde, notre vision de la féminité se réduit de plus en plus à une poignée de clichés mièvres et conformistes. La dureté de l'époque aidant, la tentation est grande de se replier sur ses vocations traditionnelles : se faire belle et materner (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chapitre 1&lt;/strong&gt;). Le cinéma est gangrené par le phénomène des « égéries », ces actrices sous contrat avec un parfumeur, un maroquinier ou une marque de cosmétiques, et plus préoccupées de soigner leur image de porte-manteau maigrichon tiré à quatre épingles que d'étendre la palette de leur jeu. Le succès des blogs mode ou beauté témoigne lui aussi d'un horizon mental saturé par les crèmes et les chiffons (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chapitre 3&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au-delà des belles images, l'omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d'elles-mêmes, dans des spirales ruineuses et destructrices où elles laissent une quantité d'énergie exorbitante. L'obsession de la minceur trahit une condamnation persistante du féminin, un sentiment de culpabilité obscur et ravageur (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chapitre 4&lt;/strong&gt;). La crainte d'être laissée pour compte fait naître le projet de refaçonner par la chirurgie un corps perçu comme une matière inerte, désenchantée, malléable à merci, un objet extérieur avec lequel le soi ne s'identifie en aucune manière (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chapitre 5&lt;/strong&gt;). Enfin, la mondialisation des industries cosmétiques et des groupes de médias aboutit à répandre sur toute la planète le modèle unique de la blancheur, réactivant parfois des hiérarchies locales délétères (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chapitre 6&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les conséquences de cette aliénation sont loin de se limiter à une perte de temps, d'argent et d'énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l'amour et l'attention des autres, traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une autodévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti, après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque chose ; à s'adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts. Ainsi, la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la clé d'une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences conjugales à celle contre les inégalités au travail en passant par la défense des droits reproductifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En France, cependant, cette question est toujours restée dans l'angle mort ; elle suscite plutôt l'indifférence. Les féministes, contrairement à leurs homologues américaines, ne s'en sont jamais vraiment emparées, y voyant, au mieux, un enjeu secondaire (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-1&quot; name=&quot;nh1-1&quot; id=&quot;nh1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Parmi les exceptions, citons Anne-Marie Dardigna, La presse (...)' &gt;1&lt;/a&gt;). A leur relatif désintérêt s'ajoute l'absence d'une tradition française d'étude de la culture de masse, considérée comme un objet scientifique indigne, anodin ou vulgaire &#8212; ou les deux. Or les films, les feuilletons, les émissions de télévision, les jeux, les magazines, parce qu'ils impliquent une relation affective, ludique, aux représentations qu'ils proposent, parce qu'ils mettent en branle les pouvoirs de la fiction et de l'imaginaire, informent en profondeur la mentalité de leur public, jeune et moins jeune.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce contexte, un magazine comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Elle&lt;/i&gt; peut se proclamer féministe sans (toujours) susciter l'hilarité, et une Elisabeth Badinter juger les représentations publicitaires inoffensives sans voir son crédit entamé. Il a fallu attendre la parution de son livre sur les dérives supposées de l'écologie, en 2010, pour que sa qualité d'actionnaire principale de Publicis, troisième groupe mondial de publicité, soit mise en avant, après avoir longtemps été éclipsée par le prestige du nom de son mari (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-2&quot; name=&quot;nh1-2&quot; id=&quot;nh1-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Lire Marie Bénilde, « Publicis, un pouvoir », Le Monde diplomatique, juin (...)' &gt;2&lt;/a&gt;). De même, en 2011, les commentaires suscités par les soutiens-gorge ampliformes pour fillettes ou les mini-spas se contentaient souvent d'accuser le « marketing ». Cette explication nous fait penser aux blagues racistes ou misogynes dont l'auteur lance, lorsqu'il constate que son interlocuteur n'est pas vraiment plié en deux : « Oh, mais c'est de l'humouuur ! » Or il n'est pas innocent de prétendre faire vendre précisément &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;avec ça,&lt;/i&gt; comme il n'est pas innocent de prétendre faire rire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;avec ça&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La calamité du « féminisme à la française »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais faut-il parler d'indifférence ou d'acquiescement ? Amorcer une critique de l'aliénation féminine à l'obsession des apparences fait immédiatement surgir dans les esprits le pire cauchemar des essayistes germanopratins : la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;féministe américaine,&lt;/i&gt; char d'assaut monté sur des baskets &#8212; pointure 44 &#8212; qui exhibe ses poils aux jambes, passe son temps à se couvrir la tête de cendres en dévidant d'une voix caverneuse sa litanie « victimaire » et vous intente un procès pour viol dès que vous la regardez dans les yeux sans son consentement explicite. Pas de ça chez nous ! De toute façon, nous explique-t-on pour mieux conjurer ce spectre funeste, on n'en a pas besoin, car la France, elle, a su &#339;uvrer pour l'égalité des sexes tout en préservant le délicieux frisson des rapports de séduction &#8212; c'est à se demander comment font les Américains pour continuer à se reproduire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le démontrer, Pascal Bruckner, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Tentation de l'innocence,&lt;/i&gt; paru en 1995, convoque pêle-mêle Louise Labé, les Précieuses, les libertins et les troubadours (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-3&quot; name=&quot;nh1-3&quot; id=&quot;nh1-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Pascal Bruckner, La Tentation de l'innocence,Grasset, Paris, (...)' &gt;3&lt;/a&gt;). Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Mots des femmes,&lt;/i&gt; la même année, Mona Ozouf tente elle aussi d'expliquer pourquoi le « discours du féminisme extrémiste » trouve, par bonheur, si peu d'écho en France (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-4&quot; name=&quot;nh1-4&quot; id=&quot;nh1-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(4) Mona Ozouf, Les Mots des femmes. Essai sur la singularité française, (...)' &gt;4&lt;/a&gt;). En 2006, Claude Habib, une spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle, lui emboîte le pas avec un hommage &#8212; qu'elle lui dédie &#8212; à la « galanterie française » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-5&quot; name=&quot;nh1-5&quot; id=&quot;nh1-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(5) Claude Habib, Galanterie française, Gallimard, Paris, 2006. De même pour (...)' &gt;5&lt;/a&gt;). « Bien des féministes n'ont pas reculé devant le rôle de rabat-joie, y déplore-t-elle, ignorant apparemment combien c'est classique avec ces garces. Elles ont attaqué l'hypothèse galante en brandissant le fait des crimes sexuels qui se commettent en France : si des violences contre les femmes se produisent ici comme ailleurs, c'est que la prétendue entente des sexes est une duperie. » Et pourtant, argue-t-elle, « il n'est pas impensable qu'une même société abrite, sur un même sujet, la délicatesse et la brutalité. Ainsi, depuis la seconde moitié du XXe siècle, le souci des animaux domestiques et la maltraitance des animaux d'élevage se sont développés parallèlement ». De l'art de choisir ses comparaisons...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De surcroît, on sous-estime les vertus quasi thaumaturgiques exercées par la galanterie &#8212; véritable poudre de perlimpinpin &#8212; sur les aspects contrariants que pourrait présenter la condition des femmes françaises : « Au sein de leurs foyers, même si les Françaises travaillent, elles ne servent pas. Elles font ce qu'il leur plaît de faire. Sans nous en rendre compte, nous sommes habituées à un régime d'égards. Il est exclu qu'un mari parle à sa femme comme à une servante. » Monsieur est trop bon. Au moins, les partis pris sont clairs, et l'homophobie s'affiche tranquillement (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-6&quot; name=&quot;nh1-6&quot; id=&quot;nh1-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(6) Voir aussi le florilège établi par Act Up Paris : « Claude Habib et Irène (...)' &gt;6&lt;/a&gt;) : « Au malaise qui touche le caractère national dans son ensemble s'ajoute, dans le cas de la galanterie, un second facteur de fragilité : le grave ébranlement des identités sexuelles qu'ont produit la contestation féministe puis l'affirmation des homosexualités. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La théorie de l'« exception française » suit toujours le même schéma discursif : on commence par concéder qu'il reste des progrès à faire, sans trop se fouler non plus pour dissimuler que ça ne nous empêche pas vraiment de dormir, puis on enchaîne très vite en soulignant les progrès inouïs qui ont quand même été accomplis. On en conclut que, dans ce contexte éminemment satisfaisant, celles qui continuent le combat ne peuvent être que des mégères enragées et hystériques que seul le ressentiment fait jouir, et qui cherchent à obtenir un traitement de faveur plutôt que l'égalité (puisqu'elles l'ont déjà !) ; mais, heureusement, elles vivent très loin, là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique. Quelques citations apocalyptiques où certaines d'entre elles comparent la violence contre les femmes à un génocide, qu'on assortira de flots de protestations indignées, permettront de noyer définitivement le poisson. Elles achèveront de vacciner les mignonnes petites Françaises qui seraient tentées d'imiter ces sorcières. Il n'y aura plus qu'à persuader les gourdes qu'elles sont des femmes libérées, qu'elles ont bien de la chance, et qu'elles feraient mieux d'aller dévaliser les boutiques tout en versant une larme sur le sort des pauvres Afghanes. Et qu'elles ne viennent pas nous emmerder pour un mannequin nu à quatre pattes sur un panneau de quatre fois trois mètres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notre thèse sera ici que la célébration des « rapports de séduction à la française », que l'on a vue ressurgir, en même temps que la condamnation du « puritanisme américain », lors des affaires Polanski et Strauss-Kahn, en 2009 et en 2011, traduit le désir de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle subalterne ; elle est, pour ceux qui la défendent, une manière de nier la subjectivité féminine et de protéger leur monopole de la péroraison (&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;chapitre 7&lt;/strong&gt;). On a affaire avec ces discours à une banale réaction antiféministe, qui fait semblant de confondre remise en cause d'un ordre social et hostilité envers les hommes. Alors que ses prédécesseurs avaient simplement travesti ce postulat en chauvinisme, Badinter, en 2003, réussira la prouesse de le travestir en féminisme ; elle se référera d'ailleurs à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Tentation de l'innocence&lt;/i&gt; de Bruckner dès les premières pages de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fausse route&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-7&quot; name=&quot;nh1-7&quot; id=&quot;nh1-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(7) Elisabeth Badinter, Fausse route, Odile Jacob, Paris, 2003.' &gt;7&lt;/a&gt;). Dans son attitude, le réflexe de classe et la mise à distance dédaigneuse de la masse des femmes prennent clairement le pas sur la démarche féministe. La journaliste Sylvie Barbier nous livre le résultat de cette opération idéologique, tel qu'on le retrouve dans la bouche du directeur d'un magazine féminin s'adressant à sa nouvelle rédactrice en chef : « La guerre des sexes c'est fini, les psychos qui se moquent des hommes aussi, on rêve de réconciliation, non ? Françoise, excuse, Evelyne [sic] Badinter elle-même l'affirme : le vrai féminisme, c'est un combat qui doit se mener avec les hommes, pas contre eux. La lutte pour l'autonomie est également terminée, nous allons tourner la page et projeter une vision réconciliée de la féminité (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-8&quot; name=&quot;nh1-8&quot; id=&quot;nh1-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(8) Sylvie Barbier, La bimbo est l'avenir de la femme, Denoël, coll. « (...)' &gt;8&lt;/a&gt;). »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A ce conservatisme viscéral s'ajoute le fait que la femme française est un trésor national, quasiment une marque déposée. Elle a pour noble mission de perpétuer l'image d'élégance associée au pays, ne serait-ce que pour servir le rayonnement international des deux géants français du luxe, Moët Hennessy Louis Vuitton (LVMH), le groupe de Bernard Arnault, et Pinault Printemps Redoute (PPR), celui de François Pinault (propriétaire notamment de Gucci et d'Yves Saint Laurent). En a encore témoigné, en 2005, le succès mondial du livre de Mireille Guiliano &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;French Women Don't Get Fat&lt;/i&gt; (« Les femmes françaises ne grossissent pas ») (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-9&quot; name=&quot;nh1-9&quot; id=&quot;nh1-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(9) Mireille Guiliano, French Women Don't Get Fat. The Secret of (...)' &gt;9&lt;/a&gt;). L'ancienne PDG des champagnes Veuve Clicquot (groupe LVMH) aux Etats-Unis y recommande « le pain, le champagne, le chocolat et l'amour comme les ingrédients clés d'une vie et d'un régime équilibrés ». Idée géniale : exploiter &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en même temps&lt;/i&gt; la fascination des Américains pour les clichés sur l'art de vivre à la française, l'obsession des femmes pour les régimes et leur goût des « secrets » partagés (elles en ont bien besoin, les pauvres). Quant à la figure mythique de la Parisienne, elle est incarnée par Inès de la Fressange, mannequin vedette de Chanel dans les années 1980 et modèle pour le buste de Marianne en 1989. En 2011, son guide &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Parisienne&lt;/i&gt; &#8212; cosigné avec une journaliste de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Elle &#8212;,&lt;/i&gt; mélange de conseils vestimentaires et de bonnes adresses, grand succès de librairie, s'est exporté en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. On y apprend par exemple qu'il ne faut pas porter un collier en diamants « sur une robe noire le soir », mais « sur une chemise en jean le jour (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-10&quot; name=&quot;nh1-10&quot; id=&quot;nh1-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(10) Inès de la Fressange (avec Sophie Gachet), La Parisienne, Flammarion, (...)' &gt;10&lt;/a&gt;) ». Ce qui, personnellement, m'a évité de commettre un terrible impair.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toutefois, il faut bien l'avouer : une fois qu'on a lu Susan Bordo, Eve Ensler, Laurie Essig, Susan Faludi ou Naomi Wolf (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb1-11&quot; name=&quot;nh1-11&quot; id=&quot;nh1-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(11) Signalons aussi le livre de Joan Jacobs Brumberg The Body Project : An (...)' &gt;11&lt;/a&gt;), la Parisienne apparaît pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une sorte de Nadine de Rothschild en moins joufflue et en plus chic. Même celle qui prête le plus le flanc à la caricature, Naomi Wolf, auteure en 1990 du best-seller &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Beauty Myth&lt;/i&gt; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Mythe de la beauté&lt;/i&gt;), multiplie les intuitions et les analyses brillantes. On regrette, en refermant les livres de toutes ces essayistes remarquables, qu'elles n'aient jamais été traduites en français &#8212; à l'exception d'Ensler, grâce au succès mondial des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monologues du vagin&lt;/i&gt;. Il est vrai que si elles l'étaient, les Françaises pourraient bien s'inspirer de leur intelligence flamboyante, de leur clairvoyance, de leur humour, du mélange de rigueur et de passion avec lequel elles prennent à bras-le-corps la réalité dans laquelle elles sont plongées, transformant des préoccupations intimes en souci du bien commun, forgeant de puissants outils de compréhension et de libération pour toutes. Elles pourraient commencer à raisonner, à contester ; elles pourraient se mettre en tête de devenir des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;personnes,&lt;/i&gt; les insolentes. Puisse le ciel nous épargner encore longtemps une pareille catastrophe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Table des matières&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1. Et les vaches seront bien gardées. L'injonction à la féminité&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Pour des femmes en jupe et des hommes qui en ont
&lt;br /&gt;Le charme retrouvé des territoires féminins
&lt;br /&gt;« N'exister que par la beauté »
&lt;br /&gt;Backlash et marketing
&lt;br /&gt;Fermer des portes pour l'avenir&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2. Un héritage embarrassant. Interlude sur l'ambivalence&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;« Avec quoi elle vient ! »
&lt;br /&gt;Sagesse de la parure
&lt;br /&gt;L'univers en modèle réduit
&lt;br /&gt;Derrière la fascination du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;it bag&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;Congédier le monde&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;3. Le triomphe des otaries. Les prétentions culturelles du complexe mode-beauté&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;« Il faut faire un effort, Jenn' ! »
&lt;br /&gt;Actrices ou communicantes ?
&lt;br /&gt;Le paradigme « Gossip Girl »
&lt;br /&gt;L'aristocratie du showbiz
&lt;br /&gt;Les marques en terrain conquis
&lt;br /&gt;Patauger dans son aliénation
&lt;br /&gt;Les femmes et la culture de masse
&lt;br /&gt;Une « fin de l'Histoire » au féminin ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;4. Une femmes disparaît. L'obsession de la minceur, un « désordre culturel »&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Exister sans corps
&lt;br /&gt;Femmes et nourriture, un rendez-vous toujours manqué
&lt;br /&gt;L'anorexique : anormale ou trop normale ?
&lt;br /&gt;Un modèle impossible
&lt;br /&gt;Hypocrisie et perversité
&lt;br /&gt;Couper les ponts
&lt;br /&gt;Une question de santé ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;5. La fiancée de Frankenstein. Culte du corps ou haine du corps ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Nier la douleur
&lt;br /&gt;Un couteau sans lame...
&lt;br /&gt;Un éclairage impitoyable
&lt;br /&gt;L'aura confisquée
&lt;br /&gt;« Ce qui me fait chanter »
&lt;br /&gt;Le piège de l'homologation
&lt;br /&gt;Une merveilleuse « liberté de choix »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;6. Comment peut-on ne pas être blanche ? Derrière les odes à la « diversité »&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;S'afficher dans le camp des gagnants
&lt;br /&gt;Soigner les corps « dégénérés »
&lt;br /&gt;« Illuminer les recoins sombres de la Terre »
&lt;br /&gt;« Suprématie blanche » dans la mode
&lt;br /&gt;Une créativité étouffée
&lt;br /&gt;La lumière, encore&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;7. Le soliloque du dominant. La féminité comme subordination&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Yohji Yamamoto contre le « style recherche d'emploi »
&lt;br /&gt;Les femmes sont-elles des objets ?
&lt;br /&gt;Grands hommes et petites pépées
&lt;br /&gt;Banalité du Pygmalion lubrique
&lt;br /&gt;Un érotisme de ventriloques
&lt;br /&gt;L'horreur : une femme qui pense&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-1&quot; name=&quot;nb1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Parmi les exceptions, citons Anne-Marie Dardigna, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La presse &#8220;féminine&#8221;. Fonction idéologique,&lt;/i&gt; Petite collection Maspero, Paris, 1978 ; Ilana Löwy, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Emprise du genre. Masculinité, féminité, inégalité,&lt;/i&gt; La Dispute, Paris, 2006 ; et l'ouvrage en deux volumes du collectif Ma colère, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/CHOLLET/18274&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Mon corps est un champ de bataille&lt;/a&gt;,&lt;/i&gt; Ma colère, Lyon, 2004 et 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-2&quot; name=&quot;nb1-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Lire Marie Bénilde, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/BENILDE/11267&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Publicis, un pouvoir&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; juin 2004.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-3&quot; name=&quot;nb1-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Pascal Bruckner, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Tentation de l'innocence,&lt;/i&gt;Grasset, Paris, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-4&quot; name=&quot;nb1-4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) Mona Ozouf, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Mots des femmes. Essai sur la singularité française,&lt;/i&gt; Gallimard, « Tel », Paris, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-5&quot; name=&quot;nb1-5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) Claude Habib, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Galanterie française,&lt;/i&gt; Gallimard, Paris, 2006. De même pour les citations suivantes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-6&quot; name=&quot;nb1-6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;) Voir aussi le florilège établi par Act Up Paris : « &lt;a href=&quot;http://www.actupparis.org/spip.php?article2739&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Claude Habib et Irène Théry, les pauvres filles de l'ANRS&lt;/a&gt; », Actupparis.org, mars 2000.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-7&quot; name=&quot;nb1-7&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;) Elisabeth Badinter, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fausse route,&lt;/i&gt; Odile Jacob, Paris, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-8&quot; name=&quot;nb1-8&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;) Sylvie Barbier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La bimbo est l'avenir de la femme,&lt;/i&gt; Denoël, coll. « Indigne », Paris, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-9&quot; name=&quot;nb1-9&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;) Mireille Guiliano, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;French Women Don't Get Fat. The Secret of Eating for Pleasure,&lt;/i&gt; Vintage, New York, 2007 [2005]. &lt;a href=&quot;http://www.frenchwomendontgetfat.com&quot; class=&quot;spip_url&quot;&gt;www.frenchwomendontgetfat.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-10&quot; name=&quot;nb1-10&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;10&lt;/a&gt;) Inès de la Fressange (avec Sophie Gachet), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Parisienne,&lt;/i&gt; Flammarion, Paris, 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh1-11&quot; name=&quot;nb1-11&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;11&lt;/a&gt;) Signalons aussi le livre de Joan Jacobs Brumberg &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Body Project : An Intimate History of American Girls,&lt;/i&gt; Random House, New York, 1997, ainsi que le travail de la photographe Lauren Greenfield : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Girl Culture&lt;/i&gt; (2002) et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Thin&lt;/i&gt; (2006) ; &lt;a href=&quot;http://www.laurengreenfield.com&quot; class=&quot;spip_url&quot;&gt;www.laurengreenfield.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>« 17 filles » et pas mal d'objections</title>
		<link>http://peripheries.net/article329.html</link>
		<dc:date>2012-01-01T20:35:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>Incontestablement, 17 filles est un beau film. Les réalisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transposé dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit élèves américaines d'un même lycée de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient défrayé la chronique pour être tombées enceintes toutes en même temps. Leur héroïne, Camille, enceinte par accident, décide de garder le bébé, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize à la suivre. &lt;br /&gt;Incontestablement, 17 filles est un beau film. Les (...)


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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Incontestablement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt; est un beau film. Les réalisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transposé dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit élèves américaines d'un même lycée de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient défrayé la chronique pour être tombées enceintes toutes en même temps. Leur héroïne, Camille, enceinte par accident, décide de garder le bébé, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize à la suivre.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Incontestablement, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt; est un beau film. Les réalisatrices, Delphine et Muriel Coulin, ont transposé dans leur ville natale de Lorient l'histoire des dix-huit élèves américaines d'un même lycée de Gloucester, dans le Massachusetts, qui, en 2008, avaient défrayé la chronique pour être tombées enceintes toutes en même temps. Leur héroïne, Camille, enceinte par accident, décide de garder le bébé, et persuade ses copines de l'imiter. Elles seront seize à la suivre. Elles concluent un pacte : après avoir accouché, elles habiteront toutes ensemble, s'entraideront, seront enfin adultes et indépendantes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/17-FILLES.jpg' width='250' height='333' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_761 spip_documents spip_documents_right' /&gt;La mise en scène, très réussie, explore toutes les possibilités cinématographiques offertes à la fois par la décadence industrielle de la région, par la proximité de la mer, par l'omniprésence des éléments, et par la transformation physique spectaculaire de cette grappe d'adolescentes, par le contraste entre leur ventre qui s'arrondit et leur quotidien de gamines tournant en rond dans la cour de récréation ou s'ennuyant dans leur chambre au milieu de leurs peluches. La plupart d'entre elles sont minces et belles, à commencer par Camille, la meneuse (Louise Grinberg, déjà vue dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Entre les murs&lt;/i&gt; de Laurent Cantet) : la caméra semble aimantée par leur fraîcheur de jeunes filles en fleur. « Le casting a exclu les disgracieuses », note à raison le critique &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/12/13/17-filles-les-filles-meres-qu-on-voit-danser_1617980_3476.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. On peut déjà tenter de repérer celles qu'on retrouvera dans des pubs pour des parfums ou des marques de prêt-à-porter. Les protagonistes du fait divers américain, elles, incarnent une version nettement moins glamour de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;teen mom&lt;/i&gt;, comme on peut le voir dans un documentaire qui leur est consacré, &lt;a href=&quot;http://www.gloucester18.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Gloucester 18&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On dira que rien n'obligeait les deux cinéastes françaises au réalisme. « Il s'agit uniquement de notre regard sur ce fait divers », insiste Muriel Coulin (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;, Genève, 30 décembre). Sauf qu'il y a des films dont la liberté par rapport aux faits, la qualité de réalisation, la stylisation, renforcent encore le regard qu'ils proposent sur la société et sur la vie ; or ici, on a plutôt l'impression d'un hiatus entre les deux, entre la forme et le fond, comme si le talent des s&#339;urs Coulin leur permettait de biaiser avec leur sujet, de camoufler les failles et les ambiguïtés de leur film et du discours dont elles l'entourent dans leurs interviews.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elles y présentent leurs héroïnes comme rebelles et subversives : « Nos filles me font penser aux Indignés », dit par exemple Delphine Coulin (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.tribunedelyon.fr/index.php?agenda/culture/cinema/30707-cinema-:-entretien-avec-delphine---muriel-coulin----on-n-a-pas-choisi-la-facilite-&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Tribune de Lyon&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 21 décembre) ; ou encore : « Dans cette ère du post-féminisme, les filles inventent une nouvelle utopie collective pour se révolter et changer le monde. » (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;) Le film ne se prive pas de tourner en ridicule les adultes, profs et parents - notamment le proviseur du lycée, interprété par &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article207.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Carlo Brandt&lt;/a&gt; -, tous décevants, médiocres et grisâtres, dépassés par les événements, multipliant les considérations sociologiques et les tentatives d'explication maladroites auxquelles les filles opposent leur mutisme plein de défi et leurs corps triomphants.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Escamoter la fascination
&lt;br /&gt;pour la maternité
&lt;br /&gt;dans la culture populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On reste néanmoins perplexe : subversive, la maternité ? Si &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt; peut défendre cette thèse, c'est que, en tant que film français de bon goût, il évacue résolument toute la culture populaire dont notre monde est baigné ; c'est-à-dire la culture où apparaît de façon flagrante la survalorisation de la maternité, pour ne pas dire sa valorisation exclusive, qui reste aujourd'hui dominante dans de larges pans de la société. Sauf erreur de notre part, les chambres filmées ici sont entièrement dépourvues des affiches de chanteurs et de chanteuses, d'acteurs et d'actrices, qui, en France comme aux Etats-Unis, tapissent celles de l'écrasante majorité des adolescentes. Dans celle de Camille, l'héroïne, on aperçoit un portrait de Rimbaud (« On n'est pas sérieux... », tout ça, tout ça). Auteure d'un roman également inspiré par l'affaire de Gloucester (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb2-1&quot; name=&quot;nh2-1&quot; id=&quot;nh2-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Vanessa Schneider, Le Pacte des vierges, Stock, 2011.' &gt;1&lt;/a&gt;), la journaliste Vanessa Schneider prend en compte cette dimension : ses héroïnes, auxquelles elle a conservé leurs prénoms et leur ville d'origine, parlent sans complexes de Kylie Minogue, Jennifer Lopez ou George Clooney. Mais les petites Françaises, même d'extraction prolote, sont sans doute trop distinguées pour manger de ce pain-là...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/lifestyle.jpg' width='160' height='209' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_771 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Aux Etats-Unis, de nombreux commentateurs ont fait le rapport entre l'attirance croissante des adolescentes pour la maternité et la fascination délirante pour la fécondité des femmes célèbres, dont le ventre est scruté avec tant d'acuité que la moindre digestion difficile les expose à des rumeurs qui s'étaleront en Une des tabloïds du monde entier. Une chroniqueuse du &lt;a href=&quot;http://www.plannedparenthood.org/about-us/newsroom/local-press-releases/americas-pregnancy-infatuation-dangerous-23227.htm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Detroit News&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; constatait que le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;baby bump&lt;/i&gt; (le ventre de femme enceinte) était désormais présenté dans les médias comme un accessoire désirable de plus, au même titre qu'un sac : « Quand vous êtes Angelina Jolie, attendre des jumeaux implique de choisir une nouvelle robe pour le Festival de Cannes et d'engager une nounou supplémentaire. C'est aussi un ticket pour la couverture de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;People&lt;/i&gt;. Pour une jeune mère isolée, en revanche, cela a toutes les chances d'être un ticket pour la pauvreté. » En 2009, une Américaine, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Nadya Suleman&lt;/strong&gt;, déjà mère de quatre enfants, avait accédé à une célébrité mondiale en donnant naissance à des octuplés, conçus comme les premiers par fécondation artificielle. Obsédée par Angelina Jolie - la star est mère de six enfants, adoptés ou biologiques -, elle avait aussi eu recours à la chirurgie esthétique pour essayer de lui ressembler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« L'avenir d'une fille est de faire des études, se marier et avoir des enfants. Et il est interdit de le faire dans un autre ordre », précise Delphine Coulin dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;. D'accord : la subversion des héroïnes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt; ne résiderait donc pas tant dans la maternité en elle-même que dans le fait de bousculer cet « ordre ». Sauf que lorsque tout votre environnement culturel vous martèle que le rôle de mère est « le plus beau » qu'une femme puisse endosser - non pas &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un&lt;/i&gt; beau rôle parmi d'autres, mais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le&lt;/i&gt; plus beau -, il y a une certaine logique à vouloir zapper les autres étapes. Autant accéder tout de suite à ce statut censé vous apporter toute la considération que vous pouvez espérer et mettre un peu de sel et d'action dans votre existence, en vous dispensant de les chercher ailleurs - ou &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;aussi&lt;/i&gt; ailleurs. La culture médiatique encourage à prendre ce raccourci, comme en témoignent les émissions de télé-réalité consacrées aux grossesses adolescentes (« Teen Mom », « 16 ans et enceinte », sur MTV). De très jeunes femmes célèbres montrent la voie : la petite s&#339;ur de Britney Spears, Jamie Lynn Spears, alors âgée de 17 ans, a accouché la semaine où éclatait l'affaire de Gloucester, et le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Teen Vogue&lt;/i&gt; américain a suscité la controverse pour avoir affiché en couverture &lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/media/2009/oct/28/teen-vogue-jourdan-dunn-pregnant&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;le mannequin Jourdan Dunn&lt;/a&gt;, enceinte à 19 ans. En France, en 2011, le clip de la chanson de Colonel Reyel &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aurélie&lt;/i&gt; a totalisé &lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/rue89-culture/2011/12/21/colonel-reyel-le-carton-2011-sur-youtube-227753&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;23 millions de vues sur Youtube&lt;/a&gt;, au grand ravissement des anti-IVG : « Aurélie n'a que 16 ans et elle attend un enfant / Ses amies et ses parents lui conseillent l'avortement / Elle n'est pas d'accord, elle voit les choses autrement / Elle dit qu'elle se sent prête pour qu'on l'appelle &#8220;maman&#8221;... »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Idéalisation et condescendance&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt; aurait été bien plus audacieux et intéressant si, au lieu de se contenter d'explorer les potentialités cinégéniques de ces corps de jeunes madones enceintes, il avait laissé ses héroïnes mettre en &#339;uvre leur utopie communautaire. A la fin du film (attention spoiler), l'une des voix off précise que, « bien sûr », les héroïnes n'ont pas élevé leurs enfants ensemble, qu'elles n'en ont même « jamais reparlé ». Certes, il s'est produit un événement dramatique qui peut justifier ce renoncement ; mais quand même... Delphine Coulin dit que « le plus beau et le plus poignant dans toute utopie, c'est de rêver en sachant que tout va bientôt s'écrouler », ce qui est éminemment discutable. C'est peut-être « beau et poignant » pour qui reste simple spectateur - et encore -, mais sûrement pas pour les protagonistes de l'utopie, qui ne trouvent l'énergie de s'y lancer que s'ils y croient totalement et sont prêts à aller jusqu'au bout. Muriel Coulin envisage cette grossesse collective « comme la possibilité d'un projet politique », avant d'ajouter aussitôt : « Mais nous savons qu'à 16 ou 17 ans, la conscience politique est assez limitée. » Au final, il reste quinze gamines engluées, comme avant, dans leur vie de lycéennes, sauf qu'elles ont un enfant qu'elles élèvent avec leurs parents. Mais ce n'est pas grave, puisque, avant cela, elles auront permis aux spectateurs de se repaître d'une jeunesse et d'une vitalité qui, pour beaucoup, ne sont plus qu'un souvenir plus ou moins lointain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette projection à la fois idéalisante et condescendante opérée par les réalisatrices laisse une drôle d'impression. En tournant dans leur ville d'origine, Delphine et Muriel Coulin disent avoir mis dans leur film « tout notre univers, ce qui était proche de nous : les frustrations et le dés&#339;uvrement de l'adolescence, quand nous n'avions face à nous que l'océan et l'envie de tout faire éclater. D'ailleurs, quand nous en avons eu l'occasion, à 17 ans, nous sommes parties » (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tribune de Lyon&lt;/i&gt;). Elles aussi, donc, ont cherché un moyen de s'évader. En faisant un bébé ? Non : en s'inscrivant respectivement à Sciences Po et à l'Ecole Louis-Lumière.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« En France, les grossesses adolescentes augmentent chaque année. Ce n'est pas un hasard. C'est un moyen de bousculer un train de vie trop figé », affirme Delphine Coulin. N'est-il pas curieux d'accréditer l'idée que la maternité représente pour les jeunes filles la seule manière de se construire une vie, alors que soi-même, on n'a pas renoncé à accroître ses connaissances, à développer son talent et ses capacités ? Dans les interviews, les deux réalisatrices suggèrent parfois que c'est l'époque qui a changé : aujourd'hui, l'horizon étant désespérément bouché, un parcours comme le leur ne serait plus possible. « Quels rêves proposons-nous actuellement à nos enfants ?, interroge Delphine Coulin (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Courrier&lt;/i&gt;). Pas grand-chose. Il est difficile d'avoir 17 ans. » Sauf que, dans le portrait consacré aux deux s&#339;urs par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt; à la sortie du film (« &lt;a href=&quot;http://next.liberation.fr/societe/01012377223-s-urs-en-ch-ur&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;S&#339;urs en ch&#339;ur&lt;/a&gt; », 13 décembre), elle admet que lorsqu'elle-même était jeune, c'était déjà tout aussi dur : « Quand j'étais lycéenne, dans les années 1980, c'était la crise, tout le monde ne parlait que de &#8220;débouchés&#8221;, mais moi, je voulais écrire des livres [elle est aussi romancière]. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre complexe de supériorité
&lt;br /&gt;et complexe tout court :
&lt;br /&gt;des créatrices
&lt;br /&gt;face au modèle féminin traditionnel&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi, dans ce cas, ne pas mettre en scène l'énergie et l'ambition qui l'habitaient alors ? C'est un élitisme sidérant qui affleure ici. « Aujourd'hui, comment [les adolescentes] pourraient-elles fondamentalement changer leur quotidien ?, interroge Muriel Coulin. En participant à un programme de télé-réalité ? C'est très triste. » En somme, une petite minorité de femmes, dont les s&#339;urs Coulin ont la chance de faire partie, aurait la capacité de faire carrière dans une profession créative ; mais la grande majorité serait condamnée à n'exister que par la maternité - ou alors, en passant chez Delarue. Entre les deux : rien. Non seulement il est un peu rapide de disqualifier, au lieu de les encourager, les passions et les ambitions que peuvent aussi nourrir les jeunes filles d'aujourd'hui, mais ce raisonnement binaire est très problématique. Est-ce qu'on imaginerait tenir le même discours au sujet des garçons, en prétendant qu'ils auraient le choix, pour donner un sens à leur vie, entre une brillante carrière artistique et la paternité, et rien d'autre ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dès lors, on peut se demander s'il n'y a pas un sujet caché à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt; : celui du rapport qu'entretiennent avec la féminité traditionnelle celles qui s'en écartent en devenant artistes, écrivaines ou cinéastes. Conscientes de déroger à une norme sociale, elles peuvent éprouver le besoin de réparer cette transgression en reniant, dans leur production savante, littéraire ou cinématographique, leurs choix et leur mode de vie, et en en rajoutant au contraire dans la célébration du modèle traditionnel, au risque d'alimenter les pires stéréotypes. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt;, le spectateur est incité à penser que la réaction négative de l'infirmière scolaire, interprétée par Noémie Lvovsky, s'explique par le fait qu'elle-même n'a pas d'enfants. Pourquoi les réalisatrices sacrifient-elles à ce cliché de la femme sans enfants aigrie, alors qu'elles-mêmes n'en ont pas et semblent tout à fait heureuses et épanouies ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette dissociation peut avoir plusieurs explications : l'élitisme, comme on l'a vu - « moi j'échappe à ce destin féminin traditionnel, mais c'est parce que je suis exceptionnelle, pour les autres ça suffira bien » - ; ou encore le désir de donner des gages, de montrer patte blanche, en espérant ainsi être admise malgré tout dans la grande communauté des femmes dont on se sent exclue parce qu'on est du côté des créatrices, et non des procréatrices. Elle peut aussi relever du désir sincère de compenser ce que l'on perçoit comme la trop grande cérébralité de sa vie, d'apprivoiser la dimension physique et charnelle de l'existence, quand on a spontanément commencé par développer son intellect dans une mesure supérieure à la moyenne de ses petits camarades. Ainsi, parmi leurs thèmes de prédilection, les s&#339;urs Coulin citent « la féminité, le corps ». Ce qui est très bien, à condition de ne pas perdre de vue le fait que, dans leur écrasante majorité, les femmes sont plutôt confrontées au défi inverse : elles doivent conquérir le droit de ne pas être réduites à la dimension maternelle et/ou décorative dans laquelle des préjugés archaïques et tenaces tendent à les confiner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se souvenant de sa propre jeunesse, Muriel Coulin avance ce raisonnement remarquablement bancal et emberlificoté : « A l'époque aussi, des copines autour de moi voulaient faire du cinéma. Elles ont dû renoncer. Mais si nous avions été dix-sept, nous aurions certainement pu nous lancer ensemble. » Non seulement l'hypothèse paraît assez improbable, et traduit peut-être surtout la gêne d'être celle qui a réussi - elle a fait ses armes auprès de Louis Malle, Krzysztof Kieslowski ou Aki Kaurismäki, avant de réaliser des documentaires -, mais il y a quelque chose d'un peu forcé et hypocrite dans le fait de nier ainsi la différence qui existe entre un projet de grossesse et un projet de carrière cinématographique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-être est-ce aussi pour tenter de camoufler ce qu'elles doivent pressentir de leur propre élitisme - la réussite artistique, sinon rien - que les deux s&#339;urs en font des tonnes sur les beautés de la maternité. Le problème, c'est que, par là, elles contribuent à escamoter et à étouffer cet espace, toujours menacé de rétrécissement ou de disparition, que les femmes ont toutes les peines du monde à se ménager : un espace où exister aussi en tant qu'individu, en tant que personne autonome, en dehors des liens amoureux et familiaux qu'elles ont pu tisser, et qui leur est tout aussi vital qu'eux. Un espace qu'elles peuvent faire vivre de mille manières différentes, éclatante ou discrète : pas besoin, pour légitimer son existence, d'obtenir l'avance sur recettes ou de publier un roman - même si rien n'interdit d'essayer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Permettre aux femmes
&lt;br /&gt;de se dégager des fantasmes
&lt;br /&gt;et des attentes que l'ordre social
&lt;br /&gt;leur colle sur le dos&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Aujourd'hui, les utopies féministes des années 1970 ont disparu », dit Delphine Coulin. Mais le féminisme n'est pas une utopie : il est un combat toujours à recommencer pour permettre aux femmes de se dégager des innombrables fantasmes et attentes que l'ordre social leur colle sur le dos, et qui les empêchent d'exister pleinement en tant que personnes. La fascination actuelle pour les grossesses adolescentes, à laquelle participe &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;17 filles&lt;/i&gt;, et dont la première manifestation fut le film américain &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Juno&lt;/i&gt;, sur un scénario de Diablo Cody, en 2007, tend à indiquer que ces attentes et ces fantasmes sont aujourd'hui bien présents et agissants - en fait, ils le sont dans toutes les périodes où il n'existe pas de mouvement féministe assez fort pour les tenir en respect. Le cinéma et le people ne lancent évidemment pas des mouvements qu'une jeunesse influençable se contente de suivre ; mais ils reflètent et amplifient considérablement une tendance profonde à l'&#339;uvre dans la société.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/the-feminine-mystique.jpg' width='200' height='332' style='float: right; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_766 spip_documents spip_documents_right' /&gt;On a l'impression de voir revenir, sous une forme contemporaine, cette « mystique féminine » qui, en 1963, avait donné son titre au célèbre livre de la journaliste américaine Betty Friedan (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb2-2&quot; name=&quot;nh2-2&quot; id=&quot;nh2-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) The Feminine Mystique, bizarrement traduit en français par Yvette Roudy (...)' &gt;2&lt;/a&gt;). Très daté par certains aspects (à commencer par son discours apocalyptique sur l'homosexualité !), &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; reste néanmoins intéressant, car il décrit un cas d'école : le conditionnement forcené, proche de l'abrutissement, subi par les femmes américaines durant les quinze années de l'après-guerre pour les persuader que le mariage, les enfants et l'univers domestique devaient suffire à leur bonheur. Les traumatismes de la Grande dépression, puis de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide, conjugués à l'essor des banlieues résidentielles et de l'idéal du bonheur par la consommation, poussaient alors à un repli sur le foyer. Tout désir de faire usage de l'instruction que beaucoup avaient reçue, de travailler à l'extérieur, d'être partie prenante de la société, était condamné comme « non féminin » et ne pouvant produire que des « mégères asexuées ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Aucun jeune homme ne voudra de toi
&lt;br /&gt;tant que tu contreras les revers »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De nombreuses femmes embrassèrent avec enthousiasme le rôle qu'on leur proposait. Beaucoup devinrent mères très jeunes, ce qui amenait Betty Friedan à interroger : « Quels fils, quelles filles élèveront ces mères adolescentes, qui sont devenues mères avant même d'avoir affronté cette réalité, qui se sont servies de leur maternité même pour rompre le contact avec le réel ? » Ils étaient loin, les enthousiasmes et les audaces du début du siècle, ceux du féminisme de la « première vague ». Le combat pour le droit de vote (les Anglaises l'obtinrent en 1918, les Américaines en 1919) avait en effet considérablement amélioré l'estime d'elles-mêmes des femmes, ne serait-ce qu'en leur démontrant, comme l'écrivit la suffragette Ida Alexa Ross Wylie - citée par Friedan -, que ces jambes qu'il était même malséant de nommer dans la bonne société « pouvaient courir beaucoup plus vite qu'un flic anglais ». Désormais, les magazines américains publiaient des nouvelles dans lesquelles des jeunes filles « prenaient des cours pour apprendre à battre des cils et à perdre au tennis ». Et leur mère les avertissait : « Un jeune homme imberbe t'enlèvera et t'emmènera vivre avec lui quelque part dans un appartement d'une pièce et demie tandis qu'il s'initiera aux finesses et aux tracasseries de la Bourse. Mais aucun jeune homme ne voudra de toi tant que tu contreras les revers. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/friedan.jpg' width='200' height='258' style='float: right; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_763 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Betty Friedan&lt;/strong&gt; rend manifeste quelque chose dont devraient se souvenir ceux qui pestent contre les « excès du féminisme » : quand les femmes ne font pas de vagues, mais restent cantonnées dans des rôles étriqués ou débilitants, elles le payent toujours d'une manière ou d'une autre. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des conséquences&lt;/i&gt; - et celles-ci valent largement le « malaise des hommes » censé survenir quand leurs compagnes ont l'outrecuidance de vouloir vivre comme des êtres humains. Ainsi, au début des années 1960, beaucoup de ces Américaines de la classe moyenne blanche étaient à moitié folles d'aliénation. Dans ce contexte, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt; fut une bombe. En leur disant qu'il était normal d'aspirer à quelque chose de plus qu'à une vie domestique heureuse, que ce n'était pas elles qui avaient un problème, mais la société, il transforma littéralement leur existence.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Nous étions une génération
&lt;br /&gt;de femmes intelligentes,
&lt;br /&gt;écartées du monde »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 2011, sous le titre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American Women at the Dawn of the 1960s&lt;/i&gt; (« Une sensation étrange. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Mystique féminine&lt;/i&gt; et les femmes américaines à l'aube des années 1960 ») (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb2-3&quot; name=&quot;nh2-3&quot; id=&quot;nh2-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Stephanie Coontz, A Strange Stirring. &#8220;The Feminine (...)' &gt;3&lt;/a&gt;), l'historienne Stephanie Coontz a reconstitué l'impact exceptionnel qu'a eu le livre de Betty Friedan sur ses lectrices et sur la société. Tout en lui rendant hommage, elle le remet en contexte, en analyse aussi les points aveugles et les faiblesses. Avec l'aide de ses étudiants, elle a dépouillé l'abondant courrier reçu par Friedan à l'époque et interrogé des dizaines de femmes sur leurs souvenirs du livre. « Nous étions une génération de femmes intelligentes, écartées du monde », lui dit l'une d'elles. Une autre raconte comment elle envoya le livre, accompagné d'un petit mot acerbe, au psychanalyste qui essayait de lui faire « accepter son rôle d'épouse ». Une autre, encore, le lut en pleurant sans pouvoir s'arrêter, et n'interrompit sa lecture que pour aller balancer dans les toilettes sa plaquette d'antidépresseurs. Certains maris interdirent le livre dans leur maison ; d'autres écrivirent à Betty Friedan pour la remercier, lui disant qu'elle leur avait permis de mieux comprendre leur femme et qu'ils étaient maintenant résolus à la soutenir dans ses aspirations. Un jeune homme encore célibataire se promit de choisir pour compagne une fille qui ne « serait pas prête à renoncer à ses rêves ». Des femmes des générations suivantes témoignent également. L'une déclare : « Je n'ai compris ma mère que deux fois dans ma vie : quand j'ai lu &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Livre de Job&lt;/i&gt;, et quand j'ai lu &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Mystique féminine&lt;/i&gt;. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi les lectrices de Friedan, plusieurs coururent s'inscrire ou se réinscrire à l'université. Certaines se prirent au jeu et firent de belles carrières de chercheuses. D'autres s'investirent dans la vie militante, ou trouvèrent des petits boulots ; d'autres divorcèrent. Toutes réaménagèrent leur vie d'une manière qui respectait davantage leurs besoins, conciliant au mieux leurs dimensions de mère, de compagne et d'individu. Pour certaines, cependant, il était trop tard : Coontz rapporte l'histoire d'Anne Parsons, fille d'un célèbre sociologue de Harvard qui promouvait activement le modèle de la femme au foyer. La jeune fille écrivit une lettre de huit pages à Betty Friedan, racontant comment, tourmentée par ce modèle, elle avait renoncé à ses études, puis les avait reprises. Mais son sentiment d'inadéquation était tel qu'elle finit par se faire interner. A l'asile, elle remplissait des pages entières avec les mots : « Tu n'es pas capable d'accepter tes instincts féminins basiques. » Elle finit par s'y suicider.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/AStrangeStirring.jpg' width='200' height='308' style='float: right; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_765 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Sur la question de l'élitisme, Stephanie Coontz apporte un éclairage particulièrement intéressant. A la parution de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;, explique-t-elle, l'une des critiques adressées à Betty Friedan lui reprochait de « survendre » les bénéfices du salariat, en ignorant le fait que beaucoup des postes ouverts aux femmes comportaient bien peu de travail créatif ou satisfaisant. Mais, pour sa part, elle avoue qu'elle lui ferait plutôt le reproche inverse : il lui semble que Friedan, en préconisant à ses lectrices de ne prendre que des emplois épanouissants et « de qualité » - quitte à préférer le bénévolat si elles n'en trouvent pas -, sous-estime le sentiment de confiance en soi et d'indépendance que peut apporter n'importe quel travail, même ceux qu'elle regarde de haut. L'une des femmes qu'elle a interviewées pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Strange Stirring&lt;/i&gt; lui raconte ainsi que, après son diplôme, en 1959, et son mariage deux ans plus tard, elle avait continué à travailler, malgré la désapprobation de sa famille et de sa belle-famille : « Il n'y avait aucune perspective d'avancement, à part celle de quitter le pool des secrétaires pour devenir l'assistante particulière de quelqu'un - ou d'épouser le patron, je suppose. Ça va peut-être vous sembler drôle, à vous, la grande professionnelle, mais j'aimais vraiment mon boulot. Il me donnait le sentiment d'être quelqu'un, au-delà de mon statut d'épouse. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui comme hier, c'est peut-être bien ce fragile sentiment d'« être quelqu'un » qu'il est difficile et essentiel de défendre, plus que le « droit » d'être mère à 16 ans.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh2-1&quot; name=&quot;nb2-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Vanessa Schneider, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Pacte des vierges&lt;/i&gt;, Stock, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh2-2&quot; name=&quot;nb2-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Feminine Mystique&lt;/i&gt;, bizarrement traduit en français par Yvette Roudy sous le titre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La femme mystifiée&lt;/i&gt;, Gonthier, Paris, 1964.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh2-3&quot; name=&quot;nb2-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Stephanie Coontz, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A Strange Stirring. &#8220;The Feminine Mystique&#8221; and American Women at the Dawn of the 1960s&lt;/i&gt;, Basic Books, New York, 2011. « Une étrange sensation » fait référence aux premières lignes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Mystique féminine&lt;/i&gt; : « Pendant des années, le malaise resta enfoui, inavoué, dans l'esprit des femmes américaines. C'était une sensation étrange, un sentiment d'insatisfaction, une aspiration à autre chose que les femmes ressentirent au milieu du XXe siècle aux Etats-Unis. »&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Grande d'Espagne</title>
		<link>http://peripheries.net/article328.html</link>
		<dc:date>2011-07-23T11:40:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique5.html">Gens de bien</category>

		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>Belle et sombre, paru en avril dernier aux éditions Métailié, est le sixième livre traduit en français de Rosa Montero, journaliste à El País et romancière célèbre en Espagne. Après la légère déception de Instructions pour sauver le monde (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et féérique, sensuel et déchirant, ce récit d'enfance dans le « Quartier », une périphérie glauque d'une ville indéfinie, envoûte par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de (...)

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 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton328.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;140&quot; height=&quot;111&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Belle et sombre&lt;/i&gt;, paru en avril dernier aux éditions Métailié, est le sixième livre traduit en français de &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rosa Montero&lt;/strong&gt;, journaliste à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El País&lt;/i&gt; et romancière célèbre en Espagne. Après la légère déception de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Instructions pour sauver le monde&lt;/i&gt; (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et féérique, sensuel et déchirant, ce récit d'enfance dans le « Quartier », une périphérie glauque d'une ville indéfinie, envoûte par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de republier ici un entretien avec Rosa Montero réalisé en 2004, pour l'hebdomadaire suisse &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Femina&lt;/i&gt;, à l'occasion de la parution en français de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/Belle.gif' width='140' height='216' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_756 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Belle et sombre&lt;/i&gt;, paru en avril dernier aux éditions Métailié, est le sixième livre traduit en français de Rosa Montero, journaliste à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El País&lt;/i&gt; et romancière célèbre en Espagne. Après la légère déception de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Instructions pour sauver le monde&lt;/i&gt; (2010), on la retrouve ici au sommet de son talent. Atroce et féérique, sensuel et déchirant, ce récit d'enfance dans le « Quartier », une périphérie glauque d'une ville indéfinie, envoûte par sa langue intense, fervente, pleinement rendue par la traductrice Myriam Chirousse. L'occasion de republier ici un entretien avec Rosa Montero réalisé en 2004, pour l'hebdomadaire suisse &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Femina&lt;/i&gt;, à l'occasion de la parution en français de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rosa Montero méditait depuis vingt ans un essai sur la fiction, « exercice obligé de tous les auteurs qui ne meurent pas jeunes ». Elle s'y est enfin attelée, et cela donne&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article68.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, un livre captivant et plein d'humour sur les sortilèges de l'imagination, cette faculté propre non seulement aux écrivains, mais à tous les êtres humains : « Nous sommes des créatures affabulatrices, affirme cette Madrilène à la fois grave et fantasque. Nous avons tous besoin de l'imagination pour survivre. Même ceux qui prétendent ne pas en avoir seraient surpris de découvrir à quel point ils en dépendent ! Si elle n'était pas là pour la compléter, pour lui apporter un semblant d'ordre, notre existence ne serait que bruit et fureur, un chaos insupportable. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/Montero.jpg' width='300' height='237' style='float: right; border-width: 0px; width:300px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_751 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Lorsqu'elle est tombée sur cette phrase de Sainte Thérèse d'Avila, « l'imagination est la folle du logis », le titre du livre, dit-elle, « s'est mis à clignoter dans sa tête, comme écrit au néon ». « Folle » est d'ailleurs à prendre au pied de la lettre. La folie représente le « versant sauvage » de l'imagination, et en est parfois difficilement séparable : « La folie nous fait peur, parce que nous savons bien qu'elle est en nous. C'est pour cela que j'ai aussi voulu parler de la passion amoureuse, qui me semble être la seule forme de folie socialement admise. L'amour est sans doute le plus grand mirage, la plus grande invention de toute notre vie inventée ! »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lire Rosa Montero, c'est s'aventurer sur un terrain mouvant, incertain et fascinant. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt;, le lecteur se rend compte en cours de route qu'il a eu tort de prendre pour argent comptant les éléments autobiographiques qu'elle lui a fournis jusque-là, et qu'il s'est fait mener en bateau. Elle commente : « Un grand poète chilien, Vicente Huidobro, a écrit : &#8243;Pourquoi chanter la rose, ô poète ? / Fais-la fleurir dans le poème.&#8243; De même, moi, plutôt que de me contenter d'écrire sur la fiction, je voulais inviter le lecteur à jouer le jeu de l'imagination. Je fais en sorte qu'à un moment, il se dise : &#8243;La vache ! Elle m'a menti !&#8243; Et, en effet, je dois reconnaître que je mens beaucoup - même si je le signale toujours d'une manière ou d'une autre. La Rosa Montero qui s'exprime, c'est un peu moi, et un peu pas moi. Mais ce n'est pas grave, parce que ce que dit le livre, justement, c'est que la vie imaginaire est aussi réelle que la vie réelle, et que, dans notre vie réelle, il y a beaucoup d'imaginaire. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/png/territoire.png' width='140' height='216' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(PNG)&quot; class='spip_document_760 spip_documents spip_documents_right' /&gt;A la fin du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Territoire des Barbares&lt;/i&gt; - qui raconte la fuite haletante d'une jeune femme rattrapée, un matin, par un passé qu'elle avait voulu oublier -, elle laisse également son lecteur dans l'incertitude sur plusieurs éléments de l'histoire. Et quand vous lui dites combien le résumé époustouflant qu'elle fait, dans ce roman, du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chevalier à la Rose&lt;/i&gt; de Chrétien de Troyes vous a donné envie de lire le texte original, elle vous apprend avec un sourire aimable qu'il n'y a pas de texte original, que Chrétien de Troyes n'a jamais écrit de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chevalier à la Rose&lt;/i&gt;, et que ce grand récit médiéval, elle l'a inventé de A à Z...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Le réel est le premier mensonge », écrit-elle. Et elle a des arguments : « Le XXe siècle a complètement détruit l'idée que la réalité était quelque chose de sûr et de stable, fait-elle remarquer. Il a commencé avec Einstein, qui a révélé qu'on ne pouvait même pas se fier à l'espace et au temps ; avec Freud, qui, en découvrant l'inconscient, nous a appris que même notre propre identité nous était en partie inconnue ; avec le physicien Niels Bohr, qui dit que la réalité nous échappe, qu'elle est altérée par la perception même que nous en avons... » Les écrivains et les lecteurs acharnés - les « lecteurs furieux », comme elle dit joliment dans son « horrible français » - lui semblent être ceux qui ont la vision la plus claire de cette difficulté à cerner une réalité objective : « Nous sommes de la même race : même si nous sommes sympathiques, si nous avons du succès, nous dissimulons tous un certain mal-être, une incapacité à nous intégrer à notre entourage. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/folle.jpg' width='140' height='210' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_753 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Si un jour un biographe inconscient veut s'attaquer à la vie de Rosa Montero, on lui souhaite bien du plaisir. Il semble quand même à peu près établi qu'entre cinq et neuf ans, elle a eu la tuberculose, ce qui l'a obligée à rester enfermée à la maison, et a marqué le début de sa boulimie de lecture et d'écriture. A dix-neuf ans, elle est devenue journaliste indépendante, avant de rejoindre en 1976, lors du rétablissement de la démocratie après la mort de Franco, l'équipe fondatrice du quotidien &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El País&lt;/i&gt;, dont elle est &lt;a href=&quot;http://www.elpais.com/todo-sobre/persona/Rosa/Montero/53/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;l'une des grandes signatures&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais sa conception pour le moins large de la réalité ne lui pose-t-elle pas problème dans son métier de journaliste, où l'on requiert en général une certaine rigueur ? « Je suis une journaliste très scrupuleuse, très méticuleuse, assure-t-elle. Mais je suis bien consciente que, dans ce cadre, j'en reste forcément à la surface des choses, à ce que j'appelle la &#8243;réalité notariale&#8243;. Le roman, lui, permet de parler de ces vérités si profondes qu'on ne peut pas les atteindre autrement qu'en passant par le mensonge littéraire, ou par le mythe. Par exemple, le souvenir d'enfance que je raconte dans l'un des chapitres de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Folle du logis&lt;/i&gt; est un mensonge intégral ; et pourtant, il m'a appris beaucoup plus de choses sur mon enfance que mes souvenirs réels... Je dis souvent que, en tant que journaliste, je parle de ce que je sais, et que, en tant que romancière, je parle de ce que je ne sais pas que je sais. C'est quelque chose qui vient du subconscient - du subconscient personnel, mais aussi du subconscient collectif. Si on descend très profondément dans son subconscient, on touche quelque chose de la mentalité de son époque. Parce que, au fond de nous-mêmes, nous sommes tous les mêmes. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/Roi.gif' width='140' height='219' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_754 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Illustrant ce rôle vital joué par les mythes, l'héroïne du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Territoire des Barbares&lt;/i&gt;, Zarza, trouve un écho salvateur à sa propre histoire dans la lecture du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chevalier à la Rose&lt;/i&gt; : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Territoire des Barbares&lt;/i&gt; raconte que la vie peut être un enfer, mais que, de l'enfer, on peut sortir. Il célèbre la capacité de survie de l'être humain. Seulement, à un moment, pendant que je l'écrivais, je me suis retrouvée bloquée : j'étais perdue en enfer, je ne voyais pas d'issue. Alors je l'ai abandonné, jusqu'à ce que le Moyen Age, cadre d'un autre roman en cours [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le Roi transparent&lt;/strong&gt;,&lt;/i&gt; paru en 2008 ; voir la &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/CHOLLET/15691&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;critique dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de mars 2008], s'y invite par surprise. Cette légende médiévale que j'ai inventée nous a donc permis à toutes les deux de nous en sortir, à mon héroïne et à moi... »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis huit ou neuf ans, le succès de ses livres lui a permis de réduire son activité de journaliste : elle est devenue une collaboratrice extérieure d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El País&lt;/i&gt;, y publiant surtout, désormais, des chroniques, de grands entretiens... Mais elle n'a jamais voulu abandonner complètement son travail salarié : « Vouloir vivre de sa plume me semble une grave erreur. Je suis persuadée que les livres sont des créatures dotées d'une volonté propre : ce sont eux qui nous choisissent, et non l'inverse. On écrit le livre qu'on a besoin d'écrire, celui qui pousse pour être écrit. Le roman doit être le territoire de la liberté. Et il y a déjà tellement de pressions exercées sur l'écrivain : celle du marché, celle de l'entourage, celle de sa propre vanité... Si, en plus de tout ça, on demande à ses romans de payer les traites de sa maison, la liberté est quasiment réduite à néant. Il me faut trois ou quatre ans pour écrire un livre : si j'avais besoin de l'argent, peut-être que je le publierais après un an et demi ! Je devrais aussi tenir compte des attentes des lecteurs, me demander s'il va leur plaire, parce que j'aurais besoin qu'il se vende... Alors, je crois qu'il faut trouver un moyen de gagner sa vie, et, par ailleurs, s'investir de tout son c&#339;ur dans l'écriture. Après tout, comme je le répète souvent, l'histoire de la littérature est pleine de romanciers qui ont écrit sur la table de la cuisine, entre quatre et sept heures du matin... »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;Propos recueillis par
&lt;br /&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Le fantôme de l'amiral Nelson sur la place Tahrir</title>
		<link>http://peripheries.net/article327.html</link>
		<dc:date>2011-02-05T00:46:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Altérité</dc:subject>
		<dc:subject>Rationalisme</dc:subject>

		<description>« Je déteste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-âgeux. On a besoin d'une meilleure éthique pour le 21 siècle. » Cette réflexion est passée, jeudi 3 février, sur le Twitter de Slim Amamou, le blogueur entré au nouveau gouvernement tunisien. Parmi les réponses qu'elle a suscitées, celle-ci : « Cher monsieur, ces martyrs sont ceux qui t'ont donné le poste de secrétaire d'Etat au ministère de la jeunesse et des sports. » &lt;br /&gt;« Je déteste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-âgeux. On a besoin d'une meilleure (...)


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;« Je déteste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-âgeux. On a besoin d'une meilleure éthique pour le 21 siècle. » Cette réflexion est passée, jeudi 3 février, sur le Twitter de Slim Amamou, le blogueur entré au nouveau gouvernement tunisien. Parmi les réponses qu'elle a suscitées, celle-ci : « Cher monsieur, ces martyrs sont ceux qui t'ont donné le poste de secrétaire d'Etat au ministère de la jeunesse et des sports. »&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Je déteste le mot martyr. Glorifier la mort c'est moyen-âgeux. On a besoin d'une meilleure éthique pour le 21 siècle. » Cette réflexion est passée, jeudi 3 février, sur le Twitter de &lt;a href=&quot;http://twitter.com/slim404&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Slim Amamou&lt;/a&gt;, le blogueur entré au nouveau gouvernement tunisien. Parmi les réponses qu'elle a suscitées, celle-ci : « Cher monsieur, ces martyrs sont ceux qui t'ont donné le poste de secrétaire d'Etat au ministère de la jeunesse et des sports. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le tweet d'Amamou ne fait que relayer un lieu commun que l'on rencontre fréquemment : la vie est le bien suprême, et seuls des fanatiques obéissant à une pulsion morbide peuvent vouloir la sacrifier - ou des idiots : qu'on pense à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mourir pour des idées&lt;/i&gt;, la chanson de Georges Brassens. L'affirmation, a priori évidente et consensuelle (vive la vie, à bas la mort), mérite pourtant un second examen. Car le mot « martyre » peut désigner des actes très différents. On l'entend surtout dans son sens le plus sinistre : des hommes et des femmes endoctrinés se faisant sauter dans des attentats-suicides en entraînant des civils avec eux dans la mort. Mais les manifestants tunisiens et égyptiens l'ont également employé, ces dernières semaines, pour rendre hommage aux victimes de la répression dans leurs rangs. « Martyr », dans ce contexte, désigne donc des individus pacifiques qui, sans nourrir de fascination particulière pour la mort ou le sacrifice, assument le risque qu'implique le fait de descendre dans la rue, parce qu'ils placent plus haut que tout leur exigence de dignité et de liberté. Une telle attitude, à l'inverse de la première, ne mérite-t-elle pas le respect et l'admiration ? Même le geste délibérément autodestructeur de Mohammed Bouazizi, et de tous ceux qui l'ont imité, a de quoi impressionner, si terrifiant soit-il. Parfois, c'est justement l'amour de la vie qui peut amener, au nom de la haute idée que l'on s'en fait, à sacrifier sa propre existence. Ne pas voir cela, c'est vraiment n'avoir rien compris à l'humanité.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En France, l'adhésion à cette vision étroite est d'autant plus surprenante que le pays a ses martyrs, lui aussi. Sur les murs de Paris figurent de nombreuses plaques, à côté desquelles est souvent accroché un bouquet de fleurs, rappelant le nom d'un résistant tombé à cet endroit au cours des journées de la Libération. Et lorsque Nicolas Sarkozy a décrété, après son élection en 2007, que la lettre d'adieu de Guy Môquet, résistant communiste fusillé à l'âge de 17 ans, serait lue chaque année dans les lycées, la polémique qui s'en est suivie a porté sur la récupération politique ; mais personne, à ma connaissance, n'a eu l'idée de remettre en cause le choix du jeune homme de s'engager dans la résistance, ou de pointer du doigt ces communistes manipulateurs qui auraient profité de son immaturité pour l'endoctriner et l'envoyer à la mort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Héroïsme chez nous, fanatisme chez les autres ? Indéniablement, le facteur culturel compte dans la façon dont on perçoit la mise en jeu par un individu de sa propre vie. On sera d'autant plus enclin à parler de fanatisme que le pouvoir qui est contesté, haï, combattu (celui de Moubarak, celui d'Israël ou des Etats-Unis), apparaît à nos yeux comme « ami », respectable, voire comme une figure du Bien et de la civilisation. On refusera alors d'admettre que certaines populations ont des raisons éminemment concrètes et légitimes de voir en lui un agresseur, un oppresseur, un ennemi cruel et implacable ; on préférera les criminaliser ou les diaboliser pour cela.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A cette grille de lecture s'ajoute parfois la rhétorique hypocrite qui prétend se préoccuper du sort des opprimés, en formulant le souhait qu'ils restent au moins en vie, les pauvres. Dans un éditorial de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, au début de la seconde Intifada, Philippe Val disait ainsi que, contrairement aux pro-palestiniens, il « préférait les Palestiniens vivants que morts (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb4-1&quot; name=&quot;nh4-1&quot; id=&quot;nh4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Charlie Hebdo, 13 décembre 2000.' &gt;1&lt;/a&gt;) ». Derrière cet argument, il y a l'aveu implicite d'un mépris sidérant, comme si ces peuples étaient naturellement voués à se contenter d'une vie animale, réduite à sa dimension biologique. Ils sont des ombres vagues, des stéréotypes privés d'identité individuelle, d'histoire familiale et personnelle, de sentiments, d'aspirations. Alors, la dignité... Comme on l'avait &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article321.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;déjà relevé ici&lt;/a&gt;, une telle revendication de leur part apparaît comme un caprice extravagant que l'on attribuera à une virilité un rien rugueuse. Personne ne semble réellement prendre la mesure de ce que signifie un quotidien fait d'humiliations, d'arbitraire, de brimades, de brutalités. La dignité, c'est une denrée de luxe, à laquelle les pouilleux ne devraient pas avoir l'outrecuidance de prétendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/dewitte.gif' width='160' height='262' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_749 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Mais il y a peut-être encore une autre raison, plus profonde, qui explique la désapprobation entourant une témérité excessive. Dans un livre captivant, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707164469&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La manifestation de soi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, publié au printemps dernier dans la Bibliothèque du Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (Mauss) à la Découverte, Jacques Dewitte réfute l'idée communément admise selon laquelle les actions humaines seraient motivées avant tout par le souci de l'autoconservation - celle de l'individu comme celle de l'espèce. Pour sa démonstration, il prend des exemples dans de nombreux domaines, et notamment dans le domaine militaire. Il s'appuie pour cela sur un manuscrit inachevé de l'écrivain Herman Melville, retrouvé à sa mort en 1891, et qui comporte une longue digression sur le comportement de l'amiral Nelson au cours de la bataille de Trafalgar, en 1805. L'amiral était monté sur le pont de son navire, vêtu de son uniforme d'apparat, arborant toutes ses décorations de guerre, et avait été mortellement touché par une balle ennemie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Melville constatait qu'au moment où il écrivait - autour de 1890 -, la façon dont était perçue l'attitude pleine de panache de l'amiral avait évolué : ceux qu'il appelait les « utilitaristes martiaux » multipliaient désormais les arguties désapprobatrices, jugeant irresponsable, de la part de ce meneur d'hommes, de ne pas avoir davantage veillé à sa propre sécurité. Si Nelson était resté en vie, faisaient-ils valoir, il aurait pu diriger le navire pendant la tempête qui avait suivi la bataille, et peut-être ainsi épargner la vie de certains des marins qui y avaient péri - une hypothèse pourtant hasardeuse. Ce que Melville avait compris, écrit Jacques Dewitte, c'est la « rupture anthropologique » qui s'est produite au cours du XIXe siècle : à partir de ce moment, la seule valeur admissible devient « l'idéal d'une survie pour la survie ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dewitte se dit en désaccord avec Melville sur un point : l'auteur de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moby Dick&lt;/i&gt;, observe-t-il, attribue à Nelson une volonté délibérée de sacrifice. En cela, il « effectue un déplacement imperceptible et même une confusion entre le fait de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;s'exposer&lt;/i&gt; et celui de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;s'offrir&lt;/i&gt; à la mort ». Il explique : « Certes, en s'exposant comme il l'a fait sur le pont du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Victory&lt;/i&gt; en tenue d'apparat, Nelson s'est exposé à un grand péril ; il a risqué sciemment d'être pris sous le feu de l'ennemi, il a mis sa vie en jeu. Ceci implique donc qu'il a &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;assumé le risque de sa propre mort&lt;/i&gt;, mais je ne crois pas que l'on puisse dire, pour autant, qu'il ait délibérément &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;recherché la mort&lt;/i&gt;. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il note au passage le double sens du verbe &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;s'exposer&lt;/i&gt;, qui, ici, signifie à la fois « manifester son être avec éclat » et « se risquer à découvert ». On aurait tort, prévient-il, de ne voir dans cette « exposition » qu'un signe de vanité, ou une intrépidité gratuite, inconsidérée : « En paraissant tel ou tel, en se montrant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;comme&lt;/i&gt; ceci ou cela, on le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;devient&lt;/i&gt; aussi quelque peu. A supposer qu'existe un &#8220;être&#8221; qui puisse être isolé et envisagé pour lui-même, c'est-à-dire séparé de tout &#8220;paraître&#8221; impur (hypothèse purement spéculative), il faut bien admettre que l'on n'&#8220;est&#8221; plus exactement le même selon l'image de soi que l'on donne - que l'on adresse aux autres, et, tout autant, à soi-même. »&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/trafalgar.jpg' width='450' height='330' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_750 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien qu'une prise de risque comme celle du héros de Trafalgar, depuis le changement de paradigme qu'il a relevé, soit disqualifiée et réprouvée socialement, Dewitte remarque que de tels actes de bravoure continuent, malgré tout, à nous faire vibrer. Et il s'interroge : « Cette émotion ne serait-elle pas l'indice de la présence toujours vive en nous, même si elle a été globalement mise en veilleuse, d'une attitude universellement humaine, existant dans toutes les sociétés ? »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les sentiments de méfiance et d'admiration mêlées que nous inspirent les révolutionnaires tunisiens et égyptiens, c'est peut-être bien cette ambivalence que l'on retrouve. Eux aussi se sont « exposés », au double sens du terme, en faisant éclater aux yeux du monde entier leur courage et leur dignité - on pense notamment à cette scène saisissante de manifestants égyptiens priant, imperturbables, sous le jet d'un canon à eau -, mais aussi leur soif de justice et de liberté, ou encore leur humour. Un correspondant d'Al-Jazeera English sur la place Tahrir au Caire se disait frappé, dans l'après-midi du 4 février, par l'extraordinaire libération de la parole à laquelle il assistait ; il regrettait d'ailleurs que la traduction en anglais soit impuissante à rendre la richesse de la langue de ses interlocuteurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qu'ils ont réussi à faire, au moins en partie, au moins pour un temps, c'est à renverser le paradigme de la « survie pour la survie », à nous remettre en mémoire cette dimension supérieure sans laquelle il n'y a pas de vie digne de ce nom, et même à nous l'imposer comme une évidence. Recevant Dominique de Villepin dans la matinale de France Inter, le 3 février, Patrick Cohen lui demandait d'un ton comminatoire s'il avait approuvé la phrase de Jacques Chirac, prononcée à Tunis en 2003 - alors que Villepin était ministre des affaires étrangères : « Le premier des droits de l'homme, c'est de manger. » &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin&lt;/i&gt;, cette phrase est devenue scandaleuse... Au cours des dernières semaines, on a aussi vu changer de sens la notion de « miracle tunisien » : soudain, elle ne désigne plus la vitrine de réussite économique derrière laquelle s'abritait la dictature, mais l'irruption du peuple tunisien sur la scène de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'agissant du monde arabe, on ne peut s'empêcher de constater pour finir que le lieu commun de la « survie pour la survie » cohabite assez bien avec un autre, tout aussi répandu, alors qu'il paraît pour le moins contradictoire : celui qui veut que l'islamisme représente un danger assez grand pour que l'on justifie la répression la plus sanglante - voire pour qu'on l'appelle de ses v&#339;ux -, si elle permet de contenir son influence. Ainsi, dans le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Guide du Routard 2010&lt;/i&gt; consacré à la Jordanie et à la Syrie, on lit, à propos de la ville syrienne de Hama, bastion religieux dont un tiers fut détruit en 1982 après une tentative de coup d'Etat des Frères musulmans contre Hafez El-Assad : « Un déluge de fer et de feu s'abattit sur la ville et fit de 20 000 à 30 000 morts. Hama fut isolée du pays durant un mois. &#8220;Le problème intégriste fut alors radicalement réglé&#8221;, avouent pas mal de gens aujourd'hui, et, à la limite, on a évité une situation à l'algérienne ! La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si l'on a définitivement écarté la menace ou si on l'a seulement repoussée... »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La révolte contre les dictatures de Ben Ali et de Moubarak a fait vaciller ces monstrueuses évidences, en rendant patent le prix exorbitant que le spectre islamiste fait payer aux populations. Là encore, il est difficile de savoir si cet ébranlement des certitudes sera durable. Mais au moins, l'épopée tunisienne aura obligé chacun à clarifier ses positions, comme en a témoigné ce dialogue entre deux éditorialistes français, Christophe Barbier et Jean-Michel Aphatie, le 14 janvier sur Canal +. Ben Ali venait de tomber, mais les deux hommes l'ignoraient, l'émission ayant été enregistrée (lire Julien Salingue et Ugo Palheta, « &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article3518.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Tunisie : mots et maux de l'information en continu&lt;/a&gt; », Acrimed, 17 janvier 2011) :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« - Christophe Barbier : « Tout faire pour que l'islamisme n'arrive pas au pouvoir dans ces pays-là, c'est pas rendre service à nous, c'est rendre service à nous, et à eux, et aux peuples concernés... Tout plutôt que de les voir tomber dans ce qu'est devenu l'Iran ou l'Afghanistan. »
&lt;br /&gt;&#8212; Jean-Michel Aphatie : « Dans votre tout, il y a des choses horribles. Dans votre tout, il y a des choses horribles, Christophe. Il faut que vous vous débrouilliez avec des choses horribles. »
&lt;br /&gt;&#8212; Christophe Barbier : « Y a la raison d'Etat et y a du cynisme, je suis d'accord, mais j'assume cette phrase : &#8220;Plutôt Ben Ali que les barbus&#8221;. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De quoi nous remettre en mémoire cet adage décidément très vrai : « Pire que le loup : la peur du loup ».&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci à &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Thomas Deltombe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh4-1&quot; name=&quot;nb4-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, 13 décembre 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Et vous, quel travail feriez-vous si votre revenu était assuré ?</title>
		<link>http://peripheries.net/article326.html</link>
		<dc:date>2010-12-06T17:20:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet et Thomas Lemahieu</dc:creator>

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		<dc:subject>Paradis</dc:subject>
		<dc:subject>Travail / Chômage</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>En décembre 2008, usant d'un droit accordé à tout citoyen allemand, Susanne Wiest lançait une pétition en ligne demandant au Bundestag de se pencher sur la question du revenu minimum garanti. Il lui fallait 50 000 signatures ; elle en a obtenu 120 000. Son audition par les députés s'est déroulée le 8 novembre dernier. Travaillant comme maman de jour, et peinant à joindre les deux bouts, elle-même a été ralliée à l'idée par sa rencontre avec Enno Schmidt et Daniel Häni, auteurs d'un film intitulé Le revenu de base - Une (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique7.html" rel="category"&gt;Incursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot30.html" rel="tag"&gt;Paradis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot8.html" rel="tag"&gt;Travail / Chômage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot21.html" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot27.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton326.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;250&quot; height=&quot;167&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;En décembre 2008, usant d'un droit accordé à tout citoyen allemand, Susanne Wiest lançait une pétition en ligne demandant au Bundestag de se pencher sur la question du &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;revenu minimum garanti&lt;/strong&gt;. Il lui fallait 50 000 signatures ; elle en a obtenu 120 000. Son audition par les députés s'est déroulée le 8 novembre dernier. Travaillant comme maman de jour, et peinant à joindre les deux bouts, elle-même a été ralliée à l'idée par sa rencontre avec Enno Schmidt et Daniel Häni, auteurs d'un film intitulé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le revenu de base - Une impulsion culturelle&lt;/i&gt;, qui, après avoir connu un succès fulgurant sur l'Internet germanophone, vient d'être traduit en français. Si le thème a été popularisé en Allemagne et en Suisse, ce n'est pas le cas en France. Dommage, car le revenu de base, pochette surprise plutôt que modèle de société clés en main, ouvre des perspectives passionnantes : il imbrique étroitement aspirations personnelles et collectives, et bouleverse nos idées sur le travail.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/3couronnes.jpg' width='450' height='300' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_737 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;small&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Susanne Wiest&lt;/strong&gt;, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Enno Schmidt&lt;/strong&gt; et &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Daniel Häni&lt;/strong&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Après avoir vécu douze ans dans une roulotte de cirque, pour être libre et pour économiser un loyer, Susanne Wiest s'est installée à Greifswald, dans le nord de l'Allemagne. Elle travaille comme maman de jour, sans gagner suffisamment pour joindre les deux bouts : elle doit accepter l'aide de ses parents. Une réforme fiscale, qui l'appauvrit en intégrant les allocations de ses enfants à son revenu imposable, augmente encore son exaspération et son sentiment d'absurdité. Et puis, un jour, elle tombe sur une carte postale. Une carte postale dorée, avec, en lettres blanches, cette simple question : « Quel travail feriez-vous si votre revenu était assuré ? »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Derrière la carte - et la question -, il y a Enno Schmidt, un artiste allemand établi en Suisse alémanique, et Daniel Häni, qui dirige à Bâle &lt;a href=&quot;http://www.mitte.ch/unternehmen/?PHPSESSID=7218118b2adde234762d2d4ce47b1186&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Unternehmen Mitte&lt;/a&gt;, une ancienne banque reconvertie en centre social et culturel (une exception notable à la règle qui veut que seules les usines désaffectées connaissent ce destin). Ils militent pour un revenu inconditionnel qui serait versé à chaque citoyen afin de lui permettre d'assurer sa subsistance - lui laissant donc le choix d'occuper ou non, en plus, un emploi rémunéré. L'idée séduit Susanne Wiest, qui joint ses forces à celles des deux hommes, multipliant avec eux débats, tribunes et happenings.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/wiestbundestag.jpg' width='450' height='258' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_747 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;small&gt;L'&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;audition&lt;/strong&gt; de Susanne Wiest au &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bundestag&lt;/strong&gt;, le 8 novembre 2010&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En décembre 2008, usant d'un droit accordé depuis 2005 à tout citoyen allemand, elle lance une pétition en ligne demandant au Bundestag de se pencher sur la question du revenu de base. Pour que les parlementaires accèdent à une telle demande, 50 000 signatures sont requises ; la pétition en recueille 120 000. Ce succès inattendu entraîne celui du film réalisé par Häni et Schmidt, et diffusé sur Internet : &lt;a href=&quot;http://www.kultkino.ch/kultkino/besonderes/grundeinkommen&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Grundeinkommen - Ein Kulturimpuls&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (« Le revenu de base - Une impulsion culturelle », film adossé à un &lt;a href=&quot;http://www.initiative-grundeinkommen.ch/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;site&lt;/a&gt;) : entre sa mise en ligne et le mois de novembre 2010, il a été téléchargé 350 000 fois, l'essentiel des connexions venant d'Allemagne. L'&lt;a href=&quot;http://grundeinkommen-news.blogspot.com/2010/11/sternstunde-in-berlin.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;audition de Susanne Wiest au Bundestag&lt;/a&gt; a eu lieu le 8 novembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre-temps, Enno Schmidt et Daniel Häni ont reçu un renfort supplémentaire : celui de Marie-Paule Perrin et Oliver Seeger, un couple franco-suisse qui, après avoir longtemps vécu dans le sud de la France, s'est installé près de Zurich. Anciens de Longo Maï, une coopérative agricole communautaire établie après 1968 dans les Alpes de Haute-Provence, ils sont aux prises, comme tous ceux qui gardent le c&#339;ur à gauche, avec le déclin des idéologies progressistes. Le film les frappe au point qu'ils décident d'en produire une &lt;a href=&quot;http://le-revenu-de-base.blogspot.com/2010/10/film-launch-of-le-revenu-de-base.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;version française&lt;/a&gt;, disponible en ligne depuis octobre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;amp;id_article=18&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/non-motivation.jpg' width='175' height='250' style='float: right; border-width: 0px; width:175px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_743 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;L'Allemagne nous avait déjà offert le « &lt;a href=&quot;http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article402&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Manifeste des chômeurs heureux&lt;/a&gt; », traduit en français en 2004 par le mensuel de critique sociale marseillais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;CQFD&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-1&quot; name=&quot;nh5-1&quot; id=&quot;nh5-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Voir aussi l'entretien avec leur meneur, le Français Guillaume (...)' &gt;1&lt;/a&gt;). Au niveau mondial, le revenu garanti est promu par le réseau Basic Income Earth Network (&lt;a href=&quot;http://www.basicincome.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;BIEN&lt;/a&gt;). En France aussi, l'idée fait son chemin (voir l'&lt;a href=&quot;http://appelpourlerevenudevie.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;appel pour le revenu de vie&lt;/a&gt;, lancé en mai 2009). C'est sans doute le philosophe André Gorz, disparu en 2007, qui a le plus contribué à l'étayer et à la diffuser. En 2000, ici même (voir « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article158.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Feignants et bons à rien&lt;/a&gt; »), on s'était fait l'écho des revendications du Collectif d'agitation pour un revenu garanti optimal (CARGO), fondé au sein d'Agir ensemble contre le chômage (AC !) et auteur d'un CD à l'insolence rafraîchissante (« Monsieur Jospin, est-ce qu'il ne resterait pas un chouïa de société d'assistanat pour moi ? » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-2&quot; name=&quot;nh5-2&quot; id=&quot;nh5-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Quelques sons rescapés à écouter ici, d'autres archives (...)' &gt;2&lt;/a&gt;), dans une veine reprise depuis par Julien Prévieux avec ses hilarantes &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;amp;id_article=18&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres de non-motivation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Contrairement à ce qu'on pourrait croire,
&lt;br /&gt;la &#8220;valeur travail&#8221; est bien plus ancrée en France
&lt;br /&gt;qu'en Allemagne ou en Suisse »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant, il faut bien constater que l'hypothèse du revenu de base rencontre un écho bien moins large en France qu'en Allemagne ou en Suisse. « Contrairement aux clichés qui prétendent que les peuples germaniques disciplinés ont la religion du travail, tandis que les Français latins sont d'indécrottables paresseux réputés dans le monde entier pour faire grève pour un oui ou pour un non, on se rend compte que la &#8220;valeur travail&#8221; est bien plus ancrée en France, observe Marie-Paule Perrin. La gauche radicale y est plus idéologique qu'ailleurs, et elle reste largement ouvriériste. Dans les pays nordiques, les gens sont plus pragmatiques, plus ouverts, et ils ont davantage l'habitude d'examiner les choses par eux-mêmes, sans se préoccuper de ce qu'en dit tel ou tel grand penseur. Et, après tout, pourquoi devrions-nous rester prisonniers des théories politiques dont nous avons hérité, si nous estimons qu'elles ne sont plus adaptées à la situation dans laquelle nous sommes ? »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/utopia-revenu.jpg' width='160' height='234' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_745 spip_documents spip_documents_right' /&gt;En France, le &lt;a href=&quot;http://www.mouvementutopia.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;mouvement Utopia&lt;/a&gt;, transversal au Parti socialiste, aux Verts et au Parti de gauche, qui porte la revendication du revenu garanti, a édité cette année un petit livre de synthèse sur le sujet : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un revenu pour tous - Précis d'utopie réaliste&lt;/i&gt;. L'auteur, Baptiste Mylondo (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-3&quot; name=&quot;nh5-3&quot; id=&quot;nh5-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) 29/12/2010 : Baptise Mylondo est également l'auteur d'un (...)' &gt;3&lt;/a&gt;)invite d'abord à se méfier des contrefaçons. Dans le sillage de Milton Friedman, en effet, certains libéraux se prononcent pour le versement à chacun d'un « misérable subside » qui ne permettrait pas de vivre, mais fonctionnerait plutôt comme une subvention déguisée aux entreprises : celles-ci disposeraient d'une réserve de main-d'&#339;uvre qu'elles pourraient embaucher à vil prix, tandis que le démantèlement des droits sociaux se poursuivrait de plus belle. Mylondo définit dix critères indispensables pour permettre au revenu garanti de jouer son rôle libérateur. Les voici, histoire de savoir tout de suite de quoi l'on parle :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Revenu en espèces (et non en nature)
&lt;br /&gt;2. Versé à chaque citoyen
&lt;br /&gt;3. Versé sans condition (de ressources, d'activité, d'inactivité, etc.)
&lt;br /&gt;4. Versé sans contrepartie (recherche d'emploi, travail d'intérêt général, etc.)
&lt;br /&gt;5. Cumulable avec d'autres revenus
&lt;br /&gt;6. Versé à titre individuel (et non à l'ensemble du foyer)
&lt;br /&gt;7. Versé tout au long de la vie
&lt;br /&gt;8. Montant forfaitaire (avec toutefois une distinction entre personnes majeures et mineures)
&lt;br /&gt;9. Montant suffisant (permettant de se passer d'emploi)
&lt;br /&gt;10. Versement mensuel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au premier abord, l'idée paraît extravagante, irréaliste, tant chacun reste persuadé de devoir produire la richesse qu'il consomme - une croyance pourtant totalement irrationnelle. Loin d'être une vue de l'esprit, le revenu de base constitue plutôt une utopie « déjà là », en filigrane dans la réalité présente. Le film de Daniel Häni et Enno Schmidt souligne qu'en Allemagne, aujourd'hui, seul 41% de la population tire son revenu de son emploi : tous les autres vivent de revenus dits « de transfert ». « Il faut savoir exploiter les brèches qui s'ouvrent dans la logique du système pour les élargir », écrivait André Gorz, qui citait en exemples « le revenu parental d'éducation (un an avec 80% du salaire pour chaque enfant en Suède, le partage de cette année entre la mère et le père étant sur le point d'être exigé) et, d'autre part, la forme du droit au congé formation (un an au Danemark) (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-4&quot; name=&quot;nh5-4&quot; id=&quot;nh5-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(4) « Richesse, travail et revenu garanti », sur le site d'AC (...)' &gt;4&lt;/a&gt;) ». De même, la récente contestation du projet Fillon de réforme des retraites a été l'occasion pour le sociologue Bernard Friot de prôner, à partir de la logique de la retraite par répartition, une forme de revenu garanti ; son raisonnement a suscité beaucoup d'intérêt, en particulier lors de son passage chez Daniel Mermet dans « &lt;a href=&quot;http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1979&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Là-bas si j'y suis&lt;/a&gt; », sur France Inter (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-5&quot; name=&quot;nh5-5&quot; id=&quot;nh5-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(5) Voir aussi Bernard Friot, « Retraites, un trésor impensé », Le Monde (...)' &gt;5&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il peut toutefois sembler délirant de disserter sur le revenu de base alors que, depuis trente ans, dans les pays occidentaux, la tendance consiste à refermer les brèches bien plus qu'à les élargir. La même idéologie punitive, dissimulant l'exploitation et la domination la plus crue sous les traits d'un moralisme archaïque, sévit partout. Les gouvernements de tous bords ont renforcé les conditionnalités de l'aide sociale et adopté des politiques dites d'« activation », visant à « remettre au travail » des chômeurs présentés comme de dangereux parasites (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-6&quot; name=&quot;nh5-6&quot; id=&quot;nh5-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(6) Lire Anne Daguerre, « Emplois forcés pour les bénéficiaires de l'aide (...)' &gt;6&lt;/a&gt;). Du droit, on est passé à l'aumône. Sous le gouvernement de Gerhard Schröder, l'Allemagne a adopté la réforme Hartz, qui a réduit le montant et la durée des allocations chômage tout en renforçant le contrôle et la culpabilisation de leurs bénéficiaires. En France, le face-à-face orchestré par l'Etat entre les agents de Pôle Emploi et les chômeurs, deux populations qu'il amène à se maltraiter mutuellement, illustre assez bien le cauchemar que représente, comme l'avait prédit Hannah Arendt, une « société du travail sans travail ». Et encore : tout cela, avant que la crise ne déferle et que le fléau de l'austérité, avec ses coupes sauvages dans les finances publiques, ne s'abatte sur les Etats...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Notre problème n'est pas
&lt;br /&gt;que l'on consacre trop d'argent au social,
&lt;br /&gt;mais que nos politiques de l'emploi
&lt;br /&gt;sont vouées à l'échec »&lt;/h3&gt;
&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/mppos.jpg' width='450' height='338' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_742 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;small&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Marie-Paule Perrin&lt;/strong&gt; et &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Oliver Seeger&lt;/strong&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si on croyait impressionner Marie-Paule Perrin par ce tableau apocalyptique, c'est raté. Il ne lui tire guère plus qu'un haussement d'épaules. « Cela ne change rien au fait que les emplois qui ont été détruits, ou qui sont partis dans les pays du Sud, ne reviendront pas, réplique-t-elle. La solution, ce n'est pas de rogner sur les budgets sociaux : c'est de donner de l'air. C'est de libérer les énergies, les idées, de démocratiser la capacité de réflexion et d'action, au lieu de s'en remettre à des &#8220;élites&#8221; dépassées. Notre problème n'est pas que l'on consacre trop d'argent au social, mais que nos politiques de l'emploi sont vouées à l'échec. Et puis, si les gens ont compris une chose avec la crise, c'est bien que de l'argent, il y en a... »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oliver Seeger abonde : « En réalité, le plein-emploi n'a jamais existé ! Nous courons après une chimère depuis des décennies. S'en débarrasser enfin serait d'autant plus bénéfique que c'est aussi lui qu'on invoque pour justifier la recherche de la croissance, alors même qu'une croissance éternelle, on le sait, n'est ni possible, ni souhaitable. » En somme, il faut, comme le dit dans le film Peter Ulrich, de l'université de Saint-Gall, « prendre acte du fait que le marché du travail ne pourra plus assurer l'intégration sociale de toute la population ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le « droit au travail »,
&lt;br /&gt;un non-sens :
&lt;br /&gt;« Il n'existe pas de droit à être obligé
&lt;br /&gt;de faire quelque chose »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En France, la révolte contre la réforme des retraites, cet automne, a d'ailleurs mis en lumière avec une force inédite la perte de sens et la souffrance qui sont le lot des salariés aujourd'hui : dans ce qu'exprimaient grévistes et manifestants, les deux années supplémentaires imposées pour la retraite à taux plein n'étaient que la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. « Alors que les nouvelles technologies informatiques sont censées alléger les peines physiques, que plus des deux tiers des salariés appartiennent au secteur tertiaire et que la durée légale du travail n'est que de trente-cinq heures, voilà qu'apparaît une image lugubre de l'activité professionnelle, associée à la mort ou à la privation de vie », écrit la sociologue Danièle Linhart (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-7&quot; name=&quot;nh5-7&quot; id=&quot;nh5-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(7) « Métro, boulot, tombeau », Le Monde diplomatique, novembre (...)' &gt;7&lt;/a&gt;). De quoi retenir l'attention d'Oliver Seeger, qui, comme Paul Lafargue dans son célèbre &lt;a href=&quot;http://sami.is.free.fr/Oeuvres/lafargue_droit_paresse.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Droit à la paresse&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, n'est jamais parvenu à comprendre que le prolétariat « manifeste pour réclamer le droit de se faire exploiter ». Dans le film, on entend ces mots frappants au sujet du « droit au travail » : « Il n'existe pas de droit à être obligé de faire quelque chose, de même qu'il n'existe pas de droit à être acheté. Le droit au travail ne peut être que le droit à exercer une activité choisie, que personne ne peut nous acheter ou nous enlever. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Souvent stérile, quand il n'est pas nuisible, rendu infernal par les inépuisables ressources de perversité du management, l'emploi salarié contraint est peut-être bien devenu un cadre intenable pour l'activité humaine. « Il faut rompre avec les vieux schémas de pensée, en finir avec l'idée fausse que seul le travail rémunéré constitue une contribution méritoire à la société. En réalité, c'est souvent exactement l'inverse », lance dans le film la députée allemande Katja Kipping (Die Linke).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Renoncer à l'horizon illusoire du plein-emploi, ce serait aussi supprimer tous les dispositifs d'un coût exorbitant mis au service de cet objectif, comme les subventions englouties dans l'aide aux entreprises, et censées les inciter à embaucher - en pure perte. La question du mode de financement du revenu de base n'en serait que plus facile à résoudre. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Encore plus&lt;/i&gt; facile, faudrait-il dire : on trouve chez ses partisans de nombreuses propositions concurrentes, des conceptions différentes des impôts ou des transferts sociaux qu'il faudrait créer, conserver ou supprimer, et toutes - certaines étant combinables entre elles - ont leur pertinence. Daniel Häni et Enno Schmidt plaident pour une suppression de tous les impôts à l'exception de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), dont le caractère inégalitaire serait annulé, comme leur film l'explique très bien, par l'instauration même du revenu de base. Cette solution n'a cependant pas les faveurs de Baptiste Mylondo, plus intéressé, dans le contexte français, par une hausse de la cotisation sociale généralisée (CSG). BIEN-Suisse vient de publier un livre faisant le point sur les différentes thèses circulant dans le pays quant aux modes de financement (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-8&quot; name=&quot;nh5-8&quot; id=&quot;nh5-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(8) Lire, dans Le Courrier du 9 novembre 2010, « Un revenu de base pour (...)' &gt;8&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Penser qu'au-delà de la grille,
&lt;br /&gt;il n'y aurait que vacances et loisirs,
&lt;br /&gt;c'est le point de vue de la dépendance »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N'est-il pas vertigineux de réaliser que l'aspect comptable du revenu de base ne pose aucune difficulté ? On touche alors du doigt à la fois la puissance et la fragilité des croyances, des représentations sur lesquelles repose le système dans lequel nous vivons. Le débat à mener n'est donc pas prioritairement d'ordre financier : il est avant tout culturel. Il suffit en effet d'évoquer le revenu garanti pour qu'aussitôt surgissent dans l'esprit de vos interlocuteurs des visions bachiques d'une société livrée au chaos et à l'anarchie. Un sondage mentionné dans le film pointe l'ironie de cette réaction : parmi les personnes interrogées, 60% disent qu'elles ne changeraient rien à leur mode de vie si elles touchaient le revenu de base ; 30% travailleraient moins, ou feraient autre chose ; et 10% répondent : « D'abord dormir, ensuite on verra. » En revanche, 80% se disent persuadées que les autres n'en foutront plus une rame... « Jusqu'ici, personne n'a encore dit : &#8220;Je me mets en jogging, je m'installe sur le canapé et j'ouvre une canette&#8221; », constate Oliver Seeger, qui serait presque déçu. Le film le fait remarquer très justement : « Se libérer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;du&lt;/i&gt; travail signifie aussi se libérer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pour&lt;/i&gt; le travail. Penser qu'au-delà de la grille, il n'y aurait que vacances et loisirs, c'est le point de vue de la dépendance. » Les expériences qui ont déjà été tentées ici et là montrent d'ailleurs une réalité beaucoup plus sage que ces fantasmes débridés.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/BIG-Nanibie-A.jpg' width='250' height='154' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_738 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;« Il est plausible d'imaginer que dans les pays riches, le revenu de base aboutisse à une forme de décroissance, tandis que ce serait l'inverse dans les pays pauvres. » C'est en tout cas ce qui s'est produit à Otjivero, le village de Namibie où a été instauré pour deux ans, début 2008, un revenu garanti de 100 dollars namibiens par mois pour tous les habitants de moins de 60 ans, « à l'initiative d'un pasteur qui n'en pouvait plus du développement », résume Oliver Seeger (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-9&quot; name=&quot;nh5-9&quot; id=&quot;nh5-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(9) Le rapport détaillé sur ce projet pilote au niveau mondial est consultable (...)' &gt;9&lt;/a&gt;). « Contrairement aux microcrédits et à beaucoup de programmes d'aide au développement classiques, le revenu minimum a un impact non seulement sur la production, mais aussi sur la demande, expliquait le chercheur Herbert Jauch, membre de la Basic Income Grant Coalition (BIG) de Namibie, à la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt;. En Afrique, le pouvoir d'achat se concentre en général dans quelques centres, ce qui force les gens à quitter les campagnes pour les villes, où les bidonvilles finissent par s'étendre. Le revenu minimum garanti permet à des régions rurales de se développer, il crée des marchés locaux et permet aux gens d'être autosuffisants (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-10&quot; name=&quot;nh5-10&quot; id=&quot;nh5-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(10) « Namibie : les miracles du revenu garanti », Courrier international, (...)' &gt;10&lt;/a&gt;). »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nicolas Baverez :
&lt;br /&gt;« Autant la réduction du temps de travail
&lt;br /&gt;est appréciable pour aller dans le Lubéron,
&lt;br /&gt;autant, pour les couches les plus modestes,
&lt;br /&gt;le temps libre, c'est l'alcoolisme,
&lt;br /&gt;le développement de la violence,
&lt;br /&gt;la délinquance »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les sociétés occidentales doivent aller vers la décroissance, il estime que le revenu de base en serait le meilleur moyen : « Il pourrait enclencher une évolution des mentalités. La décroissance implique un changement de valeurs ; or un changement de valeurs ne se décrète pas ! Aujourd'hui, une large part de la consommation tient au fait que l'on compense les frustrations engendrées par l'obligation d'avoir un emploi souvent peu épanouissant en tant que tel. » En somme, cette consommation « de dédommagement » pourrait disparaître d'elle-même si les gens n'étaient plus dépossédés de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article320.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;leur bien le plus précieux : leur temps&lt;/a&gt;. « Sinon, glisse Marie-Paule Perrin, on en est réduit à prôner la décroissance en leur donnant mauvaise conscience. Et ça, c'est insupportable. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En allemand, Häni et Schmidt ont cette formule : « Freiheit statt Freizeit » - « la liberté au lieu du temps libre ». Et c'est bien cela qui fait peur : la liberté. Marie-Paule Perrin se rappelle avoir entendu parler pour la première fois du revenu garanti autour de 1997, avant le vote de la loi Aubry sur les 35 heures, en France : « On se demandait ce que les gens allaient faire du temps que la loi allait libérer, on réfléchissait au partage entre travail et loisirs, et, de fil en aiguille, au sens de la vie. Beaucoup ressortaient &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Droit à la paresse.&lt;/i&gt; » A droite, la psychose des 35 heures était en marche. En 2003, l'essayiste libéral Nicolas Baverez estimait sans complexes que, autant la réduction du temps de travail est « appréciable pour aller dans le Lubéron, autant, pour les couches les plus modestes, le temps libre, c'est l'alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-11&quot; name=&quot;nh5-11&quot; id=&quot;nh5-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(11) Voir « Les 35 heures ? Violence conjugale et alcoolisme ! », Acrimed, (...)' &gt;11&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une utopie élitiste ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A gauche aussi, cette peur existe. Un reproche récurrent adressé au revenu de base le qualifie d'utopie élitiste, imaginée par des bobos et des intellos ne tenant pas compte du fait que certaines classes sociales seraient moins bien armées pour faire face à cette liberté nouvelle. « Moi, c'est cette objection qui me semble extraordinairement élitiste, au contraire », assène Oliver Seeger. Il invoque l'exemple de la lutte des ouvriers de Lucas Aerospace, qui, dans les années 1970, au Royaume-Uni, avaient élaboré, au terme de deux ans de réflexion collective, un Plan alternatif pour leur entreprise. « Refusant la logique des licenciements au nom de la prétendue rentabilité de la production, le Plan évoque la nécessité de s'appuyer sur d'autres besoins que ceux du capitalisme, écrit à ce sujet le site &lt;a href=&quot;http://www.solidarites.ch/geneve/index.php/ecosocialisme/83-ecologie/237-reconversion-industrielle-lexemple-de-lucas-aerospace&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Solidarités.ch&lt;/a&gt;. Dans le combat pour déterminer à quoi doit être utilisée la force de travail, les travailleurs développent une première expérience d'un réel contrôle ouvrier. Ils ne se contentent pas en effet de gérer la structure capitaliste. Ils veulent travailler et utiliser les forces productives existantes pour répondre aux réels besoins de la société et pour &#339;uvrer de telle sorte que le travailleur puisse développer toute sa capacité productive. » Et les idées ne manquaient pas : technologies permettant des économies d'énergie ou recourant à l'éolien et au solaire, matériel hospitalier, appareils de dialyse portatifs ou véhicules pour handicapés... On pourrait ajouter à cet exemple celui, plus général, de la &lt;a href=&quot;http://www.vacarme.org/article1854.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;perruque&lt;/a&gt;, pratique par laquelle un ouvrier détourne une machine pour son propre usage.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/carte.jpg' width='450' height='320' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_739 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A Longo Maï, se souvient Oliver Seeger, il y avait toujours ce présupposé selon lequel nous étions une avant-garde révolutionnaire, une petite élite qui se préparait pour le jour J - on ne l'exprimait peut-être pas de façon aussi caricaturale, mais on n'en pensait pas moins. Aujourd'hui, c'est justement cela qui me séduit dans le revenu de base : la perspective de laisser les gens libres, pour une fois. De ne pas penser à leur place, de ne pas leur prémâcher une idéologie qu'ils seraient condamnés à suivre - puisqu'elle ne viendrait pas d'eux. Là, tout part de l'individu, de sa réflexion personnelle. » Comme le dit dans le film Wolf Lotter, journaliste économique à Hambourg : « Le grand défi, c'est que chacun doit réapprendre à vivre. » Et l'on peut parier que toutes les classes sociales seraient également paumées, au début, devant cette liberté nouvelle : « Le revenu de base implique de se mettre en jeu, de se donner du mal. J'espère bien que les gens auraient mal à la tête, et au c&#339;ur, et au ventre, que tout leur métabolisme serait dérangé, s'ils devaient réfléchir à ce qu'ils ont réellement envie de faire ! poursuit Oliver Seeger. Comment pourrait-il en être autrement quand, pendant des années, on est allé au turbin sans se poser de questions ? Mais moi, j'aimerais vraiment avoir une chance de voir ce que cela pourrait donner. Cela me rend très curieux. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; « Le revenu de base démontre &lt;br /&gt;que l'égalité, loin d'être l'ennemie de la liberté,
&lt;br /&gt;en est la condition »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans cette liberté, ajoute-t-il, il ne saurait y avoir de démocratie réelle : « Un citoyen ne peut pas décider librement s'il est exploité dans un processus de production. Pour être membre d'une démocratie, il faut être indépendant. C'est bien pour cela que, chez les Grecs, les esclaves ne votaient pas ! » Marie-Paule Perrin a encore une autre raison d'être séduite par cette perspective : « Ce serait une manière de mettre fin au débat qui agite régulièrement les éditorialistes français, et qui me casse les pieds, sur la prétendue opposition entre égalité et liberté : ils arguent qu'on ne peut pas vouloir l'égalité sans renoncer à la liberté - sans que cela nous ramène au goulag, en somme. Or, avec le revenu de base, l'égalité devient la condition de la liberté. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une autre objection immanquablement suscitée par le revenu de base, « Mais qui fera les sales boulots ? », constitue à elle seule un aveu terrible, fait-elle remarquer : « La poser, c'est admettre qu'il nous faut une catégorie de population suffisamment vulnérable pour ne pas pouvoir refuser les boulots dont nous ne voulons pas. » Les solutions possibles données par les partisans du revenu garanti varient assez peu. Il y en a trois : les faire soi-même, les automatiser et les rationaliser, ou enfin reconnaître leur utilité sociale et les payer en conséquence, de façon à les rendre attractifs sur le plan financier (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb5-12&quot; name=&quot;nh5-12&quot; id=&quot;nh5-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(12) Lire à ce sujet Pierre Rimbert, « De la valeur ignorée des métiers », Le (...)' &gt;12&lt;/a&gt;). On pourrait aussi imaginer que la disparition d'une main-d'&#339;uvre captive provoque une prise de conscience qui conduirait, par exemple, à réduire le volume des déchets produits, ou à abandonner des comportements négligents et méprisants.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Transformer les individus
&lt;br /&gt;en personnes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se pose aussi la question de savoir comment définir les « membres d'une communauté politique » qui auraient droit au revenu de base : le critère serait-il le domicile ? La nationalité ? « Cette question n'est pas tranchée. Elle suscite une certaine épouvante à l'idée que, si on accordait ce droit à tout le monde, les étrangers débarqueraient en masse. Mais il faut avoir en tête que si chacun était assuré d'un revenu, la défiance envers les immigrés serait déjà bien moindre... » L'un des mérites du revenu de base serait son « effet sur l'escalade des tensions sociales », comme l'observe dans le film le journaliste Wolf Lotter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre critique que l'on entend formuler : le fait que le revenu de base soit un droit individuel ne risque-t-il pas d'aggraver encore les ravages de l'individualisme, d'accélérer la disparition de toute logique collective ? « Dans ce cas, plutôt que de dire &#8220;l'individu&#8221;, on peut dire &#8220;la personne&#8221; », répond Marie-Paule Perrin, familière de la pensée de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article186.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Miguel Benasayag&lt;/a&gt;. A l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;individu&lt;/i&gt;, figure de la séparation, de l'aliénation, de l'impuissance, celui-ci oppose en effet la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;personne&lt;/i&gt;, « au sens où chacun de nous est intimement lié au destin des autres : ma liberté ne finit pas où commence la vôtre, mais existe sous condition de la vôtre », nous expliquait-il. De fait, le revenu de base peut même apparaître comme un moyen de (re)faire des individus des personnes. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un revenu pour tous&lt;/i&gt;, Baptiste Mylondo cite les travaux de deux chercheurs de l'université catholique de Louvain qui ont tenté en 2004 de deviner les effets produits par le revenu de base en s'intéressant aux gagnants du jeu « Win for life », équivalent belge de ce qui s'appelle en France « Tac o Tac TV, gagnant à vie », garantissant le versement d'un revenu mensuel à vie. Parmi les différences importantes entre les deux situations, qui obligent à relativiser leurs conclusions, Mylondo en relève une qu'ils ont négligée : « Tandis que le bénéficiaire du revenu inconditionnel est entouré d'autres bénéficiaires, le gagnant du loto est totalement isolé. Or la valeur du temps libre croît avec le nombre de personnes avec qui il est possible de le partager. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Plutôt que de rechercher l'autosuffisance,
&lt;br /&gt;assumer l'interdépendance&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Chaque être humain porte en lui ses propres objectifs et son travail, et il les abandonne parce qu'il ne peut pas les convertir en argent. » Dans leur film, Daniel Häni et Enno Schmidt insistent sur l'épanouissement personnel que permettrait le revenu de base - un « épanouissement » réel, cette fois, c'est-à-dire débarrassé de sa dimension &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bullshit&lt;/i&gt; qui, aujourd'hui, aggrave l'aliénation en prétendant la soulager, puisque l'on éjecterait de l'équation le couple infernal management-consommation. Ils proposent de « prendre l'individu au sérieux ». Une très belle séquence les montre, à la gare de Bâle, distribuant aux passants de tous âges les couronnes en carton doré dont ils ont fait le symbole de leur combat. « Le plus intéressant dans ce système, c'est que je ne pourrai plus dire à la fin de ma vie que je n'ai pas pu faire ce que je voulais », énonce la comédienne bâloise Bettina Dieterle.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/couronnesthomastack.jpg' width='450' height='338' style='border-width: 0px; width:450px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_740 spip_documents' /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et, en même temps, le revenu de base implique de reconnaître les liens de profonde interdépendance qui unissent les membres d'une société, et qui conditionnent cet épanouissement. C'est même l'un de ses traits les plus frappants : il invite à prendre conscience du fait qu'on travaille toujours pour les autres, même si on a l'illusion de travailler pour soi parce qu'on en retire un salaire. On est loin de l'utopie de beaucoup de décroissants, qui se montrent obsédés par l'autosuffisance et semblent se donner pour but d'être capables de produire tout ce dont ils pourraient avoir besoin. « Au-delà d'une certaine limite, l'autosuffisance ne peut pas être un projet politique, estime Marie-Paule Perrin. En Suisse, par exemple, la densité de population est telle qu'il serait inenvisageable de nourrir tous les habitants avec la production agricole du pays. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Je n'ai ni le besoin ni le désir
&lt;br /&gt;de recevoir une aide de la société.
&lt;br /&gt;Je ne veux compter que sur mes propres forces. »
&lt;br /&gt;Un jeune homme opposé au revenu de base
&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/wiest.jpg' width='200' height='218' style='float: left; border-width: 0px; width:200px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_746 spip_documents spip_documents_left' /&gt;Dans une tribune intitulée « &lt;a href=&quot;http://www.initiative-grundeinkommen.ch/content/blog/info3-grundeinkommen-0410.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La politique sociale et le paradis&lt;/a&gt; » (PDF, en allemand), Susanne Wiest relate sa rencontre, lors d'un débat sur le revenu de base organisé dans sa ville, avec un jeune homme qui lui signifie d'emblée son opposition à cette idée : « Dès que j'aurai terminé mes études, je veux voler de mes propres ailes, lui dit-il. Je n'ai ni le besoin ni le désir de recevoir une aide de la société. Je ne veux compter que sur mes propres forces. » Elle raconte : « Je lui ai alors demandé s'il avait aussi construit l'université de Greifswald de ses propres mains, et les rues de la ville, ou encore s'il était responsable de ces bancs si agréables sur les remparts ? Le revenu de base n'est pas une prestation sociale pour les nécessiteux. Comme son nom l'indique, c'est une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;base&lt;/i&gt;. Et une base, il y en a toujours une : l'université qui ouvre ses portes, le pommier en fleur dans le jardin, le train dans lequel je peux monter. Quelle base sociale avons-nous aujourd'hui ? L'avons-nous choisie, ou a-t-elle simplement poussé là, mille fois rafistolée et adaptée ? Est-elle pour nous un jardin fertile, dans lequel je peux faire pousser une rangée de pommes de terre quand d'autres sources de revenus se tarissent, ou quand j'en ai envie ? Que puis-je faire aujourd'hui pour m'aider moi-même, pour me réaliser et construire ma vie ? Est-ce que la base Hartz IV [dernière des quatre réformes de l'assurance chômage allemande] nous rend service ? Avons-nous eu notre mot à dire à son sujet ? (...) Le revenu de base n'est pas un organisme de bienfaisance : c'est un jardin. C'est une base et une opportunité. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article257.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/paradis-2.jpg' width='129' height='271' style='float: right; border-width: 0px; width:129px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_744 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;Un jardin ? Son interlocuteur commente : « Ça sonne bien ; on dirait presque le paradis. Mais l'être humain est paresseux : quand il lui manque la motivation, l'aiguillon, il ne fait plus rien. Le paradis, on sait bien que ça ne marche pas. » Comme quoi certaines conceptions ont la vie dure... Mais Susanne Wiest saisit la balle au bond : « Moi, j'aimerais bien récupérer &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article257.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;le paradis&lt;/a&gt;. Pas le paradis où nous aurions été sans le savoir, mais celui que nous bâtissons nous-mêmes. Ce projet, c'est mon but ultime, mon aiguillon à moi. » Elle conclut, rêveuse : « &#8220;Revenu de base - Présentation d'une idée&#8221; : ça s'annonçait comme un débat inoffensif sur une question de politique sociale précise. Et puis nous nous sommes assis, et nous avons parlé du paradis, et de nos désirs les plus secrets, de nos attitudes face à la vie. Nous nous sommes révélés. J'ai appris de nouvelles choses sur moi-même et sur les autres, j'ai expérimenté et approché de plus près mes motivations les plus intimes. C'était une claire et belle soirée, et une merveilleuse discussion. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Le savoir, la formation,
&lt;br /&gt;toute l'ingénierie accumulée,
&lt;br /&gt;tout ça, c'est à nous tous »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La reconnaissance de l'interdépendance humaine est aux fondements philosophiques du revenu de base, que l'écrivain &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article247.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Yves Pagès&lt;/a&gt;, proche du CARGO, nous résumait dans un entretien : « L'argument, c'est que le salariat est en train de s'abolir de lui-même. Il n'y a plus de possibilité réelle de comptabiliser, d'individualiser un salaire d'une façon non arbitraire. Le savoir, la formation, toute l'ingénierie accumulée, tout ça, c'est à nous tous. Ne serait-ce que le langage : la possibilité même que nous parlions, cela fait déjà à peu près la moitié du travail. Les autonomes italiens, et notamment Paolo Virno, sont allés dénicher une idée de Marx : le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;general intellect&lt;/i&gt;. » C'est ce que le film de Daniel Häni et Enno Schmidt dit aussi à sa manière : « Le travail que chacun exécute n'a pas de prix, mais le revenu de base le rend possible. » Et, à côté de cela, il faut affirmer « le droit de chaque personne à profiter du bien-être de la nation ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce parce qu'il imbrique aussi étroitement le personnel et le collectif que le revenu de base suscite une adhésion aussi enthousiaste chez ceux qui se laissent séduire ? Quoi qu'il en soit, Marie-Paule Perrin en constate les effets positifs sur elle : « Avant qu'Oliver ne me montre le film de Daniel et Enno, j'étais désespérée par l'état du monde, au point que je n'avais plus ni la force ni l'envie de me confronter aux problèmes sociaux ou politiques. J'étais comme paralysée, parce que je n'entrevoyais aucun début de solution. La perspective ébauchée par le revenu de base, en jetant un autre éclairage sur les choses, en me les faisant voir sous un autre angle, a suscité un redémarrage de la réflexion. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Il est toujours possible
&lt;br /&gt;de transformer un aquarium en bouillabaisse »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour autant, qu'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas d'un projet révolutionnaire. Même si ses partisans ont leurs propres rêves et attentes quant à ce qu'il pourrait produire, le revenu de base ne prétend pas définir un modèle de la « bonne vie », mais seulement créer les conditions pour libérer les ressources de chacun et de tous - « donner de l'air », comme dit Marie-Paule Perrin. En ce sens, il est davantage une pochette surprise qu'une utopie au sens strict. Et on ne peut exclure le cas de figure où il serait dévoyé. Un modèle immunisé contre un tel risque ne saurait exister - et d'ailleurs, il vaut sans doute mieux ne pas le souhaiter. Pour reprendre une expression qu'affectionne particulièrement Oliver Seeger, « il est toujours possible de transformer un aquarium en bouillabaisse ». Il raconte : « Une amie qui est militante communiste, ici en Suisse alémanique, m'a dit avec le plus grand sérieux : &#8220;Le revenu de base, voilà typiquement une idée qui pourrait très mal tourner.&#8221; J'ai trouvé que c'était un comble ! Je lui ai répondu : &#8220;Ah oui, c'est sûr que vous, les communistes, vous êtes bien placés pour parler !&#8221; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne s'agit pas non plus de résoudre tous les problèmes. « Le propos n'est pas de s'attaquer aux inégalités de patrimoine, ou à la spéculation, même si rien n'empêche de lutter contre elles par ailleurs : c'est d'assurer à chacun la possibilité matérielle de mener sa vie comme il le souhaite. » A cet égard, le film de Häni et Schmidt risque de s'avérer très déroutant, voire choquant, pour quiconque est habitué au registre lexical de la gauche radicale française. Aucune logique d'affrontement ici ; ce qui est peut-être la faiblesse, mais aussi la force de la démarche. Comme l'illustre la discussion avec l'étudiant rapportée par Susanne Wiest, le thème du revenu de base fonctionne comme un laboratoire. Il amène à réfléchir à ce que l'on veut vraiment, aux conceptions dont on est imprégné ; une expérience dont chacun ne peut que sortir renforcé, mieux armé pour faire face aux inégalités et aux injustices. Ce qui, admettons-le, ne serait pas un luxe...&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Avec &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Thomas Lemahieu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt; &lt;a href=&quot;http://atheles.org/editionsducroquant/horscollection/nepasperdresaviealagagner/index.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/nepas.jpg' width='120' height='176' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_748 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-1&quot; name=&quot;nb5-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Voir aussi l'entretien avec leur meneur, le Français Guillaume Paoli, en 2003 sur le webzine lillois &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Interdit&lt;/i&gt; : « &lt;a href=&quot;http://interdits.net/interdits/index.php?option=com_content&amp;amp;task=view&amp;amp;id=58&amp;amp;Itemid=64&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Du bonheur d'être chômeur&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-2&quot; name=&quot;nb5-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Quelques sons rescapés &lt;a href=&quot;http://lexomaniaque.blogspot.com/2010/11/nos-amies-les-miettes.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;à écouter ici&lt;/a&gt;, d'autres &lt;a href=&quot;http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5374&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;archives là&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-3&quot; name=&quot;nb5-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;29/12/2010&lt;/strong&gt; : Baptise Mylondo est également l'auteur d'un autre livre sur le sujet, &lt;a href=&quot;http://atheles.org/editionsducroquant/horscollection/nepasperdresaviealagagner/index.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ne pas perdre sa vie à la gagner - Pour un revenu de citoyenneté&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, publié en 2008 aux éditions Homnisphères, qui vient de reparaître dans une version actualisée aux éditions du Croquant. On y trouve davantage de détails sur les conséquences prévisibles de l'instauration d'un revenu garanti, sur ses modalités et sur les mesures d'accompagnement qu'elle nécessiterait. Merci à Benjamin Calle de m'avoir signalé cette réédition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-4&quot; name=&quot;nb5-4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) « &lt;a href=&quot;http://www.ac.eu.org/spip.php?article1777&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Richesse, travail et revenu garanti&lt;/a&gt; », sur le site d'AC !.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-5&quot; name=&quot;nb5-5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) Voir aussi Bernard Friot, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/09/FRIOT/19637&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Retraites, un trésor impensé&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-6&quot; name=&quot;nb5-6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;) Lire Anne Daguerre, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/06/DAGUERRE/12554&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Emplois forcés pour les bénéficiaires de l'aide sociale&lt;/a&gt; », et Laurent Cordonnier, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/12/CORDONNIER/14220&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Economistes en guerre contre les chômeurs&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, juin 2005 et décembre 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-7&quot; name=&quot;nb5-7&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;) « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/11/LINHART/19835&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Métro, boulot, tombeau&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, novembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-8&quot; name=&quot;nb5-8&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;) Lire, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Courrier&lt;/i&gt; du 9 novembre 2010, « &lt;a href=&quot;http://lecourrier.ch/index.php?name=News&amp;amp;file=article&amp;amp;sid=447334&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Un revenu de base pour tous ? Pas si utopique que cela !&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-9&quot; name=&quot;nb5-9&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;) Le &lt;a href=&quot;http://www.bignam.org/Publications/BIG_Assessment_report_08a.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;rapport détaillé&lt;/a&gt; sur ce projet pilote au niveau mondial est consultable ici - PDF, en anglais.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-10&quot; name=&quot;nb5-10&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;10&lt;/a&gt;) « &lt;a href=&quot;http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Namibie : les miracles du revenu garanti&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Courrier international&lt;/i&gt;, 29 avril 2010.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-11&quot; name=&quot;nb5-11&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;11&lt;/a&gt;) Voir « &lt;a href=&quot;http://www.acrimed.org/article1297.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les 35 heures ? Violence conjugale et alcoolisme !&lt;/a&gt; », Acrimed, octobre 2003.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh5-12&quot; name=&quot;nb5-12&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;12&lt;/a&gt;) Lire à ce sujet Pierre Rimbert, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/RIMBERT/18923&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;De la valeur ignorée des métiers&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mars 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;a href=&quot;http://www.revenudebase.org&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;www.revenudebase.org&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Polanski, Mitterrand : le soliloque du dominant</title>
		<link>http://peripheries.net/article324.html</link>
		<dc:date>2009-10-10T20:18:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique10.html">Carnet</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>

		<description>L'arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l'érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de « consentement », mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois). (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique10.html" rel="category"&gt;Carnet&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;L'arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l'érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de « consentement », mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois).&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l'exhumation de l'affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l'occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l'érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de « consentement », mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois). En témoigne l'expression « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vieille affaire de m&#339;urs&lt;/i&gt; », utilisée dans les premières dépêches ayant suivi l'arrestation, ainsi que dans la &lt;a href=&quot;http://www.sacd.fr/Le-cinema-soutient-Roman-Polanski-Petition-for-Roman-Polanski.1340.0.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;pétition&lt;/a&gt; du gratin du cinéma mondial lancée en faveur du réalisateur franco-polonais : de nombreuses voix se sont élevées pour faire remarquer à juste titre que, s'agissant de la pénétration et de la sodomie d'une adolescente de 13 ans préalablement soûlée au champagne et shootée au Quaalude, c'était un peu léger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partout, les défenseurs du cinéaste soulignent, comme s'il s'agissait de l'argument définitif en sa faveur, que la justice « s'acharne » alors que la victime elle-même, Samantha Geimer, demande le classement de l'affaire : or, elle le demande parce qu'elle ne supporte plus l'exposition médiatique, et peut-être aussi parce qu'elle a été indemnisée ; pas parce que, avec le recul, elle admet que ce n'était pas si grave, ou qu'elle a bien aimé l'expérience, comme on semble le fantasmer...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dire oui à un homme, &lt;br /&gt;c'est dire oui à tous les hommes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ses archives, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Paris-Match&lt;/i&gt; a ressorti un article publié à l'époque, intitulé « &lt;a href=&quot;http://www.parismatch.com/People-Match/Cinema/Actu/Roman-Polanski.-Une-Lolita-de-13-ans-a-fait-de-lui-un-maudit-131594/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Roman Polanski : une lolita de 13 ans a fait de lui un maudit&lt;/a&gt; » (la salope !). « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La jeune &#8220;victime&#8221; pervertie n'était pas si innocente&lt;/i&gt; », révèle un intertitre. Et la journaliste de préciser : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Samantha G. est une Lolita en T-shirt, à qui des formes bronzées donnent nettement plus que son âge, d'ailleurs plus près de 14 ans que de 13. Elle a reconnu avoir eu, avant sa rencontre avec le metteur en scène, et au moins à deux reprises, des rapports sexuels avec un boy-friend de 17 ans.&lt;/i&gt; » Le fait que les relations sexuelles avec un(e) mineur(e) soient prohibées par la loi dans tous les cas devient ici un prétexte pour occulter la différence qui peut exister entre un rapport consenti et un rapport forcé. En résumé : sa non-virginité, à laquelle s'ajoutent ses « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;formes bronzées&lt;/i&gt; » de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lolita&lt;/i&gt; » - elle n'avait qu'à ne pas être aussi bonne ! -, fait d'elle un objet appropriable par qui le souhaite ; dire oui à un homme, c'est dire oui à tous les hommes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait penser que, trente-deux ans plus tard, on en a fini avec un mode de pensée aussi archaïque. Mais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; (1er octobre 2009) publie un article d'anthologie, dont le titre - « &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2343/articles/a409975-.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Une affaire vieille de trente ans - Qui en veut à Roman Polanski ?&lt;/a&gt; » - est un poème à lui seul. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La mère, une actrice en mal de rôles, a laissé volontairement sa fille seule avec Polanski, pour une série de photos&lt;/i&gt;, y lit-on. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le cinéaste, qui a la réputation d'aimer les jeunes filles, ne résiste pas.&lt;/i&gt; » Comme dans le titre de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Match&lt;/i&gt;, les responsabilités sont inversées : ce n'est pas Samantha Gailey (son nom de jeune fille) qui a été piégée, mais Polanski, dont la « Lolita perverse » et/ou sa mère machiavélique auraient exploité sans pitié les faiblesses bien humaines - décidément, le pauvre homme va de « traquenard » en « traquenard ». Au mieux, si la jeune fille s'estime lésée, elle n'a qu'à s'en prendre à sa mère.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le grand retour
&lt;br /&gt;du « puritanisme américain »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même Bernard Langlois, &lt;a href=&quot;http://www.politis.fr/Crocodiles,8257.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (8 octobre), valide cet argument : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi se poser quelques questions&lt;/i&gt;, écrit-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;au sujet de cette Lolita dont les charmes firent déraper le cinéaste, et que personne n'obligeait à se rendre en sa seule compagnie en un appartement désert pour y poser seins nus (c'est elle qui raconte) devant son objectif : l'ingénuité aussi a des limites.&lt;/i&gt; » Sans doute ; mais où se situent-elles précisément, ces « limites » de l'« ingénuité » ? Est-ce faire preuve d'« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ingénuité&lt;/i&gt; » de porter une minijupe ? De se balader seule dans les rues après minuit ?... Au nom de quoi une jeune fille ou une femme qui poserait pour un photographe, même seins nus, est-elle censée avoir signé aussi pour passer à la casserole si elle n'en a pas envie ? Le problème, avec le refus de la loi du plus fort, c'est qu'il exige des positions un peu tranchées : soit il est affirmé, et il interdit les demi-mesures, soit on lui tolère des exceptions, et on voit alors immanquablement des décennies d'acquis féministes, voire simplement progressistes, se barrer en sucette.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Escamoter la question de la réciprocité du désir, c'est aussi ce qui permet de brandir la vieille accusation de « puritanisme » à l'égard de ces coincés du cul d'Américains (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'Amérique qui fait peur&lt;/i&gt; », dit Frédéric Mitterrand). Que l'Amérique puritaine veuille la peau de Polanski, c'est bien possible ; mais, dans le cas précis de l'affaire Samantha Gailey, l'argument est hors-sujet. Ce raisonnement nous rappelle celui de la penseuse antiféministe Marcela Iacub et de son collègue Patrice Maniglier lorsqu'ils affirment que, si on pénalise le harcèlement sexuel, c'est parce qu'on n'est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;pas à l'aise avec la chose sexuelle&lt;/i&gt; » (voir sur ce site « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article9.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La femme est une personne&lt;/a&gt; », 18 octobre 2005).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On s'est focalisé, depuis le début de cette affaire, sur ceux de ses aspects qui tombent sous le coup de la loi : est-ce un viol ? Est-ce de la pédophilie ?... (Réfuter l'accusation de pédophilie semble d'ailleurs suffire, dans l'esprit de ceux qui le font, comme &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20091009.OBS4087/finkielkraut_defend_polanski__a_treize_ans_ce_netait_pa.html?idfx=RSS_notr&amp;amp;xtor=RSS-17&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Alain Finkielkraut&lt;/a&gt;, à disculper Polanski, comme si le viol n'était pas une chose bien grave tant qu'il ne concerne pas un enfant.) Or, il se pourrait bien qu'il vaille la peine d'élargir le cadre, en s'intéressant à la mentalité qui peut, incidemment, conduire à « forcer la main » à une gamine de 13 ans ; une mentalité qui est loin d'être l'apanage d'un Polanski, et qui révèle la persistance des rapports de domination dans toute leur crudité.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Comme si les filles sortaient
&lt;br /&gt;du ventre de leur mère
&lt;br /&gt;en rêvant de devenir mannequins&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien que la compétition soit serrée, c'est indiscutablement Costa-Gavras qui peut revendiquer la palme de la beaufitude dans les réactions indignées à l'arrestation de son collègue cinéaste. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cessez de parler de viol, il n'y a pas de viol dans cette histoire&lt;/i&gt;, assénait-il le 28 septembre sur Europe 1. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vous savez, à Hollywood, les metteurs en scène, les producteurs sont entourés de très beaux jeunes hommes, de très belles jeunes femmes, qui sont grands, blonds, bien bronzés, et prêts à tout.&lt;/i&gt; » (A Marc-Olivier Fogiel qui lui objecte qu'on parle ici d'une adolescente de 13 ans, il réplique : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, mais enfin, vous avez vu les photos : elle en fait 25 !&lt;/i&gt; » Commentaire perfide de &lt;a href=&quot;http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/09/29/Quelques-mots-sur-l-affaire-Polanski&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Maître Eolas&lt;/a&gt; : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il est vrai que 13 minutes d'un de ses films en paraissent 25, mais je doute de la pertinence juridique de l'argument.&lt;/i&gt; »)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/pictureme5.jpg' width='250' height='135' style='float: right; border-width: 0px; width:250px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_734 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Prêts à tout.&lt;/i&gt; » Il est étrange que la société ne s'interroge pas davantage sur les mécanismes culturels qui font que bien des adolescents, et surtout des adolescentes, sont, en effet, « prêts à tout » pour une carrière dans le show-biz - comme si les filles sortaient du ventre de leur mère en rêvant de devenir mannequins. Dans sa déposition, Samantha Gailey racontait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il m'a montré la couverture de&lt;/i&gt; Vogue Magazine&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; et demandé : &lt;/i&gt;&#8220;Voudrais-tu que je te fasse une telle photo ?&#8221; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai dit :&lt;/i&gt; &#8220;Oui.&#8221; » On pense alors au bruit fait récemment par &lt;a href=&quot;http://www.myspace.com/picturemefilm&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Picture Me&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le documentaire réalisé par l'ancien top model américain &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Sara Ziff&lt;/strong&gt; et son ex-petit ami, Ole Schell, sur son expérience dans le milieu de la mode ; un milieu que la jeune femme décrit comme « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;un environnement prédateur&lt;/i&gt; », « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;plein d'hommes d'âge mûr tournant comme des requins autour de filles jeunes et vulnérables&lt;/i&gt; » (voir « &lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/jun/07/sara-ziff-model-picture-me&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Top model exposes sordid side of fashion&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Observer&lt;/i&gt;, 7 juin 2009).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant la caméra, un jeune modèle du nom de Sena Cech raconte un casting avec l'un des plus grands photographes de mode. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chérie, peux-tu faire quelque chose de plus sexy ?&lt;/i&gt; » lui demande-t-il ; puis son assistant lui dit : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sena, peux-tu attraper sa queue et la tordre très fort ? Il aime quand on la lui serre vraiment très fort.&lt;/i&gt; » « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'était horrible, mais je l'ai fait&lt;/i&gt;, commente-t-elle. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Et j'ai eu le job. Mais le lendemain, je me sentais mal.&lt;/i&gt; » (Voir l'&lt;a href=&quot;http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2009/jun/07/sara-ziff-teen-modelling-fashion&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;entretien&lt;/a&gt; avec Sara Ziff dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Observer&lt;/i&gt;.) Une autre, qui a finalement refusé que son témoignage figure dans le film, raconte comment, à ses débuts, alors qu'elle avait 16 ans et n'avait « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;encore jamais embrassé personne&lt;/i&gt; », un autre grand photographe (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;probablement l'un des plus célèbres&lt;/i&gt; ») l'a coincée dans un couloir et lui a introduit ses doigts dans le vagin. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A peu près toutes les filles à qui j'ai parlé ont une histoire comme ça&lt;/i&gt; », affirme Sara Ziff.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Des poupées vivantes »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/mulder.jpg' width='120' height='164' style='float: right; border-width: 0px; width:120px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_733 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Cette violence s'ajoute à celle qui consiste, plus généralement, à traiter des jeunes filles comme de simples carcasses - « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;des poupées vivantes&lt;/i&gt; », dit Sara Ziff -, réduites à leur plastique, soumises à des exigences esthétiques tyranniques. Sur son blog, à la sortie de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Picture Me&lt;/i&gt;, « Tatiana The Anonymous Model » faisait le lien, sous le titre « &lt;a href=&quot;http://jezebel.com/5304706/modeling-and-the-tragedy-of-karen-mulder?skyline=true&amp;amp;s=x&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Modelling and the tragedy of Karen Mulder&lt;/a&gt; », entre le film et ce qui arrivait au même moment à l'ancien top model néerlandais. Celle-ci venait d'être placée en garde à vue à Paris pour avoir menacé de mort sa chirurgienne esthétique, à qui elle réclamait en vain une nouvelle intervention afin de corriger la précédente, dont elle n'aimait pas le résultat. L'épisode s'ajoutait à une histoire déjà chargée, marquée notamment par une tentative de suicide et un pétage de plombs sur le plateau de Thierry Ardisson. La blogueuse rapporte ces propos plutôt troublants tenus par Mulder dans un entretien, peu après sa tentative de suicide : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai toujours détesté être photographiée. Pour moi, c'était juste un rôle, et à la fin, je ne savais plus qui j'étais vraiment en tant que personne. Tout le monde me disait &#8220;Hey, tu es formidable&#8221; ; mais à l'intérieur, c'était de pire en pire chaque jour.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La réalité de la condition de mannequin, le prix exorbitant auquel ces filles paient le culte que l'on orchestre autour d'elles et les millions de dollars dont on les couvre (et encore : pour les plus en vue d'entre elles, soit une infime minorité), fait l'objet d'un déni général. Les frasques d'une Kate Moss, malgré ses cures de désintoxication à répétition (elle expliquait sa dépendance à l'alcool par le fait que sur les défilés, à 10 heures du matin, il n'y avait rien d'autre à boire que du champagne), restent présentées comme un style de vie rock'n'roll et « rebelle » - rien d'autre. Comme le rappelle « Tatiana The Anonymous Model », l'un des dirigeants de l'agence Elite, Gérald Marie, ancien mari du top model Linda Evangelista, filmé en caméra cachée par un reporter de la BBC, en 1999, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;en train d'offrir 300 livres pour du sexe à un mannequin de 15 ans et de spéculer sur le nombre de participantes au concours organisé par son agence avec qui il allait coucher cette année&lt;/i&gt; », est toujours en fonction. (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; avait publié, sous le titre « &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p1833/articles/a31461-elite_les_coulisses_d%25E2%2580%2599un_vraifaux_reportage.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#8220;On est comme ça, nous les mecs !&#8221;&lt;/a&gt; » - un vrai cri du c&#339;ur -, un article étonnamment sévère envers le reportage de la BBC et clément envers son objet.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Un érotisme de ventriloques&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant les remous suscités par le film de Sara Ziff et Ole Schell, les magazines féminins s'en sont fait l'écho - mais sans établir un lien avec la publicité constante qu'ils assurent à la condition de mannequin, en la présentant comme la plus enviable du monde, à grands renforts de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;success stories&lt;/i&gt; et de photos flatteuses. Pas une seule de leurs livraisons, en effet, qui ne relate le « conte de fées » vécu par tel ou tel modèle : comment j'ai été découverte dans la rue, comment un photographe m'a remarquée, comment j'ai enchaîné les couvertures et les défilés, comment je suis devenue riche et célèbre, comment j'ai rencontré l'amour, comment - apothéose - je suis devenue maman... Mais en passant plutôt rapidement, en général, sur l'étape « Comment j'ai dû empoigner la queue du Grand Photographe ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sara Ziff, qui a commencé sa carrière à 14 ans, relève combien il est problématique de demander à des filles de prendre des poses sexy, de jouer de leur sexualité, alors que celle-ci est encore balbutiante. On notera d'ailleurs l'ironie qu'il peut y avoir à hypersexualiser des filles à peine pubères, pour ensuite les accuser d'avoir provoqué les abus dont elles sont victimes, en les qualifiant de « Lolitas perverses » ! Ce qui frappe, c'est la prédominance d'un érotisme de ventriloques, qui balaie la subjectivité des dominés. Par rapport à Samantha Gailey, Polanski était à tous points de vue en position de dominant : un réalisateur célèbre de 43 ans, face à une gamine anonyme de 13 ans, qu'il recevait dans la villa de Jack Nicholson... Interrogé sur son goût pour les jeunes filles, dans une séquence rediffusée le 2 octobre dans l'émission d'« &lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2381&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Arrêt sur images&lt;/a&gt; » (sur abonnement) consacrée à l'affaire, il réfléchissait un instant, avant de répondre un brin tautologiquement : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'aime les jeunes filles, disons-le comme ça...&lt;/i&gt; » Il ajoutait qu'il y avait différentes manières de réagir à la souffrance : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Certains s'enferment dans un monastère, et d'autres se mettent à fréquenter les bordels.&lt;/i&gt; » (A ceux qui font valoir que cet homme a beaucoup souffert, il faudra rappeler leurs prises de positions, la prochaine fois qu'ils fustigeront la « culture de l'excuse » si caractéristique de la gauche angéliste.) Il en va de même pour le ministre de la culture Frédéric Mitterrand, qui souligne que la fréquentation des prostitués thaïlandais lui a servi à apaiser ses tourments d'homosexuel mal assumé (lire à ce sujet les réflexions de &lt;a href=&quot;http://didierlestrade.blogspot.com/2009/10/le-chapitre-11.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Didier Lestrade&lt;/a&gt; sur son blog).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La vieille mythomanie
&lt;br /&gt;du client de la prostitution&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'abriter derrière son statut d'artiste pour justifier cet usage consolatoire de plus faible que soi ne va pas sans poser quelques problèmes. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La littérature&lt;/i&gt;, ironise &lt;a href=&quot;http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2009/10/09/1066-eloge-de-la-litterature&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;André Gunthert&lt;/a&gt; sur Recherche en histoire visuelle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est comme la baguette magique de la fée Clochette : ça transforme tout ce qui est vil et laid en quelque chose de beau et de nimbé, avec un peu de poudre d'or, de musique et de grappes de raisin tout autour. Pour les poètes, la prostitution n'est plus la misère, le sordide et la honte. Elle devient l'archet de la sensibilité, l'écho des voix célestes, la transfiguration des âmes souffrantes. La littérature, ça existe aussi au cinéma. Talisman de classe, elle protège celui qui la porte de l'adversité. Que vaut une fillette de 13 ans face à une Palme d'or ?&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Erotisme de ventriloques, et production artistique de ventriloques, aussi, en effet. Frédéric Mitterrand se trouve en position de dominant non seulement parce qu'il paie un jeune Thaïlandais pour que celui-ci se mette au service de son désir (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;I want you happy&lt;/i&gt; » : comme c'est touchant), mais aussi parce qu'il en fait ensuite un livre, dont la puissance littéraire n'a pas échappé &lt;a href=&quot;http://bravepatrie.com/Les-ouvertures-de-Frederic,1397&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;à nos chevronnés esthètes bravepatriotes&lt;/a&gt;, et dans lequel il projette sur le jeune homme les sentiments qui lui conviennent, avec cette étonnante capacité à se raconter des histoires que manifestent les clients de la prostitution (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait que nous ne puissions pas nous comprendre augmente encore l'intensité de ce que je ressens et je jurerais qu'il en est de même pour lui&lt;/i&gt; » - voir les &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/08/extrait-de-la-mauvaise-vie-de-frederic-mitterrand_1251310_823448.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;extraits&lt;/a&gt; sur le site du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monde&lt;/i&gt;). La tendance actuelle à la délégitimation et à l'effacement de la subjectivité des dominés peut d'ailleurs s'observer &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-03-11-Les-hors-champ-de-Valse-avec-Bachir-et-Z32&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dans des domaines très différents&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;ou la pauvreté des rôles féminins&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/soisbelle.jpg' width='140' height='167' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_735 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Porte-manteau à fantasmes, marionnette de ventriloque, c'est aussi la position la plus fréquente des femmes au cinéma. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'avais envie de bastonner les gens qui me disaient : &#8220;&lt;/i&gt;Oh, tu étais formidable dans ce film !&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#8221; J'aurais voulu leur dire : ne me dis pas que tu m'as aimée là-dedans, je n'y étais même pas ! C'était quelqu'un d'autre !&lt;/i&gt; » Ainsi parlait, en 1976, l'une des actrices - françaises et américaines - interviewées par leur cons&#339;ur &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Delphine Seyrig&lt;/strong&gt; pour son documentaire &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Sois_belle_et_tais-toi_(film,_1981)&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Edité en DVD par le &lt;a href=&quot;http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/belle.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Centre audiovisuel Simone de Beauvoir&lt;/a&gt; - que Seyrig a fondé -, le film, malgré sa mauvaise qualité technique, mérite le détour. Toutes y racontent la pénurie de rôles féminins, et, plus encore, leur pauvreté, les quelques sempiternels clichés auxquels ils se réduisent (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ils sont très rares&lt;/i&gt;, dit l'une d'elles, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les films où la femme est perçue comme un être humain&lt;/i&gt; »). Seule exception, Jane Fonda - dont l'abattage et le charisme crèvent l'écran - déborde d'enthousiasme en évoquant le film qu'elle vient alors de tourner avec Vanessa Redgrave : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Julia&lt;/i&gt;, de Fred Zinnemann, sorti en 1977, qui raconte l'amitié entre deux femmes pendant la seconde guerre mondiale. A propos de son personnage, elle a cette formule éloquente : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'était la première fois que je jouais le rôle d'une femme qui ne joue pas un rôle.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces actrices parlent en des termes qui rappellent presque mot pour mot ceux de Karen Mulder : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne savais plus qui j'étais&lt;/i&gt; », se souvient encore Jane Fonda en racontant son passage, le jour de son arrivée à la Warner, sur l'espèce de fauteuil de dentiste où atterrissaient toutes les actrices, tandis que les experts mâles se bousculaient au-dessus d'elles pour les examiner sous toutes les coutures et les maquiller. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ils m'ont conseillé de me teindre en blonde, de me faire briser les mâchoires par le dentiste pour creuser les joues - j'avais encore mes bonnes joues d'adolescente -, de porter des faux seins et de me faire refaire le nez, parce que, avec un nez pareil, je ne pourrais &#8220;jamais jouer la tragédie&#8221; !&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« L'homme est un créateur,
&lt;br /&gt;la femme est une créature »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La volonté de modeler l'autre en fonction de son fantasme se traduit aussi, en effet, de la manière la plus concrète, en taillant dans la chair. Analysant les émissions de télé-réalité qui mettent en scène des opérations de chirurgie esthétique, un critique de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Télérama&lt;/i&gt; faisait remarquer : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Magie de la technologie au service d'une extrême violence. Violence contre le corps des femmes, &#8220;violence faite aux femmes&#8221;, comme on dit. Violence presque symétrique à celle exercée par le port de la burqa&lt;/i&gt; [le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;presque&lt;/i&gt; » est superflu, à notre avis]. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'acharnement mis à &#8220;dégager le visage&#8221;, à &#8220;donner le goût d'être visible&#8221; dans un cas rappelle celui mis à masquer, à effacer dans l'autre. Les femmes qui se découvrent dans le miroir de &lt;/i&gt;Miss Swan &#8220;ne se reconnaissent pas&#8221;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pas plus que les femmes portant la burqa. Rien à voir ? Non, rien à voir. D'ailleurs, a-t-on vu une mission parlementaire enquêter sur la chirurgie esthétique ?&lt;/i&gt; » (« &lt;a href=&quot;http://television.telerama.fr/television/degager-le-visage-c-est-creer-de-la-beaute,45054.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&#8220;Dégager le visage, c'est créer de la beauté&#8221;&lt;/a&gt; », Télérama.fr, 30 juillet 2009 ; voir aussi le film réalisé par des féministes italiennes, &lt;a href=&quot;http://www.ilcorpodelledonne.net/?page_id=515&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il corpo delle donne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/sois-belle-et-tais-toi.jpg' width='140' height='191' style='float: right; border-width: 0px; width:140px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_736 spip_documents spip_documents_right' /&gt;« L'homme est un créateur, la femme est une créature » : autant dire que cette division des rôles a des racines très profondes (voir aussi à ce sujet « &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2009-07-29-Les-arts-du-spectacle-une-affaire-d-hommes&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les arts du spectacle, une affaire d'hommes&lt;/a&gt; », Les blogs du Diplo, 29 juillet 2009). Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sois belle et tais-toi&lt;/i&gt;, toujours, Maria Schneider, covedette avec Marlon Brando du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dernier tango à Paris&lt;/i&gt; de Bernardo Bertolucci, sorti en 1972 et dans lequel, comme dit &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Dernier_Tango_à_Paris&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une tablette de beurre devint célèbre&lt;/i&gt; », raconte, elle, que, durant le tournage, Bertolucci lui a à peine adressé la parole : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il a fait le film avec Marlon.&lt;/i&gt; » Une autre lui fait écho : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tout le cinéma n'est qu'un énorme fantasme masculin.&lt;/i&gt; » Trente-cinq ans plus tard, le constat, à peu de choses près, reste valable. La seule différence notable, c'est peut-être que plus personne, ou presque, n'y trouve sérieusement à redire.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;P.-S.&lt;/strong&gt; : une précision importante de Valérie de Saint-Do, de &lt;a href=&quot;http://www.horschamp.org/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Cassandre/Horschamp&lt;/a&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« Il existe un &#8220;âge du consentement&#8221; du mineur à des relations sexuelles, de 15 ans en France, de 16 en Grande-Bretagne, de... 13 ! en Espagne. En ce cas les relations sexuelles sont légales, mais les parents restant détenteurs de l'autorité parentale, ils peuvent porter plainte pour détournement de mineur. Le jugement ne s'appuie pas alors sur le fait qu'il y ait des relations sexuelles mais sur les incidences qu'ont ces relations sur le comportement du mineur (fuite du domicile parental par exemple). Et il existe des cas où ces relations restent punissables, en cas de subordination du mineur (prof/élève par exemple). Dans la confusion générale où on confond quand même beaucoup pédophilie et relations avec mineurs, ça me semble important à préciser. Et ça ne change rien au fond du sujet qui est de reconnaître l'adolescente ou la femme comme sujet de son désir ou de son non-désir. Mais comme son désir fait peur, il s'agit aussi de ne pas cautionner la répression sexuelle exercée envers des adolescentes (et très rarement des adolescents, sauf s'ils sont homosexuels !) qui ont atteint l'âge du consentement. »&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>La reconquête de l'imaginaire, mère des batailles</title>
		<link>http://peripheries.net/article323.html</link>
		<dc:date>2009-09-16T20:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique6.html">Editorial</category>

		<dc:subject>Rationalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>Utopie</dc:subject>

		<description>« La gauche est morte », écrivait déjà Michel Le Bris en... 1981, dans son livre Le paradis perdu. Il précisait que c'était là une nouvelle qui, loin de n'affecter que les militants de cette sensibilité politique, mettait en crise la société tout entière. Comment reconstruire une vision du monde dont la force d'attraction soit suffisante pour ranimer les énergies et les espoirs évanouis ? La pensée de Le Bris, mais aussi celle de deux autres auteurs, Jacques Généreux et l'Américain Stephen Duncombe, offrent pour (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique6.html" rel="category"&gt;Editorial&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot10.html" rel="tag"&gt;Rationalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot27.html" rel="tag"&gt;Utopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton323.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;140&quot; height=&quot;204&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« La gauche est morte »&lt;/i&gt;, écrivait déjà Michel Le Bris en... 1981, dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;. Il précisait que c'était là une nouvelle qui, loin de n'affecter que les militants de cette sensibilité politique, mettait en crise la société tout entière. Comment reconstruire une vision du monde dont la force d'attraction soit suffisante pour ranimer les énergies et les espoirs évanouis ? La pensée de Le Bris, mais aussi celle de deux autres auteurs, Jacques Généreux et l'Américain Stephen Duncombe, offrent pour cela des pistes intéressantes. Tous trois partagent une conviction : les progressistes resteront condamnés à l'impuissance aussi longtemps qu'ils s'obstineront à vouloir s'adresser aux citoyens non pas tels qu'ils sont - mus par des passions, des émotions, assoiffés d'idées et de fictions -, mais tels qu'ils les fantasment : parfaitement rationnels, raisonnables, motivés uniquement par des intérêts matériels - un modèle improbable auquel eux-mêmes, d'ailleurs, ne correspondent le plus souvent qu'au prix d'hypocrisies ou d'acrobaties morales inutiles.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La gauche est morte.&lt;/i&gt; » Ce constat, Michel Le Bris le posait en... 1981, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;. Le livre parut entre les deux tours de l'élection présidentielle qui allait voir la victoire de François Mitterrand. Il aura donc fallu deux grosses décennies pour que la vérité du diagnostic s'impose aux yeux de tous ; un diagnostic d'autant plus grave que la référence à « la gauche », pour cet ancien de la Gauche prolétarienne (GP), désignait bien davantage qu'un engagement partisan : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsque nous nous disions autrefois &#8220;de gauche&#8221;, cela tenait de l'évidence et dépassait infiniment la référence à un parti ou un programme de gouvernement : une manière d'être, une certaine idée, obscure sans doute, toujours implicite, mais têtue, de ses rapports aux autres et au monde, une capacité d'indignation, le refus de la &#8220;paix intérieure&#8221;, une espérance qui donnait son sens à l'action - et c'est bien cette espérance qui, aujourd'hui, n'est plus.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/paradis.jpg' width='160' height='257' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_731 spip_documents spip_documents_right' /&gt;La « mort de la gauche », loin de ne concerner que les tenants d'une sensibilité politique particulière, représentait à ses yeux un désastre pour tout le monde : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'état de société résulte d'un lien noué entre les êtres hors du champ politique, faute de quoi celui-ci se retrouve sans efficace propre, en sorte que cette espérance en une communauté éthique des hommes, qui fut le principe de la gauche, ce désir d'un &#8220;être-ensemble&#8221;, est le ciment nécessaire de toute démocratie, sans laquelle la droite elle-même ne pourrait gouverner&lt;/i&gt; (...)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;. Ce n'est pas un hasard, mais l'expression d'une nécessité, si, depuis la Résistance, l'ensemble des idées, des représentations, des valeurs qui constituaient le discours obligé de la gauche sur les fins dernières de la société est devenu en quelque sorte le programme commun de la classe politique : la mort de la gauche met en crise la société elle-même, parce que, au-delà du politique, c'est l'&#8220;être-ensemble&#8221;, la substance même du lien social, qui s'en trouve affecté&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-1&quot; name=&quot;nh7-1&quot; id=&quot;nh7-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Michel Le Bris, Le paradis perdu, Grasset, collection « Figures », (...)' &gt;1&lt;/a&gt;). »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Allons-nous repartir
&lt;br /&gt;pour un tour d'illusions, &lt;br /&gt;tenter de réanimer, &lt;br /&gt;comme en un théâtre d'ombres,
&lt;br /&gt;les grands principes déjà morts ? »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces mots résonnent avec une force particulière au moment où de nombreux pays occidentaux, à commencer par la France et l'Italie, s'enfoncent dans une sorte d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;antipolitique&lt;/i&gt; consistant, pour ceux qui la pratiquent, à miser sur le « chacun pour soi » et à attiser les ranc&#339;urs, donnant naissance, pour reprendre le terme de Jacques Généreux, à une « &lt;a href=&quot;http://dissociete.fr&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;dissociété&lt;/a&gt; » plutôt qu'à une société. En France, la ringardisation du gaullisme par le sarkozysme - que montre bien, par exemple, le documentaire de Gilles Perret &lt;a href=&quot;http://www.walterretourenresistance.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Walter, Retour en résistance&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sur les écrans en novembre prochain -, achève de liquider l'héritage de l'après-guerre. Une société peut-elle « tenir » quand la droite est privée de la possibilité de déposer quelques &#339;ufs de coucou dans le nid construit par la gauche ? Oui, sans doute. Mais on peut craindre que ce ne soit qu'en devenant de plus en plus inégalitaire, inhumaine, étouffante, violente, sinistre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/gif/padici.gif' width='160' height='260' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(GIF)&quot; class='spip_document_730 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Le télescopage a de quoi méduser : à contre-courant complet, au moment même où le « peuple de gauche », persuadé de l'avènement imminent d'une ère nouvelle, festoyait à la Bastille pour saluer l'élection de son héros, Michel Le Bris, dans un entretien - refusé - à la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Esprit&lt;/i&gt;, décrivait très exactement l'alternative à laquelle la gauche, presque trente ans plus tard, ne peut plus se dérober : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aurons-nous le courage d'inventer une gauche nouvelle, et un principe nouveau pour cette gauche, ou bien allons-nous repartir pour un tour d'illusions, tenter de réanimer, comme en un théâtre d'ombres, les grands principes déjà morts ? Dans ce dernier cas les réveils seront très amers : quand le réel imposera ses contraintes, nous n'aurons plus alors les moyens de les dominer&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-2&quot; name=&quot;nh7-2&quot; id=&quot;nh7-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Cité dans son autobiographie, Nous ne sommes pas d'ici, Grasset, (...)' &gt;2&lt;/a&gt;). »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Reste, bien sûr, à démêler les véritables appels à réinventer la gauche de ceux qui n'invitent à rénover que pour mieux enterrer. Une fois de plus, cet été, les affligeantes gesticulations du député-maire socialiste d'Evry, Manuel Valls, appelant son parti à abandonner le mot de « socialisme » sous prétexte que le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;développement de l'individualisme&lt;/i&gt; » serait une « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dynamique irréversible&lt;/i&gt; » (voir son &lt;a href=&quot;http://www.valls.fr&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;blog&lt;/a&gt;), ont montré jusqu'où pouvaient aller la reddition philosophique et l'indigence intellectuelle qui minent le PS de l'intérieur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La pensée de Michel Le Bris offre des ressources précieuses pour remédier aux maux dont souffre la gauche aujourd'hui : absence de vision du monde, pauvreté des formes et de l'imaginaire, transformation de la résistance en un but en soi, impuissance à ébaucher un avenir désirable et à mobiliser des valeurs positives, incapacité à toucher les sensibilités contemporaines, à parler un langage largement audible et à rendre opérante sa critique de l'ordre social... Pourtant, à première vue, l'homme aurait de quoi susciter une certaine méfiance. On en a un peu trop vus, de ces anciens « maos » qui ont tout renié pour se faire les thuriféraires du monde tel qu'il va, et le compagnonnage de Le Bris avec André Glucksmann, son camarade de la GP converti au sarkozysme et au néoconservatisme, sans même parler du fait que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt; fut publié chez Grasset dans la collection « Figures » dirigée par Bernard-Henri Lévy, pourrait donner envie de s'enfuir en courant. En outre, Le Bris est de ceux pour qui la Terreur a dénaturé la Révolution française, et pour qui la révélation du goulag et la lecture de Soljenitsyne ont constitué une rupture fondamentale : deux traits qui, chez la plupart de ceux qui les partagent, préludent en général à la disqualification de toute contestation de l'ordre établi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce n'est pas le cas chez Michel Le Bris, et c'est à tort qu'on l'a parfois assimilé aux « nouveaux philosophes ». Tout, dans ses écrits et son parcours (du moins pour ce qu'on en connaît), suscite au contraire le respect et l'intérêt. Jamais il ne s'est placé du côté du manche. Si, à un moment, il a viré et pris ses distances avec le militantisme politique, ce n'était pas par reniement, mais au contraire pour rester fidèle à l'exigence première qui l'avait poussé à s'engager. De toute façon, il faut avouer qu'on serait prête à pardonner à peu près n'importe quoi à celui à qui l'on doit l'édition française des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Essais sur l'art de la fiction&lt;/i&gt; de Stevenson, qui nous avaient servi il y a quelques années de &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article223.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;munitions contre Houellebecq&lt;/a&gt; (sur ce site mais aussi dans &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article15.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La tyrannie de la réalité&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'échappée de la littérature&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car, si Le Bris a déserté la politique, c'est pour se jeter à corps perdu dans la fiction, avec une passion particulière pour les écrivains-voyageurs. Il a créé en 1989 le festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, berceau en 2007 du « &lt;a href=&quot;http://www.etonnants-voyageurs.net/spip.php?article1574&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Manifeste pour une &#8220;littérature-monde&#8221; en français&lt;/a&gt; ». Ce texte a suscité des réactions parfois très virulentes. La plus caricaturale fut sans doute celle d'un mystérieux « Institut de démobilisation », subtilement intitulée « &lt;a href=&quot;http://www.le-terrier.net/i2d/litterature_bourgeoise.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;De la littérature bourgeoise et de sa mort annoncée&lt;/a&gt; » (PDF), qui accusait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ce voyage dont Le Bris et sa clique d'indéracinables font infatigablement l'éloge chaque année à Saint-Malo est seulement un voyage pour les élites cosmopolites et les couches supérieures de la classe moyenne, dont sans conteste ils sont ; un voyage pour les nantis de la forteresse policière Occident, qui disposent de tous les laissez-passer, de tous les visas et de tout l'argent leur permettant de réaliser leurs petites affaires économiques, universitaires et culturelles aux quatre coins de la planète. Ce voyage est seulement le voyage d'une minorité de &#8220;travel writers&#8221; bourgeois qui encombrent ensuite les rayons des espaces culturels E. Leclerc de leurs dispensables états d'âme.&lt;/i&gt; » Cette diatribe traitait abusivement les écrivains comme une caste sociale, ce qu'ils ne sont pas (voir à ce sujet « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article309.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'emploi du temps&lt;/a&gt; ») : on doute fort que la grande majorité des invités d'Etonnants Voyageurs, en dehors de quelques vedettes - et encore -, roule sur l'or, ou qu'elle ne « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;connaisse du monde que ses salles d'embarquement, ses dîners chez les ambassadeurs, ses bons vins, ses aquarelles, ses épices et ses îles au trésor&lt;/i&gt; ». Et, au fait, à partir de quel montant de droits d'auteur un écrivain voit-il fondre la valeur littéraire de son &#339;uvre et la pertinence de son regard sur le monde ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En somme, célébrer le brassage des cultures et l'appétit de découverte, ce serait faire insulte aux migrants qui meurent par dizaines en Méditerranée, et oublier « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;que pour tous les damnés de ce monde, pour les ouvriers immigrants chassés de leurs foyers par la pauvreté et la violence (ethnique, religieuse), pour la plèbe, voyager est une expérience éminemment traumatique&lt;/i&gt; ». Vive Christine Angot, qui ne prend jamais l'avion ! On lit encore, et les bras nous en tombent, qu'il faudrait « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cesser d'être dupes&lt;/i&gt; » de la « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vision idyllique - et indiscutablement coupée du réel - du voyage et de toutes les &#8220;migrations&#8221; en veux-tu en voilà&lt;/i&gt; » que donneraient ces écrivains (c'est sûr que le Congo raconté par &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article312.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Lieve Joris&lt;/a&gt;, par exemple, c'est Disneyland), et que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'urgence est bien plutôt celle d'un monde qui serait enfin raconté par ceux &lt;/i&gt;qui en vivent la tragédie au plus près&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, par ces hommes ordinaires, éternels exclus des arts et des lettres, qui seuls peuvent nous donner accès à la misère de la vie quotidienne en milieu marchand et à la catastrophe politique et sociale planétaire en marche&lt;/i&gt; ». On voit combien cette logique d'assignation à l'horreur, hystériquement culpabilisatrice, est mutilante et intenable. Elle donne comme l'impression que la « plèbe » et les morts de la Méditerranée sont ici instrumentalisés au service d'un ressassement morbide et d'une radicalité pavlovienne qui les concernent d'assez loin. Ou comment, au nom du devoir de révolte, on prétend criminaliser la pulsion vitale sans laquelle il n'y a pas de révolte possible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Néanmoins, la confrontation de ces points de vue - célébration relativement apolitique des charmes du voyage contre rappel brutal des rapports de forces et de la violence de l'ordre du monde - est intéressante. Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, son autobiographie, Michel Le Bris se plaint d'avoir souvent rencontré cette opposition : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je disais le désir de découverte, le vertige de l'inconnu, en soi et dans le monde, la simple curiosité et l'on m'objectait aussitôt, époque oblige, abject impérialisme, cupidité de l'Occident, volonté criminelle d'appropriation.&lt;/i&gt; » La publication en France de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Orientalisme&lt;/i&gt; d'&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article204.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Edward Saïd&lt;/a&gt;, en 1980, l'a particulièrement mis en difficulté ; avec beaucoup de mauvaise foi, il reproche à Saïd d'établir « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quasiment un rapport de cause à effet entre &lt;/i&gt;Le Voyage en Orient&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; de Nerval et le bombardement des camps de réfugiés palestiniens !&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Sans m'en rendre compte,
&lt;br /&gt;j'avais perdu l'écoute de la musique
&lt;br /&gt;au fil des années militantes, &lt;br /&gt;et ne lisais plus de poèmes »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, entre l'acuité analytique d'un Saïd et l'élan d'un Le Bris, pourquoi faudrait-il choisir ? Nous avons besoin des deux : de la lucidité ET de l'enchantement ; de la connaissance ET du rêve. Sauf que ce dont la gauche crève aujourd'hui, ce n'est pas d'un défaut de lucidité. Et il serait dommage de se priver de la réflexion de Michel Le Bris sous prétexte qu'il est devenu un peu mou du genou politiquement - comme s'il fallait forcément, pour faire son miel d'un auteur, pouvoir tout prendre en bloc...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Défi romantique&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-3&quot; name=&quot;nh7-3&quot; id=&quot;nh7-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Flammarion, Paris, 2002.' &gt;3&lt;/a&gt;) (d'abord publié en 1981 sous le titre de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Journal du romantisme&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-4&quot; name=&quot;nh7-4&quot; id=&quot;nh7-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(4) Skira, Genève, 1981.' &gt;4&lt;/a&gt;)), Le Bris raconte ainsi le moment qui suivit sa rupture avec la Gauche prolétarienne et son départ de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, qu'il avait cofondé : « L'homme aux semelles de vent&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; fut écrit ainsi : comme un accidenté réapprend à marcher. En renouant les fils brisés de ce que j'avais été avant ces années militantes, et avant ces années 60 où nous nous étions tous voulus singes savants, récitants domestiques de Barthes, de Lacan, d'Althusser - en revenant vers le vivant foyer qui, me semblait-il, m'avait fait ce que j'étais, dépouillé des oripeaux obligés de l'époque. La Bretagne de mon enfance, d'abord - entendez : l'éveil au poème du monde, la tension entre la demeure et l'errance, l'appel du Grand Dehors. La musique, dont j'avais eu le sentiment, en la découvrant, qu'elle me révélait à moi-même, qu'en elle, mystérieusement, en deçà de toute parole, se jouait le mystère de notre entrée en humanité, le recueillement en soi de l'Autre. Et puis la littérature, ma &#8220;raison d'être&#8221; depuis toujours - et particulièrement le romantisme allemand que je tenais pour déjà pour le pari le plus radical jamais tenté sur la littérature. D'en retrouver le chemin me faisait mesurer comme, sans m'en rendre compte, j'avais perdu l'écoute de la musique au fil des années militantes, et ne lisais plus de poèmes.&lt;/i&gt; » Il résume : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Contre les Infaillibles, pour reprendre la belle expression de Paul Rozenberg, le grand défi des Vulnérables. Contre le fanatisme des dogmes, la petite flamme libératrice du poème.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/defi.jpg' width='160' height='257' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_728 spip_documents spip_documents_right' /&gt;On a déjà eu l'occasion d'évoquer ici les trésors insoupçonnés que recèle le romantisme - très loin des clichés auxquels on l'a associé pour mieux le refouler -, à travers la recension du livre de Michaël Löwy et Robert Sayre, &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article52.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Révolte et mélancolie - Le romantisme à contre-courant de la modernité&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (1992). « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Aussi fou, donc, et aussi nécessaire hier qu'aujourd'hui, le défi romantique&lt;/i&gt;, renchérit Michel Le Bris. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Non pas comme un catalogue de recettes dans lequel il nous suffirait de puiser pour ouvrir les portes de l'avenir, mais comme une aventure qu'il nous revient de poursuivre, de prolonger pour les temps présents, de réinventer&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-5&quot; name=&quot;nh7-5&quot; id=&quot;nh7-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(5) Le Défi romantique, op. cit.' &gt;5&lt;/a&gt;). » Lui fait écho, dans son expérience, le souvenir ébloui de Mai 68 : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Après tout, mai 1968 est aussi le grand refoulé des temps présents, devenu proprement &#8220;impensable&#8221;, réduit à quelques caricatures dérisoires - lors même que les débats nés de son effervescence continuent d'agiter la société dans ses tréfonds. Comme bien d'autres, j'avais vécu avec intensité ces journées de printemps, moins d'ailleurs comme une révolution politique que comme un moment de miraculeuse douceur, de légèreté : un moment de grâce - à entendre au sens fort, pour reprendre les termes de Maurice Clavel, d'une &#8220;délivrance de l'âme captive&#8221;. Et comme bien d'autres j'avais vécu dans le désarroi la lente dérive des années militantes qui suivirent, lorsque nos rêves de liberté se renversaient, quoi que nous fassions, en dictature du groupe sur chacun. En somme, pour dire ce &#8220;soulèvement de la vie&#8221;, cette allégresse, cette sensation d'une immensité éveillée au plus intime de soi, nous n'avions pas de mots, mais seulement les langues mortes de la raison politique, les vocables usés de la Révolution qui parlaient malgré nous, à travers nous.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'Imagination créatrice
&lt;br /&gt;contre la « mécanique mortifère
&lt;br /&gt;des rationalismes »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Grâce&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;âme&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;allégresse&lt;/i&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;immensité&lt;/i&gt; : ces citations suffisent à montrer, je suppose, que ce monsieur emploie un langage d'un lyrisme aussi agaçant que suspect. C'est que Michel Le Bris, en remontant le cours de l'histoire pour tenter de déterminer « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quel fut le piège où l'espérance humaine se prit&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-6&quot; name=&quot;nh7-6&quot; id=&quot;nh7-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(6) Michel Le Bris, Le paradis perdu, op. cit.' &gt;6&lt;/a&gt;) », bute sur la conception de la Raison héritée des Lumières, et la juge d'une étroitesse problématique, inapte à saisir le monde (à ce sujet, on lira aussi notre &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article53.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;critique de l'atterrant &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité d'athéologie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Michel Onfray). Il est consterné par la faiblesse de l'art produit par les Lumières : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Si la chute apparaît vertigineuse, le désastre total, peut-être vaut-il la peine d'enfin s'interroger sur la nature exacte de ce que les Lumières refoulent, caricaturent, ou nient, sous prétexte de &#8220;libération&#8221; - que valent des philosophies qui conduisent l'art aussi rapidement à sa ruine, à quelle liberté humaine peuvent-elles prétendre si elles manifestent aussi évidemment leur incapacité à ressentir et restituer l'intériorité des êtres ?&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il découvre avec enthousiasme le livre de l'orientaliste Henry Corbin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-7&quot; name=&quot;nh7-7&quot; id=&quot;nh7-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(7) Henry Corbin, L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn (...)' &gt;7&lt;/a&gt;) : le concept d'« imagination créatrice » lui semble ouvrir la voie à une forme d'entendement plus puissante et plus juste que celle offerte par la « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mécanique mortifère des rationalismes&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-8&quot; name=&quot;nh7-8&quot; id=&quot;nh7-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(8) Michel Le Bris, Le paradis perdu, op. cit.' &gt;8&lt;/a&gt;) ». L'imagination créatrice doit être distinguée de la simple « fantaisie », « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;productrice d'imaginaire au sens habituel, c'est-à-dire d'irréel - celle-là n'est que le triste résidu du dualisme occidental, lorsqu'oubliant la nécessaire médiation, l'esprit, désorienté, défaille devant les séductions de l'image sans la pouvoir penser&lt;/i&gt; ». « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'âge classique&lt;/i&gt;, observe-t-il encore, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;refusant toute puissance cognitive à l'imagination, séparant absolument l'Esprit de la Nature, s'enferre dans le strict dualisme de la pensée et de l'étendue, sans plus de moyen de penser leur rapport&lt;/i&gt; » - ce qui nous ramène aux travaux d'&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article184.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Augustin Berque&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour Le Bris, l'être humain et la société ne peuvent vivre sans une dimension qui les dépasse, et qui conserve aux choses une part de mystère : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous mourons d'asphyxie dans un monde étriqué, réduit à deux dimensions : j'ai voulu tenter de retrouver, comme foyer de résistance et lieu de symbolisation, une troisième dimension qui redonnerait enfin au monde sa profondeur et à l'Homme sa grandeur - le &#8220;tiers-monde&#8221; médiateur, notre seul Nouveau Monde.&lt;/i&gt; » On a déjà eu l'occasion de dire (dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La tyrannie de la réalité&lt;/i&gt;) que cette part de mystère, loin de relever d'une extravagance irrationnelle, correspondait au contraire parfaitement à l'état actuel de la science, plus fait d'interrogations que de certitudes : le fin mot de la simple nature de la matière se révèle aujourd'hui insaisissable. Comme l'écrivait déjà Alan W. Watts il y a un demi-siècle, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la poussière sur les étagères a pris autant de mystère que les étoiles les plus éloignées ; nous connaissons suffisamment les deux pour savoir que nous n'y connaissons rien du tout&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-9&quot; name=&quot;nh7-9&quot; id=&quot;nh7-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(9) Alan W. Watts, Eloge de l'insécurité, traduit de l'anglais par (...)' &gt;9&lt;/a&gt;) ». Pour cette raison, on préférera d'ailleurs parler d'« immanence » plutôt que de « transcendance », comme le fait Le Bris : non pas un principe extérieur qui viendrait donner son sens à l'existence humaine, mais un principe d'inconnu intimement mêlé à la nature même des choses et du monde - nous-mêmes compris.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« La pauvre bouée
&lt;br /&gt;de nos lieux communs
&lt;br /&gt;de mangeurs de curés »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le problème, c'est que ce retour d'une « troisième dimension », c'est précisément ce que la gauche s'acharne de toutes ses forces à conjurer comme la pire des régressions obscurantistes. Le Bris a beau rester strictement hors du champ du religieux, il n'échappe pas au soupçon, en particulier en raison de son amitié avec le philosophe Maurice Clavel (1920-1979), gaulliste de gauche converti au catholicisme. En témoigne ce qu'écrit l'historien des idées Daniel Lindenberg dans son nouveau livre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le procès des Lumières&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-10&quot; name=&quot;nh7-10&quot; id=&quot;nh7-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(10) Daniel Lindenberg, Le procès des Lumières, Seuil, Paris, 2009.' &gt;10&lt;/a&gt;) : en 1976, raconte-t-il, Clavel « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;réunit à Vezelay un &#8220;groupe socratique&#8221; composé d'anciens de la Gauche prolétarienne et leur annonce qu'ils vont partir à la conquête du monde intellectuel.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les onze intellectuels qui ont répondu à la convocation sont presque tous d'anciens dirigeants de la GP (François Ewald, Alain Geismar, André Glucksmann, Guy Lardreau, Michel Le Bris, Jean-Pierre Le Dantec, etc.).&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les douze apôtres vont discuter de l'avenir, en partant du présupposé clavélien qu'il n'est de révolution que &#8220;spirituelle&#8221; et, si possible, chrétienne. Je me souviens personnellement de ce que m'avait confié, un peu scandalisé, mon ami Christian Bourgois, rencontré un mois plus tard : &lt;/i&gt;&#8220;Ils veulent me convaincre que la seule vraie révolution est la révolution chrétienne !&#8221; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'agissant de Le Bris, du moins, le procès est injuste : dans ses livres, il réfute on ne peut plus clairement toute affiliation religieuse. Il conclut l'introduction du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Paradis perdu&lt;/i&gt; sur cette précision : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, à l'intention de ceux que les mots par trop effraient : il sera, aussi, parfois question de &#8220;Dieu&#8221;. Non que je veuille troquer de supposés habits de militant pour la robe de bure des nouveaux missionnaires : nulle trace ici, du moins je l'espère !, de bigoterie, de soumission à quelque Eglise, ou de reconnaissance des pouvoirs de ce vieillard à grande barbe trônant dans le ciel qui fit autrefois les cauchemars des libres penseurs.&lt;/i&gt; » S'il parle de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dieu&lt;/i&gt; », dit-il, c'est comme d'une « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fiction&lt;/i&gt; » : une fiction « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;par laquelle l'Homme, précisément, désigne une dimension en lui, qui, parce qu'elle transcende le social-historique, seule pourrait lui donner sens. Ici, nous touchons peut-être au point même où la crise se noue. Ici, véritablement, commence la pensée&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce même livre, il a des pages très dures sur tout ce dont la gauche se prive en jetant le bébé de la transcendance avec l'eau du bain de la superstition et de la religion : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Resterons-nous alors désarmés, cramponnés, tels des naufragés dans la tempête, à la pauvre bouée de nos lieux communs de mangeurs de curés ? Pouvons-nous vraiment nous satisfaire, pour toute analyse, des rires hébétés de quelques brutes confites en leurs conformismes irréligieux, de leurs quolibets, anathèmes et injures ? Devons-nous &lt;/i&gt;nécessairement&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; mourir idiots, parce que &#8220;de gauche&#8221; ? Autant le dire tout net, les livres qui paraissent en rangs serrés sur la foi qui tue, l'horreur des guerres de religion, l'ignominie des chercheurs de Dieu, le complot des prêtres, la nécessité de raison garder face aux dangers du fanatisme, l'excellence du doute et autres platitudes obligées de la bonne conscience,&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;tous ces grigris pourtant déjà bien usés, brandis avec une sorte d'agitation sénile pour conjurer la montée de &#8220;l'Infâme&#8221; relèvent de la pure mystification : ils sont précisément ce qu'ils dénoncent, des pamphlets mensongers s'efforçant, à l'instant où le voile se déchire, sous les assauts des dissidences, de le sauver encore, pour maintenir les masses &#8220;obscures&#8221; dans la superstition et la terreur.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« L'enjeu du politique n'est plus
&lt;br /&gt;de libérer l'individu des liens sociaux
&lt;br /&gt;et de la transcendance
&lt;br /&gt;qui lui barraient autrefois
&lt;br /&gt;le chemin de l'autonomie »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/socialisme.jpg' width='160' height='256' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_732 spip_documents spip_documents_right' /&gt;Que la gauche, désormais, se trompe de combat en tenant l'« obscurantisme » pour l'ennemi principal, c'est également la conviction d'un auteur très différent, mais qui, aujourd'hui, s'efforce lui aussi de redonner une pensée et du souffle à sa famille politique : longtemps membre du Parti socialiste, l'économiste Jacques Généreux a fini par l'abandonner pour suivre Jean-Luc Mélenchon au Parti de gauche. Dans ses livres, il travaille, comme d'autres penseurs (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article186.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Miguel Benasayag&lt;/a&gt;, François Flahault, &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article171.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Nancy Huston&lt;/a&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-11&quot; name=&quot;nh7-11&quot; id=&quot;nh7-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(11) Lire, dans Le Monde diplomatique de septembre 2009, « Le ciel nous (...)' &gt;11&lt;/a&gt;)...), à déconstruire la figure, selon lui fondamentalement erronée, de l'Individu « séparé », existant et s'épanouissant d'autant mieux qu'il serait « libéré » de tout lien avec ses semblables - la figure, précisément, devant laquelle se prosterne son ancien camarade Manuel Valls.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Loin de renier, comme ce dernier, le mot de « socialisme », Généreux se propose de lui donner un nouveau contenu, et de lui faire désigner non plus un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mode de production fondé sur l'appropriation collective des moyens de production&lt;/i&gt; », mais une « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;doctrine politique fondée sur une conception sociale de l'être humain&lt;/i&gt; ». Dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le socialisme néomoderne&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-12&quot; name=&quot;nh7-12&quot; id=&quot;nh7-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(12) Jacques Généreux, Le socialisme néomoderne ou l'avenir de la liberté, (...)' &gt;12&lt;/a&gt;), paru ce printemps, il écrit : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'enjeu du politique n'est plus de libérer l'individu des liens sociaux et de la transcendance qui lui barraient autrefois le chemin de l'autonomie. Il est de dépasser le mythe moderne de l'individu autonome qui barre la route à la construction d'une vraie liberté. Il est de remplacer un laisser-faire qui aliène par des liens qui libèrent.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De même que Le Bris renvoie les ennemis de toute transcendance à leur rôle de « prêtres », de gardiens du dogme, Généreux décèle, dans la pensée en apparence la plus sécularisée, les traces d'une vision religieuse du monde, lorsqu'on se figure un Individu « tombé du ciel » (ne dit-on pas couramment qu'un nouveau-né est « arrivé sur Terre », alors qu'il est la recombinaison d'éléments biologiques préexistants ?). Il observe : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;En postulant la préexistence d'un sujet autonome, sans se demander comment un nourrisson devient ou non un tel sujet, la pensée moderne a fait l'impasse sur la science de l'homme, et constitué l'individu dont elle parle en donnée exogène tombée du Ciel. Cette façon de nous penser nous-mêmes est devenue tellement commune que le plus militant des rationalistes peut ignorer le fondement religieux de son discours. Ainsi, tout individu hypermoderne et athée, qui se conçoit comme seule source de son être et de sa pensée, en un sens croit en Dieu sans le savoir, puisqu'il croit en un être autofondé qui ne vient pas d'autrui ; puisque, en fait, il se prend pour Dieu.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Combattre les idées fausses
&lt;br /&gt;ne consiste pas à passer la vérité
&lt;br /&gt;comme on passe le sel »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En somme, il serait temps de renoncer à une raison raisonnante qui, loin de nous garantir contre les erreurs et les croyances infondées, peut parfois nous y précipiter la tête la première, pour développer enfin une forme d'entendement capable de saisir les êtres et les choses dans leur intégrité. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il serait insensé de croire qu'il suffit de dire la vérité pour que soudain les esprits s'y convertissent par l'effet magique de la raison&lt;/i&gt;, écrit Jacques Généreux&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;. La neurobiologie nous a appris que Descartes avait tort de séparer la raison (l'esprit) des émotions (le corps).&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le cerveau rationnel est en synergie avec le cerveau des émotions, nos pensées sont aussi des émotions. Une erreur de connaissance ou de raisonnement ne peut donc être effacée d'un simple coup de brosse comme le ferait un instituteur au tableau noir. Nous faisons d'ailleurs tous l'expérience d'idées que nous reconnaissons comme fausses et qui gardent néanmoins pour nous une certaine force d'attraction. La facilité avec laquelle on peut se débarrasser d'une erreur dépend donc du complexe de représentations et d'émotions plus ou moins anciennes, conscientes ou inconscientes, auquel elle est attachée comme l'arbre à ses racines.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Combattre les idées fausses ne consiste donc pas à passer la vérité comme on passe le sel.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/dream.jpg' width='160' height='233' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_729 spip_documents spip_documents_right' /&gt;L'activiste américain Stephen Duncombe, membre du mouvement Reclaim the Streets, est l'auteur d'un essai intitulé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dream - Re-imagining progressive politics in an age of fantasy&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb7-13&quot; name=&quot;nh7-13&quot; id=&quot;nh7-13&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(13) Stephen Duncombe, Dream - Re-imagining progressive politics in an age (...)' &gt;13&lt;/a&gt;), paru en 2007 - et dont j'aurais bien voulu avoir déjà connaissance au moment d'écrire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?article59&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Rêves de droite&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, en particulier pour le chapitre « &lt;a href=&quot;http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;amp;id_article=59#chapitre3&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Portrait de la gauche en hérisson&lt;/a&gt; ». A sa manière provocatrice, un peu trop superficielle, pragmatique et pressée, mais formidablement stimulante, comme un bon coup de pied au cul, il y pointe lui aussi la faiblesse fatale que constituent, dans les habitudes de pensée de la gauche, la confiance placée tout entière dans la raison et la foi dans le fait que, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une fois que les gens, par la raison, auront accès à la Vérité, leurs yeux se dessilleront, ils verront la réalité telle qu'elle est, et, bien sûr, ils seront d'accord avec nous&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La pauvreté formelle du discours de gauche, observe-t-il, s'explique par la conviction que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la réalité, une fois libérée de la tradition et de la superstition, ainsi que des voiles de l'imagination et de l'émotion, serait évidente, donnée d'elle-même&lt;/i&gt; ». Or, il n'y a rien de plus faux : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La réalité est toujours réfractée par l'imagination, et c'est à travers l'imagination que nous vivons nos vies.&lt;/i&gt; » Un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;réel sans médiation&lt;/i&gt; » est une chose impossible. Il s'agit donc pour les progressistes, s'ils ne veulent pas être condamnés à l'insignifiance, d'apprendre « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;comment dire la vérité de manière efficace&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« L'imagination et le spectacle
&lt;br /&gt;ont été le propre du fascisme,
&lt;br /&gt;du communisme totalitaire et,
&lt;br /&gt;plus récemment, de l'indicible horreur
&lt;br /&gt;connue sous le nom de
&lt;br /&gt;&#8220;Entertainment Tonight&#8221; »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien sûr, précise Duncombe, il y a des raisons très honorables à cette méfiance envers l'imaginaire : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les rêves rendent souvent les gens de gauche nerveux. L'imagination et le spectacle ont été le propre du fascisme, du communisme totalitaire et, plus récemment, de l'indicible horreur connue sous le nom de &#8220;&lt;a href=&quot;http://www.etonline.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Entertainment Tonight&lt;/a&gt;&#8221;.&lt;/i&gt; » Le progressisme, outre qu'il est toujours sous le coup de la méchante gueule de bois des lendemains qui déchantent, doit ses plus grandes victoires historiques aux Lumières et à l'empirisme : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C'est l'empirisme qui a brisé le monopole de l'Eglise sur l'interprétation du monde, jetant à bas son pouvoir à la fois spirituel et temporel. De même, l'idéal des Lumières de l'homme comme créature raisonnante, raisonnable, a sapé les hiérarchies du féodalisme et les bases du droit divin.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sauf, ajoute Duncombe, que c'est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de l'histoire&lt;/i&gt;, précisément : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le monde d'aujourd'hui est saturé de systèmes médiatiques et abreuvé d'images publicitaires ; le discours politique est mis en forme par des experts en relations publiques, et le &lt;/i&gt;people&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; est considéré comme de l'information.&lt;/i&gt; (...)&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Mais, confrontés à ce nouveau monde, les progressistes continuent imperturbablement de jouer une partition devenue obsolète.&lt;/i&gt; » Nous fustigeons cette décadence en nous enorgueillissant de notre supériorité, et, pendant ce temps, la caravane du spectacle passe. Duncombe rappelle ce que préconisait, comme beaucoup d'autres, le critique Neal Postman : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous devons cultiver nos défenses contre les séductions de l'éloquence.&lt;/i&gt; » Or, constate-t-il, plus d'un quart de siècle de critique et de déconstruction avisée des médias et de la publicité n'a en rien diminué leur empire : il a simplement amené les publicitaires à multiplier les recours aux clins d'&#339;il et au second degré pour mieux les déjouer, et ainsi maintenir leur complicité avec le consommateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, le bannissement des émotions du champ de la politique « noble » ne date pas d'hier : faisant écho aux interrogations de Michel Le Bris, que le militantisme avait détourné de la musique et de la littérature, Duncombe rappelle qu'Aristote, déjà, proscrivait la musique, jugée dangereuse parce qu'elle « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parlait au c&#339;ur et au corps, et non à l'entendement&lt;/i&gt; ». Mais il serait temps, dit-il, de revoir ce préjugé : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'irrationnel et l'émotionnel ne sont pas en eux-mêmes des aspects négatifs de la politique. Ils ne sont pas quelque chose qui doit être prohibé, ni même civilisé ; ils peuvent être nobles et bons. Ils sont, en tout cas, des éléments auxquels il est incontournable de s'adresser si l'on nourrit l'espoir d'exercer le pouvoir politique.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« L'aspiration au plaisir,
&lt;br /&gt;à l'aventure,
&lt;br /&gt;aux belles histoires,
&lt;br /&gt;a si longtemps été laissée
&lt;br /&gt;aux bons soins du diable
&lt;br /&gt;que la plupart des gens pensent
&lt;br /&gt;que c'est lui qui inspire la demande :
&lt;br /&gt;ils se trompent »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Assurément, effectuer ce saut culturel dans le vide n'est pas sans risques ; mais les progressistes sont au pied du mur : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;S'en tenir au confort du connu nous offre la possibilité d'un voyage serein ; sauf que ce voyage ne mène nulle part. La rationalité et la raison qui autrefois nous ont libérés de l'autorité font aujourd'hui de nous des lâches, étudiant minutieusement la réalité au lieu de la changer.&lt;/i&gt; » D'ailleurs, remarque-t-il, parmi les dégâts causés par cette paralysie, il y a déjà le fait qu'à force de ne pas vouloir se salir les mains avec les représentations, les progressistes ont « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;laissé l'ennemi les définir&lt;/i&gt; » : désormais, c'est une affaire entendue, « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;les libéraux &lt;/i&gt;[au sens américain du terme]&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; sont pusillanimes, faibles et élitistes ; les gauchistes sont des cinglés dangereux ; tous sont déconnectés de la majorité de leurs concitoyens&lt;/i&gt; ». Il devient urgent de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faire la paix avec les représentations&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Duncombe cite Walter Lippmann : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'aspiration au plaisir, à l'aventure, aux belles histoires, a si longtemps été laissée aux bons soins du diable que la plupart des gens pensent que c'est lui qui inspire la demande : ils se trompent.&lt;/i&gt; » Il s'agit d'admettre que la culture de masse ou commerciale « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parle à quelque chose de réel et de profond en nous&lt;/i&gt; ». Se voiler la face revient à s'adresser non pas aux gens tels qu'ils sont (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;émotionnels, passionnés, bon public&lt;/i&gt; »), mais tels qu'on souhaiterait qu'ils soient selon un modèle idéal : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sobres, raisonnables, moraux&lt;/i&gt; ». C'est là exactement ce que Michel Le Bris reprochait aux intellectuels « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;effarés par le retour du spirituel&lt;/i&gt; » : rêver « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de dissidents propres et nets, lavés de leurs superstitions superflues, rationalisés enfin&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'accrocher à un tel modèle implique d'ailleurs aussi une bonne dose d'autocensure. Duncombe cite Lippmann, encore : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au lieu de nier nos pulsions, nous devons les canaliser autrement.&lt;/i&gt; » Il s'agit d'apprendre à élaborer une politique « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;enracinée dans nos propres passions&lt;/i&gt; ». « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas notre boulot de condamner les fantasmes et les désirs populaires&lt;/i&gt;, assène-t-il. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Notre boulot, c'est de leur accorder toute notre attention, d'apprendre d'eux, et peut-être même - Dieu nous garde ! - d'en jouir nous-mêmes. Ensuite, les caramboler, et les emmener ailleurs.&lt;/i&gt; » Un programme qu'il s'applique d'abord à lui-même, en analysant par exemple les ressorts profonds du plaisir qu'il prend à jouer à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Grand Theft Auto&lt;/i&gt;, un jeu très populaire et particulièrement violent. Il interroge aussi ce qui est à l'&#339;uvre dans notre fascination pour la vie des célébrités : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'ont donc les célébrités que nous n'avons pas ? La richesse, les loisirs, la beauté. Traduit en termes d'accès, et non d'excès, cela donne du pain bénit pour les progressistes : de meilleurs salaires, des semaines de travail plus courtes, des vacances réglementaires, et des soins médicaux et dentaires universels.&lt;/i&gt; » Culotté, mais pas idiot...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La publicité a su récupérer
&lt;br /&gt;les rêves de transformation
&lt;br /&gt;que la politique ne savait plus nourrir&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rejet arrogant&lt;/i&gt; » de la culture commerciale et son « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;acceptation démagogique&lt;/i&gt; », Duncombe propose donc d'ouvrir une troisième voie. La partie la plus frappante de son livre est peut-être celle où il analyse le discours publicitaire. A sa manière, fait-il remarquer, la publicité a fonctionné comme un « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;inestimable bureau de propagande pour les idéaux progressistes, en maintenant vivante la flamme de l'espoir&lt;/i&gt; » : après tout, ce que vend le moindre spot, n'est-ce pas le « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rêve d'une vie meilleure&lt;/i&gt; » ? La publicité a su récupérer les « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;rêves de transformation&lt;/i&gt; » que la politique ne savait plus nourrir ; sachant à merveille « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;parler au désir, pas à la raison&lt;/i&gt; », elle marche parce qu'elle est « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une fausse promesse, mais une promesse tout de même&lt;/i&gt; ». La tâche des progressistes, c'est donc de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;libérer les fantasmes piégés par la publicité&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour l'illustrer, Duncombe prend l'exemple d'un spot pour un fast-food. On y voit un père qui, revenant du travail, passe prendre sa petite fille à son domicile, l'emmène manger un hamburger, puis se promène avec elle au zoo. A condition d'en expurger la partie « hamburger », affirme-t-il avec aplomb (en évacuant tout de même un peu vite l'esthétique problématique de ce genre de clips...), ce film ferait « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;une excellente publicité pour un agenda progressiste&lt;/i&gt; » : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Comment un hamburger pourrait-il me donner des après-midi libres, du temps avec mes enfants, ou faire briller le soleil sur des espaces publics gratuits et bien entretenus ? C'est simple : il ne le peut pas. En revanche, il est très facile de faire le lien entre l'utopie McDo et une politique progressiste : une législation qui offre des semaines de travail plus courtes, davantage de congés - et, au passage, moins de chômage ; des congés parentaux généreux qui favorisent l'équilibre des rôles paternel et maternel ; des politiques publiques qui financent largement les musées, les parcs et les zoos...&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Apprendre le langage des associations&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Un père, une fille + McDonald's = nirvana familial » : l'absurdité d'une telle équation n'échappe à personne. Comment expliquer, alors, l'impact de la publicité ? Par le fait, répond Duncombe, qu'elle ne repose pas sur des équations, ni sur une logique linéaire, mais sur des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;associations&lt;/i&gt;, et se contente de juxtaposer des images : vous ne pouvez pas être accusé de mensonge quand vous n'affirmez rien. Consubstantiel à l'ère de l'image, le langage des associations, dit-il, est devenu incontournable. Et il remarque que les conservateurs ne se privent pas d'y avoir recours : en répétant constamment, dans une seule et même phrase, les mots « Irak » et « terrorisme », ou « Saddam Hussein » et « Al-Qaeda », le président Bush a ainsi réussi à inculquer à une majorité d'Américains la certitude que le président irakien était responsable des attentats du 11 septembre. En revanche, quand son gouvernement a voulu utiliser la logique linéaire - la calamiteuse présentation de Colin Powell aux Nations unies -, la fausseté du procédé a sauté aux yeux de tous. Comment se fait-il, interroge Duncombe, que les seuls à s'interdire le langage des associations, les progressistes, soient aussi les seuls qui seraient en mesure de proposer des associations honnêtes et pertinentes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Duncombe affronte aussi la question de l'individu. La gauche, et c'est tout à son honneur, dit-il, croit à la communauté, à la société. Mais cela l'affaiblit aussi en l'amenant à s'adresser trop souvent à des entités abstraites plutôt qu'à des personnes, ainsi qu'à négliger ou à disqualifier les désirs de distinction ou de quant-à-soi, perçus comme d'impardonnables trahisons. Dans le succès du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;people&lt;/i&gt;, Duncombe voit aussi un besoin de reconnaissance, une aspiration à la visibilité. Et il déplore que la gauche, trop souvent, ne sache faire appel qu'aux valeurs de sacrifice, négligeant la qualité du quotidien, des moyens, pour se focaliser sur les fins (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le problème avec le socialisme&lt;/i&gt;, disait Oscar Wilde, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est que ça occupe trop de soirées&lt;/i&gt; »).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est aussi cela qui sourd, d'ailleurs, dans la réplique fielleuse de l'« Institut de démobilisation » au manifeste d'Etonnants Voyageurs : Michel Le Bris y est présenté comme un de ces renégats qui ont délaissé l'engagement politique pour lui préférer leur nombril (« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a l'engagement politique d'un côté, et il y a les irrépressibles &#8220;puissances d'incandescence&#8221; d'une petite carrière à soi de l'autre&lt;/i&gt; ») ; sauf que c'est ce retour à soi, et lui seul, qui lui a permis de produire, comme auteur et comme éditeur, des livres auxquels certains ont la faiblesse de trouver un intérêt... (Alors que la rhétorique robotique, dogmatique et prévisible du texte qui le brocarde donnerait plutôt envie de se flinguer.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Si les hommes peuvent
&lt;br /&gt;mourir pour des idées, &lt;br /&gt;c'est qu'ils en vivent,
&lt;br /&gt;au sens le plus physique du terme »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, parmi les raisons qui poussent les progressistes à se méfier de l'imaginaire, il y a peut-être encore autre chose que l'héritage des Lumières, sur lequel Duncombe n'insiste pas assez : le poids de la tradition marxiste, qui invite à n'attacher d'importance qu'aux faits, et à minimiser le rôle des idées - ce qui est assez paradoxal, s'agissant justement d'une théorie qui, pour le meilleur et pour le pire, a bouleversé la face du monde ! C'est Jacques Généreux qui, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le socialisme néomoderne&lt;/i&gt;, fait un sort à ce préjugé :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce l'existence matérielle qui détermine la conscience des hommes, comme l'écrivait Marx, ou l'inverse, comme le suggérait l'idéalisme allemand qui était la cible de Marx dans &lt;/i&gt;L'Idéologie allemande&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; ? La réalité est que cette question n'a pas de sens, car la conscience est une composante toute aussi matérielle de l'existence humaine que les conditions de travail et de production. Non seulement les idées, les croyances et les mots ont une existence physique pas moins tangible que les biens dits &#8220;matériels&#8221;, mais encore l'effet desdits biens sur notre existence dépend en partie des représentations symboliques que nous leur attachons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La force des représentations et des discours qui les mettent en scène est à ce point démontrée qu'il est insensé de soutenir le matérialisme vulgaire au nom duquel certains prétendent mépriser l'idéologie et les &#8220;grands récits&#8221; politiques. En réalité, si les hommes peuvent mourir pour des idées, c'est qu'ils en vivent, au sens le plus physique du terme. Et, par voie de conséquence, quand ils ne peuvent plus mourir pour des idées, c'est qu'ils sont moins vivants. Un &#8220;citoyen&#8221; qui ne s'intéresserait vraiment plus qu'au &#8220;pouvoir d'achat&#8221; promis par le discours politique ne serait pas loin de l'agonie psychique : le cerveau serait quasi éteint faute d'être encore stimulé par le bouillonnement incessant des représentations qui font la vie d'un être humain.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Le Bris, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, lui fait écho : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Seules les choses sont mues par des &lt;/i&gt;causes&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; ; les êtres humains, aussi soumis soient-ils à des déterminismes, n'en sont pas moins mus aussi par des &lt;/i&gt;buts&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;. Sinon, comment et pourquoi se révolteraient-ils ?&lt;/i&gt; » Stephen Duncombe également, lorsqu'il pointe les insuffisances de l'analyse d'écrivains comme Thomas Frank (auteur de &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/pourquoilespauvresvotentadroite/index.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi les pauvres votent à droite&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Selon eux, si le Parti démocrate veut avoir un avenir, il doit adopter des politiques qui bénéficient à la majorité des Américains. Frank a absolument raison. Mais, à moins que les démocrates ne développent des stratégies pour &#8220;vendre&#8221; ces gains matériels, et prennent en compte la nature plus immatérielle des espoirs et des désirs des citoyens, ils continueront d'échouer.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Généreux, au passage, règle son compte à l'antienne selon laquelle « tout ça c'est bien joli, mais les gens veulent du concret » : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;D'aucuns pensent peut-être que, de nos jours, la &#8220;théorie&#8221; ne sert plus à grand-chose en politique, parce que les individus se méfient des idéologies et attendent surtout des résultats concrets. C'est là une funeste illusion dont s'est toujours gardée la droite.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[Celle-ci] a compris la nécessité et l'efficacité politique de l'idéologie, au point de la dissimuler sous les apparences du bon sens, car on supporte mieux la piqûre quand on nous cache la seringue.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les élections se gagnent et se perdent encore, et peut-être même plus qu'avant, sur le &lt;/i&gt;discours&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; des politiques, sur l'histoire qu'ils racontent au pays.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A Duncombe le mot de la fin : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Embrasser nos rêves ne signifie pas que nous devions fermer nos yeux, et nos esprits, sur la réalité. Les progressistes peuvent, et doivent, faire les deux : étudier avec sérieux ET rêver avec intensité. En résumé, il nous faut devenir un parti de rêveurs conscients&lt;/i&gt; » - et apprendre enfin à « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;entremêler le réel et le fantastique, le lourd et le léger, le politique et le personnel, de la même manière qu'ils sont entremêlés dans le c&#339;ur des gens, dans leur esprit et dans leur vie&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;Merci à &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Amazir Zali&lt;/strong&gt; pour le titre :-)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-1&quot; name=&quot;nb7-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Michel Le Bris, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;, Grasset, collection « Figures », Paris, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-2&quot; name=&quot;nb7-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Cité dans son autobiographie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, Grasset, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-3&quot; name=&quot;nb7-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Flammarion, Paris, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-4&quot; name=&quot;nb7-4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) Skira, Genève, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-5&quot; name=&quot;nb7-5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Défi romantique, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-6&quot; name=&quot;nb7-6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;) Michel Le Bris, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-7&quot; name=&quot;nb7-7&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;7&lt;/a&gt;) Henry Corbin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi&lt;/i&gt;, Entrelacs, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-8&quot; name=&quot;nb7-8&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;8&lt;/a&gt;) Michel Le Bris, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-9&quot; name=&quot;nb7-9&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;9&lt;/a&gt;) Alan W. Watts, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Eloge de l'insécurité&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Benjamin Guérif, Payot, 2003 [1951].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-10&quot; name=&quot;nb7-10&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;10&lt;/a&gt;) Daniel Lindenberg, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le procès des Lumières&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-11&quot; name=&quot;nb7-11&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;11&lt;/a&gt;) Lire, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;septembre 2009&lt;/a&gt;, « Le ciel nous préserve des optimistes ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-12&quot; name=&quot;nb7-12&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;12&lt;/a&gt;) Jacques Généreux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le socialisme néomoderne ou l'avenir de la liberté&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh7-13&quot; name=&quot;nb7-13&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;13&lt;/a&gt;) Stephen Duncombe, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dream - Re-imagining progressive politics in an age of fantasy&lt;/i&gt;, The New Press, New York, 2007. Merci à Mathieu O'Neil pour le conseil de lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Le Bris&lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt;, Grasset, collection « Figures », Paris, 1981 ; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Défi romantique&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 2002 ; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne sommes pas d'ici&lt;/i&gt;, autobiographie, Grasset, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Jacques Généreux&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://neomoderne.fr/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le socialisme néomoderne ou l'avenir de la liberté&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Seuil, Paris, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Stephen Duncombe&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.dreampolitik.com/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dream - Re-imagining progressive politics in an age of fantasy&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, The New Press, New York, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Le Chevalier au spéculum</title>
		<link>http://peripheries.net/article322.html</link>
		<dc:date>2009-08-28T14:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique4.html">Feuilles de route</category>

		<dc:subject>Femmes</dc:subject>
		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>Ecrire un roman polyphonique jubilatoire, plein de rebondissements et d'émotion, autour du service de gynécologie d'un CHU de province ? C'est le pari que réussit Martin Winckler avec Le Ch&#339;ur des femmes. Il y met en scène la rencontre de Franz Karma, directeur de l'unité 77, médecin contestataire et marginal, et de son nouveau stagiaire, Jean Atwood, brillant interne des hôpitaux, futur chirurgien, furieux de devoir, pour achever sa formation, passer six mois à « écouter des histoires de bonnes femmes ». Ces (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique4.html" rel="category"&gt;Feuilles de route&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot1.html" rel="tag"&gt;Femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://peripheries.net/mot15.html" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://peripheries.net/IMG/arton322.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;140&quot; height=&quot;207&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ecrire un roman polyphonique jubilatoire, plein de rebondissements et d'émotion, autour du service de gynécologie d'un CHU de province ? C'est le pari que réussit &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Martin Winckler&lt;/strong&gt; avec &lt;b&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;. Il y met en scène la rencontre de Franz Karma, directeur de l'unité 77, médecin contestataire et marginal, et de son nouveau stagiaire, Jean Atwood, brillant interne des hôpitaux, futur chirurgien, furieux de devoir, pour achever sa formation, passer six mois à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;« écouter des histoires de bonnes femmes »&lt;/i&gt;. Ces deux-là vont s'affronter, se pousser mutuellement dans leurs retranchements, avant de s'apprivoiser, puis de bouleverser la vie l'un de l'autre. Un livre formidable, mêlant le divertissement et l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;empowerment&lt;/i&gt;, qui pose mille questions sur la culture médicale dominante, sur la relation médecin/patient, et dont on ressort avec une patate rare.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsqu'un écrivain qui, comme l'écrasante majorité de ses semblables, exerce par ailleurs un autre métier (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb8-1&quot; name=&quot;nh8-1&quot; id=&quot;nh8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) A propos de la double vie des écrivains, lire sur ce site « (...)' &gt;1&lt;/a&gt;), s'invente un double idéalisé exerçant la même profession que lui, et investit dans son texte toute la passion que lui inspire cette activité, le sens politique qu'elle revêt à ses yeux, cela donne souvent des romans irrésistibles, que l'on dévore avec un immense plaisir, en leur pardonnant allègrement tous leurs éventuels petits défauts. La fiction permet à l'auteur d'avoir les coudées franches pour balayer tout ce qui, dans la vie réelle, l'empêche de faire son métier dans les conditions dont il rêve, tandis que sa connaissance intime du sujet assure la vraisemblance de ce qu'il raconte. Non seulement le livre a ainsi une valeur documentaire, mais il sert de tribune du haut de laquelle exposer sa vision d'une profession et des chambardements dont elle aurait grand besoin pour le bien de la société.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La trilogie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Millénium&lt;/i&gt;, par exemple, relevait de ce cas de figure : à travers le personnage de Mikael Blomkvist, journaliste d'investigation comme lui, Stieg Larsson lâchait la bride à ses propres aspirations professionnelles. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Millénium&lt;/i&gt;, le journal indépendant dans lequel travaille Blomkvist, rappelle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Expo&lt;/i&gt;, le trimestriel fondé par Larsson. Dans la vraie vie, ce dernier, lui aussi, combattait l'extrême droite suédoise et les affairistes ; mais il ne bénéficiait pas pour cela de l'aide d'une hacker de génie taillée comme une crevette et néanmoins reine de la baston, ce qui, on en conviendra, est quand même très dommage. Si des millions de lecteurs ont pris un tel pied à suivre les aventures du duo Blomkvist-Salander, c'est bien parce que l'auteur a su les inviter dans un fantasme finalement très personnel. Il fait plaisir parce qu'il &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;se&lt;/i&gt; fait plaisir, sur toute la ligne - y compris en faisant de son héros un don juan ! Il s'agit d'un plaisir de nature presque enfantine, au très bon sens du terme : Larsson revendique l'influence de sa compatriote Astrid Lindgren, créatrice à la fois des personnages de Fifi Brindacier - à qui Lisbeth Salander doit beaucoup - et de « Super Blomkvist », un enfant-détective célèbre en Suède. Plus largement, on sent chez Larsson, qui fut président de la plus grande association de science-fiction scandinave, un goût très vif pour la culture populaire à son meilleur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src='http://peripheries.net/IMG/jpg/choeur.jpg' width='160' height='236' style='float: right; border-width: 0px; width:160px;' alt=&quot;(JPG)&quot; class='spip_document_727 spip_documents spip_documents_right' /&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, le nouveau roman de Martin Winckler, appartient lui aussi à cette catégorie que l'on pourrait baptiser « littérature du double métier » (ou « mégalomanie constructive » !). Certes, c'était déjà le cas de la plupart de ses précédents livres, à commencer par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La maladie de Sachs&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Trois Médecins&lt;/i&gt; ; mais jamais encore il n'était parvenu à un résultat aussi jubilatoire (six cents pages dévorées en deux jours : qui dit mieux ?! (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb8-2&quot; name=&quot;nh8-2&quot; id=&quot;nh8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Ajout du 31 août 2009 : lire, sur le blog que vient d'entamer Martin (...)' &gt;2&lt;/a&gt;)). Marqué lui aussi par la culture populaire - on connaît son amour des séries américaines (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb8-3&quot; name=&quot;nh8-3&quot; id=&quot;nh8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Lire « Les séries m'ont appris à faire confiance au lecteur », (...)' &gt;3&lt;/a&gt;) -, il réussit ici une alchimie parfaite entre la dose de suspense et d'action (il y a même un peu de castagne) et le propos militant, sur un sujet qui, à première vue, semble pourtant s'y prêter nettement moins bien que le journalisme d'investigation : la médecine gynécologique...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, Winckler, comble du raffinement, pratique même le dédoublement du double : le héros du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, Franz Karma, directeur d'un service hospitalier dédié à l'accueil des femmes, est un ami de Bruno Sachs, le protagoniste de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Vacation&lt;/i&gt;, de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La maladie de Sachs&lt;/i&gt; et des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trois médecins&lt;/i&gt;. On apprend ici que Sachs, comme Winckler lui-même, lassé de répéter que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;la formation des médecins en France est archaïque et violente&lt;/i&gt; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb8-4&quot; name=&quot;nh8-4&quot; id=&quot;nh8-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(4) Lire « L'école des soignants : un rêve, un projet, un (nouveau) (...)' &gt;4&lt;/a&gt;) », s'est expatrié au Canada. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne m'a pas &quot;abandonné&quot;&lt;/i&gt;, dit Karma à un autre personnage à propos de son vieux complice. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il a raccroché, le moment venu, comme nous en avions convenu, et il a eu raison. Il en avait fait assez, il avait le droit de vivre. Et crois-moi, ce qu'il fait là-bas, nous allons tous en bénéficier.&lt;/i&gt; » Ainsi, la fiction offre même à Winckler le luxe de l'ubiquité : elle lui permet à la fois de continuer la bagarre en France, à travers Franz Karma, et d'aller réaliser les expérimentations dont il rêve dans un pays davantage prêt à les accueillir, à travers Bruno Sachs...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le vieux contestataire
&lt;br /&gt;et le jeune cynique&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la ville imaginaire de Tourmens - théâtre de tous les romans de Winckler -, Franz Karma, médecin rebelle, à qui sa réputation de séducteur vaut le surnom de « Barbe-Bleue », dirige l'unité 77, un microcosme utopique dont l'équipe accueille et écoute les femmes, leur prescrit des contraceptifs et pratique des avortements. Le service dispose aussi de quelques lits, en particulier pour les malades en fin de vie, à qui il permet de finir leurs jours dans un environnement pas trop médicalisé, sans pour autant être à la charge de leur famille. Il reçoit des patientes de tous horizons : celles dont on ne veut pas ailleurs - les sans domicile fixe, les femmes du voyage, les femmes voilées -, mais aussi les épouses de notables qui préfèrent ne pas courir le risque que ce qu'elles auront confié à leur gynécologue de ville revienne aux oreilles de leur mari.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le roman s'ouvre sur l'arrivée au sein de l'unité 77 de Jean Atwood, jeune médecin brillant, major de sa promotion, qui se destine à la chirurgie gynécologique, mais que, à sa grande fureur, on oblige à venir terminer sa formation dans le service du docteur Karma. Atwood n'a aucune envie de passer six mois à « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;écouter des histoires de bonnes femmes&lt;/i&gt; » en tenant la main des patientes, et trouve éc&#339;urantes la bienveillance mielleuse de « Barbe-Bleue », sa certitude d'avoir tout compris, la guerre ouverte qu'il mène contre la quasi-totalité de ses confrères. Karma, en effet, se fout des rapports de confraternité : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La loyauté d'un soignant&lt;/i&gt;, affirme-t-il, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;va d'abord à ses patients, ensuite seulement à ses confrères.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plupart du temps, dans ce roman polyphonique - comme l'indique son titre -, c'est Atwood qui raconte. Son point de vue corrosif sur l'unité 77 et sur Karma neutralise, en les devançant, les réactions agressives ou le scepticisme qui pourraient être ceux du lecteur. Ses constantes questions et objections, voire ses vitupérations scandalisées, poussent son patron dans ses retranchements, l'obligeant à s'expliquer, à expliciter et à défendre la philosophie qui sous-tend sa pratique, en même temps qu'elles révèlent les a priori arrogants et cyniques dont Atwood a le crâne bourré au terme de ses études (après le coup de théâtre de la page 39, on est définitivement ferré). Winckler achève de conquérir le lecteur - et la lectrice - en jouant avec ses propres préjugés misogynes, en l'amenant à en prendre conscience, à les interroger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même si l'on devine bien, dès le départ, que l'on va assister à la lente conversion d'Atwood, le processus est captivant à suivre - d'autant plus que de nombreux secrets, qui seront révélés peu à peu, entourent les deux personnages, créant un suspense haletant. On partage l'extraordinaire soulagement et l'euphorie qui s'emparent du jeune médecin au fur et à mesure que ses défenses tombent, et que se révèlent les immenses gratifications offertes par ce rapport nouveau à son métier et aux patientes. L'écriture du roman, vivante, rapide, efficace, dénote une conviction et un enthousiasme contagieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ses livres comme &lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;sur son site&lt;/a&gt;, Winckler n'en finit pas de s'époumoner contre la culture dominante du corps médical, contre le rapport de supériorité condescendante, voire méprisante et inhumaine, qu'il entretient trop souvent à l'égard des patients. Un rapport dont on peine à trouver une meilleure expression que celle formulée en son temps par Pierre Desproges - atteint d'un cancer, il connaissait bien l'autre côté de la barrière - dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Vivons heureux en attendant la mort&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je hais les médecins. Les médecins sont debout. Les malades sont couchés. Le médecin debout, du haut de sa superbe, parade tous les jours dans tous les mouroirs à pauvres de l'Assistance publique, poursuivi par le zèle gluant d'un troupeau de sous-médecins serviles qui lui collent au stéthoscope comme un troupeau de mouche à merde sur une blouse diplômée, et le médecin debout glougloute, et fait la roue au pied des lits des pauvres qui sont couchés et qui vont mourir, et le médecin leur jette à la gueule, sans les voir, des mots gréco-latins que les pauvres couchés ne comprennent jamais, et les pauvres couchés n'osent pas demander, pour ne pas déranger le médecin debout qui pue la science et qui cache sa propre peur de la mort en distribuant sans sourciller ses sentences définitives et ses antibiotiques approximatifs comme un pape au balcon dispersant la parole et le sirop de Dieu sur le monde à ses pieds.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bruno Sachs, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La maladie de Sachs&lt;/i&gt;, n'était pas plus tendre. Des cahiers qu'il tenait pendant ses études, il exhumait des réquisitoires d'une virulence dévastatrice dont il ne reniait pas une ligne. Il se souvenait d'un petit fait ô combien révélateur : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant toutes mes études, chaque année, j'ai donné mon sang. Les membres du service de transfusion sanguine s'installaient une fois par an dans les couloirs attenants à la cafétéria de la faculté.&lt;/i&gt; (...) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un jour, j'ai demandé à une des infirmières qui prélevaient s'ils passaient comme ça dans toutes les facs. Elle m'a répondu que oui, en ajoutant que les étudiants en médecine et en pharmacie étaient ceux qui donnaient le moins.&lt;/i&gt; » Et il constatait : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant dix ans d'études, j'ai appris à palper, manipuler, inciser, suturer, bander, plâtrer, ôter des corps étrangers à la pince, mettre le doigt ou enfiler des tuyaux dans tous les orifices possibles, piquer, perfuser, percuter, secouer, faire un &quot;bon diagnostic&quot;, donner des ordres aux infirmières, rédiger une observation dans les règles de l'art et faire quelques prescriptions,&lt;/i&gt; mais pendant toutes ces années, jamais on ne m'a appris à soulager la douleur, ou à éviter qu'elle n'apparaisse. Jamais on ne m'a dit que je pouvais m'asseoir au chevet d'un mourant et lui tenir la main, et lui parler. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La violence de ce rapport de pouvoir a tendance à être plus grande encore quand les patients sont des patientes ; il peut alors facilement se teinter de haine. On trouvait ainsi dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Trois Médecins&lt;/i&gt;, qui se déroulait dans les années 1970, un terrifiant personnage de chirurgien qui se vantait de ne jamais avoir d'états d'âme quand il s'agissait de « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;faire sauter&lt;/i&gt; » un sein ou un utérus. Sans aller jusque-là, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt; montre à quel point, en matière de contraception et d'avortement, le comportement de bien des médecins reste dicté par des réflexes moralisateurs, voire répressifs, dont Jean Atwood, au début, fournit un assez bon échantillon. Maud Gelly, jeune médecin et militante du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), nous racontait d'ailleurs : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au cours de mes études, j'ai fait un passage dans un service de gynécologie, et j'ai été révoltée par la façon dont on traitait les femmes qui venaient avorter. J'ai vu un jour un médecin jeter devant l'une d'elles une plaquette de pilules en lui disant : &lt;/i&gt;&#8220;Allez, montrez-moi comment on s'en sert !&#8221; (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb8-5&quot; name=&quot;nh8-5&quot; id=&quot;nh8-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(5) Voir « Les acquis féministes sont-ils irréversibles ? », Le Monde (...)' &gt;5&lt;/a&gt;) »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Le soignant, &lt;br /&gt;c'est celui
&lt;br /&gt;à qui le patient
&lt;br /&gt;prend la main »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est cette posture défensive, ce maintien d'une barrière infranchissable entre médecin et patient, que Winckler et ses personnages dynamitent tranquillement. Le premier aime à citer ce mot plein de sagesse : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=617&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La seule différence entre Dieu et un médecin&lt;/a&gt;, c'est que Dieu ne se prend pas pour un médecin.&lt;/i&gt; » Karma, lui, va répétant que « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;soigner, ce n'est pas&lt;/i&gt; jouer au docteur ». Et l'exergue de l'un des chapitres du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt; affirme avec malice : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le soignant, c'est celui à qui le patient prend la main.&lt;/i&gt; » En interdisant de se barricader dans la position de celui - ou de celle - qui sait, qui fait partie de la prestigieuse confrérie des médecins, et que ni la douleur, ni la mort ne concernent personnellement, cette attitude, évidemment, implique le renoncement aux illusions de la toute-puissance, l'acceptation de sa propre vulnérabilité d'être humain ; autant dire un investissement d'une nature tout à fait différente, tourné davantage vers le bien-être du patient, vers le sens même du métier de médecin, que vers la préservation orgueilleuse d'un statut professionnel et social. « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Soigner&lt;/i&gt;, assène Karma à Atwood, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;c'est fatigant, déprimant et ingrat.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fatigant, certes. Mais déprimant ? Ingrat ? A lire &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, ce n'est pas l'impression que l'on a, loin de là. Comme Winckler lui-même, Karma tient un site Internet sur lequel, tel un voyageur en ballon qui lâcherait du lest pour monter plus haut, il diffuse de l'information médicale (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb8-6&quot; name=&quot;nh8-6&quot; id=&quot;nh8-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(6) Parmi les contributions extérieures, on retrouve un article de Périphéries (...)' &gt;6&lt;/a&gt;), dilapidant ainsi ce précieux savoir qu'il serait censé garder par-devers lui. Remise en cause de la nécessité d'un examen systématique pour une simple prescription de contraceptif, de la posture d'examen « jambes écartées », de l'utilisation inutilement douloureuse de la pince de Pozzi, des préjugés sur le stérilet... : le livre regorge de considérations surprenantes, stimulantes, qui en font un véritable outil d'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;empowerment&lt;/i&gt;, donnant à la lectrice le sentiment de récupérer un regard critique sur la façon dont on la soigne, loin de la révérence craintive qu'inspire en général le corps médical. Avec la santé des femmes, mais aussi avec la question méconnue de l'intersexualité et, plus largement, de l'identité sexuelle, également abordées dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;, le romancier Winckler a définitivement trouvé ses sujets de prédilection. On en sort avec une pêche insubmersible, et l'espoir que ce livre saura réveiller des vocations, et donner envie à de jeunes médecins de prendre leur courage à deux mains pour s'en aller, à leur tour, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;terrasser le dragon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh8-1&quot; name=&quot;nb8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) A propos de la double vie des écrivains, lire sur ce site « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article309.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;L'emploi du temps&lt;/a&gt; » (mars 2007).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh8-2&quot; name=&quot;nb8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ajout du 31 août 2009&lt;/strong&gt; : lire, sur le blog que vient d'entamer Martin Winckler, le billet intitulé « &lt;a href=&quot;http://wincklersblog.blogspot.com/2009/08/suivre.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;(A suivre...)&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh8-3&quot; name=&quot;nb8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Lire « &lt;a href=&quot;http://www.telerama.fr/livre/le-romancier-martin-winckler-les-series-m-ont-appris-a-faire-confiance-au-lecteur,43104.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les séries m'ont appris à faire confiance au lecteur&lt;/a&gt; », Télérama.fr, 30 mai 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh8-4&quot; name=&quot;nb8-4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) Lire « &lt;a href=&quot;http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=923&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;L'école des soignants : un rêve, un projet, un (nouveau) départ...&lt;/a&gt; », Winckler's Webzine, 17 juillet 2009.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh8-5&quot; name=&quot;nb8-5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) Voir « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/CHOLLET/14649&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les acquis féministes sont-ils irréversibles ?&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, avril 2007.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh8-6&quot; name=&quot;nb8-6&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;6&lt;/a&gt;) Parmi les contributions extérieures, on retrouve un article de Périphéries sur le choix de ne pas avoir d'enfant, « &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article308.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La vie est un manège&lt;/a&gt; » (3 février 2007). A ce sujet, voir aussi le programme de l'Université des femmes de Bruxelles, « &lt;a href=&quot;http://www.universitedesfemmes.be/061_seminaires-feminisme.php?idsem=64&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;En avoir ou pas. Les féministes et les maternités&lt;/a&gt; » (septembre 2009 - février 2010).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;b&gt;Martin Winckler, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ch&#339;ur des femmes&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, P.O.L., 600 pages, 22,80 euros. &lt;br /&gt;On peut &lt;a href=&quot;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6290&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;lire les premières pages&lt;/a&gt; sur le site de l'éditeur.&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



	<item>
		<title>Construire l'ennemi</title>
		<link>http://peripheries.net/article321.html</link>
		<dc:date>2009-01-01T21:34:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mona Chollet</dc:creator>

		<category domain="http://peripheries.net/rubrique6.html">Editorial</category>

		<dc:subject>Israël / Palestine</dc:subject>

		<description>Qu'elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l'expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l'opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime... Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d'intensifier en proportion les efforts de propagande. Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée. Vous croyez voir une population prise au piège, (...)

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&lt;a href="http://peripheries.net/rubrique6.html" rel="category"&gt;Editorial&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://peripheries.net/mot16.html" rel="tag"&gt;Israël / Palestine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Qu'elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l'expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l'opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime... Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d'intensifier en proportion les efforts de propagande. Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée. Vous croyez voir une population prise au piège, privée de tout par un blocus inhumain, se faire massacrer par un Etat qui, soutenu par la première puissance mondiale et assuré, quels que soient ses forfaits, de ne jamais être inquiété, occupe illégalement des territoires et opprime un peuple depuis quarante ans, en violant sans cesse ses engagements ? Abracadabra ! Mais non : vous voyez un pauvre petit Etat merveilleusement démocratique se défendre contre les méchants islamistes qui veulent sa perte.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l'expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l'opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime... Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d'intensifier en proportion les efforts de propagande. Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée. Vous croyez voir une population prise au piège, privée de tout par un blocus inhumain, se faire massacrer par un Etat qui, soutenu par la première puissance mondiale et assuré, quels que soient ses forfaits, de ne jamais être inquiété, occupe illégalement des territoires et opprime un peuple depuis quarante ans, en violant sans cesse ses engagements ? Abracadabra ! Mais non : vous voyez un pauvre petit Etat merveilleusement démocratique se défendre contre les méchants islamistes qui veulent sa perte. Et le pauvre petit Etat est vraiment désolé de devoir au passage réduire en charpie quelques gamins - les seuls Palestiniens que l'on daigne considérer comme « innocents », ce sont les enfants ; et encore... - pour parvenir à atteindre les fourbes activistes méritant mille fois la mort qui se cachent lâchement parmi eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« A partir du moment où l'autre est l'ennemi, il n'y a plus de problème. » On avait déjà eu l'occasion de citer &lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article219.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; cette phrase par laquelle, dans le roman de Stéphanie Benson &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cavalier seul&lt;/i&gt;, un personnage explique comment on peut justifier les pires crimes. Croit-on vraiment qu'un seul massacre ait pu se commettre sans que ses auteurs se persuadent et persuadent les autres qu'ils y étaient obligés par le danger que représentaient leurs victimes ? Dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La peur des barbares&lt;/i&gt; (Robert Laffont, 2008), Tzvetan Todorov rappelle : « Quand on demande aux policiers et aux militaires sud-africains pourquoi, au temps de l'apartheid, ils ont tué ou infligé des souffrances indicibles, ils répondent : pour nous protéger de la menace que les Noirs (et les communistes) faisaient peser sur notre communauté. &quot;Nous n'avons pris aucun plaisir à faire cela, nous n'en avions aucune envie, mais il fallait les empêcher de tuer des femmes et des enfants innocents (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb9-1&quot; name=&quot;nh9-1&quot; id=&quot;nh9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(1) Phrase citée par Desmond Tutu dans son livre Il n'y a pas (...)' &gt;1&lt;/a&gt;).&quot; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Transformer le faible en fort
&lt;br /&gt;et le fort en faible&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, le sort fait aujourd'hui aux Gazaouis a été permis par une longue et obstinée construction de l'ennemi. Depuis le mensonge fondateur d'Ehud Barak sur la prétendue « offre généreuse » qu'il aurait faite en 2000 à Camp David, et que les Palestiniens auraient refusée, les politiciens et les communicants israéliens s'y emploient avec zèle ; et, ces jours-ci, ils intensifient leurs efforts (lire par exemple « &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/31/01003-20081231ARTFIG00361-internet-l-autre-zone-de-guerre-d-israel-.php&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Internet, l'autre zone de guerre d'Israël&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 31 décembre 2008). Mais le 11 septembre 2001, en poussant l'Occident à la frilosité grégaire et au repli identitaire, leur a offert un terrain favorable en leur permettant de jouer sur la nécessaire solidarité des « civilisés » face aux « barbares » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb9-2&quot; name=&quot;nh9-2&quot; id=&quot;nh9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(2) Tzipi Livni, lors de sa visite officielle en France : « Israël se trouve (...)' &gt;2&lt;/a&gt;) : innocence inconditionnelle pour les premiers, culpabilité tout aussi inconditionnelle pour les seconds. Dans son &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/monde/0101308205-victimes&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;éditorial&lt;/a&gt; de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt; du 29 décembre, Laurent Joffrin met ingénument en garde Israël contre le risque de perdre sa « supériorité morale » : en effet, on frémit à cette hypothèse. Quant à Gilad Shalit, il n'est pas le soldat d'une armée d'occupation capturé par l'ennemi, ce qui fait quand même partie des risques du métier, mais un « otage » (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb9-3&quot; name=&quot;nh9-3&quot; id=&quot;nh9-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(3) Lire aussi, dans Le Monde diplomatique de janvier 2009, « La mémoire (...)' &gt;3&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La focalisation hypnotique, obsessionnelle, sur l'« intégrisme musulman », relayée avec zèle par d'innombrables éditorialistes et tâcherons médiatiques, tous ces « &lt;a href=&quot;http://valestderetour.wordpress.com/2008/10/28/reviens-voltaire-y-a-du-pudding-pour-le-dessert/&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;meilleurs spécialistes de l'islam de tout leur immeuble&lt;/a&gt; » qui, conformément au désormais bien connu « théorème de Finkielkraut » (moins tu en sais sur le sujet dont tu causes, plus on t'écoute), y ont trouvé un fonds de commerce providentiel et l'occasion d'une gloire facile, est parvenue à persuader l'opinion occidentale que celui-ci représentait aujourd'hui le plus grand danger menaçant le monde. « Pour ma part, je soutiens Israël et les Etats-Unis. La menace islamiste est, à mes yeux, beaucoup plus terrifiante », ânonne ainsi un intervenant &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2008-12-28-Gaza-choc-et-effroi#forum&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;sur un forum&lt;/a&gt; - les forums constituant un témoignage accablant de l'ampleur et de la réussite du lavage de cerveau. Bassiner jour après jour des citoyens occidentaux désorientés par l'évolution du monde et peu sûrs d'eux-mêmes avec la « menace islamiste » a eu pour effet de faire disparaître tout le reste, et en particulier de gommer comme par magie tout rapport de forces objectif. Le résultat, c'est qu'un type qui insulte une femme voilée dans le métro parisien n'a pas l'impression de s'en prendre à plus faible que lui, mais de poser un acte de résistance héroïque (« M'agresser est quasiment vécu par l'agresseur comme de la légitime défense », observe Malika Latrèche dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article318.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Les filles voilées parlent&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;). Et qu'Israël passe non pas pour l'agresseur, mais pour la victime : « Les Israéliens ont toute ma sympathie dans cette épreuve », lit-on sur les &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20081227.OBS7345/lsreactions00e5.html?l=7&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;forums&lt;/a&gt; du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, alors que les Gazaouis pataugent dans le sang et les gravats.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Massacrer les Palestiniens
&lt;br /&gt;pour libérer leurs femmes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le matraquage sur l'« islamisme » a été si efficace que l'occupation israélienne, qui constitue pourtant la donnée première de la situation au Proche-Orient, a tout simplement disparu des radars. Au mieux, quand on reste un peu sensible au malheur palestinien, on fait comme s'il était symétrique au malheur israélien - toujours cette « fausse symétrie » que pointaient Denis Sieffert et Joss Dray dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/article95.html&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;La guerre israélienne de l'information&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Si d'aventure l'opinion occidentale est quand même prise d'un doute passager, « euh, vous êtes sûrs que vous n'y allez pas un peu fort, là, quand même ? », elle est aussitôt invitée à se rappeler que, de toute façon, ces gens-là ne sont que des bêtes malfaisantes qui détestent les juifs par pure méchanceté d'âme (eh bien oui, pour quelle autre raison cela pourrait-il bien être ?) et qui oppriment leurs femmes - on espère que les femmes palestiniennes seront au moins reconnaissantes à Israël de les débarrasser de tels monstres en tuant leurs maris, leurs pères, leurs frères, leurs fils. Faut-il en déduire que le machisme mérite la peine de mort ? Dans ce cas, suggérons que la sanction soit aussi appliquée en Occident : je sens qu'on va rigoler. Oh, mais pardon, bien sûr, j'oubliais : il n'y a pas de machos en Occident, &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-12-24-Halde&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;où règne une égalité parfaite&lt;/a&gt; entre les sexes. Et il n'y a pas d'antisémitisme non plus. Six millions de morts, c'était avant le déluge, d'ailleurs nos grands-parents étaient tous résistants, et de plus ces salauds d'Arabes étaient pronazis, ce qui prouve quand même leur malfaisance foncière. Avoir été pronazi, c'est vachement plus grave que d'avoir été nazi ou collabo, non ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette analyse faisant de l'intégrisme musulman le plus grand péril menaçant la planète est parfois posée au détriment du plus élémentaire bon sens, comme le montrait par exemple en 2004 Sadri Khiari dans sa &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/article.php3?id_article=210&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;lecture&lt;/a&gt; du livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Tirs croisés&lt;/i&gt;. Il relevait la contradiction entre le tableau que peignaient les auteures de la puissance respective des différents intégrismes monothéistes et les conclusions qu'elles en tiraient, à savoir que l'islamisme était le plus redoutable : « Malgré ses bombes humaines, son argent sale, ses foules arabo-musulmanes fanatisées et impuissantes, l'islamisme semble bien inoffensif par rapport à la puissance des intégrismes chrétien et juifs, du moins tels qu'elles nous les présentent, influençant la politique des Etats les plus puissants du monde. Or, c'est à l'idée inverse qu'elles aboutissent : &quot;A côté de l'intégrisme musulman, les intégrismes juifs et chrétien donnent l'impression de phénomènes marginaux plutôt folkloriques, en tous cas sans conséquences.&quot; »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Israël fera la paix... &lt;br /&gt;« quand les Palestiniens
&lt;br /&gt;seront finlandais »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais surtout, cette focalisation sur l'« islamisme » est désastreuse parce qu'elle s'en prend à un phénomène de nature essentiellement réactive et défensive, qu'elle ne fait qu'alimenter encore davantage. La prise de pouvoir du Hamas est présentée comme une preuve de l'arriération et du caractère belliqueux des Palestiniens, alors qu'elle résulte de l'exaspération d'une population qui a vu l'occupant poursuivre inexorablement sa politique de terreur et de spoliation. « On nettoie, et ensuite, peut-être qu'on verra enfin émerger un partenaire palestinien raisonnable », disent en substance les autorités israéliennes aujourd'hui - comme si elles ne s'étaient pas acharnées auparavant à discréditer, à diaboliser, à éradiquer les partenaires raisonnables qu'elles avaient en face d'elles, assiégeant le quartier général de Yasser Arafat tandis que les infrastructures du Hamas et du Djihad islamique restaient debout. Selon toute vraisemblance, c'est plutôt les Palestiniens qu'il s'agit de « nettoyer ». « Sharon fera la paix... quand les Palestiniens seront finlandais », prédisait à juste titre Charles Enderlin (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 20 octobre 2004). C'est tout aussi vrai d'Ehud Olmert. Et cela risque malheureusement d'être encore plus vrai de celui ou celle qui lui succédera en février.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment pourrait-il en être autrement ? C'est l'existence même des Palestiniens qui gêne. Dans un texte publié le 30 décembre, « &lt;a href=&quot;http://www.starhawk.org/activism/activism-writings/israel_palestine/on_gaza12-08.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;On Gaza&lt;/a&gt; », l'activiste altermondialiste américaine Starhawk écrit : « Je suis juive, de naissance et d'éducation, née six ans après la fin de l'Holocauste, élevée dans le mythe et l'espoir d'Israël. Le mythe dit ceci : &quot;Pendant deux mille ans nous avons erré en exil, nulle part chez nous, persécutés, presque détruits jusqu'au dernier par les nazis. Mais de toute cette souffrance est sortie au moins une bonne chose : la patrie à laquelle nous sommes revenus, enfin notre propre pays, où nous pouvons être en sécurité, et fiers, et forts.&quot; C'est une histoire puissante, émouvante. Elle ne présente qu'un seul défaut : elle oublie les Palestiniens. Elle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;doit&lt;/i&gt; les oublier, parce que, si nous devions admettre que notre patrie appartenait à un autre peuple, elle en serait gâchée. Le résultat est une sorte d'aveuglement psychique dès qu'il s'agit des Palestiniens. Si vous investissez réellement Israël comme la patrie des juifs, l'Etat juif, alors, vous ne pouvez pas laisser les Palestiniens avoir une réalité à vos yeux. Golda Meir disait : &quot;Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n'existent pas.&quot; Nous entendons aujourd'hui : &quot;Il n'y a pas de partenaire pour la paix. Il n'y a personne à qui parler.&quot; » Face à cet aveuglement, une seule alternative s'offre à la communauté internationale, au sein de laquelle les leviers de décision sont encore occidentaux : soit obliger les Israéliens à &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;voir&lt;/i&gt; les Palestiniens ; soit approuver cet aveuglement - « mais non, bien sûr, vous avez raison, ces gens n'existent pas, mais larguez donc encore quelques bombes pour vous en assurer, si cela peut vous soulager » - et cautionner, voire encourager, un sociocide. Il semble qu'elle ait fait son choix.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Se mettre à la place des dominés,
&lt;br /&gt;c'est trop fatigant&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce choix a été largement facilité par la résurgence du mépris colonial le plus cru - élément que Starhawk néglige quelque peu. Pouvoir déchaîner son inconscient colonial à l'abri du noble combat pour ceux que l'on a autrefois si allègrement génocidés, avouons que c'est quand même une formidable aubaine. La propagande pro-israélienne compte sur l'imprégnation persistante des cerveaux par les vieux clichés coloniaux, qui empêche toute appréhension &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;réelle&lt;/i&gt; du malheur des Palestiniens. Ensevelis sous les représentations racistes, parlant une langue dont les accents ont été moqués par des générations de comiques troupiers, ceux-ci inspirent toujours la méfiance et le soupçon : quand Arafat avait reconnu Israël, on était persuadé qu'il s'agissait d'une ruse. Leur douleur est toujours suspectée d'être une mise en scène (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb9-4&quot; name=&quot;nh9-4&quot; id=&quot;nh9-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(4) PLPL-Le Plan B relevait par exemple, dans Marianne du 10 décembre 2001 : (...)' &gt;4&lt;/a&gt;), une fourberie destinée à abuser l'Occidental trop naïf (une militante féministe, citée dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les filles voilées parlent&lt;/i&gt;, à une femme voilée qu'elle vient d'agresser : « Arrêtez avec vos larmes de crocodile »). La propagande pro-israélienne parie sur l'impossibilité d'une identification du pékin occidental avec les Palestiniens, comme en témoigne le succès de l'argument que l'on voit copié-collé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; sur tous les forums : « D'accord, mais mettez-vous à la place des malheureux Israéliens qui vivent sous les tirs de roquettes, quel Etat au monde accepterait cela », etc. Ce n'est jamais à la place des Palestiniens qu'on est invité à se mettre. Le fait de vivre sous la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;menace&lt;/i&gt; d'une mort violente, menace qui se concrétise rarement, est considéré comme plus intolérable que celui de vivre avec l'omniprésence de la mort &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;effective&lt;/i&gt;, qui plus est dans des conditions matérielles et morales infernales, et de subir une occupation depuis des décennies.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'obsession de l'islamisme et l'effacement du rapport de forces réel - son inversion, même - ont été d'autant plus faciles à installer qu'ils permettent de faire l'économie de toute identification aux dominés. Et cela tombe bien, parce que justement, de toute façon, en France ou ailleurs, on ne meurt pas d'envie de se mettre à la place des dominés, d'essayer de comprendre ce qu'ils vivent ou comment ils voient les choses. On laisse désormais cet exercice pénible à ceux qui ont, dit-on, la « haine de soi ». A propos d'Amira Hass, rare journaliste israélienne à travailler dans les territoires palestiniens, un intervenant ricane sur un forum : « Plutôt qu'Amira Hass, c'est Amira Selbsthass [« haine de soi » en allemand] qu'elle devrait se nommer ! » L'opinion majoritaire, c'est que les victimes nous emmerdent avec leurs pleurnicheries, qu'elles font un drame de tout - à preuve, les dénonciations très en vogue de la « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/CHOLLET/15078&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;victimisation&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette profonde réticence, le refus de fournir cet effort d'identification - car cela demande bien un effort -, cet enfermement dans le confort de ses certitudes et de sa position dominante, produisent une sous-estimation permanente des souffrances de l'autre. On reste sans voix, par exemple, en entendant certains, en France, affirmer leur incrédulité quant au fait que l'histoire coloniale continuerait de produire des effets dans notre réalité présente : « C'était il y a longtemps », arguent-ils... Sous-estimation, aussi, dans tous ces discours qui affirment que l'ancien tiers-monde ne doit sa piètre situation qu'à lui-même, et non à l'héritage colonial. Pire : la possibilité même de l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;existence&lt;/i&gt; d'un point de vue sur le monde autre que le point de vue blanc et occidental suscite le scepticisme. C'est peut-être bien cela que signifient les accusations de « relativisme culturel », si fréquentes ces dernières années à l'égard de tous ceux qui défendent encore la nécessité d'un décentrage : il n'y a au monde qu'un seul point de vue valide et respectable, c'est le point de vue occidental ; et la seule alternative offerte aux autres est soit de l'embrasser, soit de rester dans les ténèbres de leur sauvagerie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;« Les commentateurs occidentaux,
&lt;br /&gt;qui évoquent les &quot;sanglants attentats-suicides&quot;,
&lt;br /&gt;ne parlent jamais de la &quot;sanglante occupation&quot; »&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette sous-estimation du préjudice causé à l'autre, le journaliste néerlandais Joris Luyendijk la pointait en 2007 dans un article du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; intitulé « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2007/03/LUYENDIJK/14555&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les mots biaisés du Proche-Orient&lt;/a&gt; » : « Le mot &quot;occupation&quot; peut-il être, lui aussi, vide de sens pour les lecteurs et les téléspectateurs occidentaux ? Un tel vide expliquerait pourquoi on multiplie les pressions sur l'Autorité palestinienne pour qu'elle prouve qu'elle &quot;en fait assez contre la violence&quot; alors qu'on ne demande presque jamais aux porte-parole du gouvernement israélien s'ils &quot;en font assez contre l'occupation&quot;. Nul doute qu'en Occident le citoyen sait ce qu'est la menace terroriste, ne serait-ce que parce que les responsables politiques le lui rappellent régulièrement. Mais qui explique aux publics occidentaux la terreur qui se cache derrière le mot &quot;occupation&quot; ? Quelle que soit l'année à laquelle on se réfère, le nombre de civils palestiniens tués en raison de l'occupation israélienne est au moins trois fois supérieur à celui des civils israéliens morts à la suite d'attentats. Mais les correspondants et les commentateurs occidentaux, qui évoquent les &quot;sanglants attentats-suicides&quot;, ne parlent jamais de la &quot;sanglante occupation&quot;. » Et pourtant, imaginons un seul instant l'impact qu'aurait, par exemple, l'instauration d'un check-point tenu par des soldats hostiles dans les rues de Paris ou de New York...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non seulement l'occupation reste une abstraction, mais on sent aussi percer l'idée qu'après tout, des métèques, semblables à ces colonisés et à ces immigrés que l'on tutoie avec mépris, ne devraient pas être aussi chatouilleux sur leur dignité ou sur les conditions de vie qu'on leur impose. N'est-ce pas leur destin naturel, après tout ? On détruit leur société ? Oui, bon, pour ce qu'elle vaut, leur société... De là à estimer que leur oppression par un peuple « civilisé » représente pour eux une chance, il n'y a qu'un pas - que Bernard-Henri Lévy, dialoguant en mars 2008 avec l'écrivain arabe israélien Sayed Kashua à l'occasion du Salon du livre de Paris, franchissait joyeusement : « Vous ne parleriez pas l'hébreu, et vous ne le parleriez pas si bien et avec tant de grâce et de talent, si l'Etat d'Israël n'existait pas », avait-il le culot prodigieux de lui dire (&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nb9-5&quot; name=&quot;nh9-5&quot; id=&quot;nh9-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='(5) « L'appel au boycott du Salon du livre est une prise (...)' &gt;5&lt;/a&gt;)...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non seulement la majorité des gens, biberonnés à la propagande télévisuelle, cramponnés à leurs « principes » comme à des bouées de sauvetage, ne veulent même plus essayer de comprendre ce que vivent et ressentent des non-Blancs ou des non-Occidentaux, ne veulent plus essayer &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;de se mettre à leur place&lt;/i&gt; ne serait-ce qu'un instant, mais ceux qui en ont encore le désir deviennent suspects, comme si, ce faisant, ils choisissaient leur camp, ou posaient un acte criminel. Déplacer un tant soit peu la perspective revient à trahir sa communauté, à se ranger du côté des barbares, des terroristes. Lorsqu'on a rendu compte, sur ce site, du livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les filles voilées parlent&lt;/i&gt;, les quelques mails scandalisés qu'on a reçus en retour ne disaient pas simplement, comme c'était encore le cas en 2003, quand le « débat » sur le sujet a été lancé : « Je ne suis pas d'accord avec vous. » Cette fois, ils disaient : « Je suis atterré, je suis abasourdi, moi qui aimais tant vos livres... » Autrement dit : « Je vous croyais du côté de la culture, et vous étiez du côté de la barbarie. »&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La divergence des points de vue, s'agissant du Proche-Orient, est particulièrement exacerbée. D'un côté, des Occidentaux, profondément marqués par le génocide des juifs d'Europe, et que le double ressort d'une mauvaise conscience mal placée et d'un vieux complexe de supériorité raciste conduit à accorder à Israël un chèque en blanc moral. De l'autre, des pays, des communautés, des individus épars, marqués par une tout autre histoire &#8212; ou pas, d'ailleurs &#8212;, qui ne comprennent pas pourquoi c'est aux Palestiniens de payer les crimes commis par des Européens ; qui sentent bien, pour certains d'entre eux, que, à travers l'abandon et l'écrasement de ce peuple, c'est leur vie à eux aussi que l'on insulte, que l'on traite pour rien ; et qui, voyant l'étau de la propagande se refermer sur eux, perdent peu à peu tout espoir de voir une issue à l'injustice. On leur souhaite de ne pas se laisser défigurer par la haine, de résister à ce que l'on veut faire d'eux. Mais il faut avouer qu'on a vu des années commencer sous des augures moins sinistres.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Mona Chollet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh9-1&quot; name=&quot;nb9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;1&lt;/a&gt;) Phrase citée par Desmond Tutu dans son livre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il n'y a pas d'avenir sans pardon&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh9-2&quot; name=&quot;nb9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;2&lt;/a&gt;) Tzipi Livni, lors de sa visite officielle en France : « Israël se trouve en première ligne du monde libre et est attaqué car nous représentons les valeurs du monde libre, dont fait partie la France. » (« &lt;a href=&quot;http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/proche_moyenorient/20090102.OBS7981/_livni__la_situation_humanitaire_a_gaza_est_comme_elle_.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Livni : la situation humanitaire à Gaza est &quot;comme elle doit être&quot;&lt;/a&gt; », Nouvelobs.com, 4 janvier 2009.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh9-3&quot; name=&quot;nb9-3&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;3&lt;/a&gt;) Lire aussi, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de janvier 2009, « &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/01/GRESH/16667&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;La mémoire refoulée de l'Occident&lt;/a&gt; », par Alain Gresh.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh9-4&quot; name=&quot;nb9-4&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;4&lt;/a&gt;) &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;PLPL-Le Plan B&lt;/i&gt; relevait par exemple, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Marianne&lt;/i&gt; du 10 décembre 2001 : « La guerre des images est meurtrière pour Israël. Pour des raisons objectives, d'abord : on ne voit pas la bombe qui explose dans un bus, ni le terroriste suicidaire entraînant les passants dans la mort. La caméra arrive avec les ambulances. En revanche, la caméra est présente quand Tsahal réprime une manifestation et quand les enfants palestiniens courent sous les bombes larguées par les hélicoptères. A quoi s'ajoute le sens de la mise en scène acquis par les Palestiniens, passés maîtres en l'art des enterrements publics [sic] avec expression de la colère et de la douleur. » Commentaire : « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;PLPL&lt;/i&gt; préfère ne pas imaginer la réaction qui eût accueilli un texte de ce genre où les parents israéliens de victimes d'attentats suicides auraient été présentés comme une clique de simulateurs. Et leur &quot;mise en scène&quot; attribuée à une prédisposition nationale ou religieuse à la fourberie. » Voir sur le site du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plan B&lt;/i&gt; : « &lt;a href=&quot;http://www.leplanb.org/arsenal/les-sharoniards.html&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Les Sharoniards&lt;/a&gt; » (février 2002).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;(&lt;a href=&quot;http://peripheries.net/#nh9-5&quot; name=&quot;nb9-5&quot; class=&quot;spip_note&quot;&gt;5&lt;/a&gt;) « &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/tribune/010176340-l-appel-au-boycott-du-salon-du-livre-est-une-prise-d-otages&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;L'appel au boycott du Salon du livre est une prise d'otages&lt;/a&gt; », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libération&lt;/i&gt;, 13 mars 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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